• Si l’Aventy disait au Zeph qu’au prochain repas serait servie une choucroute qui aurait été préparée comme celle de janvier dernier, le Zeph s’écrierait assurément : « Chouette ! ». Puis le Zeph se serait empressé de revenir à la même table, avec le fébrile espoir de retrouver dans la même assiette fleurie ce chou si parfumé et cette viande si tendre.

     

    Le bonheur du retour

     

    Le bonheur du Zeph ne peut être qu’intense quand il retrouve le même talent culinaire de l’Aventy, fait d’intelligence, de patience et de générosité.

    La vivacité du souvenir rend le retour extrêmement désirable. Retour vers quelque chose qui était apprécié, donc qui n’est plus inconnu. Retour qui est étranger à l’idée d’une quête de nouveauté, mais qui souhaite de tout cœur une répétition à l’identique.

    Le bonheur du retour signifierait-il que la nouveauté pourrait être futile, voire indésirable ?

    Le bonheur de retrouver un lit ou des bras que l’on a chéris exclut aussi l’idée de les remplacer par des spécimens nouveaux. Le retour dans un lit que l’on a aimé pour son caractère douillet ou dans des bras dont on affectionne la douce étreinte procure un bonheur exalté par la mémoire.

    Le bonheur du retour concerne-t-il aussi la navigation du Zeph ?

    Certainement, et à plus d’un titre.

    Quand le capitaine et le mousse descendent le couloir rhodanien, ils ne vont pas à Port Napoléon, ils y retournent. Et dès qu’ils se retrouvent devant la barrière électronique qui attend le badge pour s’ouvrir, le mousse oublie rarement de s’exclamer avec allégresse : « Ça y est, on est chez nous ! ». Non pas que tout se qui se trouve de l’autre côté de la barrière nous appartient, ni que nous aimons prendre nos aises. À Port Napoléon, nous nous sentons chez nous parce que le cadre nous plaît beaucoup, énormément. Il y a le chenal d’accès, qui s’empourpre à l’aurore pour rappeler la lagune de Μισολόγγι – ΜΙΣΟΛΟΓΓΙ. De plus, c’est un magnifique repère astronomique : dans son axe, se lève le soleil quand c’est l’équinoxe.

     

    Le bonheur du retour

     

    Et puis, il y a ces fameux plumeaux, tantôt d’argent, tantôt d’or, qui dotent les berges d’une somptueuse parure. Qu’il soit sur son ber ou à flot, le Zeph a des voisins sympathiques, serviables et bienveillants, mais nullement envahissants. Alors le Zeph peut rêver en toute liberté ou se reposer en toute quiétude.

    C’est pourquoi chaque venue à Port Napoléon par le couloir rhodanien est un retour qui nous procure un vif bonheur, sans l’ombre d’une routine.

    Quand le Zeph va à Livorno, il revient chez lui. Pareillement lorsqu’il va à Savona, à Ostia.

    Quand le Zeph va Corfou, comme cela sera bientôt le cas, il rentre chez lui, en Grèce.

    À Missolonghi, au Pirée, le Zeph sera aussi chez lui.

    Combien le Zeph a-t-il donc de « chez lui » ? Plein, plein, plein ! Alors, vive le bonheur du retour !

    Quand le Zeph se sent chez lui, alors, tout naturellement, il fait comme chez lui. Il étend son linge, il cultive son jardin.

    C’était Livorno qui a donné l’impulsion pour le premier jardin. La visite du Mercato Centrale était éblouissante par le spectacle de l’opulence qu’offrait la terre nourricière. Fête des yeux, fête du cœur et de l’estomac également.

     

    Le bonheur du retour

     

    Ceux qui étaient les natifs du pays, par la langue et les mœurs, ont incliné leurs têtes dès qu’ils nous ont vus de loin. Par notre manière de vivre, ils ont reconnu la leur. Puis quand ils se sont retrouvés à portée de voix, ils ont adressé de joyeux compliments pour exprimer leur satisfaction, leur admiration et leur gratitude. Tout naturellement, leur façon d’agir était la nôtre. Spontanément, librement, le Zeph se sentait chez lui. C'est pourquoi il n'a pas craint de faire sécher son linge bien à la mode italienne.

     

    Le bonheur du retour

     

    Le Zeph était amarré à l’un des pontons aménagés le long de la Via del Molo Mediceo. À l’arrière-plan, on voyait les murs ocre rouge de la Fortezza Vecchia.

    À Livorno, le Zeph avait tout ce qu’il voulait : l’animation ou le calme, quand il voulait !

     

    Le bonheur du retour

     

    Aller de nouveau à Livorno, c’est savourer l’exquis bonheur d’un retour.

    Il existe une autre cité portuaire en Ligurie, où le Zeph s’est toujours senti chez lui : c’est Savona. Pour la première halte, la capitainerie lui a offert le petit déjeuner.

    Sollicitude pour la nourriture matérielle, mais aussi spirituelle. Toujours à l’occasion du premier séjour, l’homme d’église qui nous a ouvert gracieusement le cloître aurait bien voulu nous garder jusqu’au lendemain pour que nous puissions assister à un concert de voix d’ange.

     

    Le bonheur du retour

     

    Depuis, les retours à Savona ont été nombreux, avec un plaisir toujours renouvelé.

    Savona, l’élégante, sait choyer ses visiteurs.

    À Savona, il y a de la culture à profusion, pour élever l’âme et donner de la légèreté à l’existence.

     

    Le bonheur du retour

     

    Quand le Zeph va à Savona, il retrouve son chez lui, qui est beau, élégant, toujours désirable. Comme il est doux, le bonheur du retour dans de telles conditions !

    Corfou aussi a donné lieu à des retours heureux, auréolés de liberté et de fraternité.

    Le premier débarquement avait pour but d’échapper aux pluies incessantes qui s’abattaient sur la partie Sud de l’archipel ionien. La première halte a engendré le souvenir d’une île opulente, hospitalière et attachante.

    Un double retour a eu lieu à l’occasion du voyage initiatique et a permis de fortifier une amitié qui avait vu le jour à Πύλος – ΠΥΛΟΣ, sur le rivage occidental du Péloponnèse.

    Les deux amis rencontrés à Πύλος – ΠΥΛΟΣ s’appelaient Danielle et Alberto. C’étaient des Romains, non pas parce qu’ils étaient des sujets de César ou d’Auguste, mais parce qu’ils avaient élu domicile dans le XIIIè arrondissement de la Ville Éternelle. Quand le Zeph était de retour à Corfou, ils étaient en vacances à Γουβιά – ΓΟΥΒΙΑ, qui se trouvait à trois kilomètres au Nord-Ouest de la baie où mouillait le Zeph.

    En annexe, puis en bus, nous sommes allés les voir à Γουβιά – ΓΟΥΒΙΑ.

     

    Le bonheur du retour

     

    Danielle et Alberto étaient deux êtres férus de sciences et de lettres. Cependant, leur modestie était impressionnante. Ils étaient absolument charmants, car ils pratiquaient avec élégance un humour sain et édifiant, qui disait la joie de vivre, sans jamais égratigner l’autre, et encore moins le rabaisser.

    Le Zeph a eu le privilège de les avoir à son bord à l’heure du crépuscule.

     

    Le bonheur du retour

     

    Le mur de scène de ces agapes du soir était le promontoire qui bordait la baie au Nord. On pouvait reconnaître la silhouette de l’église Άγιος Γεώργιος – ΑΓΙΟΣ ΓΕΩΡΓΙΟΣ, qui avait l’allure d’un temple antique.

    Le retour à Corfou a fait éclore un bonheur intense grâce à la profonde amitié entre deux capitaines très, très amoureux de la mer.

    Une voix suave, de renommée internationale, a chanté à quel point l’île était attachante. La chanson disait :

     

    « Roses blanches de Corfou

    Roses blanches, roses blanches

    Chaque nuit je pense à vous

    Roses blanches de Corfou

     

    Votre parfum est si doux

    Quand l'aurore

    Vient d’éclore

    Mais je suis bien loin de vous

    Roses blanches de Corfou »

     

    Pendant de très longs mois, le Zeph se sentait bien loin de Corfou. Mais à présent, l’heure du retour est toute proche. Et le délicieux bonheur qui va avec !

     

    Le bonheur du retour

     

    Chaque fois que le Zeph met le cap sur le Pirée, il revient chez lui, avec en prime, la fierté non dissimulée d’être tout à fait autonome.

     

    Le bonheur du retour

     

    Le Pirée est lié à un double souvenir gustatif : le καφές ελληνικός – ΚΑΦΕΣ ΕΛΛΗΝΙΚΟΣ et le κλαμπ σάντουιτς – ΚΛΑΜΠ ΣΑΝΤΟΥΙΤΣ.

    Le premier, obtenu à partir de grains savamment torréfiés, était servi à la mode grecque, qui considérait que le plaisir de la dégustation se trouvait dans la suspension des fines particules de caféine.

     

    Le bonheur du retour

     

    C’était le breuvage de l’attente, quand on guettait le ferry à la nuit tombante ou à l’aube. Boisson de l’hospitalité pour dire au revoir, mais aussi pour souhaiter la bienvenue.

    Quant au second, c’était une version contemporaine de la traditionnelle πίτα γύρο – ΠΙΤΑ ΓΥΡΟ : le froment ne se présentait plus sous la forme d’une galette circulaire, mais de tranches polygonales, joliment assemblées avec une pique en bois.

     

    Le bonheur du retour

     

    Nous avons découvert le κλαμπ σάντουιτς – ΚΛΑΜΠ ΣΑΝΤΟΥΙΤΣ par hasard au Pirée, en attendant le ferry pour Rhodes. Puis une fois dans le Dodécanèse, nous avons continué avec ce plaisir de la nouveauté.

    Pour son voyage initiatique, le Zeph a fait un retour très émouvant au Pirée.

    Il était amarré à la Marina Ζέα – ZEA.

     

    Le bonheur du retour

     

    Sans nul doute, le καιρός – ΚΑΙΡΟΣ réservera au Zeph d’autres retours chargés d’émotions au Pirée.

    Quand le café est bon, trop bon, on y revient, on veut le même, exactement le même, sans rien changer, ni au contenu, ni à la quantité, ni au tour de main, pour être sûr que le bonheur du retour ne sera pas gâché.

     

    Le bonheur du retour

     

    Sous la plume de Milan Kundera, on peut lire ceci :

    « Qui a raté ses adieux ne peut attendre grand-chose de ses retrouvailles. »

    À Savona, à Livorno, à Ostia, à Corfou, à Missolonghi ou au Pirée, les adieux étaient déchirants. C’est pourquoi le bonheur du retour n’en sera que plus fabuleux !


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  • Elle était très contente que son petit frère ait gagné dans un combat qui s’est avéré extrêmement rude et périlleux. Car l’adversaire était coriace, colérique et même sanguinaire. Pour célébrer la belle victoire, elle a joué de la musique avec son instrument de percussion. Associant le rythme de la mélodie et celui du mouvement, elle a entraîné d’autres femmes dans la danse. Et avec la voix du bonheur, elle a fait retentir le chant du triomphe.

    La scène est représentée par un bas-relief situé sur le flanc septentrional de la Basilique de Fourvière, à Lyon.

     

    Le bonheur de la musique

     

    La musicienne, qui menait la danse s’appelait מִרְיָם (Miryam, avec les sonorités hébraïques). C’était la sœur aînée de Moïse, qui venait de triompher du cruel et ignoble Pharaon. La scène de liesse avait donc lieu de l’autre côté de la Mer Rouge, c’est-à-dire sur la rive orientale, celle de la liberté enfin accessible après quatre cents ans d’esclavage.

    La description de la liesse se trouve dans le livre de l’Exode. Au chapitre 15, verset 20, on peut lire :

     

    וַתִּקַּח מִרְיָם הַנְּבִיאָה אֲחֹות אַהֲרֹן אֶת־הַתֹּף בְּיָדָהּ וַתֵּצֶאןָ כָֽל־הַנָּשִׁים אַחֲרֶיהָ בְּתֻפִּים וּבִמְחֹלֹֽת

    שְׁמוֹת֙

     

    « Miryam, l’inspirée, la sœur d’Aaron, prend le tambourin en sa main. Toutes les femmes, derrière elle, sortent avec des tambourins et des rondes »

    Exode, chapitre 15, verset 20

     

    L’instrument utilisé par Miryam était un instrument de percussion, le tambourin. Les vibrations sonores et les ondulations du corps avaient la même tonalité et la même finalité. La sœur de celui qui avait conduit la colonne de fugitifs inquiets et traqués conduisait à présent un cortège de danseuses libres et épanouies.

    La voix humaine étant le plus bel instrument de musique, Miryam en a fait usage avec pertinence en entonnant un cantique. En effet, au verset 21, on peut lire :

     

    וַתַּעַן לָהֶם מִרְיָם שִׁירוּ לַֽיהוָה כִּֽי־גָאֹה גָּאָה סוּס וְרֹכְבֹו רָמָה בַיָּֽם

    שְׁמוֹת֙

     

    « Miryam leur répond : ‘Chantez pour Jéhovah. Oui, il a fait un coup d’éclat. Le cheval et son cavalier, il les a jetés à la mer.’ »

    Exode, chapitre 15, verset 21

     

    Sur le bas-relief de la basilique de Fourvière, la silhouette de Miryam est la figure centrale autour de laquelle se déploie un tourbillon de joie et de bonheur. La figure de Moïse, pourtant rédemptrice, est rejetée sur la gauche. L’art militaire cédait la place à la musique.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Mais quel âge avait Miryam à ce moment-là ? Elle était la sœur aînée de Moïse. En ce XXI ème siècle, d’aucuns l’auraient mise, non pas dans le quatrième âge, mais dans le cinquième ! Et malgré cela, elle chantait, dansait et conduisait la chorégraphie. D’où venaient son inspiration et son énergie, qui étaient absolument fascinants ? Du bonheur de la musique !

    Bonheur de la musique : c’est la musique qui apporte le bonheur.

    Musique du bonheur : c’est le bonheur qui engendre la musique.

    Dans le cas de Miryam, le bonheur de la liberté, de la vie, du sens, du lien avec le sacré a fait naître la musique, qui en retour donnait encore plus d’éclat à ce bonheur. La phase endogène du bonheur a précédé la phase exogène.

    C’était la signification de l’instant qui a provoqué la danse et le chant de la prophétesse, et non l’inverse. La musique était la servante du bonheur. L’antériorité de celui-ci disait sa primauté. En retour, la musique a créé une exaltation de la conscience du moment privilégié.

    La musique est indissociable des moments fondateurs de l’existence.

    Il arrive que la musique engendre le bonheur, sans en être au préalable l’écho. C’était le cas à Genova, l’été dernier.

    Le Zeph était amarré au Molo Vecchio, et non plus au Porto Antico. Il était facilement reconnaissable avec sa fière éolienne, dont l’axe était parallèle à l’illustre phare, que les fans de la cité portuaire nommaient affectueusement « la lanterna ».

     

    Le bonheur de la musique

     

    À gauche de l’éolienne, légèrement au-dessous, c’étaient les panneaux solaires. Puis, un peu plus au-dessous encore, toujours sur la gauche, apparaissait la bouée rouge, en forme de U renversé.

    Le museau du Zeph était dirigé vers les bureaux de la capitainerie, qui se trouvaient sur la rive Nord du bassin. Le flanc droit du Zeph était donc plein Ouest. De ce côté, se trouvait la terrasse qui donnait la sensation de se retrouver aux confins du monde, tout en offrant un splendide panorama sur l’entrée du port. Sur la photo, apparaissait un bout de cette terrasse, avec le pied d’un visiteur assis sur un banc. C’était cette terrasse qui se métamorphosait en piste de danse en plein air, à l’heure du crépuscule.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Les corps bondissaient, virevoltaient au son de la musique qui était en vogue dans la première partie du siècle dernier. Les robes, qui rivalisaient de légèreté, s’ingéniaient à associer sensualité et élégance. Tous les spectateurs étaient emballés, y compris les silhouettes féminines qui utilisaient un voile pour soustraire à la vue leur chevelure.

    La piste de danse improvisée couronnait un espace qui était gagné sur la mer par la métropole ligure, et qui était comme une île artificielle, nommée Isola delle Chiatte. La Via al Mare Fabrizio de André y menait avec magnificence et gourmandise quand on venait du centro storico.

    Sur l’Isola delle Chiatte, le rythme était sur scène. Il pouvait très bien agir autour de la scène. C’était le cas de la rive Nord du Molo Vecchio, toujours à Genova.

    La musique exécutée par un trio contemporain donnait des envies d’acrobates à une mère et son fils.

     

    Le bonheur de la musique

     

    La batterie et la guitare entretenaient le suspense des pirouettes audacieuses. Le chant célébrait la complicité entre le jeune voltigeur et sa mère.

    Au fil du temps, la musique augmentait l’enthousiasme et élargissait le cercle des participants. Un troisième personnage s’est engagé dans la chorégraphie, qui devenait plus complexe.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Bonheur à trois. Bonheur intergénérationnel, magnifiquement stimulé par la musique.

    Le visage de la chorégraphe s’empourprait de satisfaction et de fierté.

    Il y avait une très belle correspondance entre le spectacle initial et le spectacle complémentaire. Un trio de musiciens donnait le ton, et un trio de danseurs offrait la réplique. Une silhouette féminine et deux silhouettes masculines faisaient retentir les sonorités. La composition était inversée pour le ballet improvisé : deux silhouettes féminines et une silhouette masculine exhibaient la souplesse de leurs corps. Symétrie numérique, pour une coquetterie dans l’effet miroir.

    Y avait-il d’autres spectateurs ? Bien sûr que oui ! Maints passants se sont arrêtés pour contempler les deux scènes. L’enchantement était parfaitement perfectible.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Même le capitaine était sur le point d’exécuter un pas de deux !

    Musique pour l’individu tout comme pour le groupe familial, pour l’autochtone comme pour l’étranger, pour le résident comme pour le visiteur.

    Chant de l’universalité, qui s’adressait aux éternels enjeux de la vie affective : le rêve, l’espoir, le doute, le chagrin,…

    Cette heureuse duplication de la scène musicale s’est déroulée à la Calata Madraccio du bassin géré par le Molo Vecchio.

    Sur les banderoles colorées de la métropole ligure, on pouvait lire : « L’estate è costellata di eventi ! ». En s’inspirant du slogan ligure, on peut dire que la navigation du Zeph est constellée de bonheurs musicaux.

    Même à Marciana Marina, sur l’île d’Elbe, là où jadis le Zeph avait connu l’effroi à cause de la débandade dans un mouillage, la musique a fait fleurir un bonheur magique, juste au moment de notre halte.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Le Zeph a mouillé dans les mêmes eaux que jadis, avec une once de confiance en plus.

    La Via del Cotone offrait une splendide une trouée en direction du Nord-Est. Dans le cadre formé par les ravissantes corolles de bougainvillier et de géranium, le Zeph était tout à fait à droite, facilement reconnaissable à son éolienne.

    Le souffle iodé faisait bouger délicatement le rouge et le pourpre. La musique de la nature était très agréable. Mais le présage était ambigu. Les couleurs vives disaient-elles la splendeur d’un lieu paradisiaque ou une quelconque menace meurtrière ? La voix du bonheur a fini par avoir le dessus, et nous avions raison de nous y fier dans un premier temps.

    Grâce au flair du capitaine, nous avons su qu’un concert de musique rock était prévu à la nuit tombante. En effet, nous avons vu une estrade se mettre en place sur le parvis occidental de la Chiesa di Santa Chiara d’Assisi.

    Après un dîner assez frugal à bord, nous sommes retournés sur la terre ferme à la rame. Puis, c’était le spectacle musical, plein de modernité, d’énergie et de beauté aussi.

     

    Le bonheur de la musique

     

     

    Le devant de l’estrade des musiciens portait l’inscription : « Il profumo del mare ». À Marciana Marina, la musique estivale accompagnait le parfum de la mer. Un parfum de séduction, d’ivresse. Effectivement, le capitaine était totalement séduit. Il était aussi ivre du bonheur suscité par les sonorités pop et rock. L’enchantement permettait au corps de se régénérer avant d’affronter l’horreur qui se préparait à nous enserrer entre ses mâchoires impitoyables. Le bonheur était providentiel, pur comme une perle, savouré juste à temps, avant qu’il ne soit emporté par la folie meurtrière des flots et des hommes.

    À Genova et à Marciana Marina, le bonheur de la musique était exogène. En revanche, il arrive, et même souvent, que le bonheur ne soit pas un effet de la musique, mais son origine. C’était le cas, par exemple, à Αντίκυρα – ΑΝΤΙΚΥΡΑ, sur la route entre Corinthe et Delphes.

    Le Zeph avait la chance de trouver une place le long d’un quai qui ne pouvait accueillir que deux bateaux rangés sur le mode alongside. Le Zeph jouissait de la compagnie de deux énormes bateaux de pêche. L’un s’appelait Ἄρτεμις – ΑΡΤΕΜΙΣ. L’autre, Ἡρακλῆς – ΗΡΑΚΛΗΣ. Ἄρτεμις – ΑΡΤΕΜΙΣ était de l’autre côté du quai, vers l’Est. Ἡρακλῆς – ΗΡΑΚΛΗΣ était à l’extrémité méridionale du quai, vers le phare.

     

    Le bonheur de la musique

     

    La couleur locale était bien à l’honneur. Et nous nous en félicitions.

    À aucun moment, il n’y a eu le tapage si caractéristique du tourisme de masse.

    Très vite, nous étions considérés comme des natifs du pays. Ce bonheur d’être grec par l’amour porté à la Grèce, le capitaine l’a chanté à tue-tête sur le quai d’Αντίκυρα – ΑΝΤΙΚΥΡΑ, grâce à la complicité d’un immense artiste, nommé Φώτης ΙωαννάτοςΦΩΤΗΣ ΙΩΑΝΝΑΤΟΣ.

    La voix envoûtante de Φώτης ΙωαννάτοςΦΩΤΗΣ ΙΩΑΝΝΑΤΟΣ exhalait à la fois la douceur du miel et l’amertume de la ciguë.

    Il existe une palette qui s’accorde avec cette voix : c’est celle de Delacroix, qui a peint la danse de deux guerriers grecs souliotes. Le tableau est conservé au Louvre.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Il s’agit d’une palette gorgée des sucs de la vie, où resplendissent à la fois l’espoir et le désespoir. Delacroix peint un Orient à la fois chatoyant et lascif, qui ne craint pas d’amollir la virilité pour la rendre plus sensuelle, qui fait de la langueur le choix du destin, qui se délecte dans l’onctuosité de la mélancolie

    Sur le quai d’Αντίκυρα – ΑΝΤΙΚΥΡΑ, le Zeph faisait retentir la voix de Φώτης ΙωαννάτοςΦΩΤΗΣ ΙΩΑΝΝΑΤΟΣ qui chantait :

     

    Τί χάνω εγώ τις μέρες μου

    τη μία κοντά στην άλλη,

    κι όπως μου ασπρίζουν τα μαλλιά

    ξινίζει το κρασί,

    αφού μονάχα όταν περνώ

    το βλέμμα από κρουστάλλι,

    με νέα ρετσίνα ολόγεμο

    βλέπω τη ζωή χρυσή ;

     

    Pourquoi vais-je gaspiller mes jours

    l’un après l’autre,

    Et à la manière dont mes cheveux blanchissent,

    le vin devient aigre,

    puisqu’il suffit seulement que je jette

    un regard à travers le verre de cristal,

    parfaitement plein de vin résiné nouveau,

    pour que je voie la vie avec ses reflets dorés ?

     

    Comme la voix de Φώτης ΙωαννάτοςΦΩΤΗΣ ΙΩΑΝΝΑΤΟΣ transportait admirablement le bonheur des sanglots !

    À la manière de Delacroix, nous avons sollicité les pigments de l’agrume pour rendre l’or de Διόνυσος – ΔΙΟΝΥΣΟΣ encore plus désirable.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Et en la circonstance, il aurait été difficile de connaître les délices de l’âme grecque sans déguster le poulpe grillé, à la saveur si inimitable.

    Le Zeph a aussi connu des moments exceptionnels où le bonheur musical était à la fois endogène et exogène. Le nouvel an tropézien faisait partie de ces moments délicieux.

    Le cœur déjà en fête, nous avons rejoint la scène musicale qui se trouvait sur l’aile Sud-Ouest de la Place des Lices.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Le crissement des patins rivalisait avec le rythme des chansons pour séduire les spectateurs. L’une d’elle, très appréciée des deux côtés des Alpes, disait :

     

    « Felicità. E' un cuscino di piume, l'acqua del fiume

    Che passa e che va.

    È la pioggia che scende, dietro alle tende la felicità ;

    È abbassare la luce, per fare pace, la felicità, felicità... »

     

    Bonheur. C'est un coussin en plume, l'eau d'un fleuve

    Qui passe et qui coule.

    C'est la pluie qui descend, derrière les rideaux. Le bonheur

    C'est baisser la lumière pour faire la paix. Le bonheur, bonheur...

     

    Et tous les corps se mettaient à se dandiner, même ceux qui n’étaient pas chaussés de patins. Puis la chanson continuait en ces termes :

     

    « Felicità. È un bicchiere di vino,

    con un panino la felicità... »

     

    Bonheur. C'est un verre de vin,

    avec un sandwich. Le bonheur...

     

    Ce soir-là, en guise de vin, tout le monde avait le goût du champagne dans la bouche. Et point de sandwich, surtout sur la Place des Lices. À droite du capitaine, c'était le Boulevard Vasserot, et sur le trottoir d’en face, se trouvait une pâtisserie spécialisée en tarte tropézienne. Le magasin était sans cesse bondé de monde. Et la grande majorité des clients qui entraient et ressortaient, parlait avec moult gestes et musicalité la langue de Dante Alighieri. Pour eux, la felicità, c’est le champagne et la tarte tropézienne. Pour nous aussi.

    Le bonheur, mis en chanson, avec les accents de la péninsule italienne, n’en devenait que plus fabuleux !

     

    Le bonheur de la musique

     

    Le Zeph a vu 2019 commencer avec un immense bonheur musical, à la fois endogène et exogène. Le Zeph fait le vœu que l’expérience se renouvelle, non seulement pour lui-même, mais aussi pour tous ses amis.

     

    Le bonheur de la musique

     

    Le bonheur de la musique est celui de la vie qui palpite et se fait désirable.

     


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  • Il est né en Occident et rêvait d’Orient. Alors, dès qu’il en avait les moyens, il est parti du côté du soleil levant. Il a emmené sa bande de copains dans les terres de l’Est, espérant même parvenir jusqu’aux confins du monde.

    Sa folle aventure a donné naissance à des échanges vivifiants, féconds et durables entre l’Occident et l’Orient. C’est pourquoi l’Histoire lui a accordé un surnom qui rappelle la grandeur de son œuvre.

    Ses parents l’appelaient Alexandre.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Alexandre le Macédonien, surnommé encore Alexandre le Grand, a donc réalisé son rêve d’Orient en bâtissant un empire qui s’étendait de la Mer Égée jusqu’aux rives de l’Indus. L’Orient lui a donné une princesse, qu’il a épousée selon le rite oriental.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Échange culturel par le mariage.

    Échange culturel aussi par la fusion de deux esthétiques dans la représentation du sacré.

    En effet, les premières évocations de la présence du Bouddha excluaient l’usage d’une forme humaine. À l’origine, cette présence était seulement signifiée par des symboles tels que la roue.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Le Bouddha était identifié par sa doctrine, elle-même représentée par une roue appelée « Roue de la Loi » ( धमच en sanscrit, dharmachakra ). Le parcours circulaire originel a eu lieu au moment de l’Éveil, avec l’énonciation du mécanisme de l’attachement, du désir, de la souffrance et de la libération.

    C’est l’art grec, apporté par Alexandre le Grand, qui a permis l’émergence de silhouettes humaines dans la représentation du Bouddha.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    En plus de l’enveloppe corporelle, l’esthétique grecque a donné à l’art bouddhiste les traits d’un visage harmonieux et les plis d’une tunique élégante.

    Il est impensable que l’art, qui est une forme de louange, puisse donner à voir des motifs décoratifs, sans que l’esprit et le cœur aient déjà accepté les principes et les idées qui ont généré ces formes du beau. La floraison de l’art de l’osmose ne peut avoir lieu que si au préalable l’osmose a déjà réuni les différentes sèves, mentalement et affectivement.

    L’art ne peut être superficiel. S’il montre une compréhension mutuelle, c’est que dans le tréfonds de l’être, l’entente cordiale existe réellement.

    Les échanges suscités par l’aventure d’Alexandre le Grand ont engendré une multitude de bienfaits.

    Le capitaine a tenu à ce que l’hommage rendu par le Zeph à la culture grecque tienne compte du périple en Orient du roi de Macédoine. Grâce à la complicité du Louvre, ce désir est exaucé.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Chaque jour, le giron du Zeph se pare du suave bonheur de l’art gréco-bouddhiste.

    Le Zeph lui-même contribue à des échanges qui le comblent de satisfaction.

    Échange de points de vue, au sens spatial comme temporel.

    Par rapport à l’espace, l’esprit du Zeph n’avait du quartier Confluence, à la jonction du Rhône et de la Saône, que des vues au ras de l’eau.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    L’horizontalité avait son charme, et même son confort, car elle nous évitait certaines douleurs cervicales. La troisième dimension, celle qui rapprocherait de la transcendance, semblait appartenir au rêve, jusqu’au jour où l’Ouvé offrait au Zeph une magnifique vue plongeante vers le bassin du vaporetto lyonnais.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    L’échange de perspectives crée le bonheur de la complémentarité.

    Par rapport au calendrier, l’Ouvé et le Zeph disaient l’un à l’autre ce qu’ils rêveraient d’accomplir dans le temps à venir : une circumnavigation pour tous les deux, mais celui-ci aurait les yeux fixés sur la Mer Intérieure tandis que celui-là lorgnerait le Grand Océan, qui se nommerait tantôt Atlantique, tantôt Pacifique. La comparaison était inévitable. Mais il n’en résultait aucune rivalité. Au contraire, chacun souhaitait de tout son cœur à l’autre le meilleur de la navigation désirée. L’échange offre l’ivresse de la stimulation mutuelle.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Échange entre artistes décorateurs aussi. L’antiquité pour l’un, le monde contemporain pour l’autre. Aucune opposition, aucun antagonisme. Au contraire, chacun découvre et apprécie la douceur de vivre dans l’univers qui d’habitude n’est pas le sien. L’échange offre le plaisir de la séduction réciproque.

    Échange entre hédonistes accomplis. L’Ouvé aime ce qui est pur : pureté dans toutes les perspectives de son habitat, mais aussi à table, dans la composition de l’alimentation.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Le Zeph aime ce qui est en volute : profusion de courbures pour l’organisation de l’espace intérieur, et aussi dans les assiettes de la convivialité. L’échange apporte des découvertes, suscite l’étonnement et engendre des satisfactions durables.

    La gratitude n’est pas attachée à la chose qui a circulé et qui est inerte et impassible, mais à la sensibilité et à la conscience de l’être humain qui reçoit, sensibilité et conscience qui existent dans toutes les sociétés, si primitives soient-elles. En raison du libre arbitre, le retour, qui constitue la deuxième composante de l’échange, n’est jamais automatique. Le « contre-don » théorisé par l’anthropologue Marcel Mauss comme contrainte systématique en réponse au don, est une négation de la spontanéité, donc du libre arbitre de celui qui reçoit. De plus, ce « contre-don » automatisé est même une incitation à l’hypocrisie de celui qui donne.

    Un échange ne peut être que libre. Dans ce cas, le geste du retour n’est pas lié à l’objet qui a transité, mais au sujet receveur, qui montre son appréciation par rapport au don et qui témoigne de son désir de fortifier et d’enrichir le lien social ainsi tissé.

    Quand l’Ouvé a offert son hospitalité, il n’attendait aucun contre-don de la part du Zeph. L’Ouvé a ouvert les portes de sa demeure aérienne seulement parce qu’il avait de l’affection pour le Zeph. Introduire l’idée du « contre-don » professée par Marcel Mauss, c’est faire une très grave offense au geste amical et désintéressé de l’Ouvé.

    Au printemps dernier, pendant qu’il était en route pour les châteaux cathares, l’esprit du Zeph a voulu faire une visite surprise à l’Ouvé. Nous nous sommes donc arrêtés à Gruissan. Le capitaine de l’Ouvé n’était pas là. Dommage ! Nous avons quand même pris le temps de contempler l’Ouvé, quand quelque chose a attiré l’attention du capitaine du Zeph. La filière à tribord était endommagée, vers la poupe. Sans tarder, le capitaine du Zeph est monté sur le pont pour sécuriser les défenses à l’endroit du dégât.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    L’intervention du capitaine du Zeph attendait-elle une contrepartie ? Aucunement ! Imposée ou suggérée, aucune contrepartie n’était attendue.

    Serait-ce un geste solitaire, qui n’était impliqué dans aucun échange ? Nullement ! Le capitaine du Zeph est intervenu en souvenir de l’amitié de l’Ouvé. Il y a bien eu un échange, qui se nommait solidarité et qui ne se concevait pas en termes de profit ou de perte.

    Le geste du capitaine était donc la deuxième phase, et non la première, de l’échange qui se produisait à Gruissan.

    Contrairement à l’analyse de Marcel Mauss, le geste du capitaine n’était programmé par aucune contrainte physique ou sociale. Il n’était même pas prévu que l’on s’arrête à Gruissan ce jour-là, et l’on n’en savait rien de la casse de la filière de l’Ouvé.

    La réactivité du capitaine du Zeph ne relevait d’aucun automatisme. Elle n’était le « contre-don » d’aucun don précis et concret fait antérieurement par l’Ouvé.

    Marcel Mauss a entièrement faux avec l’Ouvé, et aussi avec l’Aventy !

    L’Aventy n’aime pas se retrouver débiteur, parce que l’Aventy prend soin de ne pas faire porter le fardeau aux autres. L’Aventy n’aime pas paraître créancier, parce que l’Aventy déteste le déséquilibre, même si celui-ci est en sa faveur. Alors pour honorer tout le monde et égayer la situation, l’Aventy dit qu’il y a eu échange.

    « Échange » est l’un des mots favoris de l’Aventy. Pour dire que personne n’est resté dans son coin, que tout le monde a participé, de gaîté de cœur même. Ce qui était vrai, car l’Aventy a toujours su créé les conditions pour que cette joyeuse mutualisation ait lieu. Chacun apportait ce qu’il voulait, donnait aux autres ce qu’il voulait. Cette belle liberté et cette sublime franchise faisaient que l’échange, spontané et chaleureux, était une fête de la générosité, qui devenait la signature de l’Aventy.

    Contrairement à ce que dit Marcel Mauss, l’anthropologue, il n’y a pas don et contre-don dans le giron de l’Aventy. Chez l’Aventy, il y a don, puis don, et encore don, sans aucune corrélation, sans aucune dépendance, pourvu que le tout fasse un joli feu d’artifice, dont tout le monde profite, sans aucun calcul préalable, et sans aucune arrière-pensée. La dignité, la liberté et la sollicitude nourrissent l’échange que l’Aventy offre à ses hôtes.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Dernièrement, au moment des adieux, l’Aventy a donné au Zeph, entre autres, un jeu de cartes sicilien, « la Scopa », et du gingembre acheté en personne sur l’île de la Réunion.

    Le jeu de cartes « la Scopa », c’était en souvenir de la Sicile qui, chaque hiver, offrait à l’Aventy un havre de paix à Licata.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    La série de cartes était toute neuve. Les illustrations étaient fort belles. La règle du jeu a beaucoup plu au capitaine, qui comptait s’en servir souvent à bord du Zeph.

    L’Aventy donnait toujours au Zeph quelque chose à emporter. Avant cette fois-ci, il y a eu, par exemple, le chocolat de Modica. Et l’Aventy, tout heureux, disait qu’il s’agissait, non pas d’un cadeau, c’est-à-dire un don, mais d’un échange. Et à entendre le ton de l’Aventy, cet échange n’aurait rien d’extraordinaire. Ne point s’élever, de peur d’écraser l’autre : quelle noblesse d’âme, qui transparaît malgré les mots de l’humilité ! Quant au Zeph, il se devait de témoigner de sa propre lucidité. Alors il a dit à l’Aventy : « Dans l’échange, c’est toujours toi qui a fait le premier pas ». Il y a bien une dette, celle qui est contractée par rapport à l’antériorité de l’autre.

    La conception de l’Aventy est aux antipodes de la définition de Marcel Mauss.

    L’Aventy a beaucoup insisté pour que le Zeph fasse la connaissance de l’Épisode. Le jour où l’Épisode est venu prendre l’apéro à bord du Zeph, il y avait aussi les anges du Languedoc. En cette fin d’après-midi, nous étions donc six. Six à échanger nos points de vue sur l’utilité de la navigation et l’exploration du monde.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Les avis étaient contrastés, mais l’humeur demeurait joyeuse.

    Quelques jours plus tard, pour dire au revoir, l’Épisode a déposé, avec beaucoup de discrétion, sur le pont du Zeph, deux ouvrages sur les Baléares, avec une belle et émouvante dédicace manuscrite.

    Les deux livres sur les Baléares, offerts en retour par l’Épisode, avaient une « valeur d’usage », puisqu’ils avaient plu et ont été utiles à nos invités. Mais quelle « valeur d’échange » pouvaient-ils avoir par rapport à l’apéro dégusté ensemble, à bord du Zeph ? Aucune, parce qu’il n’y avait aucune correspondance matérielle et financière avec ce qui a été mis sur la table de la convivialité. Il y a bien eu échange, non pas au sens défini par les économistes, mais au sens défini par l’Aventy, c’est-à-dire librement de part et d’autre, et pas nécessairement dans le même domaine.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    La dédicace rédigée sur les deux livres offerts témoignait que le geste du retour était dû à la conscience et non à quelque contrainte tyrannique imposée par l’invitation à prendre l’apéro. Marcel Mauss, qui a élaboré la théorie du « contre-don » prescrit et codifié socialement, a tout faux au sujet de la réciprocité entre le Zeph et l’Épisode.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Et contrairement à ce qu’a écrit Karl Marx, il y a eu circulation d’un objet de valeur, constitué en l’occurrence par les deux livres sur les Baléares, sans que cet objet de valeur ait une « nature bifide » liée à la dualité valeur d’usage/valeur d’échange.

    Avec l’Aventy, l’Ouvé, l’Épisode et tous ses autres amis, le Zeph a des échanges qui s’affranchissent de toute nécessité de quantification, donc de toute intervention de l’unité de mesure qui est la monnaie.

    Il est là le bonheur de l’échange : dans le refus de tout calcul.

    L’échange qui fleurit la route du Zeph n’est jamais une transaction préméditée, car il honore le libre arbitre et célèbre le désintéressement.

    L’échange qui embellit l’histoire du Zeph saison après saison est une circulation dans les deux sens, pas nécessairement avec la même quantité de part et d’autre, ni même dans le même domaine. Seule compte la sincérité, qui fait l’authenticité et la fécondité de l’échange.


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  • Les fleurs font le bonheur de la personne qui les reçoit, surtout quand elles sont offertes en signe de gratitude et d’amitié.

    Les anges du Languedoc, en visite à Lugdunum récemment, ont offert au Zeph un joli bouquet de tulipes augustéennes. Augustéenne, parce que la robe des pétales exhibait le pourpre impérial. Augustéennes encore, parce que ces tulipes avaient le charme de l’éternelle jeunesse du premier empereur de Rome.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Combien étaient-elles ? Dix. Dix, comme les « Dix Paroles », données au Mont Sinaï, pour fonder le code moral et juridique du peuple d’Israël, qui venait de s’affranchir de l’esclavage égyptien. Dans les Écritures Hébraïques et Grecques, le nombre 10 évoque la complétude terrestre. Les dix tulipes offertes au Zeph disaient que l’affection des anges du Languedoc était irréprochable.

    Les fleurs étaient inséparables de leur compagnon champenois, un être très pétillant, qui a aussi mis du pourpre dans ses habits.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    La présence du champenois était drôle, exquise, grisante.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le Zeph aussi, a fait appel aux fleurs pour souhaiter la bienvenue à ses hôtes. Le décor fleuri de la porcelaine voulait être une fête pour les yeux, juste avant l’extase des papilles.

    La passiflore était à l’honneur.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    En l’occurrence, il s’agissait de l’espèce bleue, qui recevait des botanistes le nom de Passiflora caerulea, parce que chaque fleur était dotée de soixante-douze filaments aux reflets bleu violet.

    Il existait une créature ailée qui s’empressait de faire sien le bonheur des fleurs. Ses ailes étaient de magnifiques œuvres d’art, où se côtoyaient raffinement et faste. Son instinct butineur exprimait le bonheur de la gourmandise. Ce jour-là, son vol fantasque avait des reflets ocre jaune ou bleu outremer.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Bonheur de savourer le nectar de la vie. Bonheur de l’ivresse.

    Bonheur de butiner à sa guise, de choisir l’endroit et le temps. Bonheur de la liberté.

    Bonheur de la légèreté et de l’insouciance.

    Attirés par les effluves délicieux des moules farcies d’ail et de persil, des papillons sont venus batifoler jusque dans l’assiette.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Certains avaient le goût du sésame doré. D’autres, celui du pavot bleu. D’autres encore, celui du fromage gratiné.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un savoir-vivre, qui chérit l’instant présent.

    Après la saison des fleurs, vient celle des fruits.

    Parmi les très nombreux présents comestibles apportés par les anges du Languedoc, il y avait les fruits de l’arbre qui gardait le seuil de leur demeure.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Nutriments gorgés de sucs, de soleil et d’affection, qui étaient indissociables de la figure de l’un des gardiens du temps, rencontrés en décembre dernier.

    Sur les arcades sourcilières de l’homme, fleurit la disponibilité. Dans ses yeux, brille la bonne humeur. Ses pommettes exhibent l’éclosion de l’humour. Sur ses lèvres, s’épanouit le savoir.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Fleurs de l’éthique, et non de la botanique.

    Le bouquet tire son éclat d’une sève spéciale, qui est l’amour du prochain. Étymologiquement, c’est l’amour qui est prodigué à ceux qui sont proches, spatialement et biologiquement, par le cordon ombilical.

    D’aucuns s’adressent à l’homme en l’appelant « Mich’ », parce qu’il se prénomme comme l’archange qui terrasse le Dragon. Le mousse préfère l’autre surnom, qui est « Pépi », et qui a été inventé pour éviter la confusion avec l’autre « Papi » dans l’arbre généalogique. Mais Pépi est aussi le nom d’un pharaon de la VIè dynastie.

    En préférant le surnom « Pépi », le mousse rend hommage à la grandeur de l’homme et de sa contribution à l’histoire. En l’occurrence, sa contribution à l’histoire de celui qui est devenu le capitaine du Zeph est vraiment phénoménale !

    À lui tout seul, le visage de « Pépi » est un magnifique bouquet floral, qui ne se flétrit pas, ni au fil des heures, ni au fil des jours. Parce que le lien intergénérationnel que cultive « Pépi » connaît une floraison qui a lieu quelle que soit la saison.

    Ravi du voyage culinaire préparé par le mousse, « Pépi », l’homme de savoir, de sagesse et de saveur s’est empressé de proposer que la besace du visiteur soit remplie de ce que la récente floraison dans le jardin avait engendré de plus beau, de plus succulent et de plus tonique.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un lien intergénérationnel vivace, prospère et fécond.

    Autre floraison du temps passé, qui s’associe volontiers à celle du temps présent : les hampes fleuries de l’asphodèle. Le capitaine a confié au mousse que c’était l’une des fleurs de prédilection de l’univers maternel. C’était sur l’île d’Αμοργός – ΑΜΟΡΓΟΣ que pour la première fois, le mousse prenait conscience de l’existence de l’espèce florale. À cette époque, l’île venait d’avoir l’auréole que lui conférait « Le Grand Bleu » de Luc Besson.

    Les escales à La Ciotat ont donné lieu à plusieurs visites du ravissant parc du Mugel. Sur les hauteurs du parc, l’asphodèle a établi son fief. L’abondance de ses hampes voluptueuses a rappelé au mousse la leçon de botanique reçue à Αμοργός – ΑΜΟΡΓΟΣ.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le bonheur suscité par la floraison de l’asphodèle était celui d’une initiation à l’art floral, qui associait judicieusement la transmission du savoir et l’amour maternel.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un héritage esthétique, affectif et éthique. C’est le bonheur d’une floraison qui unit le présent et le passé.

    Le bonheur des fleurs peut-il aussi concerner les temps futurs ? Comment le savoir et en être certain ?

    La réponse a été fournie au Zeph, lors de son exploration des îles Lavezzi, qui sont célèbres, entre autres, à cause du naufrage d’une frégate française de premier rang.

    À cette occasion, le Zeph a mouillé du côté de la Cala di u Grecu. Il était facilement reconnaissable à son linge multicolore, qui séchait allègrement au vent. En effet, les effluves de la Sardaigne toute proche faisaient que de temps à autre, il se croyait sous le ciel de l’Italie.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le Zeph était encore identifiable par les quatre pavillons qu’il arborait fièrement. Tout en haut, il y avait celui de la Corse, avec une tête masculine noire, sur un fond blanc. Juste au-dessous, c’étaient les couleurs de Lyon, avec trois fleurs de lys dorées sur un fond bleu et le roi des animaux debout sur un fond rouge. Au-dessous encore, il y avait le drapeau offert par le Club Nautique de la Seyne-sur-Mer, qui nous avait beaucoup aidés, surtout pour le ravitaillement en carburant. Enfin, on trouvait le pavillon de la Camargue, avec son triple emblème en traits noirs sur un fond blanc : la croix pour la foi, l’ancre pour l’espérance et le cœur pour l’amour.

    L’histoire des Lavezzi est indissociable du triste sort survenu à une frégate impériale, baptisée « La Sémillante ».

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Partie de Toulon, la Sémillante était en route vers Constantinople pour apporter des renforts aux troupes françaises engagées dans la guerre de Crimée. Le 15 février 1855, elle était rattrapée par une redoutable tempête d’Ouest/Sud-Ouest. Impuissante, elle s’est fracassée sur l’îlot de l’Acciarino, dans l’archipel des Lavezzi.

    Au bruit assourdissant du heurt, s’est ajouté le cri de l’épouvante, qui s’est échappé de plusieurs centaines de bouches horrifiées. Les mâts se sont écroulés. Dans son explosion, la coque a projeté pêle-mêle dans les flots mugissants la cargaison humaine. Certains étaient déjà broyés dans le choc. D’autres, désarticulés, étaient roulés sans ménagement dans les vagues, pour aller s’écraser contre le rocher.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Personne n’a survécu !

    Chaos effroyable, détresse paroxystique, destin monstrueux.

    Sur les lieux du désastre, la marine française a érigé un mémorial en granit, qui avait la forme d’un obélisque. Le Zeph voulait une empreinte de ce monument funéraire dans les souvenirs personnalisés qu’il ramènerait des Lavezzi.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    La tragédie instruit.

    Sur les 773 personnes embarquées à Toulon, 213 étaient restées définitivement prisonnières de la mer. Quant aux 560 corps que celle-ci a bien voulu rendre, dans quel état étaient-ils ? Sauf pour le capitaine et l’aumônier de la frégate, aucun corps retrouvé ne portait des vêtements. L’exhortation à se débarrasser des habits aurait été donnée pour mieux nager et ne pas être entravé dans la lutte contre l’étreinte impitoyable des flots meurtriers, car il s’agissait de préserver les chances de survie, si infimes soient elles.

    L’état de délabrement, de décomposition et de putréfaction causé par un séjour prolongé dans l’enfer marin était tout à fait bouleversant. Les corps étaient méconnaissables, absolument non identifiables. Chaque bloc de pierre équarrie, dont la fonction était de préserver le souvenir d’un amas de débris organiques, était une sépulture du naufragé inconnu. Sur une telle sépulture, rien n’y était gravé. Rien ne pouvait y être gravé.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    C’était très émouvant de voir que ces tombes de l’anonymat étaient fleuries avec autant de grâce par la Nature. Le lis maritime, si splendide par la fraîcheur de son teint, par la douce courbure de sa croissance et par l’affectueuse proximité avec le relief minéral, n’a pas manqué de rappeler ces mots des Écritures grecques :

     

    καταμάθετε τὰ κρίνα τοῦ ἀγροῦ πῶς αὐξάνει οὐ κοπιᾷ οὐδὲ νήθει

    λέγω δὲ ὑμῖν ὅτι οὐδὲ Σολομὼν ἐν πάσῃ τῇ δόξῃ αὐτοῦ περιεβάλετο ὡς ἓν τούτων

    εἰ δὲ τὸν χόρτον τοῦ ἀγροῦ σήμερον ὄντα καὶ αὔριον εἰς κλίβανον βαλλόμενον ὁ θεὸς οὕτως ἀμφιέννυσιν οὐ πολλῷ μᾶλλον ὑμᾶς ὀλιγόπιστοι

    ΚΑΤΑ ΜΑΘΘΑΙΟΝ Κεφ. ϛ '

     

    « Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent,

    Et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux !

    Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! »

    Évangile selon Matthieu, chapitre 6, versets 28 à 30

     

    Le four est le lieu de la destruction par le feu, l’endroit de la réduction en cendres.

    Sur le plan esthétique, les cendres n’ont aucun attrait : leur couleur est grisâtre, leur aspect est terne. Sur le plan éthique, les cendres n’ont aucune valeur : elles se mélangent aisément à la poussière et se confondent avec cette dernière.

    Et malgré ce retour à l’insignifiance, la vie végétale se dote d’instants éclatants dont la splendeur dépasse la créativité de l’homme.

    Le texte grec comporte deux indications temporelles : « aujourd’hui » et « demain ». Autrement dit, le changement funeste peut arriver du jour au lendemain. La signification est double : d’une part, la mise en garde concerne la fragilité du statu quo ; d’autre part, l’avertissement pointe du doigt la soudaineté du changement.

    Le caractère soudain est une forme de brutalité dans l’écoulement du temps. Il s’y ajoute une autre brutalité, qui est dans la modalité, et qui se traduit par l’anéantissement total.

    Dans les faits, la Sémillante a bien été victime de cette double violence.

    D’abord, la violence à travers la soudaineté du naufrage. En effet, la frégate a quitté Toulon le mercredi 14 février 1855 à 11 heures du matin. À ce moment-là, qui aurait pensé que le lendemain, la mer engloutirait tout, corps et biens ?

    Ensuite, la violence du choc contre un haut-fond rocheux, avec une vitesse estimée à 12 nœuds. Dans le rapport du contre-amiral Pierre Rouyer, on peut lire ceci : « La coque de la frégate avait littéralement éclaté comme une coquille de noix écrasée. » Presque un tiers des personnes embarquées n’a jamais été retrouvé. Quant aux corps qui étaient revenus vers le rivage, aucun n’était entier. Tous étaient déchiquetés.

    Dans ce contexte d’impuissance et d’affliction, la floraison du lis sauvage à côté des tombes de l’anonymat contenait un message de la plus haute importance.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le lis maritime, qui fleurissait avec tant de grâce près des pierres tombales vierges de toute inscription, assurait à tous les naufragés de la Sémillante qu’un jour, ils porteraient de nouveau des habits décents, et même splendides.

    Rhabiller les corps, avec du beau linge. Mais auparavant, il faudra habiller de nouveau les squelettes avec la chair et les muscles. Et bien avant encore, il faudra rassembler les os éparpillés, reconstituer les squelettes pour les ramener à leur intégrité. Rétablir les jointures et les rendre fonctionnelles, comme les coutures qui assemblent des étoffes pour en faire un bel ensemble.

    Ce jour du rétablissement est celui de la grâce qui vient d’en haut.

    La nuit de l’anonymat prendra fin. Cessera la dislocation du corps et de l’identité.

    Y a-t-il un bonheur plus grand que celui de voir le corps des naufragés retrouver leur intégrité et leur vigueur, évoquées par la splendeur du lis de l’espérance et de la consolation ?

    Le bonheur des fleurs est celui de l’évocation d’un cadre naturel agréable et harmonieux. C’est le souvenir de l’Éden.

    Le bonheur des fleurs est celui d’une nostalgie. Nostalgie d’un paradis où foisonnaient des espèces florales sublimes.

    Nostalgie d’un lieu et d’une époque où les conditions de vie étaient sans flétrissure pour la relation à autrui ou pour la jouissance de son propre corps. Nostalgie de l’Éden perdu.

    La floraison du lis sauvage dans les cimetières des Lavezzi, elle, porte la glorieuse promesse que cet Éden sera retrouvé.


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  • ...avant le prochain départ !

    Parce que...

     

    Pour patienter encore...

    ... On va bientôt repartir pour le Sud !

    En attendant, le mousse se dégourdit les jambes quelque part au dessus de LYON... Y s'est trouvé un pote de jeu à 4 pattes qui ne nous a pas quitté de toute la rando !

    Même que, comme vous pouvez le constater, ...

    - EEEEEEHHHH !

    - Oui ?

    - Je crois bien, sans vouloir te faire une quelconque remontrance, que tu es en train de te répéter...

    - Ah bon ?... Euh, t'es sur ? Parce qu'il ne me reste pas beaucoup de photos pour continuer, moi ! Et que tu m'connais, hein ? Quand je commence un truc, difficile de me faire arrêter !

    Bon.

    Alors ?

     

    Pour patienter encore...

    Ben là, avec un drone, j'me suis baladé au dessus de DOUARNENEZ... C'était sympa !

    - Je te fais remarquer humblement qu'à DOUARNENEZ, il y a un pont qui enjambe le port !...

    - Pfff ! Tu m'casses tout mes effets !

     

    Pour patienter encore...

    Et là, c'est un super joli coin à la pointe du Millier. 

     

    Pour patienter encore...

    Ça déferle alors que la mer est plate ! Encore un truc de ces satanés druides !

    Bon. J'ai oublié de dire qu'avant de pouvoir mettre les bouts, j'ai quand même quelques travaux à faire sur la barque ! J'ai un grand hublot zénithal qui laisse passer un peu d'eau.

    - Y s'décolle quoi !

    Et puis y'a l'antifouling et quelques trucs sur la quille parce que y'a de la rouille qui pointe. Et puis y'a les ampoules des différentes lumières d'intérieurs que je remplacerais bien par de la led, histoire de moins consommer. Et puis j'ai le bois du teck à rerererere-protéger, et des points de couture sur les voiles à renforcer, et puis j'ai des marques de peinture à faire sur les derniers mètres de la chaine d'ancre, parce que c'est pas facile, avec la télécommande du guindeau, quand t'es tout à l'arrière, de savoir si l'ancre est proche de son davier ou non... Histoire de ne pas tout exploser si je la remonte trop vite !

    - C'est technique, hein ?

    Et puis j'ai le feu de hune à réparer, ainsi que la jauge à eau qui ne me dit plus rien quand aux réserves d'eau qu'il me reste. Pratique pour savoir si t'as assez d'eau pour te prendre une douche, hein ?

    - Bon. Lui, y s'en fou, Y s'lave qu'une fois par quinzaine. Et encore, seulement si les voisins se plaignent !!!

    Et puis, j'ai un petit suintement sur un robinet

    - Celui de la cuisine ! Pfff... Faut tout leur expliquer, sinon, y z'ont de drôles d'idées...

    Et puis y'a aussi la marche arrière (la marche en bois !) qui est à refixer, et puis... Bon. J'arrête. Ça va finir par me démoraliser !

    Ah, et puis...  Si tu pouvais fermer ta g...ueule !

     

    Pour patienter encore...

    N'empêche que c'est beau, hein ? Les vagues en moins, et les marées aussi, (et les bretons ?), ce p'tit coin mériterait bien de se retrouver en Méditerranée !

     

    Pour patienter encore...

    Ah oui... J'vous ai pas dit... J'vous emmène au bout du museau de la France. La pointe du rat, ça s’appelle ! Oui, du raz. Bon. On est pas à une lettre près, non ?

     

    Pour patienter encore...

    La côte est encore une fois bien belle. Faut un peu crapahuter mais ça vaut le coup !

     

    Pour patienter encore...

    Faut un peu crapahuter, mais ça vaut le coup !

    - Tu l'as déjà dit...

     

    Pour patienter encore...

    Bon. Ben c'était bien beau...

     

    Pour patienter encore...

    Alors là, on est au mouillage du brother parce que on voit sa barque qui fait prout prout un peu trop près de sa voisine. Ben oui, c'est celle en plein milieu. Il a fallu que j'me mette plein de gadoue pour interrompre l'idylle ! 

    - De quoi tu te mêles ? Hein ?

     

    Pour patienter encore...

    Pour patienter encore...

    Et là, c'est un bateau qui navigue à la campagne !

     

    Pour patienter encore...

    Pour patienter encore...

    Et là, mon avis ? C'est un mec qui fait de la contrebande ! Parce qu'y faut oser pour s'aventurer dans les parages de la barre d'Etel !

    J'pense qu'il s'entraîne, avec le prochain brexit, pour amener aux tontons british des galettes au beurre ou du kwouinamane !

     

    Bah ! C'est malin ça ! Avec tout ça, je n'ai plus de photos moi ! J'fais comment main'nant, hein ? Va falloir qu'ils patientent encore plus !


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