• Du temps de la préhistoire du Zeph, nous choisissions la place Omonia chaque fois que nous avions à dormir à Athènes.

     

    Le parfum du café

     

    Pour aller voir l’Acropole, les poteries inspirées par l’Antiquité, les sublimes bagues byzantines ou les sandales au cuir si odorant, nous passions toujours par un endroit où se répandait généreusement la bonne odeur du café torréfié.

    Parfum suave, qui faisait oublier la fraîcheur descendue de la voûte étoilée.

     

    Le parfum du café

     

    Parfum des yeux dessillés.

    Parfum d’une douce appétence.

    Parfum stimulant, qui apportait la bonne humeur et l’entrain.

    Plaisir délicieusement δημοτικό – ΔΗΜΟΤΙΚΟ.

    Là où commençait la rue 3ης Σεπτεμβρίου – 3ΗΣ ΣΕΠΤΕΜΒΡΙΟΥ, les effluves de la torréfaction étaient les plus abondants.

    L’Italie aussi a son art d’embaumer l’espace public avec l’exquise odeur de la torréfaction. Le Zeph en a fait l’agréable expérience lors de son premier séjour à La Spezia.

     

    Le parfum du café

     

    En vérité, à ce moment-là, La Spezia n’était qu’une solution de repli, car les sites voisins, plus renommés, pratiquaient des prix excessifs. Donc nous avons utilisé La Spezia comme tremplin et c’était le train qui nous menait vers les Cinque Terre.

     

    Le parfum du café

     

    Pour aller à la Stazione à partir du port, il fallait traverser les jardins publics qui longeaient le bord de mer et formaient une immense oasis de fraîcheur, puis emprunter l’axe piétonnier qui remontait vers le centre historique. À l’autre bout de cette voie piétonne, l’agréable arôme de la torréfaction prenait la relève des effluves boisés.

    Parfum de la stimulation.

     

    Le parfum du café

     

    Parfum de l’ouverture des horizons.

    Parfum de début d’excursion.

    Parfum prometteur, qui mettait en forme pour découvrir Riomaggiore avec la lumière de l’Est.

     

    Le parfum du café

     

    C’était sur la Piazza Saint Bon, juste avant d’arriver à la Stazione, que le café torréfié répandait son arôme envoûtant.

    Nous humons le café, nous le dégustons aussi, avec extase même.

    Il existe des situations où le café s’impose, sans discussion. Quand le matin est encore blême, et que l’attente du ferry ou du bus a commencé avant l’aube. Ou que la pluie diluvienne qui était tombée la veille ne s’est pas du tout arrêtée pendant la nuit. C’est ce qui nous est arrivé lors de notre première halte à Ithaque. Il a plu, il a plu, sans arrêt, du matin au soir, puis du soir au matin. Pluie incessante, ciel gris et bas, paysages lugubres. À tel point que nous avons dû fuir l’île, sans penser un instant que Pénélope nous arrosait de ses larmes. Vite, sans aucun état d’âme, nous avons décidé de nous réfugier sur l’île voisine, qui était Céphalonie. Gentiment, des Grecs nous ont indiqué qu’il y avait un ferry qui faisait la liaison entre Ithaque et Céphalonie, mais qu’il fallait prendre sur l’autre versant de l’épine dorsale d’Ithaque, à Πίσω Αετός – ΠΙΣΩ ΑΕΤΟΣ. Un bus nous mènerait de la baie de Βαθύ – ΒΑΘΥ où nous passions la nuit, jusqu’à Πίσω Αετός – ΠΙΣΩ ΑΕΤΟΣ. Seulement, il faudrait se lever très, très tôt le matin pour attraper ce bus. C’est ce que nous avons fait. La pluie qui ne s’était pas arrêtée depuis la veille et l’amoncellement des nuages assombrissants donnaient l’impression qu’il faisait encore nuit quand nous sommes montés dans ce bus à Βαθύ – ΒΑΘΥ. La route serpentait le long de la ligne des crêtes pendant un long moment. Quand nous sommes arrivés à Πίσω Αετός – ΠΙΣΩ ΑΕΤΟΣ, aucun commerce n’était ouvert. Après de très longs moments d’attente sous l’auvent d’un bar, nous avons pu enfin goûter un café grec qui nous redonnait un peu de tonus. Parfum de la mise en forme, mais aussi de l’hospitalité. Car la patronne du bar a bien voulu que nous attendions dans son établissement l’arrivée du bateau pour l’île de Céphalonie, sans que nous devions passer à d’autres consommations.

    Par anticipation, ce café de l’attente avait aussi le parfum de la consolation, car nous ignorions tout de la terrible épreuve qui nous guettait. Nous voulions fuir le déluge, nous nous sommes retrouvés comme dans une nasse !

    Quitter le quai du désenchantement pour accoster un autre quai du désenchantement !

     

    Le parfum du café

     

    Consternation au moment du débarquement.

    Un môle nu, rude, antipathique, presque grossier et hostile, nous toisait.

    À peine arrivé, le ferry était aussitôt reparti.

     

    Le parfum du café

     

    Service minimun pour le ferry, désarroi maximun pour le touriste naïf et imprudent.

    Nous avions le sentiment que l’on nous a abandonnés à l’orée d’un désert. Le lieu avait l’allure d’un désert, non pas parce que la végétation se raréfiait, mais parce que le pays ne semblait pas habité. Du débarcadère, nous sommes montés jusqu’à la route qui passait au-dessus. Les quelques informations glanées par-ci, par-là laissaient entendre qu’il y aurait un bus local qui passerait pour nous amener vers Αργοστόλι – ΑΡΓΟΣΤΟΛΙ, la capitale de l’île. Mais personne n’arrivait à dire quand ce bus local passerait, ni où se trouvait l’arrêt.

    Le naufrage était total !

    De l’autre côté du détroit, pas de café. Donc pas de parfum de café. Seulement le parfum de la peau qui transpirait à cause de la chaleur et de l’inquiétude, et le parfum de la terre meuble, sèche, sur une route poussiéreuse.

    Non pas que les Grecs de l’autre côté du détroit ne servaient pas de café. Mais pour les deux routards abandonnés, l’heure n’était pas à la détente mais au guet. Il fallait guetter l’hypothétique bus salvateur, et s’installer à un tournant supposé stratégique. Il allait de soi qu’aucun panneau n’indiquait le lieu de l’arrêt. Faute de siège comme sur une terrasse de café, l’on s’adossait ou l’on s’arc-boutait comme on pouvait, sur les murs de pierre qui délimitaient les jardins bordant la route.

    Un Grec qui prenait soin de son espace de verdure nous a vus par-dessus son muret. Lui aussi, guettait, mu par sa curiosité et sa bienveillance. Il a confirmé que nous étions au bon endroit pour attendre le bus, qui ne passerait que dans trois heures. Trois heures sous un soleil de plomb ! Puis est arrivé ce qui devait arriver. L’empathie a engendré l’hospitalité. Le Grec nous a fait entrer dans son oasis de fraîcheur et nous a offert le café de la délivrance. Un café bien grec, au sens propre, comme au sens figuré.

    Parfum de la simplicité.

    Parfum d’humanité.

    Parfum du soulagement et de la joie.

    Le lieu où nous avons failli faire naufrage sur l’île de Céphalonie était Σάμη – ΣΑΜΗ.

    Le café de Σάμη – ΣΑΜΗ avait le parfum de la mise à l’épreuve avant d’avoir celui du miracle.

    Le café a laissé son empreinte olfactive dans l’histoire du Zeph.

    On voulait que le Zeph entame une mue. Qu’il s’agrandisse pour être plus hospitalier. Question de confort, mais aussi de sécurité. Il sera plus long de quelques mètres, mais surtout, il offrira un giron plus spacieux. Ses nouvelles dimensions lui apporteront plus de stabilité sur les flots.

    Pendant que l’indispensable mue s’amorçait, nous sommes retournés vers les lieux qui étaient ceux de l’enchantement au cours de la première existence du Zeph. Porto Ercole faisait partie de ceux-là.

    Pour ces escapades du souvenir, nous avons choisi le mode de vie en plein air.

     

    Le parfum du café

     

    La simplicité du cadre de vie n’était pas incompatible avec le désir de rendre le temps savoureux. Le parfum du café y a beaucoup contribué.

    Le café à domicile et non en terrasse.

     

    Le parfum du café

     

    Plaisir de l’autonomie.

    Savourer son café chez soi.

    S’offrir des délicatesses.

    La mue du Zeph donnait lieu à un agrandissement mais aussi à un embellissement.

    Semaine après semaine, le capitaine s’attelait à l’immense tâche de rénovation.

     

    Le parfum du café

     

    Le café agrémentait des pauses bien reposantes et accompagnait le regard de la satisfaction.

     

    Le parfum du café

     

    Se dégourdir les doigts, oublier le vrombissement du moteur et le crissement de la meule. Accorder du repos aux oreilles en humectant son palais avec un breuvage chaud qui sentait bon la torréfaction.

    Le café pour le plaisir personnel et pour le lien social.

    Après sa mue, le Zeph est retourné à Procida, dans la baie de Naples. Non pas à la Marina Grande, où il s’était arrêté les deux fois précédentes, mais à Chiaiolella, au Sud-Ouest de l’île.

     

    Le parfum du café

     

    Comme à son habitude, le capitaine s’est mis à marchander la place au ponton. Pas de chance, le boss de la concession nautique était intransigeant : il n’y aurait pas de rabais. Et le Gaulois, de continuer à harceler le Napolitain, quitte à multiplier les traits d’esprit. Le Napolitain a fini par se piquer au jeu. L’interdiction d’accorder des rabais restait irrévocable. Mais le Napolitain a suffisamment de subterfuges pour adoucir la situation sans enfreindre la consigne officielle, bien connue de ses subalternes. C’est ainsi que le Napolitain a offert au Gaulois des jetons pour la douche sur le rivage, et même des tickets de bus pour aller faire la passeggiata à la Marina Grande.

    Puis le Napolitain a aidé le Gaulois à trouver aisément un dépannage pour un souci technique.

    Pour remercier le Napolitain et le séduire encore plus, le Gaulois a proposé un café avec le raffinement dernier cri. Le boss de la concession nautique connaissait-il la pub de George Clooney en matière de café ? Rien n’était moins sûr. Mais le Napolitain était tout content de venir goûter le café offert à bord par celui qui lui avait subtilement tenu tête.

    Café de l’inflexibilité assouplie, de la rigidité amadouée.

    Parfum d’honneur dans une joute aristocratique, qui convoquait l’humour et non l’agressivité.

    Puis parfum de l’estime réciproque.

    Le capitaine, toujours avec le protocole de la séduction, a proposé au Napolitain de choisir entre différents parfums : Kazaar, Dharkan, Indriya, Roma, Caramelito, Vanilio...

    Le Napolitain s’est exclamé, avec le cri du cœur : Roma !

    Réponse émouvante, et très cohérente.

    L’Italie se nourrit à deux mamelles : celle du Nord, qui est Roma, et celle Sud, qui est Napoli.

    L’exotisme des Kazaar, Dharkan, Indriya...n’intéressait pas le Napolitain. Il voulait un parfum de chez lui, qui le flatterait tout en le changeant de son quotidien immédiat. Un seul parfum répondait à cette attente : celui de la mamelle du Nord.

    Le parfum du café offert à Chiaiolella était celui du fantasme avant d’être celui du plaisir.

    Il y a aussi le café qui a été préparé avec soin pour Cassandre, et qui l’attend toujours.

     

    Le parfum du café

     

    Parfum du souvenir.

    Parfum d’une très forte empathie.

    Cassandre a eu le même ennui que le capitaine. Nous souhaitons à Cassandre un prompt rétablissement. Que tout se raccorde et se consolide parfaitement, avec le minimun de douleur !

    Offrir une tasse de café est un geste de courtoisie, qui n’effraie pas, mais qui peut vaincre la timidité de l’interlocuteur et le séduire beaucoup.

    Le café offert est une déclaration d’empathie, une ébauche de lien social.

     

    Le parfum du café

     

    Parfum de la palpitation de la vie.

    Parfum tantôt de la gravité, tantôt de la légèreté de l’existence.

    Subtil agrément pour enchanter ou consoler.

    Le parfum du café est un surprenant miroir olfactif de l’aventure, sur terre et en mer.


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  • Pendant que les Bleus faisaient leur ascension vers leur titre de champions du monde, une autre ascension avait lieu à πάτμος – ΠΑΤΜΟΣ, l’île où Saint Jean avait reçu les visions de l’Apocalypse.

     

     

    Nous sommes montés au sommet de l’île pour visiter le monastère dédié à l’apôtre.

     

     

    Cette balade vers les hauteurs nous a permis de nous imprégner du cadre où Saint Jean a consigné la Révélation qu’il avait reçue.

     

     

    Le chapitre 8 de l’Apocalypse parle d’une offrande d’encens qui se déroule devant le trône céleste. Le parfum de l’encens est une agréable odeur de pureté et de sainteté.

    À cette occasion, l’encens est offert avec les prières des fidèles.

    Parfum d’intimité avec la transcendance.

    Parfum d’approbation.

    Après la visite du monastère, nous avons retrouvé l’actualité du jour, qui était la rencontre entre la France et la Croatie en demi-finale. Les insulaires ne cessaient d’encenser l’équipe de France, qui a fini par battre l’adversaire 2 buts à 1.

     

     

    Quand l’encens du stade s’est répandu dans la plus belle avenue du monde, nous étions à κάλυμνος – ΚΑΛΥΜΝΟΣ.

     

     

    À ce moment-là, nous ignorions que la découverte de κάλυμνος – ΚΑΛΥΜΝΟΣ avec le parfum de la victoire qui s’échappait du Stade de France était un heureux présage. Car des années plus tard, ce serait avec l’ouzo et la retsina de la diaspora kalymniote installée à Port-Saint-Louis-du-Rhône que le Zeph préparerait son voyage initiatique.

     

     

    La saison de Noël du voyage initiatique a débuté à Pozzuoli, là où Saint Paul avait accosté pour la première fois le sol italique. Initialement, le capitaine avait prévu Ischia ou Naples. Mais en définitive, c’était à Pozzuoli que le capitaine a donné rendez-vous au mousse. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de dernière minute du capitaine ? D’où venait son inspiration ?

    Pozzuoli n’avait d’intérêt que par rapport à Rome, qui était la destination finale de Saint Paul. À Rome, le Zeph a contemplé l’arc de triomphe de Titus, et surtout le bas-relief qui montrait le butin rapporté du Temple des Hébreux.

     

     

    Dans le butin, se voit distinctement le chandelier à sept branches, dont la place était dans le Lieu appelé « le Saint » du Temple. Dans ce « Lieu Saint », se trouvait également l’autel de l’encens. Les volutes de la fumée d’encens se paraient des reflets apportés par la lumière du chandelier pendant que celle-ci s’embaumait du parfum de l’encens offert par les prêtres.

     

     

    Ainsi, quand le Zeph contemplait le chandelier à sept branches sur l’arc de triomphe de Titus, il humait aussi le parfum de l’encens du Temple des Hébreux.

    Naviguer sur les traces de Saint Paul, c’est emprunter la route de l’encens, au sens propre, mais aussi au sens figuré.

    Le chemin entre Pozzuoli et Rome était le dernier tronçon du troisième voyage missionnaire de Saint Paul, qui a demandé à comparaître devant la plus haute autorité judiciaire de l’Empire pour défendre les intérêts de la Bonne Nouvelle.

    Dans sa deuxième épître adressée à la congrégation de Corinthe, Saint Paul écrivait :

    « Grâce soit rendue à Dieu qui toujours nous emmène dans un cortège triomphal, en compagnie du Christ, et qui, par notre entremise, en tout lieu, rend perceptible l’odeur de sa connaissance ! C’est que nous sommes pour Dieu une bonne odeur de Christ... »

    (Chapitre 2, versets 14, 15a)

     

     

    Ainsi, par son service missionnaire, Saint Paul rend perceptible la bonne odeur du message apporté par le Nazaréen, bonne odeur qui rappelle le parfum de l’encens offert dans le « Lieu Saint » du Temple des Hébreux.

    Le chemin entre Pozzuoli et Rome emprunte le tracé de la Via Appia Antica.

     

     

    En suivant les traces de Saint Paul, en mer et sur terre, l’esprit du Zeph s’est laissé conduire par le parfum de l’encens amené de la lointaine Judée.

    Il en ressort que le choix de Pozzuoli comme point de départ de la saison de Noël était voulu par la Providence afin que la route du Zeph soit féconde grâce au parfum de l’encens.

     

     

    Le parfum de l’encens est un marqueur de territoire. Il scelle un domaine sacré. Et appartient au sacré la flamme qui donne sens à la vie et qui se nomme l’amour.

    L’amour comme lien sacré qui apporte la cohésion au cosmos.

    L’amour comme lien de pureté.

    C’est pourquoi le même mot est utilisé en hébreu pour nommer l’encens offert dans le Temple et pour évoquer le parfum d’une jeune paysanne qui s’appelle Sulamite et qui éprouve un amour indéfectible envers son berger bien-aimé.

     

     

    On trouve dans le livre de l’Exode les instructions pour la fabrication de l’autel de l’encens :

    וְעָשִׂיתָ מִזְבֵּחַ מִקְטַר קְטֹרֶת עֲצֵי שִׁטִּים תַּעֲשֶׂה אֹתֹֽו ׃

    Et tu devras faire un autel comme endroit pour brûler l’encens : en bois d’acacia tu le feras.

    ( Chapitre 30, verset1 )

    La racine קָטַר qui désigne la combustion de l’encens pour un usage sacré apparaît à nouveau dans le Cantique des cantiques, qui prend le ton de la curiosité et de l’étonnement pour parler du charme de la jeune Sulamite :

    מִי זֹאת עֹלָה מִן־הַמִּדְבָּר כְּתִֽימֲרֹות עָשָׁן מְקֻטֶּרֶת מֹור וּלְבֹונָה מִכֹּל אַבְקַת רֹוכֵֽל ׃

    Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d’oliban, de toutes les poudres du colporteur ?

    ( Chapitre 3, verset 6 )

    Occurrence à la fois dans le registre sacré et dans un contexte érotique.

    La jeune Sulamite résiste aux avances du roi Salomon et reste fidèle à son berger.

    Par sa pureté, l’amour qu’éprouve la Sulamite pour son berger bien-aimé est une émanation du sacré.

    L’amour véritable n’est pas banal. Il est en lien avec le divin.

    Le parfum de la Sulamite est un parfum de séduction. Mais c’est aussi le parfum qui exprime la distinction et l’incorruptibilité. C’est en cela qu’il est semblable au parfum de l’encens offert dans le « Lieu Saint » du Temple.

    Parfum pour célébrer l’amour qui est sacré comme la vie.

    C’est ce parfum de l’encens qui fait que le Cantique des cantiques est le plus beau chant d’amour.

    Le chemin attendu pour la fumée d’encens est le chemin vertical.

    Le lien de la verticalité entre la terre où séjourne l’homme et les cieux qui le coiffent n’a trait qu’à une chose : la vie. La vie comme don immérité venant d’en haut, comme offrande solennelle venant d’en bas, comme objet de requête dans les moments de détresse extrême.

    Quand l’adversité menace, quand l’anéantissement est tout proche, seul le parfum de l’encens peut accompagner les mots du désarroi mêlés à ceux de l’espérance.

     

     

    Dans une de ses mélodies, le roi David disait :

    תִּכֹּון תְּפִלָּתִי קְטֹרֶת לְפָנֶיךָ מַֽשְׂאַת כַּפַּי מִנְחַת־עָֽרֶב ׃

    Que ma prière soit préparée comme un encens devant toi,

    L’élévation de mes paumes comme l’offrande céréalière du soir !

    ( Psaumes, chapitre 141, verset 2 )

    On retrouve encore la racine קָטַר qui se rapporte à l’encens brûlé.

    Ici, la pensée et la parole du psalmiste associent clairement la prière du juste à l’encens offert dans le Temple.

     

    Le parfum de l'encens

     

    La prière pour le rétablissement d’un être cher est-elle considérée comme une prière de juste ?

    Il y a un an, le Zeph a failli se retrouver orphelin. Du fond de ses entrailles, s’est élevée la supplication :

    Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !

    Laissez-le-moi

    Encore un peu...

    Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !

    Même si j'ai tort

    Laissez-le-moi

    Un peu

    Même si j'ai tort

    Laissez-le-moi

    La chanson française a mis en musique ce cri déchirant. Mais que dit le cours des choses, après l’épreuve de l’anesthésie et du scalpel ?

    La rémission du capitaine témoigne que la supplication du Zeph a eu la chance d’être reçue comme l’encens, qui incitait la Providence à se montrer clémente.

    Un jour sans parfum est un jour perdu, avait-on coutume de dire dans l’Égypte antique.

     

     

    Le silence olfactif signifie la vacuité du temps et une existence insipide.

    Le parfum de l’encens fait partie de la substance du temps.

    Puissent nos jours se vivifier grâce au parfum de l’encens, qu’il exprime l’action de grâce ou la supplication !


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  • La rose est un des attributs d'Aphrodite.

     

    Le parfum de la rose

     

    Le parfum de la rose est un parfum de la féminité, de la sensualité et de la volupté.

    Du temps de la préhistoire du Zeph, un pèlerinage a été effectué sur les lieux de la naissance d'Aphrodite.

     

    Le parfum de la rose

     

     La déesse a choisi le rivage sud de l’île de Chypre pour faire sa première apparition. Le site se nomme πέτρα του Ρωμιού – ΠΕΤΡΑ ΤΟΥ ΡΩΜΙΟΥ.

    L'art de la Renaissance associe spontanément la naissance d'Aphrodite à la présence du génie tutélaire du Zeph.

     

    Le parfum de la rose

     

    Ζέφυρος – ΖΕΦΥΡΟΣ, qui fait venir le vent d’ouest, est drapé d'un manteau bleu pâle, fermé par un nœud.

     

    Le parfum de la rose

     

    Ses joues gonflées propulsent un souffle d'allégresse qui fait danser une multitude de roses, décoiffe la mer et pousse le coquillage de la déesse vers le rivage.

    Ainsi, dès les premiers instants, il existe une relation privilégiée entre Aphrodite et l’inspirateur du Zeph. L’art du peintre montre que la déesse en est bénéficiaire. L’art du poète et du chroniqueur indiquera comment Aphrodite dispensera à son tour ses bienfaits à tout ce qui est lié à Ζέφυρος – ΖΕΦΥΡΟΣ.

    Attribut d’Aphrodite, la rose se dit ῥόδον – ῬΌΔΟΝ en grec. Les sonorités du mot grec se reconnaissent aisément dans le nom de la plus grande île du Dodécanèse. La plus grande, la plus érudite et la plus glorieuse.

     

    Le parfum de la rose

     

    C’est l’île de Rhodes, qui se dit en grec Ῥόδος – ῬΌΔΟΣ. Un tel nom, au parfum de grandeur et de gloire, ne peut se dissocier de la présence d’Aphrodite. En effet, les flots qui baignent l’île ont restitué une effigie en albâtre de la déesse.Témoignage à la fois de la ferveur de la dévotion antique et de la finesse de l’art rhodien.

    Nue, Aphrodite sort du bain. Le genou droit posé à terre, elle caresse son élégante chevelure.

     

    Le parfum de la rose

     

    Sublime vision, qui fait la fierté du Musée Archéologique de Rhodes. Offert à la contemplation du visiteur, l’exemplaire est unique.

    Le parfum de la rose, apporté par Aphrodite, n’a pas qu’une valeur d’agrément. Il peut aussi signifier l’assurance d’une protection.

    L’Iliade raconte que le parfum de la rose accompagne un miracle médical voulu par des Olympiens.

     

    Le parfum de la rose

     

    Hector a été tué par Achille dans un duel qui avait pour but de venger la mort de Patrocle.

     

    Le parfum de la rose

     

    Le prince troyen a été traîné derrière le char du vainqueur, qui faisait ainsi trois fois le tour des murailles. La dépouille devait finir en miettes pour être ensuite donnée aux chiens.

     

    ὣς φάτ᾽ ἀπειλήσας· τὸν δ᾽ οὐ κύνες ἀμφεπένοντο,

    ἀλλὰ κύνας μὲν ἄλαλκε Διὸς θυγάτηρ Ἀφροδίτη

    ἤματα καὶ νύκτας, ῥοδόεντι δὲ χρῖεν ἐλαίωι

    ἀμβροσίωι, ἵνα μή μιν ἀποδρύφοι ἑλκυστάζων.

    τῶι δ᾽ ἐπὶ κυάνεον νέφος ἤγαγε Φοῖβος Ἀπόλλων

    οὐρανόθεν πεδίον δέ, κάλυψε δὲ χῶρον ἅπαντα

    ὅσσον ἐπεῖχε νέκυς, μὴ πρὶν μένος ἠελίοιο

    σκήλει᾽ ἀμφὶ περὶ χρόα ἴνεσιν ἠδὲ μέλεσσιν.

    ΙΛΙΑΔΟΣ Ψ

     

    Cependant les chiens n’approchaient point d’Hector ; Aphrodite, la fille de Zeus, les éloignait et la nuit et le jour ; elle répandit une huile céleste et parfumée de roses sur le corps de ce héros, afin qu’Achille ne pût le déchirer en le traînant sur la poussière, et Phébos Apollon, du haut des cieux, abaissant un épais nuage jusque dans la plaine, enveloppe tout l’espace qu’occupe le cadavre, pour que les nerfs et les membres ne soient point desséchés par l’ardeur du soleil.

    ILIADE, chant XXIII, vers 183 – 190.

     

    Protéger le corps contre la flétrissure, préserver l'intégrité et l'éclat malgré les meurtrissures.

    Parfum de la sollicitude.

    Parfum de l’inaltérable.

    Après les dix mois d’immersion continue dans les mers de l’Occident et de l’Orient qu’il avait fréquentées au cours du voyage initiatique, le Zeph est ressorti tout propre et tout rutilant, comme s’il n’avait pas quitté le ber de Port Napoléon.

     

    Le parfum de la rose

     

    Tout comme le corps d’Hector, les flancs du Zeph ont été protégés de toutes flétrissures.

    Aphrodite, qui est née de l’écume de la mer et qui a accepté l’offrande des pétales de roses, n’a pas manqué de témoigner sa bienveillance en prenant soin de la partie immergée de la coque.

    Le jour de la présentation du Zeph aux divinités de la mer, trois servantes d'Aphrodite, au parfum de séduction capiteux et irrésistible, ont honoré la cérémonie de leur présence en chair et en os.

     

    Le parfum de la rose

     

    Le bouquet de roses qui servait à la préparation de la libation privilégiait deux teintes.

     

    Le parfum de la rose

     

    Teinte de la chair qui s’empourpre sous l’effet de la passion, et teinte de l’or pour exprimer la durabilité dans le temps, voire l’éternité.

    La libation destinée à être répandue dans la mer était de l’eau de rose, où flottaient des pétales fraîchement immergés.

     

    Le parfum de la rose

     

    Après le geste de piété à l’antique, il y a eu le festin à l’antique. À la table du festin, des roses, avec la même harmonie pourpre et or, rappelaient que le Zeph venait d’être confié à la clémence des divinités de la mer.

     

    Le parfum de la rose

     

    En plus de l'enveloppe matérielle qui assure la flottabilité et la performance des manœuvres, qu'est-ce qui est encore inaltérable ? Le bonheur de la convivialité.

     

    Le parfum de la rose

     

    Parfum de l'hédonisme.

    Parfum d’un souvenir impérissable.

     

    Le parfum de la rose

     

    Qu’est-ce qui échappe aussi aux flétrissures du temps ? La confiance accordée au Zeph et l'affection qu'on lui porte. Et en retour, la fidélité et la bravoure du Zeph.

    L'existence du Zeph et son histoire s'embaument délicieusement du parfum de la rose.

    Parure inflétrissable du temps, parfum vivace d’un καιρός – ΚΑΙΡΟΣ magique.


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  • Le parfum de la pinède est très agréable, surtout quand il prend la relève de l’air iodé du grand large.

    Dans l’archipel ionien comme dans le Dodécanèse, l’arrivée dans un port est toujours suivie de l’exploration de l’arrière-pays, dont les espaces boisés sont une véritable source d’enchantement.

     

    Le parfum de la pinède

     

    La pinède répand généreusement son parfum de fraîcheur et de bien-être.

    La mobilité au milieu des essences résineuses donne à l’organisme la sensation de se ressourcer librement.

    Parfum revitalisant.

    Parfum de connivence avec la terre nourricière.

    Parfum d’évasion, de liberté.

    Sur le chemin de retour du voyage initiatique, le Zeph s’est arrêté à Ajaccio. L’appel, non pas du large, mais de la forêt était irrésistible. Alors le capitaine et le mousse sont retournés voir les pins laricio du GR 20.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Halte-souvenir aux aiguilles de Bavella. C’était la troisième visite. La première visite avait eu lieu avec sacs à dos et bâtons de marche, en venant du Sud. La deuxième visite avait eu lieu aussi avec sacs à dos et bâtons de marche, mais en venant du nord.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Pente escarpée pour le choix de la première fois, ligne de niveau interminable avec le choix de la deuxième fois. Souffle coupé et gorge en feu lors du premier assaut, jambes tétanisées lors de la deuxième approche. Une fois l’épreuve terminée, la forêt de pins laricio avait un suave parfum de rédemption.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Dans notre expérience du GR 20, la forêt de pins laricio avait un parfum de rédemption dès la toute première étape. En venant du Sud, la toute première étape était le refuge d’I Paliri. Inconscients et mal organisés, nous n’avions fait que la moitié du chemin quand la nuit noire se mettait à nous envelopper. Il a fallu nous arrêter d’urgence et vite trouver un coin pour planter la tente. Mais le problème n’était ni l’obscurité, ni le camping improvisé. Cette nuit-là, le gros souci était le manque d’eau. Par bonheur, l’instinct de survie de celui qui sera plus tard le capitaine du Zeph a trouvé une source au milieu des pins laricio.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Autre halte-souvenir grâce à la place au port d’Ajaccio : Vizzavona, point d’articulation des deux tronçons nord et sud du GR20. Notre premier essai de GR 20 a failli s'arrêter là, et non à Calenzana, à cause de la pluie et du froid qui s’acharnaient sur nous depuis plusieurs jours, même en plein mois d’août. Trempés comme des canards et grelottant comme deux misérables, nous cherchions un lit pour pouvoir enfin dormir au sec. Le futur capitaine ne voulait pas un dortoir. On nous a proposé une chambre bien coquette tout en haut d’un hôtel. Nous avons tout de suite dit oui, à cause de l’élégance des lieux. Et quel était le nom de l’hôtel salvateur ? « I Laricci » ! « Laricci », qui était le pluriel corse de laricio.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Une sublime odeur de savon embaumait la chambre. Les draps, tout blancs, sentaient bon la lavande. La pinède virtuelle dont se réclamaient les hôteliers exhalait un doux parfum de confort.

    Mêmes délices olfactifs et visuels dans la salle à manger.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Surprise des lieux : le parfum des pins laricio de la Corse se mêlait à celui des forêts de l’Atlas marocain.

    Sans aucun doute, à l’hôtel « I Laricci », flottait le parfum de la propreté et de la séduction. Mais pour trouver le parfum de la générosité, c’était au restaurant de la gare de Vizzavona qu’il fallait aller.

     

    Le parfum de la pinède

     

    C’est ce que nous avons fait lors de notre deuxième essai de GR 20. On nous a apporté des plats très copieux, accompagnés de bières pression Pietra extrêmement fraîches. Le service à table était alerte et joyeux. Cette fois-là, sous le soleil radieux de Vizzavona, le parfum des pins laricio était celui d’une très belle hospitalité corse.

    Il existe une autre pinède dont raffole le Zeph, c’est celle de la Via Appia.

    Pinède ornementale, dont les éléments sont des pins parasols.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Parfum de gloire, lié à la grandeur de Rome.

    Mais aussi parfum d’humilité, car la route consulaire s’est imprégnée du message apporté par les disciples du Nazaréen.

    Parfum de l’histoire. Parfums des instants mémorables du temps.

    Parmi ceux-ci, il y en a un où le corps de la pinède a joué un rôle décisif.

    C’était à Salamine, en l’an 480 avant notre ère.

    Xerxès, le Grand Roi, voulait venger l’affront qu’avait subi son père à Marathon. 1200 vaisseaux perses ont encerclé la péninsule attique. Athènes a envoyé des émissaires à Delphes pour consulter l’oracle, qui associait le salut à un « mur de bois ». Beaucoup ont cru à une palissade, qui n’a pas empêché les Perses d’incendier Athènes. Seul Thémistocle a compris que l’oracle parlait de la coque des navires. Et cette coque était faite avec le bois de la pinède. La légèreté du matériau permettait une plus grande maniabilité aux navires grecs, qui pouvaient ainsi harceler à leur guise les mastodontes perses englués dans le détroit de Salamine.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Parfum de l’intelligence, de la bravoure et de l’efficacité.

    C’est ainsi que les 350 trières grecques, faites essentiellement de pin, ont eu raison des 1200 navires perses.

    À Salamine, le parfum de la pinède était un parfum de victoire.

    Parfum de l’audace. Oser défier la machine de guerre du Roi des Rois.

    Parfum de l’honneur. Honneur d’avoir accompli son devoir civique.

    Parfum de la fierté. Fierté d’avoir sauvé la toute jeune démocratie.

    Parfum élogieux de la mémoire.

    Parfum euphorisant jusqu’à nos jours.

    C’est pourquoi la Grèce des temps modernes a fait une reconstitution de ces trières de pin qui ont eu leurs heures de gloire à Salamine. L’héritière s’appelle Olympias.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Comme le Zeph, elle est grutée pour être au sec après avoir affronté les flots.

    Comme le Zeph, elle se fait dorloter sur un ber.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Pour les archéologues qui ont participé à la reconstitution de la trière antique, le parfum de la pinède était un parfum de fidélité à l’Histoire.

    Parfum du temps.

    Parfum de l’instant triomphant.

    Parfum des hauts faits.

    Parfum des moments favorables.

    Tout récemment, le parfum de la pinède a offert au Zeph un moment mémorable. C’était lors de la visite de l’Équinoxe.

    Dans un premier temps, le hasard a écarté le houblon et l’anis de la table des convives.

    Il ne restait plus que les effluves de résine de pin pour parfumer le breuvage des uns et des autres.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Pour la muse de l’Équinoxe, c’était le parfum de la nouveauté, et celui du plaisir.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Son verre avait la couleur ambrée de la retsina. Celui du capitaine du Zeph, aussi.

     

    Le parfum de la pinède

     

    Ce samedi 19 mai 2018, à l’apéro, le parfum de la pinède rehaussait grandement celui de la convivialité.

    Parfum de rédemption sur la terre ferme, parfum de victoire sur les flots, parfum d’amitié entre navigateurs : béni sois-tu, parfum de la pinède !

     


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