• Décembre 2017

     La musique du Nil, de l'ange et du solstice. La musique de Noël, de la fête et de la fraternité.

     

    Décembre, c'est une histoire de notes... Avec des rondes, des blanches et des noires. Des croches et des doubles-croches. Tout un ordre des choses qui font qu'une musique est belle à entendre. Une composition de Resonare fibris, de Mira gestorum, de Famuli tuorum, de Solve polluti, etc...

     

    Non, mais quand même... C'est fou de réaliser que c'est avec seulement 7 notes (do, ré, mi, fa, sol, la, si), avec un peu de dièses et des bémols, quelques clés de sol ou de fa..., une variation des durées de chaque note et une utilisation poétique des silences (les soupirs...) qu'aujourd'hui, on peut se ravir l'ouïe avec du Gustav M, du Sergueï Vassilievitch R, ou du Johnny H !!!

     

    Et ben le mousse, en décembre, il a aussi fait s'harmoniser les notes entre elles... Et plus encore parce que les notes du mousse, ben elles sont comme les mots d'un certain Bernard H : des mots chair, des mots sang, et pas seulement des mots tout droit sortis du dictionnaire...

     

    - Un extrait ?

    - Oui ! Oui !

    - Bon. Ok.

    Oh, si jamais un jour j’étais vraiment heureux
    je vous enchanterais les mots,
    je vous les ferais pousser sur des arbres de musique,
    je vous les cueillerais,
    les mots,
    comme des fruits en saison de pleine saveur,
    goûtez-les :
    mots musique, parfum, odeur,
    couleur, bonheur,
    mots bouche à bouche.
    Mots toucher.
    Un jour,
    j’inventerai des mots chair, des mots sang.
    Un jour,
    j’aurai les mots du ventre…
     
    Seulement voilà,
    mes mots sont ordinaires,
    ils sont tout droit sortis du dictionnaire
    et quant au bonheur…
     

     

  • Le Zeph vient-il d’assister à un concert de musiques du monde ? Cela ne semble pas être le cas. Alors, n’est-il pas en train de confondre le delta du Nil avec celui du Rhône ?

    Certes, là où il a élu domicile, il y a des lotus argentés, étincelants, gigantesques même. Leurs étamines translucides, fouettées par le mistral, créent un bruit assourdissant qui peut rappeler celui des cataractes de la Haute-Égypte.

    Les battements d’ailes de l’aigrette et son glissement sur la surface de l’eau peuvent faire penser à la Basse-Égypte.

     

    La musique du Nil

     

     Son chant rauque peut rappeler la musique des pièces d’eau dans le delta du Nil.

    Quant à l’arbre dont les grappes de fruits font le régal de l’homme et du chameau, le bruissement de son feuillage annonce l’arrivée de la fraîcheur, à Port Napoléon comme sur les berges du Nil, à moins que ne se prépare une tempête de sable. Silhouette caractéristique du Sud, dont la musique, agréable et reposante, accompagne la respiration au bord de l’eau.

    Le Nil fait des clins d’œil au Zeph par le cadre naturel, mais aussi à travers des figures de l’intelligence, de la sensualité et du raffinement.

    Le clin d’œil le plus fameux reçu par le Zeph, en provenance du Nil, est un clin d’œil qui n’a rien à voir ni avec le savoir, ni avec le pouvoir, mais seulement avec la beauté. Beauté exceptionnelle, car il s’agit de l’un des plus beaux visages féminins de l’Antiquité. Clin d’œil royal, car il s’agit de Néfertiti, l’épouse du Pharaon Akhenaton.

    L’éblouissante Néfertiti serait venue en personne jusqu’à Port Napoléon ? C’était tout comme !

     

    La musique du Nil

     

    Le Zeph n’a pas vu l’illustre silhouette dans un musée, mais en plein air, au-dessus des eaux qui baignaient Port Napoléon et les environs. La présence des cordages et des voiles témoigne que la rencontre ne s’est pas produite dans un lieu clos, mais dans l’espace ouvert de la navigation.

    La Reine apportait avec elle la musique de sa cour. Cour, non pas à Thèbes, mais à Amarna, la nouvelle capitale fondée par son époux royal pour le nouveau projet conçu pour l’Égypte. Projet révolutionnaire, car il s’agissait de tourner le dos à la tradition polythéiste et de confier le destin de tout le Royaume à une seule divinité, Aton.

     

    La musique du Nil

     

    Musique de l’intrépidité, du courage, de la confiance, de l’allégresse, de l’exaltation et du triomphe.

     

    La musique du Nil

     

    Dans cette aventure singulière, Néfertiti et Akhenaton étaient inséparables.

    Sans Akhenaton, il n’y aurait pas eu Néfertiti. Sans Néfertiti, il n’y aurait pas eu Akhenaton. Séduction exercée par la souveraine sur son époux royal, mais aussi exercée par celui-ci sur sa bien-aimée.

    Musique de la tendresse, de l’assouvissement.

     

    La musique du Nil

     

    Amour fusionnel, qui faisait qu’en se regardant l’un autre, ils ne formaient plus qu’un seul être.

    Des années plus tard, le Nil était de nouveau le théâtre de l’expression d’un autre amour sans bornes.

    L’oracle avait dit que la mort épargnerait une autre mort. C’est pourquoi celui qui avait reçu l’amour s’est immolé dans le Fleuve pour que l’être qui avait aimé en premier soit sauvé.

    Sauver l’amour, le rendre indestructible.

    Vaincre le temps, même au prix de la mort.

    C’est ainsi qu’Antinoüs a péri dans le Nil pour que vive l’Empereur Hadrien.

    Musique de l’affliction, de l’anéantissement.

    La barque funéraire s’est mise à entreprendre un long voyage sans retour.

     

    La musique du Nil

     

    Quel désastre ! Quelle infortune !

    Impuissance fatidique, contre la volonté du Maître du monde d’alors, malgré l’étendue du pouvoir impérial, en dépit de la richesse du savoir ramassé aux quatre coins de l’Empire.

    Douleur immense quand l’un des deux s’en va avant l’autre.

    Chagrin inconsolable, désespoir infini de l’être qui se retrouvait désormais seul.

    Jadis, être deux pour s’abreuver à la fontaine de la vie.

    Désormais, n’être plus qu’un pour entonner le chant de l’aurore.

    L’amour sans limites n’a pas tardé à inclure l’infini, en demandant au Ciel de donner ce que la Terre n’a pas pu donner : l’éternité. C’est ainsi que l’Empereur Hadrien a créé la constellation d’Antinoüs avec cinq étoiles qui étaient au Sud de la constellation de l’Aigle.

     

    La musique du Nil

     

    La passion qui unissait Néfertiti et Akhenaton était renforcée par leur aventure monothéiste. Celle qui unissait l’Empereur Hadrien et Antinoüs aboutissait à la création d’une constellation dans le firmament. Pas d’amour absolu sans dimension cosmique.

    La Terre, et plus particulièrement l’espace qui portait le cœur de l’Empire, avait aussi son foyer d’immortalisation. Dans la Villa Adriana, qui était la résidence de villégiature que l’Empereur a fait construire à une trentaine de kilomètres au Nord-Est de Rome, des portraits de l’être aimé ont fleuri en toutes saisons, plus magnifiques les uns que les autres, pour dire que l’affection survivait.

    Certaines de ces splendides effigies ont gagné maintes provinces de l’Empire pour conjurer le deuil et préserver la mémoire d’une passion impérissable. De ses propres yeux, le Zeph a vu l’une de ces effigies fabuleuses, retrouvée dans le Temple d’Apollon à Delphes. Rencontre inattendue, mais ô combien merveilleuse, offerte par le hasard d’une déambulation dans le musée de Delphes. Coup de foudre, comme pour l’Empereur, lorsqu’il est arrivé en Bithynie.

    Sur un portrait retrouvé à la Villa Adriana, Antinoüs porte le némès, l’une des coiffes du Pharaon, celle-là même qui apparaît sur le célèbre masque d’or de Toutankhamon.

      La musique du Nil

     

    De plus, le némès d’Antinoüs possède l’uræus, le cobra redressé, qui symbolise le pouvoir royal sur la Basse-Égypte. Le même cobra apparaît sur la couronne de Néfertiti, que le Zeph a vue sous le ciel de la Camargue.

     

    La musique du Nil

     

    Le némès et l’uræus étaient des emblèmes exclusivement réservés au Pharaon. Le fait qu’Antinoüs était représenté en leur possession montre que la mort l’a rendu égal à Pharaon. Déification de l’amour, pour le rendre immortel.

    C’était au cours du premier voyage à Rome que l’esprit du Zeph a visité la Villa Adriana, avec la complicité des lueurs du couchant.

     

    La musique du Nil

     

    Endroit de charme, lieu de raffinement, où la séduction s’opérait par l’élévation et la purification de l’être. Chance extraordinaire : ce soir-là, il y avait à la Villa Adriana un concert et un festin.

     

    La musique du Nil

     

    Avec délectation, l’esprit du Zeph a assisté aux répétitions de l’orchestre et aux préparatifs du banquet gastronomique.

    Musique de l’harmonie, de la plénitude, du bonheur.

    L’intelligence des lieux et l’atmosphère suave qui s’en dégageait donnaient l’intuition du charme inestimable de la vie. Comme au temps où l’Empereur et Antinoüs n’existaient que l’un pour l’autre, comme lorsque Néfertiti et Akhenaton savouraient la beauté de la vie sur les rives du Nil.

    La Villa Adriana possède une pièce d’eau, appelée Canope, qui avait pour fonction d’évoquer le Nil. L’esprit du Zeph est resté très longtemps près du Canope.

     

    La musique du Nil

     

    Les cariatides, qui se miraient dans l’eau, représentaient l’esthétique grecque, chère à l’Empereur. Le souvenir d’Antinoüs, qui hantait les lieux, rendait l’évocation du Nil encore plus poignante.

    Musique tantôt de la mélancolie, tantôt de l’enchantement.

    Au cours des trois années qui avaient précédé la tragédie qui les a éloignés l’un de l’autre pour toujours, l’Empereur Hadrien et Antinoüs étaient inséparables.

     

    La musique du Nil

     

    Partout où était l’Empereur Hadrien : en Campanie, en Afrique du Nord, en Grèce, en Asie Mineure et en Égypte, Antinoüs était à ses côtés. Ce temps vécu ensemble était comme les prémices d’un au-delà encore plus fusionnel.

    Le féminin et le masculin, ou la maturité et la jeunesse, associés dans un seul et même élan de vie : la musique du Nil est la musique de la séduction réciproque et de l’attachement indéfectible.

    Itinéraires croisés, communauté de vues, destins devenus parallèles.

    Mise en commun des énergies, épaule contre épaule, face contre face.

    Chant d’une unité qui n’est pas solitaire, mais duale.

    Musique d’une dualité qui n’est pas une opposition mais une convergence.

    La musique du Nil est la musique de la complémentarité ou de la similitude. Elle est aussi celle de la gémellité. C’était le cas quand la Cassandre de Troyes et sa sœur sont venues jusqu’à Port Napoléon pour rendre visite au Zeph. L’une était prophétesse de l’avenir, l’autre était prophétesse de l’immédiat. Chant à deux voix : voix de la tête et voix des entrailles. Registre cérébral et registre viscéral. Contributions simultanées de l’entendement et de l’émotion.

     

    La musique du Nil

     

    En ce jour de visite de Cassandre et de sa sœur, le Zeph était tel la barque solaire de Pharaon, avec la Haute-Égypte en figure de proue, et la Basse-Égypte en figure de poupe. Les positions étaient dans un ordre qui prenait en compte le sens de l’écoulement des flots : de la montagne vers la mer, des cataractes vers le delta. Le hasard a fait que ce rituel était en cohérence avec le rang d’aînée de Cassandre.

     

    La musique du Nil

     

    À vrai dire, le désir d’Égypte n’a jamais quitté le Zeph. Tantôt, c’est l’Égypte qui vient vers le Zeph. Tantôt, c’est le Zeph qui vient à la rencontre de l’Égypte.

    La musique du Nil, qui est venue à la rencontre du Zeph, célèbre le bonheur exquis d’être deux, le privilège inestimable d’œuvrer à deux, et la chance exceptionnelle de pouvoir parachever à deux le chef-d’œuvre qu’est l’amour.


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  • À Lyon, sur la colline de Fourvière, c’est d’abord une musique de l’apaisement, qui accompagne un message de réconfort, destiné à ceux qui cherchent refuge à l’intérieur de la basilique.

     

    La musique de l'ange

     

    La haie d’honneur des anges harpistes fait pendant à la rangée des anges cariatides qui montent la garde à l’extérieur. Même hauteur par rapport au sol. Même appartenance au mur occidental, comme pour composer un recto-verso, réversible à souhait. Traditionnellement, la harpe rétablit l’harmonie dans l’espace interne, tandis que l’épée sécurise l’espace externe.

     

    La musique de l'ange

     

    Quatre anges musiciens et huit anges guerriers gardent l’entrée principale. Douze anges en tout, comme les douze tribus d’Israël ou les douze apôtres. À cause de la nécessité d’une vigilance accrue à l’extérieur de l’enceinte sacrée, l’orchestre ne comporte pas six musiciens, comme le voudrait une répartition équitable des forces et des moyens, mais seulement quatre. L’infériorité n’est que numérique. En revanche, elle met en valeur le talent et l’efficacité des anges musiciens.

    La sérénité a besoin d’une enceinte protectrice. L’allégresse, elle, peut et doit se répandre partout, surtout à l’extérieur de l’enceinte sacrée.

    Il y a deux ans, en décembre aussi, le voyage initiatique a mené le Zeph de nouveau à Salerno.

     

    La musique de l'ange

     

    Escale féerique, où l’amour du beau était magnifié par une profusion de créations artistiques. Sur le parvis de la cathédrale, une multitude d’anges diffusait l’allégresse grâce à leurs trompettes orientées dans toutes les directions.

     

    La musique de l'ange

     

    Allégresse venant d’en haut, parce que l’événement célébré était un don du ciel. Allégresse s’élevant de la terre, parce que « les hommes de bonne volonté » se réjouissaient de l’accomplissement de la prophétie.

    L’éclat de la trompette sied à merveille pour célébrer d’autres instants solennels comme le Couronnement de la Vierge.

     

    La musique de l'ange

     

    Amplification des vibrations pour accompagner la récompense suprême de l’humilité et marquer le faste royal. C’est l’un des événements majeurs de la sphère céleste.

    Autre moment de solennité : la Résurrection de la Chair. Le son de la trompette retentit pour participer au réveil des morts et à la sortie des tombeaux.

     

    La musique de l'ange

     

    L’éclat du son de la trompette célèbre la victoire sur la mort. Triomphe éblouissant, qui bouleverse tout le cosmos.

    L’ange peut aussi faire entendre sa musique dans un cadre intimiste, sans grandiloquence. Le Caravage en donne un exemple avec son tableau « Le Repos pendant la fuite en Égypte ». On y voit la Sainte Famille assister au concert champêtre donné par un ange violoniste à l’occasion d’une halte.

    La musique produite par l’ange est une berceuse. L’Enfant, bercé par les bras maternels, goûte le repos. La mère aussi, se laisse bercer par la mélodie. Sa tête est penchée sur l’épaule gauche.

     

    La musique de l'ange

     

    S’il n’est pas encore là, l’assoupissement n’est pas très loin. Musique de douceur, d’apaisement, de sérénité, d’évasion.

    La partition renseigne sur l’inspiration des coups d’archet qui engendrent l’atmosphère de paix et de bonheur. Les notes musicales lues par l’ange mettent en valeur l’un des plus beaux poèmes d’amour de tous les temps. Il s’agit du Cantique des cantiques. Amour entre un berger et sa bergère, qui sert de figure prophétique au lien unissant le Christ et sa Congrégation.

     

    La musique de l'ange

     

    Registre de la délicatesse et du désintéressement. Chant de la réciprocité et du dévouement. Hymne à la séduction et à la sensualité.

    Le Cantique des cantiques est l’un des trente-neuf livres des Écritures hébraïques.

    Le verset 7 du chapitre 7 apparaît sur la partition peinte par le Caravage :

     מַה־יָּפִית וּמַה־נָּעַמְתְּ אַהֲבָה בַּתַּֽעֲנוּגִֽים

     Que tu es belle, que tu es agréable, ô mon amour, au milieu des délices !

     L’ange musicien du Caravage utilise une traduction latine du poème :

    Quam pulchra et quam decora carissima in deliciis

     Sur la partition, on reconnaît le Q initial de l’extrait ci-dessus.

    Un contenu aussi suave, mis en valeur par le talent d’un ange musicien, ne peut que captiver le public. Au premier plan, il y a Joseph le charpentier, et à sa gauche, un âne. Les regards de l’homme et de l’animal disent la même attention, le même plaisir, la même fascination. La musique produite par l’ange du Caravage est la musique de l’osmose. Osmose des sensibilités et des goûts.

    L’harmonie engendrée par la musique de l’ange ne concerne pas que le règne animal, elle englobe aussi le monde végétal. Tout près de l’ange, le peintre a dessiné avec précision et minutie des feuilles de chêne qui dansent au son de la mélodie.

     

    La musique de l'ange

     

    Le bien-être apporté par la berceuse se répand dans tout le cosmos, à partir de l’instrument à cordes, jusqu’au feuillage du chêne, jusqu’aux plumeaux oscillant au bord de l’eau, et jusqu’aux sommets des peupliers qui ondulent sur l’autre rive.

    Magnifique propagation qui évoque la symbiose au sein de la Création, et à laquelle l’être humain est étroitement associé, puisque celui qui tend la partition connaît intimement le bois et la fibre végétale, en raison de son métier de charpentier. Une vibration de bonheur traverse le tableau, depuis la figure de Joseph jusqu’aux sommets des peupliers. La musique de l’ange est la musique d’un Éden retrouvé.

    Malgré sa provenance céleste, c’est une musique portée par la Terre. L’ange musicien est pieds nus. Les talons sont serrés l’un contre l’autre, pour bien marquer le point d’appui au sol. Le porteur de la partition a les gros orteils croisés, montrant ainsi l’impact par terre. Effet de contrepoint, avec l’usage de l’arrière des pieds pour l’un, et du devant des pieds pour l’autre. Marie, elle, est assise à même le sol. Le Caravage montre que la musique de l’ange a besoin d’appuis terrestres pour émerger, éclore et émouvoir.

    Les nombreuses allusions à la Terre signifient que la berceuse est destinée à des créatures pétries d’argile, à des êtres de basses conditions sociales, aux porteurs de l’humilité, dont fait partie l’âne. La musique de l’ange du Caravage est une musique de la sollicitude.

    Plaisir de l’ouïe, mais aussi plaisir de la vue. Car le corps du musicien est magnifique. Il ne se dévoile que de dos. De plus, ce dos est partiellement caché par un voile qui vole au gré du vent, pendant que la mélodie s’envole et se répand dans l’air. Quelle pureté des lignes ! Quelle grâce dans la position et les gestes ! La musique de l’ange du Caravage est la musique de l’élégance.

     En procurant du plaisir et du réconfort, la musique de l’ange est la musique du bien-être. Elle est aussi la musique du bien, car elle supplée à la défaillance originelle, éclaire le destin et donne du sens à l’existence.

    La musique peut être produite directement ou induite indirectement par l’ange.

    Lors de son premier voyage à Rome, le Zeph a fait escale à Viareggio.

     

    La musique de l'ange

     

    Il a profité de cette halte sur le rivage toscan pour explorer l’arrière-pays jusqu’à Florence.

     

    La musique de l'ange

     

    Sur les portes de bronze du baptistère de la cité des Médicis, est sculptée une scène qui illustre le cas de l’induction indirecte.

     

    La musique de l'ange

     

    On y voit Abraham qui reçoit la visite de trois anges, venus pour lui annoncer que sa femme, Sarah, mettra au monde un fils. Et Sarah, qui écoute aux portes, se met à rire. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’elle n’a pas encore été mère et qu’elle a perdu tout espoir de le devenir un jour, en raison de son âge très avancé ?

    Musique de l’hilarité, déclenchée par l’annonce des trois anges.

    Hilarité qui est sans doute de l’incrédulité, dans un premier temps, à cause du défi lancé à la physiologie. En effet, le corps de l’épouse a déjà vécu neuf décennies. Et celui de l’époux, presque un siècle entier !

    Hilarité qui est aussi une manifestation de joie à l’annonce d’une récompense inespérée. Musique d’une fécondité retrouvée, d’une maternité miraculeuse, de l’ouverture à un nouveau bonheur.

     

    La musique de l'ange

     

    La musique de l’hilarité, induite par le message des anges, laisse une empreinte sonore dans le nom du futur enfant. Double empreinte, d’ailleurs. Empreinte dans le signifié, parce que l’enfant du miracle s’appelle « le Rieur », Yitz'hak ( יִצְחָק ) en hébreu. Empreinte encore dans le signifiant, parce que la prononciation des lettres hébraïques fait retentir la musique du rire. Musique de la gaieté, qui résonne tout au long du récit biblique, à travers les maintes occurrence du nom et du verbe associés au rire.

    Fascinante progression de la musique induite par les trois anges. Au début, l’épouse rit « en elle-même ». Presque en secret, d’après le texte de la Genèse (chapitre 18, verset 12). Puis cette musique se répand dans tout son entourage, terrestre et céleste, et s’amplifie dans la suite du récit biblique.

    Musique de l’exquise surprise, de la vitalité ressuscitée, qui traverse les âges, passe de génération en génération.

    En effet, des années plus tard, Rebecca, la femme d’Isaac, est la proie de la convoitise d’un roi.

     

    La musique de l'ange

     

    Par bonheur, les yeux du souverain envieux se dessillent quand ils voient le rire qu’Isaac a pour Rebecca. Ce n’est pas le rire entre frère et sœur, mais entre mari et femme.

     

    La musique de l'ange

     

    Musique de la connivence, de la tendresse et de la sensualité. Confondu par une telle démonstration d’amour, le souverain s’est vu contraint de relâcher Rebecca et de la rendre à Isaac, « le Rieur ».

    La musique induite indirectement par les trois anges était jadis la musique de l’octroi de la vie. À présent, elle est la musique de la survie du couple.

    La musique de l’ange s’adresse à l’être tout entier, y compris à l’enveloppe charnelle. En attendant la restauration intégrale et universelle, elle participe à des re-créations salutaires, qui sont des jalons précieux sur la route de l’accomplissement de la promesse.

    La musique de l’ange est la musique de l’empathie. Une empathie qui reflète la sollicitude que le Grand Architecte a pour sa Création.


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  • Le solstice d’hiver, c’est aujourd’hui, à 17h27min. Demain, les jours auront déjà commencé à rallonger !

    Faut-il y voir une incitation à bouger, parce que la lumière diurne croît ? Ou faut-il tempérer les ardeurs de la mobilità, parce que les rigueurs de l’hiver sont encore là ?

    Le Zeph connaît bien cette problématique, pour l’avoir vécue dès la sortie des langes administratifs, en décembre, il y a quatre ans.

     

    La musique du solstice

     

    À cette époque, son berceau provisoire était le golfe d’Antibes. Mais c’est celui de Fos qui l’attendait pour lui prodiguer les soins réclamés par une nouvelle naissance.

    Le capitaine a prévu un havre champêtre pour le Zeph, qui serait bichonné entre deux vols de l’aigrette.

     

    La musique du solstice

     

    Vol de jour, grâce à la coquetterie de Dame Nature.

     

    La musique du solstice

     

    Mais aussi, vol de nuit, grâce au talent époustouflant du groupe F, qui est du même bercail.

    Au revoir, sommets alpins, dont le manteau blanc était comme un ourlet qui réunissait deux étoffes azurées, l’une ondulant dans les teintes foncées, et l’autre se déployant dans une clarté soyeuse.

    Pas si vite, pas si vite ! Car la Dame de Manosque ne l'entendait pas de cette oreille.  

    Certes, le capitaine, qui veut tout rationaliser, de l’occupation des volumes de l’espace intérieur jusqu’à la gestion de l’énergie, a mis en avant l’argument de la rationalisation des dépenses budgétaires. Et un séjour prolongé dans le berceau provisoire entraînerait un surcoût.

     

    La musique du solstice

     

    Le point de vue de la Dame de Manosque était autre. Pour elle, la priorité n’était pas l’argent, mais le souffle de vie, qu’il ne fallait, d’aucune manière, ni interrompre, ni mettre à mal. D’où sa proposition d’attendre les beaux jours pour bénéficier de la clémence des éléments.

    Musique du débat.

    Musique de l’instinct maternel.

     

    La musique du solstice

     

    Musique de la prudence et de la sagesse.

    La sagesse a toujours un prix. Et comme la parole maternelle n’était pas un « bla-bla-bla » creux et vain, la Dame de Manosque se portait volontaire pour prendre à sa charge le surcoût qu’aurait engendré le report du convoyage.

    Lâcher le cordon de la bourse, plutôt que les amarres !

    Musique de l’engagement et de la générosité.

    Et comme à l’accoutumée, c’est toujours le capitaine en exercice qui a le dernier mot.

    Musique de l’impatience, de la détermination, voire de l’intrépidité.

    Faudrait-il remarquer dans cette intrépidité le gène qui ne manquerait pas d’éclore sous la forme du voyage initiatique ? La tentation est grande, très grande.

    Ainsi, par la volonté du capitaine, le Zeph, tout confus et tout inexpérimenté, affronterait les démons de l’hiver.

     Le capitaine était intrépide, mais pas suicidaire. En effet, pour la nouvelle aventure, il a fait appel au devoir de compagnonnage. L’appel était lancé en direction du skipper de la première heure, qui a tout de suite accepté de donner une nouvelle fois un coup de main.

     

    La musique du solstice

     

    Musique de la complémentarité, de l’entraide.

    Marin de l’urgence, le mentor de toujours partageait la même pinède avec la Dame de Manosque.

    Au pays de Giono, la musique du solstice était une musique à deux voix. Musique de l’instinct maternel et de la disponibilité paternelle. Mais une seule partition, celle de la solidarité intergénérationnelle.

    Musique du dévouement.

    Musique d’un cœur disposé à se mouvoir, prompt à s’émouvoir.

    Et le convoyage a eu lieu, avec des inquiétudes étouffées et une confiance volontairement exaltée.

    Première étape, grâce à la contribution du parrain de la première heure : quitter Golfe-Juan et rejoindre Toulon. Au milieu, halte nocturne à Saint-Tropez.

     

    La musique du solstice

     

    Saint-Tropez attendait le Zeph avec les illuminations de l’espérance. Foule raréfiée, mais lumières généreuses. Malgré sa notoriété internationale, Saint-Tropez a toujours pour le Zeph une place dans son giron. Belle hospitalité de la Riviera !

    Deuxième étape, réalisée une semaine après : rallier Port Napoléon à partir de Toulon, sans s’arrêter en cours de route.

    Après avoir dévalé le couloir rhodanien avec impatience, l’équipe de la relève a rejoint le Zeph dans le port de Toulon, avec les denrées de l’autonomie.

     

    La musique du solstice

     

    Agréable surprise : l’extrême douceur de la température était de bon augure. La voiture serait garée près du débarcadère des ferries. Elle y attendrait la fermeture de la boucle par voie de terre.

    Plaisir de la glisse, grâce à la très grande stabilité de la nouvelle coque. Plaisir nouveau, et de loin non négligeable. Ravissement exquis apporté par le nouvel habitat flottant.

     

    La musique du solstice

     

    Après neuf heures de route en compagnie d’un soleil charmeur, le Zeph a atteint son port d’attache.

    Le lendemain, le Zeph était l’un des premiers bateaux à être grutés.

     

    La musique du solstice

     

    Inspection de la coque, par acquit de conscience. Rien à signaler, comme il fallait s’y attendre.

    Rangements de première urgence, puis c’était la route du retour.

    Initialement, il était prévu un pré-acheminement en bus pour rejoindre le train qui allait à Toulon en passant par Marseille. Manque de chance, la liaison ferroviaire entre Port-de-Bouc et Marseille était supprimée, pour cause de changements à l’occasion du solstice. Seule solution de repli : le bus régional, avec une pause à Martigues.

    Grincements et palpitations, à cause de l’incertitude quant aux horaires et aux itinéraires. La mer du solstice semblait moins contrariante que la terre ferme.

    Arrivée à Martigues à la montée des lumières.

     

    La musique du solstice

     

    L’esprit du Zeph, pressé de retrouver la voiture laissée à Toulon, ne pouvait qu’entrevoir le caractère festif de la cité portuaire. Au cours des mois suivants, il multiplierait ses visites à Martigues, pour le plaisir des yeux, mais aussi des papilles.

    Le bus de Martigues s’est bien arrêté à la gare Saint-Charles de la cité phocéenne.

     Marseille, l’Athènes de l’Occident.

     

    La musique du solstice

     

    L’Antiquité avait laissé un cadre majestueux et une ambiance de prospérité. Le Zeph s’y sentirait toujours comme chez lui.

    Quelle joie et quelle fierté d’arriver enfin à la gare de Toulon !

    Musique d’une victoire.

    Musique de l’accomplissement d’un tour de force, qui possédait une valeur prémonitoire et qui renfermait, à l’état embryonnaire, un projet qui ne s’appelait pas encore « voyage initiatique ».

    Des paquets cadeaux géants ornaient le parvis de la la gare.

    Pour rejoindre la voiture, on traversait le marché de Noël. On passait de nouveau devant la statue de la Liberté, qui était drapée de guirlandes scintillantes.

     

    La musique du solstice

     

    Scintillements de circonstance, certes. Mais vis à vis du capitaine, c’étaient autant de clins d’œil amusés à sa nouvelle liberté : désormais, il serait libre d’aller où il voudrait dans le giron du Zeph, sans aucune contrainte, sans avoir à baisser la tête ou à courber le dos !

    Musique d’un nouveau confort, indispensable à l’endurance.

    Musique d’une très grande satisfaction, quand la voiture, retrouvée intacte, a quitté le port de Toulon pour remonter le couloir rhodanien.

    Désormais, le Zeph aurait tout le loisir de se lier d’amitié avec les plumeaux de la Camargue, de jour avec la complicité de Dame Nature, ou de nuit, grâce au savoir-faire des magiciens du groupe F.

     

    La musique du solstice

     

    La musique du solstice était une polyphonie qui chantait la stratégie de l’adaptabilité dans la quête d’authenticité. Authenticité du bercail, du chez soi, du cadre de vie.

    Agapes lyonnaises pour fêter la réussite de la nouvelle adoption filiale.

    Chloé s’appellerait désormais, à Port Napoléon, Zéphyros II.

     

    La musique du solstice

     

    La musique du solstice avait l’agréable sonorité du vin capiteux qui ruisselait dans la carafe.

    Nouvelle identité administrative, nouvelle tranche de vie.

    Musique du foisonnement des projets.

    Musique de l’accélération du désir de Grèce !


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  • La musique de Noël est joyeuse, vivifiante, optimiste.

    Puisse-t-elle emplir nos êtres le plus longtemps possible !

     

     

    La musique de Noël

     

    Joyeux Noël à tous !

     

    La musique de Noël

     

     Buon Natale a tutti !

     

    La musique de Noël

     

    Χαρούμενα Χριστούγεννα σε όλους !


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  • Ben-Hur et Messala étaient comme deux frères. La musique de leur fraternité était celle de l’insouciance. Insouciance nourrie par leur jeunesse vigoureuse. Insouciance exaltée par la magie de Jérusalem, en dépit de son statut de ville occupée.

     

    La musique de la fraternité

     

    Même quand Messala est revenu en Judée au nom du pouvoir impérial romain, cette musique du partage et de l’affection résonnait encore dans la caserne de la garnison militaire ou dans la maison des Hur, au moins dans les premiers temps.

    La famille de Ben-Hur considérait Messala comme l’un des leurs. Le lien fraternel était né de l’adoption filiale.

     

    La musique de la fraternité

     

    La musique de la fraternité était une musique à deux voix : musique de la générosité de la part des Hur, et musique de la gratitude de la part de Messala.

    Des années plus tard, la même scène s’est jouée, non plus à Jérusalem, mais à Rome. Non plus dans la demeure des Hur, mais dans la villa de Quintus Arrius.

    Il arrive que la relation fraternelle intègre un écart d’âge et se mue en adoption filiale. Mais le mobile du rapprochement et de l’adhésion demeure inchangé : l’autre est séduisant parce que c’est un être valeureux.

    Ben-Hur a sauvé la vie au consul Quintus Arrius à l’occasion de la bataille navale.

     

    La musique de la fraternité

     

    Double dette de la part du commandant de la flotte à l’égard du rameur : sauvé de la noyade au milieu des coques en flammes, puis empêché de se suicider sur le radeau de la survie, l’officier a tout de suite remercié comme il se devait son sauveur.

    Sur le vaisseau du triomphe, le privilège et l’honneur d’être le premier à goûter l’eau douce apportée par l’intendance revenaient au galérien.

     

    La musique de la fraternité

     

    Quintus Arrius a laissé Ben-Hur se désaltérer avant de boire lui-même.

    Civilité et gratitude. Très beau geste pour souhaiter la bienvenue sur la demeure flottante, auréolée de gloire.

    Sur la mer, Quintus Arrius a ouvert à Ben-Hur son prestigieux habitat de marin. Sur la terre ferme, le général a laissé son protégé se tenir à sa droite, sur le même char de triomphe, qui se présentait devant l’empereur.

    Et Quintus Arrius s’est aussi employé à ouvrir le cœur de l’autorité suprême à la cause de celui qui avait été jadis condamné suite à la chute d’une tuile de la toiture. Avec insistance et persuasion, Quintus Arrius a plaidé l’innocence de Ben-Hur, comme si les deux hommes appartenaient à la même famille.

    Quintus Arrius a ouvert l’un après l’autre tous les espaces de gloire pour en faire bénéficier Ben-Hur : le vaisseau de la victoire, le char de parade, le tribunal impérial, le Grand Cirque, où par cinq fois déjà, Ben-Hur a mené à la victoire l’attelage de son bienfaiteur.

    Il restait un dernier espace, où Quintus Arrius ne pouvait pas ne pas introduire Ben-Hur. Il s’agissait de l’espace temporel de la lignée. Substituer à l’hérédité par les liens du sang, l’hérédité par l’adoption filiale.

    Ultime étape pour Quintus Arrius : donner au fils qu’il avait perdu un frère en la personne de Ben-Hur, et officialiser la désignation du nouvel héritier.

    Donc, grande réception dans la villa du consul Quintus Arrius.

    La musique de la fraternité était celle de l’allégresse. La musique de l’entrée dans la fratrie était jouée par l’eau jaillissant des fontaines et par des orchestres. Rythmes exotiques grâce aux tambours des provinces du lointain Sud, et mélodies de charme, grâce à des instrumentistes talentueux.

     

    La musique de la fraternité

     

    La harpe apportait la contribution des cordes pincées. La flûte, celle des instruments à vent. Le sistre, celle des percussions.

    Musique des réjouissances pour célébrer la fraternité élargie.

    C’était dans cette ambiance festive qu’a eu lieu le geste symbolique le plus essentiel : la transmission de l’anneau sigillaire.

    Le bijou qui incarnait l’honneur et la respectabilité de la famille était dans la main droite de Quintus Arrius, sur l’index, le doigt qui montre, qui désigne.

     

    La musique de la fraternité

     

    En ce jour-là, c’était Ben-Hur qui était désigné comme l’héritier de la lignée d’Arrius. Alors Quintus Arrius a tenu le bras droit de Ben-Hur. En effet, l’ancien galérien est devenu le bras droit du commandant de la flotte depuis l’instant où le premier avait plongé dans les eaux meurtrières et porté secours au second.

    L’anneau sigillaire est donc passé de la main droite de Quintus Arrius à celle de Ben-Hur. Désormais, Ben-Hur pourrait apposer sur tous les documents administratifs le sceau de la lignée qui venait de l’adopter. Ce serait la signature d’Arrius le Jeune. Et l’un de ceux qui ne tarderaient pas à l’apprendre, ce serait Messala, celui qui, jadis, était comme son frère à Jérusalem.

    La musique du lien fraternel est portée par la vision d’un destin commun. Cette vision du devenir en partage est suscitée par une communauté des gènes ou une similitude des penchants.

    La musique de la fraternité est celle d’un âge d’or. Âge d’or pour Messala, tant qu’il pouvait aller et venir comme il voulait sous le toit bienveillant des Hur. Âge d’or pour Ben-Hur, tant qu’il portait l’anneau sigillaire de son père adoptif.

    La relation fraternelle n’a pas besoin de la connivence de la génétique pour être intense, émouvante et exceptionnelle. La musique n’en est que plus poignante.

    Pour divertir quelques spécimens de la noblesse romaine en vacances dans le Sud de la péninsule, Spartacus le Thrace et Draba l’Éthiopien devaient combattre en duel jusqu’au dernier souffle, dans une arène où la petite taille avait un double but : offrir le cadre et l’ambiance d’un concert privé, tout en exacerbant l’émotion et le suspens.

     

    La musique de la fraternité

     

    C’était l’Éthiopien qui finalement a eu raison du Thrace.

    L'injonction de mettre à mort retentissait avec insistance de la tribune des spectateurs.

     

    La musique de la fraternité

     

    Incertitude, puis coup de théâtre. Le coup de pouce du destin s’appelait « lien fraternel ».

    Draba s’est retourné vers la tribune des donneurs d’ordre, a lancé son trident vers le personnage central, et s’est élancé dans la même direction que son arme. La répression ne s'est pas fait attendre. Draba a été transpercé dans son dos par un javelot romain pendant qu’il escaladait la palissade qui soutenait les sièges de ceux qui avaient commandé le spectacle.

     

    La musique de la fraternité

     

    Hurlements de douleurs, crissements des doigts sur l’appui devenu vain.

    Musique de l’agonie.

    La musique de la fraternité récente et inattendue entre Draba et Spartacus avait des accents tragiques.

    En s’affaissant, le corps de Draba tendait sa nuque à l’ennemi, qui n’était pas celui qui mordait la poussière, mais celui qui était tout étincelant sur son siège. Le Romain a sorti sa dague, sectionné un vaisseau sous la nuque découverte. Giclement qui disait toute la violence de la scène. Le sang de l’Éthiopien a atterri sur le visage du Romain.

     

    La musique de la fraternité

     

    La musique de la fraternité assumée utilisait aussi l’art du contrepoint. La créature immaculée s’est retrouvée souillée par le sang d’un esclave désobéissant. Le bruit mat qu’a fait le sang quand il a atterri sur le visage du Romain implacable avait la sonorité d’une revanche. C’était la note qui a engendré l’envol de la musique de la fraternité entre les esclaves.

    Frères pour la dignité, après avoir été frères dans la servitude.

    Frères pour la liberté, après avoir été frères dans l’oppression.

    La musique de la nouvelle fraternité entre les opprimés résonnait au cours de leurs chevauchées sur les pentes du Vésuve.

    Elle avait une vocation universelle.

    Elle allait en s’amplifiant et progressait vers Brindisi.

    Pourquoi Brindisi ? Parce qu’une promesse disait que la fraternité conduisait à la liberté, dont le seuil serait Brindisi. Promesse de pirates, ciliciens en l’occurrence, que l’état-major romain a vite fait de balayer. Cruauté du destin, certes. Mais aussi, savoir-faire d’un redoutable adversaire.

    Acculée face à la mer à cause de la trahison des pirates, prise en tenailles par des légions qui venaient et du Nord et du Sud, la fraternité des opprimés a entonné le chant de la dignité et de l’espoir. Puis la loi des armes a parlé, au détriment des anciens esclaves.

    Musique d’une fraternité endeuillée.

    Point d’oraison funèbre.

    Sur le champ de bataille, seuls les gémissements des survivants brisaient le silence. Mais ce n’était qu’une première impression, hâtive et superficielle. Car si l’on tendait l’oreille, et c’était ce que faisait le général vainqueur, celui-là même qui, jadis, avait été éclaboussé par le sang de Draba l’Éthiopien, l’on s’apercevrait que la musique mortuaire distillait son contrepoint.

    En effet, se mêlaient au chant funèbre les pleurs d’un nouveau-né. C’était l’enfant de Spartacus, qui venait de naître. Musique de la revanche.

    Autre strophe de la fraternité en survie : au moment de l’identification du chef des esclaves, tous les prisonniers se sont levés et chacun a crié qu’il était Spartacus en personne. Musique de la solidarité malgré l’infortune.

    À défaut d’être universelle, car les anciens maîtres ont réussi à circonscrire la révolte et à la mater, la musique de la fraternité des esclaves était en passe de devenir éternelle, car elle se parait des sonorités de l’héroïsme.

    Puis l’art du contrepoint, qui servait la musique de la revanche, a connu son apothéose.

     

    La musique de la fraternité

     

    Dans les rangs des auto-affranchis, figurait un certain Antoninus, qui connaissait la langue d’Homère mieux que l’art du combat militaire. Il était le premier à hurler qu’il était Spartacus pour empêcher l’ennemi de capturer vivant le vrai chef des esclaves.

     

    La musique de la fraternité

     

    Avant de combattre pour la liberté, Antoninus était au service du général vainqueur. Le regard perspicace du Romain a décelé une connivence toute particulière entre Antoninus et le véritable Spartacus. Connivence qui était le reflet d’un lien affectif réel. Spartacus appréciait spécialement la présence et la contribution d’Antoninus. Inversement, Antoninus avait beaucoup d’estime pour le valeureux chef qu’était Spartacus.

    Pour son plaisir personnel, le général vainqueur a ordonné qu’Antoninus et Spartacus s’affrontent dans un combat à mort, avec la consigne que le survivant serait crucifié.

     

    La musique de la fraternité

     

    L’aîné voulait coûte que coûte épargner à son frère d’armes l’atroce mort sur la croix et il y est parvenu. Il a demandé pardon avant d’enfoncer le glaive dans le corps de l’être aimé.

    Musique des effusions. Effusions de tendresse pendant l’effusion de sang. Déclaration d’adoption mutuelle. L’un, pour dire qu’il aurait aimé avoir l’autre comme père. Et l’autre, de répondre qu’il aurait aimé avoir pour fils celui qu’il était en train de serrer dans ses bras. Le premier à parler était Antoninus, celui qui s’apprêtait à partir définitivement. Dernière étreinte affectueuse, avant la terrible étreinte de la mort. Dernière étreinte affectueuse, mais aussi la première du genre, dans leurs existences de frères d’armes.

    Bien que la mer soit de suie et de sang, elle a engendré la relation fraternelle entre Ben-Hur et Quintus Arrius. En toute cohérence, la mer ne pouvait étouffer et détruire ce qu’elle avait fait naître. C’est pourquoi, face à la mer, la fraternité entre Antoninus et Spartacus ne pouvait que se renforcer, jusqu’à passer de l’implicite à l’explicite.

    Dans ces deux cas, le premier à venir vers l’autre était le plus jeune.

    La fraternité sous-entend des liens de sang, mais pas toujours.

    En revenant de son premier séjour à Rome, le Zeph a donné une réception à Marciana Marina, sur l’île d’Elbe. Les invités se nommaient Martine et Bruno. Ils étaient spécialistes du droit français et férus de la culture italienne. Le Zeph leur a proposé l’apéro à son bord pour les remercier de leur invitation à boire le café sur leur jonque.

     

    La musique de la fraternité

     

    L’échange de civilités, suivies d’invitations, avait eu lieu la veille, à l’heure de la passeggiata, devant les restaurants de l’ancien bourg des pêcheurs.

    À cette occasion, le capitaine a aussi souhaité la bienvenue à l’un de ses cousins maternels. Ce soir-là, à bord du Zeph, il y avait effectivement deux branches du même arbre généalogique. Mais, ce qui rendait l’instant exceptionnel et l’occasion mémorable, c’était la fraternité inattendue, élargie.

    La musique du partage fraternel était si entraînante qu’elle transformait l’apéro en dîner.

     

    La musique de la fraternité

     

    Spontanément, le sentiment d’appartenir à une même fratrie enveloppait toutes les personnes qui étaient à bord du Zeph. L’animation des agapes et les volutes de fumées odorantes qui s’échappaient des marmites donnaient à la musique de la fraternité ses plus beaux timbres.

    Le lendemain des agapes improvisées, Martine et Bruno étaient repartis, avec beaucoup de discrétion, laissant le Zeph dans la nostalgie et la mélancolie.

    Frère de l’instant. Frère d’hier. Frère de toujours ?

    Frère d’un jour. Frère pour la vie ?

    Oui, pour Draba et Spartacus. Oui, pour Antoninus et Spartacus.

    Quelle belle leçon de l’Antiquité sur la sincérité et la fidélité qui œuvrent à l’édification d’une relation fraternelle ! Née de l’instant présent, la musique de la fraternité vogue vers l’éternité car elle chante ce qu’il y a de plus essentiel dans l’existence : l’amour désintéressé et réciproque.


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