• ROMA

    Ce n'est pas ROME du tout... On est encore à PORTOFERRAIO. Mais la photo est belle !

    ROMA

    Là non plus, ce n'est pas ROME ! On quitte aux premières heures du jour PORTO ERCOLE. Un coup de propulseur pour se dégager et hop, un mouillage de plus, en along side, à noter sur la liste des endroits qui ne nous ont rien coûté !... Mais là, c'est pas notre faute. On a de la route à faire. Et puis j'étais réveillé... Quand même... On allait pas faire exprès de rester pour s'acquitter de notre dû ! Et même que j'aurais voulu, pas sûr que l'ormeggiatore se pointe ! Bon bref. De toute façon, j'ai rarement payé quelque chose à PORTO ERCOLE.  Une seule fois, je crois, en 6 ou 7 passages !

    ROMA

    PORTO ERCOLE s'éloigne. Ou plutôt, c'est nous qu'on s'éloigne du port ! J'aime toujours autant cette escale. Et pas seulement parce que c'est pas cher ! Le village, les couleurs, les Italiens eux-mêmes, la passeggiata !

    ROMA

    Alors, pendant que je bavassais avec le mousse, à l'intérieur du ZEF mis sous pilote automatique, j'entends tout à coup une grosse sirène ! J'me dis illico qu'on a dû oublier de regarder devant et que je vais bientôt m'enfiler une barque de pêche ! Ben non ! C'est la Guardia di Finanza qui beugle. Contrôle des papiers du ZEF et de nos passeports ! On n'fait pas les malins, là ! Sur le coup, j'me dis que le patron de la vedette de la Guardia est le cousin de l'ormeggiatore de PORTO ERCOLE ! Non mais... Il me passe des drôles de trucs dans la tête !

    ROMA

    Bon. le contrôle s'achève au bout d'une demi-heure. Quand même ! On devait avoir un sacré casier avec le mousse !

    ROMA

    Là, c'est ROME. On a retrouvé notre pote ALBERTO (et DANIELLE mais elle n'est pas venue tout de suite sur le bateau). Et ni une ni deux, zou, apéro !

    ROMA

    Ils nous ont invités chez eux, à BRUXELLES ! On est à ROME en fait, mais c'est une météo belge ! Avec de la pluie froide made in Belgium ! Et même qu'il y a de la pelouse dans leur jardin ! Et verte, la pelouse. Et pas synthétique vu qu' ALBERTO l'a coupée avant notre arrivée. D'abord à la tondeuse, comme tout le monde, puis au ciseau parce qu'il y avait des brins qui dépassaient et que DANIELLE était là pour le lui dire !

    ROMA

    Qu'est ce qu'on était contents de les revoir ! Après 3 ans !!! Ils nous ont gâtés avec des pâtes au pistou et aux pignons, des mozzarellas  au lait de bufflonne, tellement grosses les mozzas qu'on aurait dit des œufs d'autruche ! Des fraises du LAZIO, de la salade, des cœurs d’artichauts, des minis tomates au basilic, etc...

    ROMA

    Alors, après le vent sans façon, au tour de la pluie désormais ! On se promène avec un parapluie ! A ROME !!! En mai !!! Normalement, à cette époque, tu commences à te cacher du soleil ! Mais là, c'est plutôt le soleil qui se cache !

    ROMA

    Un drôle de zèbre, comme un clin d’œil au papi dans sa Bretagne qui doit, pour le coup, ressembler à c'qu'on a ici !

    ROMA

    En allant chercher du bois à une scierie qu'on m'a signalée derrière le port d'OSTIE, parce que je ne vous l'ai pas encore dit, mais j'ai des réparations à faire sur le ZEF : une étagère s'est fait la binette, la faute à trop de houle et trop de poids dessus ? Et puis, je dois refaire un plancher, celui de la table à cartes, pour une obscure histoire de billets de 50 € et de miroir ! Un truc invraisemblable qui m'a obligé à découper le plancher à la scie sauteuse (!!!!!!) que maintenant, faut qu'je répare ! J'vous montre pas de photo de ce que j'ai été obligé de faire, parce qu'il y en aurait bien un ou une parmi vous pour se moquer et que je me suis juré que la première personne qui s'moque, je la pends par un pied depuis le haut du mât et je la laisse sécher un jour entier ! Et donc... En allant chercher du bois que je n'ai au final pas trouvé, je suis passé devant ce petit air de campagne !

    ROMA

    En parlant de mât...

    ROMA

    Plus rien ne fonctionne là-haut ! Ni le feu de mouillage, ni le feu de hune, ni le feu de pont. Alors je m'amuse, une fois de plus !

    ROMA

    En attendant, la mer se creuse...

    ROMA

    Et se creuse encore !

     

     


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  • La promptitude de l’appétit s’est manifestée dans l’allégresse des deux côtés de la frontière franco-italienne.

    À l’occasion de sa dernière matinée à Hyères-les-Palmiers, le Zeph a reçu la visite de deux amies du Var.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Ces âmes généreuses ne sont pas venues les mains vides, mais avec des gourmandises trouvées sur le marché, juste quelques instants auparavant. Celui-ci se tenait tous les dimanches matins, à l’extrémité septentrionale de l’avenue du Docteur Robin, qui longeait le port de plaisance.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Les deux amies du Var ont apporté au Zeph des olives bien luisantes, dodues et parfumées. À la vue de ces olives, le capitaine a poussé un cri d’extase et s’est servi en premier. La promptitude de l’appétit a préféré l’éloge de la beauté du cadeau à l’application du protocole de politesse.

    La promptitude de l’appétit était exaltée par des stimuli séduisants et aguicheurs.

    En Toscane, la beauté des produits de la terre nourricière était bien mise en évidence. En raison de cette mise en valeur, l’appétit était très prompt à venir.

    Les artichauts du terroir toscan avaient le teint qui tirait sur le brun plus que sur le vert.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Dégustés crus, avec une sauce au gingembre et à l’ail, ils étaient délicieux, si délicieux que le capitaine et le mousse ont mangé chacun une double part.

    Les asperges toscanes, elles aussi, ont donné à leur couleur verte des reflets qui rappelaient la proximité avec l’humus.

    Une soupe avec des asperges toscanes et la chair des pinces de crabe a été une des façons de répondre à la promptitude de l’appétit grâce à l’association terre-mer.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Être au bord de la mer sans avoir le goût de la mer dans la bouche aurait été bien incongru !

    Manger comme les Médicis, se réjouir comme les Médicis. Et peut-être, aimer et s’aimer comme les Médicis ?

    Il existe des accélérateurs de la promptitude de l’appétit.

    Le jardin aromatique du Zeph participait activement à cette accélération.

    Le capitaine a profité de la toute première halte dans les eaux italiennes pour garnir à volonté le jardin aromatique du Zeph.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Le marché forain d’Oneglia, qui était dans la partie Nord-Est d’Imperia offrait le choix ainsi que des prix intéressants.

    Nos plantations n’ont pas manqué d’intriguer des voisins, surtout ceux qui parlaient la langue de Molière.

    À Imperia, le Zeph occupait la place 25. Il était le voilier qui était le plus à l’Est.

    À bâbord, à la place 23, un voilier portait aussi le drapeau français. Et c’était de la place 23 qu’ont surgi maintes questions concernant nos plantations.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Dans un premier temps, le scepticisme de ces observateurs curieux concernait la stabilité au moment de la gîte.

    Les aromatiques du Zeph avaient l’emplacement attribué par le capitaine lui-même. Elles étaient sur le plancher arrière, à bâbord de la table pliante. Elles avaient la compagnie de l’écoute bicolore blanche et rouge, qui allait du winch gauche jusqu’au génois.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Les aromatiques répondraient bien volontiers aux esprits chagrins de la place 23 qu’elle se sentaient très bien là où elles étaient, et qu’elles ne gênaient aucunement le capitaine dans ses manœuvres.

    Après l’investigation innocente, est apparu le sarcasme de la jalousie.

    Les esprits chagrins de la place 23 ont rétorqué au capitaine du Zeph : « C’est quand même un bateau ! ». La locution adverbiale « quand même » en disait long sur le malaise créé par la plantation des aromatiques à bord du Zeph.

    Autrement dit, pour ces censeurs agacés, les aromatiques ne devraient pas se trouver à bord. C’était inconvenant, voire choquant d’après leur concept du bateau.

    Et ceux qui parlaient la langue de Dante Alighieri ont-ils eu la même réaction négative et tourmentée ?

    Nullement !

    À Savona, l’ormeggiatore qui nous a aidés à nous amarrer et qui a lui-même apporté jusqu’au bateau le badge des sanitaires a tout de suite applaudi le basilic du Zeph. Comme son collègue Andrea que nous avions vu l’été dernier, il a tout de suite pensé aux saveurs culinaires et nous a recommandé d’ajouter du basilic dans le riz.

    Voici l’homme.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    L’homme, serviable, hédoniste et heureux, nous a encore salués le lendemain de l’amarrage, au moment où il enfourchait son vélo pour commencer sa tournée.

    À Genova, deux ormeggiatori nous ont aidés à nous amarrer au Molo Vecchio. Le plus jeune des deux s’est extasié à vue de la multitude des espèces cultivées à bord. Il s’est déporté à bâbord, a pris le temps de les identifier, et d’exprimer de nouveau sa fascination.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Tous ceux qui ont emprunté la Via Al Mare Fabrizio de André, juste au-dessus du ponton d’amarrage, ont sursauté, souri, ou ralenti leurs pas à la vue du jardin aromatique à la poupe du Zeph.

    L’Italien a réagi avec ses papilles. Le Français, avec son intellect, qui s’est empêtré dans une soi-disante problématique de la convenance !

    Genova, jour de l’arrivée. Hâte d’aller à terre, tout de suite après l’amarrage. Hâte d’arpenter le chemin sous les arcades, de la Via San Lorenzo jusqu’au Galata Museo del Mare. Surprise au bout du chemin : sur la Calata Simone Vignoso, une fête célébrait et la mer et la convivialité ligure.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Le capitaine s’est engouffré dans le local des préparations culinaires, où une musique très tendance faisait danser les bras des serveurs et des convives.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Sitôt entré, sitôt sorti.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Car l’odeur de la friture était insupportable.

    La promptitude de l’appétit ne saurait se passer de l’exigence de la qualité.

    La qualité, le capitaine était sûr de l’avoir matin et soir, tous les jours, à bord du Zeph.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Une rosace de crevettes et d’asperges, à son propre domicile flottant, saurait mieux tenir tête à la promptitude de l’appétit.

    Port Napoléon, avant la mise à l’eau. Les anges du Languedoc, de retour de l’Orient, ont rendu visite au Zeph pour lui souhaiter bonne chance. Il était convenu que le Zeph leur offrirait le café, puisque la rencontre aurait lieu en début d’après-midi, vers 14h.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Plusieurs contretemps ont empêché les anges du Languedoc de se ravitailler. Malgré la promptitude de l’appétit, leur parole initiale a été respectée. Car c’était une parole d’honneur.

    Les anges du Languedoc ont préféré s’adresser au restaurant « Les 3 Voiles » de Port Napoléon pour le ravitaillement d’urgence, avant d’aller prendre le café à bord du Zeph.

     

    La promptitude de l'appétit

     

    Avec les anges du Languedoc, la primauté ne revenait pas à la promptitude de l’appétit, mais à la promptitude de la conscience.

    La promptitude de l’appétit est révélatrice de notre part d’humanité.


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  • Un mouillage de rêve...

    Même si, en général, je préfère les ports aux mouillages ! Pour moi, un mouillage de rêve, c'est un mouillage avec de la vase au fond ! Être sûr que ton ancre va se faire avaler par là en-dessous !!! Et que tu peux partir tranquille !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Avec de bon yeux, vous pouvez deviner le ZEF à droite du pin, tout au fond de la baie ! On a été seul jusqu'au soir. Puis un cata Allemand est arrivé avec pleins d'Allemands à bord qui se sont mis à brailler fort et tout et tout jusqu'à temps que je m'y mette aussi ! Ça leur a coupé la chique illico ! Non mais !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Une plagette sans trop de monde !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Vue sur le port depuis les remparts.

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    La citadelle.

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Au mouillage, j'économise l’énergie... Et donc je lis à la bougie ! Vous allez me dire que ce n'est pas très prudent des bougies sur un bateau..., mais moi, j'aime ça !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Un pâle matin sans vent.

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    On part aux aurores. On a une longue route à faire.

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Et quelques 10 heures après, on contourne la presqu'île d'ARGENTARIO...

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    ...Pour finir par entrer dans le très joli port de PORTO ERCOLE. Il est tard et, comme à SAINT-TROPEZ, on va se faire un mouillage along side caché dans un coin !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    On aime vraiment beaucoup ce petit coin d'ITALIE !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Je m’immisce (oui, oui, c'est du français !) jusqu'au fond du port, là ou je sais être un petit quai souvent libre et souvent gratuit !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Et hop !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Re-hop !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    Voilà. C'est un bel endroit qui vaut l'envers ! Et la passeggiata y est très agréable !

    D'ELBA à PORTO ERCOLE

    A bientôt, à ROME. (On y est déjà ce soir après 9 heures de moteur et 3 petites heures de voile)


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  • ... En passant par LIVORNO, bien sûr !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Alors là, on est à LA SPEZIA. Il fait beau. Ou du moins aussi beau que cela est possible ces temps-ci !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Il fait tellement beau que sitôt arrivé, je m'empresse de regarder mes guides de nav pour voir où donc qu'on peut bien aller après ça...

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Le mousse, lui, s'occupe du plein des réservoirs d'eau. A ce qu'il paraît !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    On quitte donc LA SPEZIA à la voile, vu qu'il y a quelques risées... Mais faut jouer avec le vent très irrégulier dans le golfe. Tellement irrégulier qu'à force de jouer avec lui, juste après cette photo, je vais me prendre une grande claque ! Disons qu'on est passé en 1 seconde et demie d'un F2 à un F7, et justement, à ce moment précis, j'étais en train d'abattre pour retrouver un cap en près serré... Autant dire que ça été folklo ! Le bateau s'est mis en gite intégrale à mettre le liston sous l'eau ! Et pour ceux qui connaissent l'Océanis 393, avec son franc-bord élevé, ben mettre le liston sous l'eau, ça veut dire un très gros coup de gite !!! J'ai essayé en urgence de lâcher l'écoute de GV, et, se faisant, j'ai abandonné la barre et le ZEF a viré ! Avec le génois à contre..., la gite a été pire sur l'autre côté ! Bon. J'ai fini par tout lâcher les voiles, la barre, le cap, et le mousse y compris ! J'ai ré-enroulé le génois et suis sorti du golfe au moteur ! Autant dire qu'après, j'ai été très prudent !!!

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    On est donc arrivé à LIVORNO. La météo y prévoyait du beau temps. Plein soleil quoi. Vous pouvez constater qu'elle ne s'est pas trompée de beaucoup, non ?

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    On est resté ici 2 jours.

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    J'en ai profité pour me faire quelques plaisirs à la truffe, ce qui explique mon air enjoué en sortant de la boutique !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    J'aime beaucoup LIVORNO avec ses canaux qui sillonnent la cité. J'aurais bien aimé les refaire en annexe, mais on avait pas le temps, et on a eu peur d'attraper des coups de soleil !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Vue sur le port.

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Vue sur le quai tout bringuebalant !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Dans 2 secondes, je plie la passerelle et zou, direction ELBA...

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Et donc, 2 secondes plus tard, je mouille, quasi seul, dans la grande baie de PORTOFERRAIO. C'est rapide, hein ? Bon. Il a quand même fallu se taper presque 60 miles, et presque tout au moteur... Ah que c'est beau la voile !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Voilà. Le ZEF seul dans son mouillage. Ce n'est pas que le port soit complet ou trop cher en cette saison (40 €), mais c'est que le vent est quasi absent et que l'ancre tient vachement bien dans son lit de vase. Alors bon. Ça fait des économies pour se payer la taverne !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    D'ailleurs, on en prend le chemin... J'ai étrenné mon moteur tout neuf !

    De LA SPEZIA à l'île d'ELBA

    Chose promise, chose due !

    A bientôt...


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  • Depuis plusieurs jours, l’afflux des crises de nerfs, des migraines et des nausées était si insupportable que toutes les parties de l’organisme ressentaient un besoin urgent de répit.

    La frontière entre l’appréhension et l’affolement était extrêmement mince.

    Sans crier gare, le doute glissait vers la paralysie des moyens.

    La crispation se muait pernicieusement en autoritarisme.

    Au fil des semaines, l'accumulation des malchances nous a rendus de plus en plus vulnérables.

    Des crampes atroces à la jambe gauche, à l’arrière-train droit, puis à l’omoplate gauche criaient que l’on avait trop tiré sur les écoutes et les pendilles, que l’on s’était arc-bouté trop longtemps sur les winchs, que l’on n’avait cessé de galoper de la poupe à la proue, puis de la proue à la poupe, pour régler le génois ou la grand’voile.

    Mais avant le soma, c’était le mental qui flanchait. À cause de la météo qui était franchement imbuvable. Chaque jour, elle inventait une nouvelle espièglerie, pour être encore plus détestable.

    Tant de situations contrariantes, de mauvaises surprises et d’échecs douloureux ont remis en cause la faisabilité du périple jusqu’en Grèce.

    L’usure provoquée par l’épreuve de la navigation était si effroyable que le moindre répit était perçu comme un enchantement, peu importe la durée que celui-ci nous offrirait. On le prenait tout de suite, à bras ouverts. On n’a plus commis la stupidité de faire les difficiles.

    Alors, quand un rayon de soleil arrivait à percer à travers le ciel engorgé de nuages, au sens physique comme au sens symbolique, le Zeph était tout de suite enchanté, prêt à croire qu’une embellie était sur le point d’arriver.

    À Genova, l’art a participé à l’apparition d’embellies qui soulageaient le corps et enchanté l’esprit.

    Le savoir-faire maraîcher génois a offert au Zeph une belle surprise, qui a enchanté les yeux et les papilles.

    Visuellement, la découverte nous a ramenés vers notre premier séjour romain. Profitant que le Zeph était amarré dans le port Riva di Traiano, à Civitavecchia, nous avions visité plusieurs sites de la capitale, dont la Villa d’Este. Il s’y trouvait une effigie de l’Artémis d’Éphèse.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    L’opulence de la poitrine de la déesse était spectaculaire. L’emphase donnait le vertige.

    Le Musée d’Histoire de Marseille a aussi offert au capitaine et au mousse la même vision de la fécondité sur le corps de la déesse qui avait quitté le rivage ionien pour présider la fondation de la cité phocéenne.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    La promptitude de l’émerveillement était assurée quand nous avons retrouvé sur l’étal d’un marchand de légumes les formes voluptueuses qui caractérisaient le buste de l’Artémis éphésienne.

    L’homme approvisionnait en produits maraîchers les plaisanciers du Porto Antico di Genova. Le capitaine et le mousse y faisaient volontiers leurs courses.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    En souvenir de la Villa d’Este à Rome et du Musée d’Histoire de Marseille, le Zeph, non sans humour, qualifiait ces formes végétales de « tétons de Vénus ». L’explosion en bouche était absolument délicieuse. La promptitude de l’émerveillement des papilles était parfaitement garantie. L’enchantement visuel n’était rien par rapport à l’enchantement gustatif.

    Pendant le temps de la dégustation, les « tétons de Vénus » ont fait oublié la grisaille qui enveloppait la cité portuaire et la pluie qui s’abattait sur le toit du Zeph.

    Avec la surprise culinaire, Genova a créé une autre surprise, dans le domaine de l’art aussi, mais en architecture.

    Le lendemain de l’amarrage, la passeggiata nous a menés vers le grand jet d’eau de la Piazza de Ferrari, qui était devant le Teatro Carlo-Felice.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Au lieu de reprendre le chemin habituel pour redescendre vers le port, le capitaine a jeté son dévolu sur une nouvelle artère, la Via XX Settembre, décorée par des arcades qui avaient une hauteur impressionnante. À ce moment-là, la promptitude de l’enchantement n’entrait pas encore en scène. À l’autre extrémité, l’axe de circulation était enjambé par un pont qui avait l’allure d’un arc de triomphe. Le regard du capitaine était attiré par le sommet de l’arc de triomphe. Non sans difficultés, nous avons pu rejoindre à pied ce sommet.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Et c’était là que l’enchantement s’est déclenché, avec une spectaculaire promptitude.

    La cause de cet enchantement soudain et immédiat était le Palazzo Pastorino, que nous avons rencontré en premier dans notre progression. Hasard de la déambulation, surprise totale. Rien au auparavant, pendant la la sinueuse montée, ne nous a préparés à une telle découverte.

    Chaque coin de la façade du Palazzo était très éloquent sur la grandeur de la cité portuaire qui portait fièrement son titre de « Superba ».

    « Mare Nostrum ». La Mer qui est « NÔTRE ». C’est-à-dire qui est à nous, qui nous appartient, qui nous revient de droit.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Nous, c’est-à-dire les Génois, les enfants de la « Superba ». Nous, à entendre au sens exclusif. C’est-à-dire sans aucun partage avec la « Serenissima », l’affreuse rivale, hautement détestable, et toujours honnie par les enfants de la Tyrrhénienne.

    Pour dire que la Méditerranée leur appartenait, les Génois y avaient mis le prix. D’où l’exaltation de la puissance militaire.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Les extrémités acérées du fer forgé et leur multiplicité ordonnée illustraient l’efficacité des armes, le coût des batailles et la gloire des victoires.

    Le discours de la façade du Palazzo s’inspirait de l’antiquité et se structurait grâce au savoir antique.

    Cerbère, à trois têtes, gardait jalousement l’entrée du royaume de Hadès, le Souverain du Séjour des Morts. À Genova, sur le Corso Andrea Podestà, le Palazzo Pastorino était gardé, à chaque angle de sa façade principale, par une bête qui avait, non pas trois têtes, mais quatre têtes.

    Vigilance accrue, avertissement clair et ferme.

    La pluie n’a pas permis de prolonger l’extase. Mais la promptitude de l’enchantement disait son intensité et annonçait sa trace indélébile.

    Les extrémités Il fallait toujours avancer, pour devancer la tempête.

    La route de Genova à La Spezia n’était pas des plus gaies, ni des plus confortables.

    La grisaille et le froid rendaient le trajet lugubre. La baie de Portofino, habituellement radieuse et bondée de monde, avait l’atmosphère d’une chambre mortuaire.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    La basse température suggérait l’analogie. Et les couleurs morbides confirmaient la triste comparaison. En particulier, la blancheur des masses nuageuses évoquait celle d’un linceul qui n’en finissait pas de se déployer.

    Au gris et au froid, s’ajoutait le grotesque de la danse.

    Car les flots voulaient à tout prix que le Zeph s’associe à leur turbulence. Comme celui-ci n’était pas très consentant, alors la provocation reprenait de plus belle. Le linge qui n’avait pas eu le temps de sécher à cause de l’humidité des cieux génois, restituait les sollicitations des vagues.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Avec un tel accoutrement à la poupe et l’allure de sinistrés chez ceux qui étaient à bord, le Zeph avait l’air d’un bateau de malheur. Et le malheur semblait interminable aujourd’hui, comme lors des précédents trajets.

    Nous étions encore en train de nous interroger par rapport à la résilience quand la lumière s’est mise à être plus présente et que du bleu est apparu par ci par là au-dessus de nos têtes.

    L’embellie était là. Elle était en train d’éclore ! Et pas n’importe où ! Juste à l’entrée de Portovenere ! Ah, quel bonheur ! Bonheur soudain ! Bonheur inestimable, même s’il ne devait durer que quelques fractions de seconde ! En vérité, il a duré suffisamment pour que la rétine enregistre au fond d’elle-même la splendeur des lieux, mais suffisamment aussi pour que la technologie des pixels du XXIè siècle puisse être installée pour la constitution de la mémoire.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Bénédiction ! Ce ne serait pas la seule pour célébrer notre arrivée.

    Puis, le ciel s’est couvert de nouveau. Les lieux se sont de nouveau assombris.

    Et au moment de l’amarrage, tout est redevenu lumineux et splendide, comme pour applaudir le Zeph qui venait de se mettre sur son flanc gauche contre le quai au tapis bleu.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Ah, le beau tapis bleu des toutes premières escapades maritimes !

    La promptitude de l’enchantement était irrésistible. Elle fonctionnait par répliques, comme les soubresauts des entrailles de la Terre.

    À tribord, le nouveau pont qui inscrivait le port dans la modernité s’est livré en pleine lumière au moment de la photo-souvenir. Belle coïncidence, qui laisserait à penser que les divinités consentaient enfin à lire dans nos cœurs et à guetter nos intentions.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

     

    Après la photo du pont aux majestueux haubans, tout redevenait sombre et maussade.

    Cette fois-ci, l’enchantement s’en est-il allé pour de bon ?

    Surprise, surprise ! Avant que l’astre du jour ne disparaisse derrière les collines situées du côté de la poupe du Zeph, un dernier clin d’œil bienveillant a été orchestré par les divinités. Toute la belle chevelure des palmiers sur le quai de l’embarquement des vedettes d’excursion s’est illuminée dans la douce lumière du crépuscule.

    Vu du pont arrière du Zeph, le spectacle était magnifique !

    Mais le plus beau et le plus original n’était pas dans l’axe qui allait de la proue à la poupe, mais à bâbord.

    En effet, sur le flanc gauche du Zeph, sur un ponton transversal, un embarcation se mirait dans l’eau illuminée par une lumière inespérée. La nef était petite, modeste, et semblait même fragile. Mais son nom faisait luire une force incroyable, celle de l’optimisme.

    « Lucky Day »

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    « Jour de Chance », malgré des moyens modestes et une météo exécrable.

    La promptitude de l’enchantement ne pouvait absolument pas être contrariée en de telles circonstances !

    Les divinités ont mené le Zeph jusqu’à cet emplacement pour qu’il comprenne qu’il devait se souvenir, non pas de la malchance, mais du bonheur, même si celui était rare et éphémère. Depuis l’entrée du golfe jusqu’à la fin de l’amarrage, le lever de rideau s’est fait en plusieurs étapes, chacune d’elles était ponctuée par un allumage ciblé des projecteurs.

     

    La promptitude de l'enchantement

     

    Désormais, quelle que soit la dureté de l’épreuve et quel que soit le degré de malchance, le Zeph resterait lucide pour pouvoir inscrire chaque jour dans le registre des « Jours Chanceux ».

    Hier, en fin d’après-midi, au milieu du mugissement malveillant des flots, ont surgi des sonorités pleines d’empathie en provenance de l’Aventy. Comment ne pas s’en émerveiller tout de suite ?

    L’Aventy a dit au Zeph, fourbu et craintif : « Petits pas mènent loin ! »

    Était-ce une parole proverbiale de la Bourgogne ou de la Sicile ?

    En tout cas, l’encouragement donnait du baume au cœur.

    Dans la promptitude de son enchantement, le Zeph a choisi d’offrir à l’Aventy ces lumières de la première nuit dans le port qui desservait jadis la cité des Médicis.

     

    La promptitude de l'émerveillement

     

    Le bateau, c’était le Zeph. Le phare qui lui envoyait la lumière de l’amitié, c’était l’Aventy.


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