• Octobre 2018

    Échanges avec le mousse :

    Lui : Dis, c'est quoi le nom de l'appareil qui te sert à monter l'ancre ?

    Moi : Un guindeau.

    Lui : Et c'est quoi ce que tu as fait monter par Nicolas de Accastillage Diffusion ?

    Moi : La télécommande du guindeau.

    Lui : Est-ce que l'ancre descend par le même endroit que là où elle monte ?

    Moi : Je ne réponds pas aux questions bêtes !

    C'est quand même dingue, hein ? T'as un mousse qui est mousse et qui connaît rien au bateau, malgré les plus de 10 ans de navigation (O tempora, o mores !...), et ce mousse-là, il te débite des phrases bien architecturées, ordonnées, réfléchies, documentées, qui t'amènent toujours, à la fin, à te poser 1000 questions sur la condition humaine. Pas celle d'André, hein ? La tienne !!...

  • La question de la transparence a étreint le Zeph de façon déroutante, cocasse et dramatique quand il se trouvait à Macinaggio, au Nord-Est de le la Corse.

    Au cours de son premier voyage à Rome, le Zeph s’y est arrêté pour s’approvisionner en eau. Peine perdue ! Un garde-frontière, juché sur une tour de guet en flottaison, filtrait l’entrée en criant à tue-tête que le port était complet. Le capitaine lui expliquait que nous voulions seulement de l’eau. Sur un ton catégorique et avec beaucoup de dédain, le garde-frontière a répondu qu’à cette heure-ci, tous les robinets étaient fermés. Nous étions en début d’après-midi. Était-ce possible que personne au port ne pouvait avoir accès à l’eau à ce moment-là ? Le capitaine réitérait sa requête. Le garde-frontière maintenait la dureté de ses paroles et la dureté de son cœur. Pire encore, il s’est payé la tête du quémandeur en se moquant de la gestuelle de celui-ci.

    Les paroles du garde-frontière étaient opaques. Son cœur aussi était opaque.

    Imbu de son pouvoir, l’homme s’agitait comme un policier qui faisait la circulation à un croisement au Pakistan.

    Écran de mots, écran de gesticulation.

    L’opacité du cœur dissimulait-elle l’appât du gain qui s’y nichait ?

    Neuf ans plus tard, l’écran d’opacité s’est-il dissout ? Les mentalités ont-elles évolué afin que Macinaggio remonte dans l’estime du Zeph ?

    Nullement ! En août dernier, l’accès au port était toujours cadenassé par la rhétorique !

    Les photos n’ont pas été prises en noir et blanc, mais en couleurs. Témoins ces quelques morceaux de ciel bleu. Mais autour du Zeph, tout s’assombrissait. Le ciel s’apprêtait à devenir complètement opaque. La mer, aussi.

     

    La transparence des heures

     

    Comme si l’opacité de ceux qui administraient la baie de Macinaggio finissait par déteindre sur le cadre spatio-temporel.

    Macinaggio vient de macina, mot qui est utilisé sur le rivage d’en face, c’est-à-dire en Toscane, pour désigner une meule. Dans le dialecte toscan, le vocable macinaggio se réfère à celui qui manie la meule pour moudre le grain ou écraser les olives.

    En effet, dans cette partie de la Corse, qui est si proche de l’archipel toscan, la présence de moulins situés au Nord-Est du port, à la Punta di a Coscia qui ferme la baie, corrobore la filiation linguistique.

    L’emprunt à la langue toscane ne peut concerner seulement le sens propre et bannir le sens figuré. Et que dit la racine toscane macina pour le sens figuré ? Hélas, elle renvoie à des choses extrêmement négatives, dont la lourdeur, la voracité et le dérèglement.

    Le lien entre la meule et la lourdeur est facile à concevoir.

    En Toscane, l’on dit :

    Mi sento una macina sullo stomaco

    pour signifier :

    J’ai un poids énorme sur l’estomac.

    L’aspect massif de la meule et la lourdeur qui s’y rattache conduisent à une formulation de la brutalité et de la violence.

    En Toscane, macinare qualcuno signifie rudoyer quelqu’un, le malmener ( pestarlo, malmenarlo ).

    Quant aux deux autres connotations péjoratives concernant la consommation et le dérèglement, quel est le rapport avec la meule ?

    L’hyperphagie de la meule qui consomme le grain à moudre crée dans l’imaginaire toscan la vision de la gloutonnerie et de la voracité.

    À Macinaggio, la voracité était celle des bateaux qui affluaient en masse vers le mouillage, se dépêchaient de lâcher leur ancre au mépris de la sécurité et de la bienséance, pour s’emparer à tout prix de l’emplacement convoité. Pas de voracité sans frénésie ni délire. Encerclé et assiégé, le capitaine était aux abois. Succombant à l’oppression, il suffoquait de colère et de désespoir.

     

    La transparence des heures

     

    Osons filer la métaphore jusqu’au bout : les neurones du capitaine étaient complètement pulvérisés. L’impatience, la hargne et l’insatiabilité des voisins ont fini par être comme une meule qui réduisait en fine poussière tout effort de lucidité et toute tentative de rebond chez lui. L’épuisement et le défaitisme étaient si pesants qu’il était comme cette particule de farine qui ne pouvait que murmurer : « Advienne que pourra ! »

    Dans de telles conditions, comment le Zeph a-t-il fait pour ne pas être lui aussi réduit en miettes à cause des flots hystériques, du vent infernal et de la dureté de cœur des gens qui administraient la baie ?

    Seules les divinités ont l’explication du miracle de la survie momentanée.

     

    La transparence des heures

     

    Le verbe toscan macinare, qui désigne l’action de moudre, est souvent associé au mot palmento, qui signifie aussi meule, dans l’expression macinare a quattro palmenti. Littéralement, l’on entend « moudre avec quatre meules ». Mais le Dizionario Treccani en donne de façon saisissante la véritable signification. En effet, l’on peut lire dans l’illustre ouvrage de référence :

    Frequente l’uso figurato, macinare a quattro palmenti, mangiare avidamente, con ingordigia, anche in senso traslato, con allusione a guadagni e profitti illeciti, specialmente da parte di chi ricopre cariche pubbliche.

    Emploi imagé fréquent, moudre avec quatre meules, manger avidement, avec cupidité, même au sens métaphorique, avec allusion aux gains et profits illicites, spécialement de la part de ceux qui occupent des fonctions publiques.

    Le dialecte toscan associe la racine macina avec l’avidité, en précisant clairement que l’avidité en rapport avec l’argent, c’est la cupidité, qui n’hésite pas à aller jusqu’à la transgression de ce qui est licite.

    Hélas, cette dernière nuance linguistique avait aussi son illustration concrète pendant le séjour du Zeph dans les eaux de Macinaggio.

    En effet, le capitaine a vu plusieurs gros bateaux battant pavillon italien et fuyant l’orage comme nous, entrer dans le port et ne plus en sortir, tandis qu’à nous, on nous avait dit juste avant, à la VHF, que c’était « complet ». Le lendemain matin, le capitaine, qui était de nouveau au bord de la crise de nerfs, a réitéré sa demande, et de derrière les phares d’entrée, on lui a répondu que le port était « plus que complet ».

    Le soir du premier jour, le port était seulement « complet ». Le matin du deuxième jour, il était « plus que complet », avec l’appui de la locution adverbiale qui marque le degré supérieur. Entre les deux moments, l’espace entre les quais s’était donc dilaté, mais cette dilatation n’a pas profité au Zeph.

    Que sont devenus les bateaux qui étaient entrés en surplus ? L’administration du port a trouvé de la place pour eux dans les deux particules de la locution adverbiale « plus que » !

    L’espace était dilatable pour les bateaux auxquels le port a fait une faveur, mais pas du tout pour un Zeph qui venait l’on ne sait d’où. Cette dilatation partiale et différenciée a-t-elle eu lieu sans qu’il y ait un échange pécuniaire très, très particulier ? C’est là où prend toute sa valeur l’allusion au dérèglement lié à l’argent, que véhicule la racine toscane macina.

    Se pouvait-il qu’il y avait, non seulement existence, mais récurrence d’un désordre éthique dans l’administration ? L’opacité serait là pour dissimuler cette pratique déshonorante.

    N’en déplaise aux inconditionnels de la bonne réputation, le clin d’œil à l’étymologie nous autorise à dire que Macinaggio s’est plu à rouler le Zeph dans la farine, senza vergogna.

    Les heures transparentes à Macinaggio ont montré l’étrange et malheureuse adéquation entre un toponyme et le comportement des personnes qui fréquentaient le lieu.

    La transparence des heures dévoile les rouages secrets de l’avidité et de l’indignité. Mais elle donne aussi à voir le mécanisme interne de la bonté et de la générosité.

    À Savona, pas d’orage menaçant, pas de vent en furie, pas de houle déchaînée, pas de parole biaisée, pas de voisin envahissant, agressif ou dangereux. À Savona, tout était calme et paisible. Du matin au soir, tout baignait dans la courtoisie.

    Les heures transparentes à Savona montraient un art de vivre bâti sur un profond respect d’autrui. L’autre, c’est-à-dire le visiteur venu en bateau ou en voiture, le vendeur qui n’était pas natif d’ici, un proche parmi la parenté.

    Pas de bousculade, pas de mépris, pas de crispation. Pas de gestes brusques, pas de regards dédaigneux, pas de voix tonitruante. Le désaccord se réglait avec les bonnes manières.

    Le crépuscule mettait en évidence la transparence des ballons qui faisaient miroiter les lucioles de la montée des lumières. En amont de la capitainerie, des parents ont acheté un de ces aéronefs sphériques pour leur fille assise dans une poussette.

     

    La transparence des heures

     

    En aval de la capitainerie, les parents ont demandé à échanger contre un autre ballon transparent. L’échange s’est fait en toute cordialité.

    À Savona, on prenait le temps de vivre en paix avec son prochain, dans la Darsena Vecchia comme dans la Via Pia, l’artère principale du Centro Storico.

    À toute heure de la journée, il flottait dans la Via Pia un air de prospérité. Prospérité de jadis, évoquée par les nombreuses façades Renaissance. Prospérité de maintenant, qui a d’heureuses répercussions sur le vivre ensemble.

    Là où la Via Pia offrait une perspective sur la Darsena Vecchia, l’architecture rivalisait d’ingéniosité pour exalter la spiritualité.

     

    La transparence des heures

     

    Sur les murs volontairement transparents de la modernité, venait se refléter l’Oratorio del Cristo Risorto, comme si les différents bâtiments faisaient un seul et même corps, malgré les nombreux siècles qui les séparaient.

    Tout en haut de l’Oratorio, l’oriflamme n’était pas quelconque. Il arborait la scène de l’Annonciation.

     

    La transparence des heures

     

    À gauche, l’ange Gabriel, avec des fleurs à la main, annonçait à Marie sa maternité. À droite, la jeune femme, portant l’auréole de la sainteté, s’agenouillait pour recevoir le message de l’ange.

    Au début de la Via Pia, on passait de l’Oratorio del Cristo Risorto à la Chiesa di San Giovanni Battista en changeant seulement de trottoir. Traverser la chaussée à cet endroit, c’était comme si l’on parcourait le chemin qu’avait fait Marie juste après l’Annonciation, quand elle allait de la Galilée jusqu’en Judée pour rendre visite à sa cousine Élisabeth, qui portait depuis six mois l’enfant destiné à devenir le Baptiste.

    Le capitaine et le mousse sont entrés dans la Chiesa di San Giovanni Battista quelques minutes seulement avant la fermeture du site. Voulant disposer d’un peu plus de temps pour engranger des souvenirs sur la carte-mémoire, le capitaine a demandé à l’homme qui attendait pour éteindre les lumières et clore les portes, quand nous pourrions voir de nouveau l’intérieur éclairé.

    L’homme, avec le ton de la douceur et un sourire dépourvu des scories de la malice, a répondu : « Domani, alle otto ! »

    Information délivrée sur le ton de la promesse. Pas n’importe quelle promesse, mais celle d’un homme de parole. Promesse dont la certitude de l’accomplissement transparaissait à travers la bienveillance.

    Effectivement, le lendemain, à huit heures du matin, l’église était ouverte, avec la lumière des lustres. Accès libre, entièrement libre, sans gardien chargé de dresser les barrières de la proprietà privata.

    L’édifice était consacré au cousin qui avait vu le jour six mois avant le Nazaréen. Le premier a baptisé le second dans les eaux du Jourdain.

     

    La transparence des heures

     

    Celui qui donnait le baptême, Jean le Baptiste, était facilement reconnaissable par sa tenue vestimentaire : il était vêtu de poil de chameau.

    La piété à Savona l’appelait Propheta Altissimi – Le plus grand prophète, car tout son ministère était consacré à l’annonce, à l’identification et à la glorification du Messie qu’était son cousin.

    Grâce aux nombreuses baies vitrées, la lumière extérieure entrait avec aisance dans l’espace interne et l’inondait généreusement.

     

    La transparence des heures

     

    Cette transparence des murs n’offrait pas une vision du trône céleste, mais des effusions de la bienveillance qui venait d’en haut.

    La belle hospitalité qui était pratiquée dans la maison dédiée au Baptiste était une réminiscence de l’accueil chaleureux que sa mère avait jadis réservé à la cousine venue de Nazareth.

     

    La transparence des heures

     

    Cette rencontre est relatée dans l’évangile. En effet, on peut y lire :

    Ἀναστᾶσα δὲ Μαριὰμ ἐν ταῖς ἡμέραις ταύταις ἐπορεύθη εἰς τὴν ὀρεινὴν μετὰ σπουδῆς εἰς

    καὶ εἰσῆλθεν εἰς τὸν οἶκον Ζαχαρίου καὶ ἠσπάσατο τὴν Ἐλισάβετ

    KATA LOYKAN 1

     

    Marie donc se leva en ces jours-là et se rendit en hâte dans le pays montagneux, vers une ville de Juda,

    et elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

    Évangile selon Luc, chapitre 1, versets 39 et 40

     

    Le texte grec insiste sur l’empressement de Marie. Tout de suite après l’annonce faite par l’ange Gabriel, elle s’est mise en route. La diligence de la jeune femme laissait transparaître sa promptitude à coopérer avec le dessein divin.

    Le peintre florentin Jacopo Carucci, dit le Pontormo, montre la profonde émotion suscitée par ces retrouvailles inattendues.

    Au premier plan, Marie et Élisabeth tendent les bras pour s’embrasser.

     

    La transparence des heures

     

    Marie est à gauche et porte sur sa tête un foulard rose.

    À l’arrière, deux servantes assistent au câlin.

    Les lignes arquées qui sous-tendent les profils, la douceur des gestes et la délicatesse du toucher expriment la tendresse féminine.

    Les protagonistes ne sont que des femmes. C’est donc une affaire uniquement de femme à femme.

    Le volume des étoffes traduit la maternité sans enlaidir la silhouette féminine. La masse des tissus est importante, mais ils ne semblent ni pesants, ni encombrants. Au contraire, ils sont en lévitation, comme les corps qu’ils recouvrent.

    Les pieds esquissent un pas de danse pour participer à l’allégresse du moment.

    Le regard intense d’Élisabeth rend l’avenir de Marie transparent.

    Les couleurs chatoyantes des vêtements sont là pour dire la splendeur du double miracle et l’éclat de la Bonne Nouvelle.

    L’évangile continue en ces termes :

    καὶ ἐγένετο ὡς ἤκουσεν ἡ Ἐλισάβετ τὸν ἀσπασμὸν τῆς Μαρίας ἐσκίρτησεν τὸ βρέφος ἐν τῇ κοιλίᾳ αὐτῆς καὶ ἐπλήσθη πνεύματος ἁγίου ἡ Ἐλισάβετ

    καὶ ἀνεφώνησεν φωνῇ μεγάλῃ καὶ εἶπεν Εὐλογημένη σὺ ἐν γυναιξίν καὶ εὐλογημένος ὁ καρπὸς τῆς κοιλίας σου

    καὶ πόθεν μοι τοῦτο ἵνα ἔλθῃ ἡ μήτηρ τοῦ κυρίου μου πρὸς μέ

    KATA LOYKAN 1

     

    Eh bien, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, le tout petit enfant dans sa matrice bondit ; et Élisabeth fut remplie d’esprit saint,

    et elle cria avec un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni est le fruit de ta matrice !

    Comment se fait-il donc que j’aie le privilège de voir la mère de mon Seigneur venir à moi ?

    Évangile selon Luc, chapitre 1, versets 41 à 43

     

    Le récit de Luc montre la justesse de l’intuition d’Élisabeth.

    Les mouvements du fœtus ne sont perceptibles que par la mère. C’est pourquoi la mention du bond qu’Élisabeth a senti dans ses entrailles est une sorte de révélation de l’intime. C’était comme si le texte grec rendait transparent le ventre de la mère pour mettre en évidence l’enjeu de la manifestation physiologique qui venait de s’y produire. L’iconographie byzantine donne à voir cette transparence.

    Le texte grec ne dit pas que le fœtus a bougé, mais qu’il a « bondi ». Le verbe σκιρτάω – ΣΚΙΡΤΑΩ évoque la vivacité de la réaction, le tonus de l’organisme, la force du mouvement et la franche expression d’un sentiment que la mère appellera, au verset 44, « allégresse ». La transparence ménagée par le texte grec ne livre pas des images fixes, mais un véritable film.

    Quand son enfant a tressailli, Élisabeth n’a pas considéré ce mouvement comme une banalité. Au contraire, elle a associé le bond du fœtus à la salutation de Marie. L’enfant porté par Élisabeth a sans doute perçu les sons émis par Marie, mais cette perception sonore ne donnait aucune information sur la nouveauté qu’apportait la visiteuse. Le fœtus d’Élisabeth n’a pas réagi par rapport à un lien de parenté, mais par rapport au nouvel état de la parente. Les choses se sont passées comme s’il voyait et identifiait le fœtus d’en face. Autrement dit, comme s’il y avait une transparence inter-utérine !

    Élisabeth confirmait la réaction de son enfant et appelait Marie la « mère de son Seigneur ». Dès cette rencontre, le fœtus de Marie était déjà le « Seigneur » d’Élisabeth. Pour Élisabeth, l’avenir de cette double maternité était transparent. L’enfant de Marie serait celui qui apporterait la délivrance. Quant à son cousin, il serait celui qui préparerait la voie du Sauveur.

    Cette triple transparence exposée dans l’épisode de la visite de Marie à Élisabeth fait partie d’une transparence de plus grande envergure, qui est la transparence du dessein divin en faveur de l’être humain.

    Le peintre vénitien Jacopo Robusti, dit le Tintoret, montre les retrouvailles de Marie et Élisabeth en accentuant les courbures et en créant plus de mouvement.

    Les vêtements, amples et abondants, disent la féminité, la maternité et la générosité.

     

    La transparence des heures

     

    Élisabeth, qui est à gauche du tableau, se baisse. Son bras droit s’approche du ventre de Marie. Geste de curiosité, attitude affectueuse, et hommage à l’être qu’elle reconnaît déjà comme son « Seigneur ».

    Les corps incurvés des deux femmes et le flot des étoffes font penser à une ronde gracieuse, dont le balancement est à l’origine du ballet des bras.

    La grâce des gestes peints par le Tintoret est celle des personnes rencontrées par le Zeph à Savona.

    Quant à l’illustre Raffaello Sanzio, dit Raphaël, il peint sa Visitazione en prenant en compte la vision prophétique d’Élisabeth.

    Dans le tableau, Élisabeth est à gauche. Derrière elle, à l’horizon, on voit son fils baptiser celui de Marie.

     

    La transparence des heures

     

    Dans l’évangile selon Luc, les mots d’Élisabeth étaient non équivoques. L’instant de la rencontre était transparent. Son avenir, également. Des paroles prophétiques étaient prononcées à l’occasion de cette visite, comme si l’on pouvait voir clair dans le temps futur.

    Ce jour-là, les heures transparentes en Judée ravivaient l’espérance et laissaient entrevoir l’accomplissement de la promesse faite à Abraham.

    Transparence pour la délivrance.

    Transparence pour la joie.

    Transparence pour la pleine lumière.

    Transparence pour la gloire.

    Transparence pour la bénédiction.

    Transparence exclusivement féminine. Les époux étaient comme absents. Les Écritures ne parlent ni de Joseph, ni de Zacharie dans cet échange.

    À Macinaggio, le flot verbal et la gesticulation étaient complices dans l’opacité. En Judée, la parole et le geste étaient solidaires dans la transparence.

    Des quatre évangiles, seul celui selon Luc mentionne cette transparence inter-utérine. Si maints détails sur l’anatomie et la physiologie figurent dans le récit selon Luc, c’est parce que l’auteur était lui-même médecin. Connaissant bien le corps humain et son fonctionnement, l’évangéliste y prêtait particulièrement attention quand il relatait la diffusion de la Bonne Nouvelle.

    La transparence des heures est la bienvenue quand tout va bien. Elle est détestable dans le cas contraire. Faudrait-il la censurer pour ne pas voir les désagréments de l’infortune ? Une telle censure est-elle réalisable ?

    La question de la pertinence d’un tel filtre a été soulevée par Homère, au chapitre V de l’Odyssée. Dans ce chapitre, la nymphe qui avait sauvé Ulysse et qui l’hébergeait lui a fait une proposition très alléchante. Elle lui a proposé de devenir immortel, comme elle.

    Pourquoi lui a-t-elle fait cette proposition ?

    Geste de bonté ou calcul astucieux ?

    Celle qui offrait l’hospitalité a fini par s’éprendre de l’hôte.

    Quel mal y a-t-il à vouloir rester le plus longtemps possible avec l’être aimé, à vouloir le garder pour toujours ?

     

    La transparence des heures

     

    La nymphe se débrouillait déjà pas mal, parce qu’elle avait réussi à garder Ulysse près d’elle pendant sept ans. Sept ans, c’est-à-dire plus du double du temps où Poséidon en personne s’employait à entraver le retour à Ithaque.

    Comment la nymphe s’y prenait-elle pour retenir Ulysse ? Rusée et pleine de ressources, elle avait une allure envoûtante, de magnifiques cheveux, une voix d’or et des gestes de charme qui, jour après jour, mois après mois, année après année, avaient réussi à dissuader Ulysse de rentrer chez lui.

    Mais désormais la nymphe avait peur de devoir se séparer de son hôte. Elle ne voulait plus le quitter. Alors elle a employé les gros moyens. D’où la proposition de l’accès à l’immortalité.

    Quelle serait la réaction d’Ulysse ?

    La proposition de la nymphe était une épreuve pour le roi d’Ithaque.

    Ulysse allait-il se couper de son histoire, de ses racines spatiales et temporelles ? Accepterait-il de renoncer à ses souvenirs, de ne plus être l’époux de Pénélope et le père de Télémaque ?

    Ulysse pouvait-il sacrifier sa part d’humanité ?

    Le défi lancé à Ulysse était dans le nom même de la nymphe qui lui offrait l’hospitalité.

    Elle s’appelait Καλυψώ – ΚΑΛΥΨΩ. Ce nom propre vient du verbe καλύπτωΚΑΛΥΠΤΩ, qui signifie couvrir, cacher, dissimuler.

    Dans le texte d’Homère, l’action de cacher s’accomplissait très souvent en couvrant d’un voile.

    Certes, il y avait le voile en tant que parure. C’était avec Hélène ou Héra. Dans ce cas, le contexte mentionne toujours la blancheur de l’étoffe et son éclat. En la circonstance, le personnage s’enveloppait de sa coquetterie.

    Mais dans la plupart des situations, le verbe καλύπτωΚΑΛΥΠΤΩ décrit une isolation protectrice ou un ensevelissement mortel.

    Il y a le cas où le guerrier se couvrait à l’aide d’un bouclier, comme dans ces vers :

    Αἴας δ᾽ ὃ μέγας αἰὲν ἐφ᾽ Ἕκτορι χαλκοκορυστῇ

    ἵετ᾽ ἀκοντίσσαι : ὃ δὲ ἰδρείῃ πολέμοιο

    ἀσπίδι ταυρείῃ κεκαλυμμένος εὐρέας ὤμους

    σκέπτετ᾽ ὀϊστῶν τε ῥοῖζον καὶ δοῦπον ἀκόντων.

    Ὁμήρου Ἰλιὰς Π

     

    Le grand Ajax, toujours, sur Hector casqué de bronze, désirait lancer son javelot ; mais Hector, guerrier habile, de son bouclier de cuir couvrant ses larges épaules, surveillait les flèches sifflantes et le bruit des javelots.

    Homère, Iliade, chant 16, vers 358 à 361

     

    La transparence des heures

     

    Il s’agissait d’une attitude défensive contre une menace de mort.

    Il y a encore le cas où le guerrier avait le regard qui s’obscurcissait déjà à cause de la mort, comme dans ces vers :

    ἀλλ᾽ ὅτε δὴ πόρον ἷξον ἐϋρρεῖος ποταμοῖο

    Ξάνθου δινήεντος, ὃν ἀθάνατος τέκετο Ζεύς,

    ἔνθά μιν ἐξ ἵππων πέλασαν χθονί, κὰδ δέ οἱ ὕδωρ

    χεῦαν : ὃ δ᾽ ἀμπνύνθη καὶ ἀνέδρακεν ὀφθαλμοῖσιν,

    ἑζόμενος δ᾽ ἐπὶ γοῦνα κελαινεφὲς αἷμ᾽ ἀπέμεσσεν :

    αὖτις δ᾽ ἐξοπίσω πλῆτο χθονί, τὼ δέ οἱ ὄσσε

    νὺξ ἐκάλυψε μέλαινα : βέλος δ᾽ ἔτι θυμὸν ἐδάμνα.

    Ὁμήρου Ἰλιὰς Ξ

     

    Arrivés au gué du fleuve au beau cours, du Xanthe tourbillonnant qu’engendra Zeus immortel, ils descendirent Hector du char sur la terre, et l’aspergèrent d’eau. Il reprit haleine et leva les yeux ; à genoux, il vomit un sang noir ; puis il retomba en arrière, sur le sol, et ses yeux se voilèrent d’une nuit noire. Le projectile domptait encore son cœur.

    Homère, Iliade, chant 14, vers 433 à 439

     

    Le voile qui recouvrait le guerrier pourrait être celui de la disparition totale et définitive. À cette occasion, Homère n’omet pas d’indiquer la couleur noire du voile.

     

    La transparence des heures

     

    Dans la très grande majorité des situations, le texte d’Homère emploie le verbe καλύπτω – ΚΑΛΥΠΤΩ pour dire que la mort veut avoir le dernier mot, est en train d’avoir le dernier mot, ou vient d’avoir le dernier mot.

    Καλυψώ – ΚΑΛΥΨΩ était donc la nymphe qui cachait pour protéger et se protéger.

    Même avec la proposition de l’accès à l’immortalité, jusqu’à quel point Ulysse consentirait-il à vivre caché ?

    Allait-il se laisser envelopper par un voile qui menaçait de s’épaissir ? Pourrait-il accepter d’être voilé au point de perdre de vue Ithaque ?

    Καλυψώ – ΚΑΛΥΨΩ était la nymphe qui pourrait même ensevelir le projet de retour à la terre natale, et ce qu’il y avait d’humain chez Ulysse.

    Voile de l’amour ou voile de la mort ?

    En vérité, le marché que Calypso voulait conclure avec Ulysse portait sur plus d’opacité, et non sur plus de transparence.

    Comme Ulysse, prenons garde ! Comme lui, préservons le contact direct avec la vie véritable, malgré les malheurs qui se mêlent aux bonheurs.

    Comme Ulysse, le Zeph veut tirer profit de la transparence des heures en faisant le choix d’une vie chahutée par l’incertitude, où l’amertume et l’enchantement se disputent la préséance.

    La fragilité et la vulnérabilité sont inhérentes à la condition humaine. La transparence des heures fournit mille occasions pour trouver de la beauté dans cette fragilité et de la splendeur dans cette vulnérabilité.


    3 commentaires
  • Le désir peut venir d’en face, de la rive opposée. Il peut aussi naître juste à côté, sur le même bord.

    Au cinquième siècle avant notre ère, en face d’Athènes, de l’autre côté de la Mer Égée, c’était le territoire du Roi des rois. Un désir violent, impérieux et impérialiste poussait le monarque à ne faire qu’une bouchée de la toute jeune démocratie grecque.

    Mais les Grecs ne se laissaient pas avaler aussi facilement. En l’an 490 avant notre ère, Marathon avait déjà mis un frein au désir avide de l’ennemi.

    L’envahisseur, incarné par la dynastie perse des Achéménides, n’allait pas abandonner de sitôt son désir de Grèce. Devant Marathon, Darius le Perse a échoué. Désormais, c’était son fils Xerxès qui nourrissait le désir obsessionnel de venger la défaite subie à Marathon.

    Désir opiniâtre, stimulé par l’aiguillon ardent de l’hérédité.

    Désir implacable, suscité par une immense soif de vengeance.

    Chez Xerxès le Perse, le désir de Grèce s’affichait avec la plus grande transparence. Cette transparence avait une finalité double. Premièrement, il s’agissait de semer l’effroi chez l’ennemi. Deuxièmement, le Roi de rois y trouvait une jouissance anticipée de la victoire rêvée. Il va de soi que son désir de victoire ne pouvait qu’aller crescendo.

    Pour envahir la Grèce et la punir, il lui fallait passer de l’Asie à l’Europe. D’où l’indispensable traversée de l’Hellespont. Pour Xerxès, c’était l’occasion de faire frémir le monde entier par le savoir-faire des ingénieurs de l’empire perse. La passerelle de l’Hellespont devait être une prouesse technique époustouflante et un coup de pub terrifiant. La transparence de l’intention guerrière du Rois des rois était affichée : il s’agissait de gagner la guerre psychologique dès le début de la campagne, avant même le fracas des armes.

    L’effroi escompté a eu lieu et marque encore jusqu’à nos jours la conscience nationale grecque. Pour les Grecs, ce pont de Xerxès est une manifestation de l’ὕϐρις – ΥΒΡΙΣ, mot qui désigne la démesure, la monstruosité, le sacrilège.

    La tâche n’était pas aisée. Il a fallu s’y prendre à deux fois pour que le pont tienne ses promesses. Cela voudrait-il dire qu’il n’avait pas tenu sa promesse à la première fois ? Tout à fait. La fureur du Roi des rois est facile à imaginer. Lui, qui se croyait tout-puissant, qui pouvait tout obtenir tout de suite, se retrouvait bloqué et humilié par un simple bras de mer !

    Tous les responsables qui avaient participé à la construction du premier pont ont été décapités pour laver l’affront fait à l’autorité royale. Aux yeux du souverain, c’étaient des incapables et des incompétents, qui méritaient leurs châtiments. Mais quelqu’un d’autre devait aussi être châtié, quelqu’un dont l’indocilité s’est opposée à la volonté du monarque et entravé le désir royal. C’était la mer, qui a osé emporter le premier pont bâti par le Roi des rois. Comme elle s’était mal comportée à l’égard de la réputation du souverain, celui-ci a ordonné qu’elle soit flagellée de trois cents coups de fouet. Fouetter la mer, qui s’est montrée désobéissante !

    Avant Xerxès et après Xerxès, personne n’a songé et n’a osé fouetter la mer ! Seul un être enflé du désir irrépressible de toute-puissance comme Xerxès l’a fait !

    La transparence de l’ὕϐρις – ΥΒΡΙΣ perse donne froid dans le dos.

    Aux dires d’Hérodote, le second ouvrage au-dessus de l’Hellespont a supporté l’énorme poids et les vibrations incessantes pendant sept jours et sept nuits pour permettre à un million sept cent mille hommes de passer de la rive asiatique à la rive européenne.

     

    La transparence du désir

     

    Désormais, plus rien ne semblait pouvoir arrêter l’avancée des Perses qui progressaient à la fois par voie de terre et par voie de mer en direction de l’Attique. Puis Athènes, la fière et la rebelle, a été incendiée. Sa mise à sac faisait exulter le désir de vengeance de ceux qui, dix ans plus tôt, avaient été battus à Marathon.

    Leur désir de triomphe total était transparent.

    Mais auparavant, il faudrait vaincre la dernière poche de résistance qui s’est formée dans la baie de Salamine.

    L’impatience du Roi des rois était transparente : vite, vite, que ces rebelles éhontés soient châtiés, sévèrement et impitoyablement !

    Le désir de victoire était si énorme qu’il a engendré chez l’envahisseur une confiance absolue et le sentiment d’invincibilité.

     

    La transparence du désir

     

    Assuré de son succès, le monarque a fait installer son trône sur les pentes du mont Αιγάλεω – ΑΙΓΑΛΕΩ , qui dominait le détroit de Salamine. Ainsi il serait en première loge et assisterait en direct à l’affrontement dans les flots.

    Le Roi des rois a procédé à la mise en scène de la jouissance de son triomphe, dont il ne doutait plus l’éclat. Son désir de mainmise sur le destin était manifeste. La transparence de la présomption et de l’arrogance du Perse faisait partie du spectacle. Mais c’est méconnaître le destin qui n’a pas dit son dernier mot. En effet, secrètement, le destin a décidé d’être en faveur des Grecs. Le stratagème grec consistait à transformer le gigantisme de la machine de guerre perse en faiblesse irrémédiable, en attirant leurs innombrables mastodontes flottants dans un goulet, qui était le détroit de Salamine.

     

    La transparence du désir

     

    Les Grecs sont sortis victorieux à Salamine grâce à l’extrême légèreté de leurs trières et à leur redoutable maniabilité.

    Deux cents vaisseaux appartenant à l’envahisseur ont sombré dans le feu, le sang et les flots, tandis que les Grecs n’ont perdu que quarante trières.

    D’un bout à l’autre du projet perse, du détroit de l’Hellespont jusqu’à celui de Salamine, la mer Égée véhiculait la transparence du désir impérialiste du Roi des rois.

    Au détroit de l’Hellespont, le désir de Xerxès se répandait dans la mer, la jugulait et en faisait sa servante. Dans la baie du Phalère, le désir des Perses a densifié les flots. Dans le détroit de Salamine, le désir du Roi des rois l’a éclaboussé de sang et de suie.

    Le désir de venir à bout de l’Hellespont a ébloui Xerxès. Le désir de venger Marathon l’a aveuglé. Le désir de vaincre à Salamine l’a enfumé.

    Le désir ne s’arrête jamais en chemin, ne fait jamais marche arrière. Il arrive toujours à son terme, peu importe la nature et la viabilité de celui-ci.

    Le désir ne vient pas toujours de loin. Il peut même surgir du milieu du groupe des intimes.

    Un homme a consacré ses plus belles années à bâtir un patrimoine colossal. L’homme avait du talent, de la chance et du succès. Sa confiance reposait sur deux êtres. À l’un, il devait faire confiance. À l’autre, il pouvait faire confiance. Le premier était son propre fils, le second était un intendant dévoué, courageux et efficace.

    Le fils était dévoré par le désir de domination et de possession. Il donnait libre cours à ses impulsions. La violence était la réponse qu’il apportait pour résoudre les problèmes.

     

    La transparence du désir

     

    Il aimait sa personne plus que tout, d’un amour passionnel, fougueux et sans bornes. La jalousie et la suspicion ne cessaient de l’entraîner dans des machinations ténébreuses.

    L’intendant, lui, était mû par le désir de servir les intérêts de son maître et d’être fidèle.

     

    La transparence du désir

     

    Il avait de l’affection pour son maître, admirait la sagesse de celui-ci et prenait grand soin du patrimoine. La gratitude guidait ses décisions, dans l’espace public comme dans la sphère privée.

    Quand l’heure du grand départ approchait, l’homme que la fortune avait tant comblé devait choisir l’administrateur qui le remplacerait.

    Sentant le moment crucial venir, le fils a fait irruption dans l’espace des réflexions intimes et des décisions solennelles en s’approchant de l’effigie en marbre de son père, image de la maturité avant le déclin.

     

    La transparence du désir

     

    Déjà, à cet instant, le désir perfide était transparent au sujet de son mode opératoire. Il indiquait à l’avance qu’il s’accomplirait par un geste au niveau de la tête et dans le silence. Un geste qui amadouerait la future proie et descendrait de la barbe, en épousant les ondulations de celle-ci. Les concavités et les convexités du marbre évoquaient les sinuosités de la pensée paternelle, auxquelles il faudrait s’adapter astucieusement pour parvenir à l’objectif final.

    Puis est venu le moment où l’intendant a été officiellement déclaré comme étant le seul et unique héritier. Fou de rage, le fils déchu a commencé à mettre en route un stratagème diabolique pour assouvir son violent désir de reconquête du pouvoir.

    L’histoire s’est passée il y a dix-neuf siècles. Le conteur est Ridley Scott. Il a donné comme nom à l’homme qui devait léguer son immense patrimoine, Marcus Aurelius. Quant au fils sans scrupules, il l’a appelé Commodus. Et pour le fidèle intendant, il a choisi le nom Maximus.

    Shakespeare n’aurait peut-être pas donné les mêmes noms, mais il aurait très certainement aimé ce conte, qui met à nu les abîmes du désir.

    Marcus Aurelius, s’adressant à son fils Commodus, dont l’amertume de la déception était terriblement transparente : Ma décision te déçoit ?

    Commodus :  Tu m'as écrit autrefois quelles sont les quatre vertus majeures : sagesse, justice, force morale et tempérance. Quand j'ai lu cette liste, j'ai su que je n'en avais aucune. Mais j'ai d'autres vertus, père. L’ambition, qui est bien une vertu quand elle conduit à exceller. L'ingéniosité, le courage, peut-être pas sur un champ de bataille, mais... Il y a plusieurs formes de courage. Le dévouement, à ma famille et à toi. Mais aucune de mes vertus n'était sur ta liste. Et même là, tu te comportes comme si tu ne voulais pas de moi pour fils.

    Commodus a prêché le rejet pour guetter la protestation et bénéficier d’un désir de rapprochement de la part de l’interlocuteur.

    Commodus n’a pas répondu directement à la question. Il n’as pas confirmé la déception, ni ne l’a infirmée. En guise de réponse, il a montré que sa mise à l’écart ne datait pas de ce jour, parce qu’elle était due au fait qu’il affectionnait un système de valeurs autres. Comme son système de valeurs semblait aussi judicieux que celui de son père, la mise à l’écart serait tout simplement une forme d’injustice.

    Avec habileté, le désir de mainmise, qui a toujours hanté Commodus, a amené le débat hors du champ des privilèges accordés par l’hérédité et l’a situé dans le domaine éthique, où se trouvaient les cordes sensibles du père qui était aussi philosophe.

    Marcus Aurelius était comme amusé quand il entendait son fils énumérer les quatre vertus majeures. Au fur et à mesure que progressait la démonstration, le visage du père devenait le théâtre d’une agitation croissante. Quand la conclusion qui parlait du rejet injustement subi par le fils est tombée, Marcus Aurelius, qui jusque-là est resté debout pour écouter son fils, a cherché à s’asseoir, comme si les forces commençaient à lui manquer.

    Marcus Aurelius : Oh Commodus, tu vas trop loin...

    Le père était ébranlé.

    Commodus, avec une voix entrecoupée de sanglots : J'ai cherché sur les visages des dieux... les moyens de te plaire, de te rendre fier. Un seul mot tendre, une seule étreinte où tu m'aurais pressé contre ton cœur et serré très fort aurait été comme un soleil dans mon cœur pour des siècles et des siècles...

    La manière physique de témoigner que la réconciliation était en cours était suggérée : une étreinte où l’être aimé est pressé contre le cœur de l’être aimant, et « serré très fort ».

    Hélas, ce serait ce mode opératoire qu’adopterait le fils pour assouvir le désir d’être l’unique successeur. La parole rendait transparente la préparation du geste. Quelle transparence inquiétante et morbide !

    Le père écoutait avec une empathie poignante le dernier développement du fils. La transparence du destin de celui qui cessait progressivement d’être le maître du monde pour devenir une chétive marionnette est bouleversante.

    Commodus, les yeux larmoyants et la voix entremêlée de sanglots : Mais qu'est-ce qu'il y a en moi que tu hais tant ?

    Marcus Aurelius : Oh schhh Commodus...

    Le père rapprochait les mains de la bouche comme pour implorer le silence.

    Commodus, conscient de son immense talent de comédien et de son redoutable savoir-faire de manipulateur : Tout ce que j'ai voulu, c'est vivre selon tes vœux, César... Père.

    Le fils venait de dérouler une longue ligne de pêche, et au bout de l’hameçon, se trouvait un appât très, très bien choisi. Le plaidoyer s’est terminé par une double apostrophe : « César...Père ». Les deux mots « César » et « Père » sont apparus dans cet ordre et non dans l’ordre inverse. Puisque la disqualification avait eu lieu sur le plan administratif, la revanche devait se réaliser sur un terrain plus favorable, qui était celui de de l’affectif. Le plaignant, qui était très intuitif et rusé, a fait appel en s’adressant, non pas à l’autorité impériale, mais à l’affection paternelle. C’est pourquoi le mot « Père » devait être le tout dernier mot, le mot qui résumait tous les autres, le mot qui servait d’appât pour faire venir le poisson. Et effectivement, le poisson est venu !

    Le père a cédé aux stimuli des deux mots bien pensés et admirablement coordonnés.

    Marcus Aurelius a fait le premier pas, s’est rapproché de son fils en tombant à genoux devant celui-ci, resté debout.

    L’homme puissant ne se met pas à genoux. Mais l’homme affectueux, le père qui n’a jamais cessé d’aimer son fils, oui, il est prêt à s’agenouiller pour réaffirmer la véracité et la force de son amour paternel.

    Marcus Aurelius : Commode... Tes fautes de fils sont mes défaillances de père !

    Le père levait les bras pour insister sur le fait qu’il avait aussi sa part de responsabilité.

    Après l’émouvante déclaration de partage des responsabilités, le père a de nouveau tendu ses bras pour serrer contre lui son fils.

    Avec ses bras levés en signe de protestation, d’affection et de supplication, Marcus Aurelius, en proie au chagrin, a tendrement dit à Commodus : Viens !

    Le fils a hésité, puis finalement s’est penché pour retrouver les bras du père.

    Les mains du fils descendaient tout doucement du haut du crâne paternel, longeaient la barbe, celle qui avait été caressée sur l’effigie de marbre. Les regards se sont croisés, dans la peine et la souffrance.

     

    La transparence du désir

     

    Commodus, emporté un nouveau torrent de sanglots : J'aurais massacré le monde entier...

    Le père a chaviré à cause du flot de douleur et a laissé tomber sa tête, devenue si fragile et si vulnérable, sur la poitrine du fils, pour y chercher la consolation, le pardon et la réconciliation.

    La transparence de l’humilité d’un philosophe et de la bonté d’un père incitait le fils à y voir des signes de faiblesse. Ce dernier s’est emparé de l’avantage stratégique.

    Les sanglots de Commodus ont redoublé d’intensité. Sanglots d’amertume et de dégoût à cause de la décision de mise à l’écart. Sanglots de culpabilité parce que le fils réalisait qu’il devait absolument passer à l’acte et ne pas rater l’occasion.

    Commodus, traversé par un séisme : ... si seulement tu m'avais aimé !

    Pendant qu’il prononçait ces mots, il a « serré très fort » contre sa poitrine la tête de son père, jusqu’à ce que celui-ci soit asphyxié.

    Hélas, la transparence des paroles du prélude larmoyant n’était pas vaine !

    Indomptable, le désir n’envisage pas l’échec, et ne craint ni le danger, ni la démesure.

    Il y a eu à la fois régicide et parricide. Après cette double abomination, qu’était le double meurtre engendré par la jalousie et la colère, le fils s’est tout naturellement auto-proclamé unique successeur de son père. Mû par la fidélité à la maison de son maître, l’intendant s’est incliné devant la nouvelle autorité. Mais l’usurpateur n’allait pas en rester là. Transparent dans son désir de posséder et de dominer, le fils devenu Grand Administrateur n’avait plus qu’une idée en tête : envoyer son ancien rival aux Enfers.

    Le désir ne recule devant rien.

    Les Écritures hébraïques relatent un autre cas où le désir surgit du cercle de l’intimité. Il s’agissait d’un désir de connaissance, mais cette connaissance n’était pas neutre, ni désintéressée, ni inoffensive. En effet, elle servait des intérêts politiques, militaires et financiers.

    Ce désir de connaissance s’exerçait par personne interposée. L’intermédiaire était une femme nommée Dalila. En hébreu, ce nom propre est דְּלִילָה celle qui languit de désir.

    Par son nom, l’espionne Dalila était l’instrument du désir. Pour qui travaillait-elle ? Pour l’envahisseur philistin, qui désirait ardemment asseoir sa domination sur Israël et venir à bout d’un Israélite dont la seule force musculaire suffisait à semer la terreur dans toute l’armée philistine.

    L’enjeu était de taille, puisque chacun des seigneurs de la coalition philistine promettait de verser à Dalila onze cents sicles d’argent si elle parvenait à percer le mystère de la force extraordinaire de l’Israélite qui mettait à mal le joug philistin. Avec une totale transparence, le puissant désir de connaissance était étroitement lié à un désir immodéré d’argent.

    Samson était le nom de l’Israélite qui défiait l’envahisseur philistin.

    Dalila avait sa tâche facilitée par le coup de foudre qu’avait Samson pour elle. Profitant de sa position privilégiée, elle a interrogé son amant sur la force exceptionnelle de celui-ci.

     

    La transparence du désir

     

    Le livre des Juges, au chapitre 16, rapporte la réponse de Samson :

    וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ שִׁמְשֹׁון אִם־יַאַסְרֻנִי בְּשִׁבְעָה יְתָרִים לַחִים אֲשֶׁר לֹא־חֹרָבוּ וְחָלִיתִי וְהָיִיתִי כְּאַחַד הָאָדָֽם׃

    שופטים

     

    Alors Samson lui dit : « Si on me lie avec sept tendons encore humides, qui n’ont pas été séchés, alors, à coup sûr, je deviendrai faible et je deviendrai comme un homme ordinaire ».

    Juges, chapitre 16, verset 7

    La mention de l’humidité, qui apporte la souplesse et accroît la résistance à la rupture a retenu l’attention de l’espionne.

    Dalila s’est empressée d’utiliser l’information et d’appeler les gardes philistins prêts à se saisir de Samson. L’Israélite a rompu avec aisance l’entrave inefficace.

    Dalila s’est rendue compte que son compagnon s’était moqué d’elle.

    Mais le désir ne capitule jamais. Il revient sans cesse à la charge, jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause. Il est transparent quant à sa nature coriace.

     

    La transparence du désir

     

    Dalila a redemandé le secret de l’extraordinaire force musculaire. Le verset 11 du même chapitre donne la réponse de Samson :

    וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ אִם־אָסֹור יַאַסְרוּנִי בַּעֲבֹתִים חֲדָשִׁים אֲשֶׁר לֹֽא־נַעֲשָׂה בָהֶם מְלָאכָה וְחָלִיתִי וְהָיִיתִי כְּאַחַד הָאָדָֽם׃

    שופטים

     

    Et il lui dit « Si on me lie fortement avec des cordes neuves, avec lesquelles n’a été fait aucun travail, alors, à coup sûr, je deviendrai faible et je deviendrai comme un homme ordinaire. »

    Juges, chapitre 16, verset 11

    Cette fois-ci, Samson a parlé de liens qui n’avaient servi à aucun autre travail auparavant. Le secret commençait à se dévoiler.

    En effet, Samson était un enfant du miracle. À l’ange venu annoncer cette naissance miraculeuse, les futurs parents avaient pris l’engagement que leur fils serait entièrement consacré au service divin. Autrement dit, d’après les clauses du contrat, Samson n’exercerait aucune activité qui ne concerne pas les intérêts spirituels d’Israël.

    La virginité des liens physiques par rapport à leur usage dans un travail faisait écho à la virginité de la vie de Samson par rapport aux activités profanes.

    L’argument de la virginité n’a pas manqué de séduire Dalila. Elle a pris au sérieux la parole de Samson, pour s’apercevoir que celui-ci s’était encore joué d’elle.

    Obstinée, mue par l’appât du gain, Dalila n’a pas renoncé. Pour la troisième fois, elle a demandé à Samson de révéler le secret.

     

    La transparence du désir

     

     

    Le verset 13 relate la réponse de Samson :

    וַתֹּאמֶר דְּלִילָה אֶל־שִׁמְשֹׁון עַד־הֵנָּה הֵתַלְתָּ בִּי וַתְּדַבֵּר אֵלַי כְּזָבִים הַגִּידָה לִּי בַּמֶּה תֵּאָסֵר וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ אִם־תַּאַרְגִי אֶת־שֶׁבַע מַחְלְפֹות רֹאשִׁי עִם־הַמַּסָּֽכֶת׃

    שופטים

     

     Après cela Dalila dit à Samson : « Jusqu’à présent tu t’es joué de moi pour me dire des mensonges. Indique-​moi donc avec quoi tu peux être lié. » Alors il lui dit : « Si tu veux bien tisser les sept tresses de ma tête avec le fil de la chaîne. »

    Juges, chapitre 16, verset 13

    L’Israélite se livrait chaque fois un peu plus. Cette fois-ci, il parlait d’une partie de son corps, celle qui avait été expressément mentionnée dans le contrat avec l’ange. Il s’agissait de ses cheveux.

    La nuance n’a pas pu échapper à Dalila, qui s’est dépêchée de suivre à la lettre la parole de Samson. Nouvelle déconvenue de l’espionne, qui commençait à en avoir assez de l’humour de l’Israélite.

    Au bout de trois échecs, Dalila s’est mise à changer de tactique.

    Le désir sait cogiter et innover. Il est transparent dans sa réactivité et son inventivité.

    Comment faire pour rendre transparente la carapace de Samson ? Il suffisait de l’émouvoir jusqu’aux entrailles pour qu’il cède !

     

    La transparence du désir

     

    Le verset 16 montre la nouvelle façon d’agir de Dalila :

    וַיְהִי כִּֽי־הֵצִיקָה לֹּו בִדְבָרֶיהָ כָּל־הַיָּמִים וַתְּאַֽלֲצֵהוּ וַתִּקְצַר נַפְשֹׁו לָמֽוּת׃

    שופטים

     

    Et il advint, comme elle le harcelait tous les jours par ses paroles et le pressait, que son âme  s’impatienta à en mourir.

    Juges, chapitre 16, verset 16

    Manifestement, Dalila est passée à la vitesse supérieure. Le texte hébreu parle de harcèlement quotidien. L’arme était la parole. Une parole abondante, incessante, enveloppante, déclinée sur tous les registres.

    Chaque jour, Samson était confronté à une offensive nouvelle. Le facteur temps jouait en sa défaveur, dans le but de provoquer la lassitude, l’épuisement, et la perte de la lucidité.

    La répétition des agressions constitue le harcèlement : Dalila revenait sans cesse à la charge. Le texte hébreu est explicite sur la fréquence, qui est journalière. Il indique ensuite l’effet de ce harcèlement quotidien : l’apparition d’une pression qui mettait l’Israélite sous tension, le poussait à réagir pour mettre fin rapidement à à cette situation pénible. Le verbe אָלַץ sert d’articulation au milieu du verset pour annoncer que les choses vont basculer.

    Effectivement, la deuxième partie du verset dit que Samson était atteint par la nouvelle tactique de Dalila. Au sens littéral, le verbe קָצַר évoque un raccourcissement, un rétrécissement. Samson commençait donc à perdre ses moyens, à se sentir dans une impasse. Il se rendait compte que son champ de vision s’en trouvait raccourci, et qu’il en était de même de son espérance de vie. D’où l’agitation qui disait qu’il était aux abois.

    Le dernier mot du verset, qui parle d’anéantissement total, tant sur le plan biologique que sur le plan moral, est un terrible plongeon dans l’abîme. L’évocation de la mort dit l’affaiblissement extrême, la détresse insoutenable, la hâte d’en finir.

    L’instant où l’Israélite allait livrer son secret devenait imminent.

    Samson a révélé que sa force venait de ses cheveux, qu’aucun rasoir n’avait touchés, à cause du serment fait avec l’ange. L’espionne s’est emparée de la précieuse information pour en faire profiter aussitôt à l’envahisseur philistin. En permettant à Dalila de porter atteinte aux cheveux, l’Israélite rompait unilatéralement le contrat contracté avec l’ange. Désormais, Samson était à la merci des Philistins.

     

    La transparence du désir

     

    Pour l’empêcher de nuire, ils lui ont enlevé la vue. Puis ils l’ont incarcéré dans la maison d’arrêt pour qu’il y fasse tourner une meule à la façon d’un animal de trait.

    Malgré le voile opaque qui recouvrait ses yeux, le dessein divin redevenait transparent pendant ces longues heures où il faisait tourner la meule du châtiment. Dans l’obscurité de l’incarcération, les cheveux de Samson ont repoussé.

     

    La transparence du désir

     

    À l’occasion d’une fête au temple de Dagon, le projet de revanche et de rachat était plus que transparent. Samson a demandé la mort des Philistins présents dans le temple pour se venger de l’obscurcissement de l’un de ses yeux. Et qu’en est-il de l’autre œil ? Le voile opaque qui a enveloppé celui-ci était la rétribution d’un parjure et rappelait l’inaliénable responsabilité personnelle.

     

    La transparence du désir

     

    S’arc-boutant sur les colonnes du temple philistin, Samson en a provoqué l’effondrement et a péri sous les décombres, avec l’ennemi.

    Avec Dalila dont le nom disait l’état de langueur à cause du désir, la transparence participait à la réalisation de celui-ci, comme s’il avait besoin de s’y contempler pour assurer son accomplissement intégral.

    Pas de désir sans harcèlement.

    Le désir ne s’avoue jamais vaincu. Il n’abandonne pas. L’obstacle le booste dans son ingéniosité et rend son inspiration encore plus fertile. Le désir est toujours prêt à rebondir et à reprendre sa marche, qui est inexorable. Il peut dévier son chemin, mais il ne changera pas son objectif. Coriace, il empruntera des passages insolites, des raccourcis ou des détours, et parviendra toujours à ses fins.

    Le désir est intimement lié aux drames vécus ou provoqués.

    Le Zeph s’est laissé aller à la dérive dans la baie du Phalère, là où la flotte de Xerxès s’était massée avant d’être attirée dans le détroit de Salamine.

    Le Zeph a encore côtoyé à plusieurs reprises la statue équestre de Marcus Aurelius sur le Capitole, particulièrement lors du deuxième voyage à Rome.

    Quant à la force exceptionnelle de Samson, le mousse la contemple deux fois par jour sur la façade occidentale de la basilique de Fourvière lorsqu’il est en route pour son gagne-pain.

    La façon dont la transparence du désir donne à voir la trame de l’ambition de Xerxès, du lien filial de Commodus et de la relation amoureuse de Dalila ne laisse pas du tout le Zeph indifférent, loin de là ! Il en frémit, plus que s’il devait affronter de nouveau la fureur de Poséidon !

    Mais le Zeph brûle-t-il aussi de désir ? Bien sûr ! Il a un ardent désir, celui de s’ébattre à satiété dans les eaux grecques. Son désir de Grèce est tout à fait transparent. À toute heure, on peut en voir les palpitations et suivre ses élans. Il éclot dans la décoration pariétale de l’espace convivial, dans l’ornement de la table, dans l’habillage de la passerelle. À tel point que lorsque celle-ci a été mise en service pour la première fois à Port Napoléon, les voisins ont cru que nous allions ouvrir du champagne pour fêter l’événement.

     

    La transparence du désir

     

    Arroser les palmettes grecques de la passerelle avec un breuvage qui n’aurait pas déplu à Dionysos ? Pourquoi pas !

    En tout cas, cette passerelle qui rappelle le désir de Grèce chaque fois qu’elle enjambe la mer pour aller vers la terre plaisait beaucoup aux passants de La Ciotat. Nombreux étaient celles et ceux qui freinaient leurs pas pour contempler et scruter les palmettes qui luisaient au soleil.

    La transparence du désir chez le Zeph crée un désir transparent chez ses admirateurs.

    Le désir de Grèce, qui anime le Zeph, n’a rien à voir avec le désir de Grèce, qui hantait Xerxès. Le Zeph ressent à l’égard de la Grèce un désir pacifique, respectueux, mais tenace.

    Pas de vie sans désir.

    Le désir est l’aiguillon de la vie.

    La transparence du désir donne à voir les motivations qui sous-rendent l'existence, leur caractère édifiant ou destructeur.


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  • Elle l’aimait mais n’osait pas le lui dire. Elle n’en parlait à personne. Les battements du cœur étaient inaudibles, mais les larmes étaient transparentes, surtout au moment des adieux. Elles donnaient à voir la tendresse, la tristesse et la résignation. Tendresse d’un premier amour toujours vivace. Tristesse de devoir quitter les lieux du premier émoi. Résignation afin de faire plaisir à l’autorité paternelle qui a prévu, pour la jeune femme, une union avec un autre homme, dans une autre grande cité caravanière.

    L’histoire s’est déroulée il y a deux millénaires, en Méditerranée orientale.

     

    La transparence de l'amour

     

    Les confidences et les effusions avaient lieu dans un espace protégé des morsures du soleil. Un treillis formé de carrés tantôt opaques, tantôt transparents assurait à la fois la fraîcheur et la clarté.

    C’était sur un fond de transparence soigneusement équilibrée que la jeune femme dévoilait son attachement à l’homme qu’elle allait devoir quitter.

    L’homme, regrettant d’avoir compris trop tard : « Si tu n’étais pas fiancée, je te donnerais un baiser d’adieu. »

    La jeune femme, se raccrochant au souvenir du premier émoi : « Si je n’étais pas fiancée, nous n’aurions pas à nous dire adieu. »

    La transparence du rendez-vous manqué ne pouvait se suffire à elle-même. Sa véritable finalité était de servir de prélude à une reconquête du bonheur.

    L’amour contrarié renaîtrait malgré d’autres épreuves beaucoup plus cruelles encore.

    Première épreuve : l’être aimé a été condamné aux galères à cause de l’accusation d’homicide sur la personne d’un haut représentant du pouvoir en place.

    L’avenir devenait opaque pour la jeune femme. Son amour allait-il être englouti par cette opacité ?

    La transparence de l’amour révélait sa vivacité, son courage et sa fidélité.

    La jeune femme a accompagné son père pour plaider devant l’autorité judiciaire l’innocence de celui qui venait d’être hâtivement condamné.

     

    La transparence de l'amour

     

    Le dévouement de l’intendant qu’était le père lui a valu des tortures atroces, qui ont fini par lui supprimer l’usage de ses deux jambes. Infirmité qui n’était pas sans affecter la jeune femme. Mais son amour pour le galérien serait-il terni et diminué par la rancœur ?

    Après des années interminables où le doute combattait l’espoir dans un corps-à-corps sans merci, le galérien dont la vie avait été épargnée miraculeusement a retrouvé la demeure familiale qui était tombée dans un délabrement poussiéreux et affligeant. La jeune femme l’y attendait, en dépit des quatre années d’éloignement et de silence mortifères. D’ordinaire, aucun rameur enchaîné sur une telle galère ne survivait au bout d’un an.

     

    La transparence de l'amour

     

    La transparence de l’amour donnait à voir la lueur inextinguible de l’espoir et le fruit inestimable de la persévérance.

    L’amour transparent montrait la récompense de l’attente confiante, mais aussi la bonté de cœur. En effet, à aucun moment, la jeune femme n’a formulé des reproches à propos de la perte de l’usage des deux jambes paternelles. Son attitude était guidée par l’esprit qui dicterait un peu plus tard ces mots à l’apôtre Paul, au sujet de l’amour :

    οὐκ ἀσχημονεῖ οὐ ζητεῖ τὰ ἑαυτῆς οὐ παροξύνεται οὐ λογίζεται τὸ κακόν

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L’amour ne se conduit pas avec indécence, ne cherche pas son propre intérêt, ne s’irrite pas. Il ne tient pas compte du mal subi.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 5

     

    Après quatre années d’ensevelissement sous le linceul de l’opacité, la jeune femme retrouvait son bien-aimé dans la pièce où jadis, elle avait versé ses larmes d’adieu. Les volets étaient affaissés. L’un d’eux était cassé : il a perdu le rectangle intérieur qui possédait un motif ornemental plus dense.

     

    La transparence de l'amour

     

    Un autre volet penchait et sa position oblique créait une béance de forme triangulaire. À cause de son mauvais état, le mur de scène de ce jour offrait plus de transparence que celui d’il y a quatre ans. Cette fois-ci, c’était devant le nouvel espace transparent triangulaire que les deux amoureux ont donné libre cours à leurs effusions de tendresse. C’était comme si une plus grande transparence du décor incitait à une plus grande transparence des cœurs.

    Cette transparence révélait que l’amour était suffisamment fort pour triompher de la disparition et de l’incertitude. Mais l’était-il encore pour coexister avec la haine ? Car l’ancien galérien n’avait plus qu’une idée en tête : se venger de celui qui l’avait promptement envoyé aux galères et détruit impitoyablement sa famille.

    Le galérien est revenu, mais il était dévoré par un violent désir de vengeance. L’arène lui a permis de laver l’affront fait à sa propre personne, mais ses proches souffraient encore des mauvais traitements infligés à cause de l’inculpation pour homicide.

    La famille de l’ancien galérien avait perdu la liberté. Désormais, c’était aussi la santé qui en pâtissait. Car l’humidité d’un cachot opaque a engendré au bout de quatre ans une moisissure qui rongeait irrémédiablement la chair et provoquait le bannissement hors les murs ainsi que la réclusion à perpétuité dans un lieu de malédiction.

    Le corps en lambeaux de l’adversaire vaincu dans l’arène par le galérien a appris à celui-ci que ses proches avaient aussi leurs corps en lambeaux, à cause de la lèpre.

    La douleur insoutenable provoquée par cette terrible nouvelle apporterait-elle une nouvelle épreuve à l’amour de la jeune femme ? En effet, celle-ci avait promis à la mère et à la sœur du galérien de ne pas lui révéler leur condition de lépreuses.

    L’affrontement à l’entrée de la vallée des lépreux devenait donc inévitable.

     

    La transparence de l'amour

     

    Affrontement entre la jeune femme qui avait gardé le silence pour préserver la dignité des deux lépreuses et l’ancien condamné qui se voyait contraint de devoir se séparer encore de sa mère et de sa sœur, qu’il chérissait tant.

    La transparence de l’amour exposait le courage de la jeune femme qui luttait énergiquement pour que le souhait des deux lépreuses soit respecté.

    L’amour n’est pas une soumission inconditionnelle à l’autre.

    Dans cette confrontation avec l’incurabilité de la maladie et la noirceur du désespoir, le décor de l’arrière-plan présentait côte à côte deux formes d’opacité. Derrière la jeune femme, c’était l’obscurité opaque, qui ne laissait rien voir à travers. Derrière l’homme qu’elle aimait, il y avait une masse de pierre, qui ne laissait passer aucun rayon lumineux.

     

    La transparence de l'amour

     

    Dans l’obscurité opaque, l’on pourrait, malgré tout, trouver son chemin et avancer. En revanche, à travers la pierre, nul ne pouvait passer, à moins de la percer.

    La toile de fond était en cohérence avec l’état d’esprit du moment de chaque personnage. L’homme se présentait de dos. Tournait-il le dos à la seule issue possible ?

    La jeune femme apparaissait de profil. Elle entrevoyait le moyen d’échapper au cycle de la violence et cherchait à tâtons mais avec ténacité le chemin de la rémission.

    Puis le cours des choses faisait que la jeune femme, accompagnée de son assistant et de l’ancien galérien, longeait un ruisseau qui coulait en bas d’une colline où des personnes de toutes conditions affluaient pour écouter un discours.

     

    La transparence de l'amour

     

    L’enjeu était d’accéder à l’autre terre en faisant alliance avec la transparence.

    La jeune femme a franchi le pas, emprunté le pont et traversé le cours d’eau qui luisait au soleil. L’ancien galérien était resté sur la même rive, sur le même bord, sur la même terre opaque, avec le même sentiment haineux inapaisable.

    La jeune femme a accepté l’aide de la transparence pour aborder un autre monde, préconisé par le prédicateur venu de Nazareth. Un monde nouveau, grâce à un amour renouvelé, métamorphosé et transfiguré par l’abnégation et la rupture du cercle vicieux.

    Dans le lit du ruisseau, la transparence scintillait en recevant la lumière d’en haut. Désormais, l’amour transparent de la jeune femme allait connaître une nouvelle vie, nourrie par la sagesse d’en haut, qu’enseignait le Nazaréen.

    L’amour est toujours prompt à partager ce qu’il a de meilleur.

    La jeune femme attendait derrière les volets le retour de son bien-aimé pour lui faire part des paroles qu’elle avait entendues dans le discours de l’homme de Nazareth.

     

    La transparence de l'amour

     

    C’était la première fois que ces volets qui avaient été témoins des adieux puis des retrouvailles apparaissaient en pleine lumière. Ils étaient baignés d’une douce et belle lumière qui évoquait celle qui éclairait désormais l’avenir de la jeune femme.

    La joie inondait la scène de l’attente, en accord avec l’esprit qui inspirerait un peu plus tard à l’apôtre Paul cette description de l’amour :

    οὐ χαίρει ἐπὶ τῇ ἀδικίᾳ συγχαίρει δὲ τῇ ἀληθείᾳ

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 6.

     

    La vérité est ce qui donne du sens à l’existence.

    Le prédicateur sur la colline en décrivait les modalités.

    La jeune femme répétait à son bien-aimé les paroles du Nazaréen :

     

    Μακάριοι οἱ ἐλεήμονες ὅτι αὐτοὶ ἐλεηθήσονται

    Μακάριοι οἱ εἰρηνοποιοὶ ὅτι αὐτοὶ υἱοὶ θεοῦ κληθήσονται

    ΚΑΤΑ ΜΑΘΘΑΙΟΝ. Κεφ. ς’

     

    Heureux les miséricordieux, puisqu’il leur sera fait miséricorde.

    Heureux les artisans de la paix, puisqu’ils seront appelés « fils de Dieu ».

    Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 7 et 9

     

    L’homme de Nazareth encourageait la recherche du pardon et de la paix.

    Parce que le pardon apporte la paix avec autrui et avec soi-même.

    Dans la bouche du Nazaréen, la paix est un état qui n’est ni inné, ni immédiat, ni facile à acquérir. Le terme qu’il a employé est εἰρηνοποιοὶ – ΕΙΡΗΝΟΠΟΙΟΙ , qui est formé à partir de εἰρήνη – ΕΙΡΗΝΗ , qui désigne la paix, et de ποιέω – ΠΟΙΕΩ , qui désigne l’action, le travail, l’effort, la construction. Construction qui peut s’avérer longue, ardue et coûteuse, mais qui est toujours méritante et jamais vaine.

    Hélas, ces paroles semblaient utopiques pour l’ancien galérien, qui ne songeait qu’à une chose : en découdre avec l’ennemi, qu’il rendait responsable de la lèpre de sa mère et de sa sœur. L’obsession de rendre le mal pour le mal a fait que l’homme meurtri avait désormais un cœur de pierre, qui faisait tant souffrir la jeune femme.

    La transparence de l’amour montrait alors l’affliction de la jeune femme, qui perdait celui qu’elle avait jadis aimé pour sa noblesse d’âme.

     

    La transparence de l'amour

     

    L’échange avait lieu en bas de l’escalier qui reliait la cour intérieure aux appartements de l’étage. Très belle adéquation entre le contexte spatial et l’enjeu de l’affrontement. La transparence de l’amour offrait à la vue la menace qui s’attaquait à la base de son édifice.

    L’amour est transparent quant à sa raison d’être et son moyen de survie.

    L’amour ne s’accommode pas du rabais.

    Éprouvée et blessée, la jeune femme continuait quand même à s’investir pour apporter la paix aux deux lépreuses.

    Depuis deux jours, elle attendait à l’entrée de la vallée des lépreux.

     

    La transparence de l'amour

     

    La transparence de l’amour mettait en évidence l’indispensable attente et la nécessité de persévérer.

    Puis, la jeune femme a appris que la sœur de l’ancien galérien était en train de mourir. Il y avait urgence à agir. Tout de suite, la jeune femme a pensé que les deux lépreuses devraient rencontrer le Nazaréen, qui prêchait la vie éternelle.

    La transparence de l’amour dévoilait qu’il était nourri d’espoir, de confiance, de courage et de dévouement.

    La force de l’amour autorisait ce que l’hygiène interdisait strictement : le rapprochement des corps, le contact direct entre un épiderme sain et un épiderme boursouflé de tuméfactions.

    Soutenues par la jeune femme et l’ancien galérien, les deux lépreuses s’en allaient à la rencontre du prédicateur. Mais celui-ci n’était pas en train de prêcher. Il venait d’être jugé par le gouverneur et condamné à mort.

    Le visage protégé par un voile opaque, les lépreuses rejoignaient la foule qui regardait les condamnés monter vers la colline du supplice, située à l'extérieur des murailles.

    À un moment donné, le voile de la pudeur, de la bienséance et de la crainte recevait le passage d’une ombre.

     

    La transparence de l'amour

     

    C’était l’ombre du poteau de supplice que portait le Nazaréen. L’ombre était due à l’opacité du bois.

     

    La transparence de l'amour

     

    En même temps que se voyait l’opacité du matériau de l’instrument de torture, se manifestait la transparence de la compassion des deux lépreuses pour le condamné à mort.

    Beauté de l’amour du prochain, qui s’exprimait spontanément par la bouche et les yeux en dépit de leur infirmité.

    Après avoir donné au Nazaréen leur amour, les deux lépreuses se sentaient soulagées. Elles n’éprouvaient plus la crainte qui les avait oppressées. La nouvelle sensation de liberté se voyait sur leurs visages qui n’étaient plus protégés par le voile opaque. La liberté apportait la confiance.

     

    La transparence de l'amour

     

    Les visages découverts des deux lépreuses mettaient en vue l’amour transparent que le Nazaréen commençait déjà à leur témoigner en guise de gratitude.

    À côté des deux lépreuses réconfortées, se tenait la jeune femme qui avait tant contribué à ce déploiement émouvant de l’amour du prochain.

    La transparence de l’amour donnait à voir son flux ascensionnel et sa dynamique de l’élévation.

    De retour chez lui, le galérien sauvé miraculeusement de l’étreinte mortelle de la mer gravissait les marches pour découvrir un autre miracle, qui le touchait encore plus profondément. En effet, en haut de l’escalier, attendaient sa mère et sa sœur, qui étaient désormais guéries de la lèpre.

     

    La transparence de l'amour

     

    Celui qui se mettait en mouvement vers le degré supérieur était l’homme qui s’était débarrassé de la haine en assistant à l’agonie du Nazaréen. L’être libéré du fardeau de la vengeance progressait avec légèreté, sans l’entrave d’un cercle vicieux, vers une condition purifiée, harmonieuse et régénératrice.

    Cette montée des marches faisait écho à celle qui avait eu lieu après le jugement devant le gouverneur. Celle-ci avait donné lieu au passage de l’ombre du poteau de supplice sur des femmes accablées dans leur chair, et qui s’étaient émues du sort infligé au Nazaréen.

    La deuxième montée des marches, qui était le pendant de la première, était celle de la récompense appropriée, de la réparation équitable, de la guérison méritée.

    L’amour du prochain, transparent dans les paroles de compassion qui contrastaient avec l’hostilité générale quand le Nazaréen était passé avec son poteau de supplice, exhibait de nouveau sa magnifique transparence en dévoilant les bienfaits offerts en retour par le Nazaréen pour ces sublimes retrouvailles en haut de l’escalier qui s’élevait de la cour intérieure.

    L’amour était transparent dans la préservation de la mémoire de sa genèse. En effet, en bas de l’escalier du bonheur familial retrouvé, il y avait la silhouette de la jeune femme, qui avait tant œuvré pour ce jour nouveau. Au début, la jeune femme était restée en bas de l’escalier pour laisser son bien-aimé monter seul. À cet instant, la topographie disait que le dévouement et la persévérance de la jeune femme étaient à la base de la bénédiction de ce jour.

    La jeune femme n’a pas cherché à se mettre en avant de façon ostentatoire. Elle a agi selon l’esprit qui inciterait l’apôtre Paul à écrire ces mots :

    Ἡ ἀγάπη μακροθυμεῖ χρηστεύεται ἡ ἀγάπη οὐ ζηλοῖ ἡ ἀγάπη οὐ περπερεύεται οὐ φυσιοῦται

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L'amour est longanime, l'amour est serviable, il n'est pas envieux ; l'amour ne se vante pas, il ne s'enfle pas d'orgueil.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 4.

     

    La transparence de l’amour donnait à voir à la fois son humilité et sa noblesse.

    Puis quand l’ancien galérien a serré sa mère et sa sœur dans ses bras comme du temps où il n’y avait encore aucune chute de tuile, la jeune femme a tout doucement gravi les marches pour savourer la récompense de ses espoirs.

    La transparence de l’amour exposait sa générosité et sa splendeur à travers les effusions de tendresse entre les quatre êtres de nouveau réunis.

    Savona, terre du savoureux Andrea, l’ormeggiatore – philosophe. Quartier de l’Hôtel de Ville, espace δημοτικό – ΔΗΜΟΤΙΚΟ par excellence. Proclamation sur la façade d’apparat qui donnait sur la Piazza Sisto IV , à la façon d’une incantation :

     

    La transparence de l'amour

     

    L’amore non muore. Mai

    L’amour ne meurt pas. Jamais.

     

    La toile qui servait de mur de scène était opaque. Mais le message était transparent.

    L'amour devait durer au-delà de la période du festival de musique, au-delà de l'été des vacanciers.

    Deux mille ans plus tôt, dans sa première épître à la congrégation de Corinthe, Saint Paul affirmait déjà l’indestructibilité et la supériorité de l’amour. En effet, au chapitre 13, on peut lire :

    Ἡ ἀγάπη οὐδέποτε ἐκπίπτει εἴτε δὲ προφητεῖαι καταργηθήσονται εἴτε γλῶσσαι παύσονται εἴτε γνῶσις καταργηθήσεται

    νυνὶ δὲ μένει πίστις ἐλπίς ἀγάπη τὰ τρία ταῦτα μείζων δὲ τούτων ἡ ἀγάπη

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L'amour ne succombe jamais. Les messages de prophètes ? ils seront abolis ; les langues ? elles cesseront ; la connaissance ? elle sera abolie.

    Or maintenant trois choses demeurent : la foi, l'espérance, l'amour ; mais c'est l'amour qui est le plus grand.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, versets 8 et13.

     

    Cette histoire a été contée il y a une soixantaine d’années. Le conteur talentueux était William Wyler. Dans le conte, la jeune femme s’appelait Esther. Elle aimait le fils héritier de la famille Hur à Jérusalem.

    La transparence de l’amour donne à voir avec magnificence son intégrité face à l’adversité et sa nature impérissable.


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