• L'éclat de la couleur

     

    Avec une palette aussi somptueuse, sommes-nous de retour dans le pays de Butterfly, en compagnie du Maestro Giacomo Puccini ?

    On pourrait le penser. Il suffirait de quelques éléments architecturaux supplémentaires, sous forme de structures arquées, pour en avoir la confirmation.

    En vérité, il s’agit d’une vue du val de Saône, là où se trouve l’environnement matriciel du Zeph. Plus exactement, c’est ce que l’on voit de la fenêtre du bureau d’études, où se peaufinent les projets du Zeph.

    Les programmes de navigation de chaque nouvelle saison sont-ils en gestation loin de la mer ? Parfois loin de la mer, mais toujours tout près de l’eau.

    L’un des mentors du capitaine connaît très bien ce lieu.

     

    L'éclat de la couleur

     

    C’est une eau romantique, capricieuse aussi, qui jadis baignait le premier centre hospitalier de l’ancienne capitale des Trois Gaules.

    L’Aventy aussi, connaît le site, qui a été offert à sa contemplation, dans les deux sens. À l’aller, en montant vers la colline. Puis au retour, en descendant vers le fleuve.

    À son retour de Naples, le Zeph ressentait un impérieux besoin de muer. A l’issue de cette mue, il serait plus grand, plus robuste, plus confortable et plus beau. En attendant que les conditions matérielles soient réunies pour rendre effective cette mue, son esprit a batifolé pendant une dizaine de jours avec les eaux fabuleuses de la Sérénissime.

    Burano, une île au Nord-Est de la Cité des Doges, et à 8 km à vol d’oiseau de celle-ci.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Audace des choix individuels et harmonie de l’œuvre collective.

    Le plaisir des yeux est évident.

    En ce qui concernait l’esprit du Zeph, le coup de foudre était immédiat.

     

    L'éclat de la couleur

     

    S’interroger sur la cause première de cette esthétique qui surprend et fascine à la fois n’est pas une attitude incongrue.

    Les sublimes reflets dans l’eau murmurent que la couleur devait être bien voyante pour permettre à celui qui était parti à la pêche de pouvoir, au retour, identifier son logis sans difficulté et le regagner sans erreur, surtout quand celui-ci était enveloppé par un épais brouillard.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Couleur pour la sécurité. Couleur qui fait de la maison un amer pour la navigation et transforme le foyer en phare. Initialement, le déploiement de ces teintes de l’audace était donc une contribution au gagne-pain.

    Puis, au fil des ans, le motif économique a cédé le pas à l’écho artistique. À présent, l’objectif de la sécurité est remplacé par celui de la séduction. Et l’esprit du Zeph était ravi de se laisser séduire ainsi.

    Venus l’après-midi, nous regrettions que le temps de la visite soit trop court. Nous avons donc décidé revenir le surlendemain, pour profiter de la même palette, mais avec un éclairage différent.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Flânerie très agréable, avec un envoûtement à chaque pas.

    Le jour de nos adieux aux eaux de la Lagune, le capitaine a eu une idée géniale. Celle-ci trottait dans sa tête depuis un certain temps, mais il n’en disait mot, réservant la divine surprise pour les tout derniers instants. Le temps se faisait de plus en plus court, mais nous n’avons pas accéléré le rythme, comme l’auraient fait maints voyageurs. Au contraire, par pur hédonisme, nous avons ralenti la cadence, de peur que la hâte ou la boulimie ne viennent gâcher la jouissance.

    Comme ce dernier jour de flânerie tombait un vendredi, nous avons décidé d’aller voir les préparatifs du shabbat dans le quartier du Ghetto Ebraico. Avant de découvrir l’espace spécifique, nous avons choisi de prendre du bon temps dans les environs. C’est comme cela que nous sommes arrivés sur la Fondamenta Venier, qui était le quai face à l’aire de la judéité.

    Heureux, espiègle et inspiré, le capitaine s’est installé à une terrasse et a commandé des spritz, suite aux recommandations du Guide du Routard.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Ce breuvage de la Sérénissime, c’est l’histoire d’un triangle amoureux, quand le sucré s’éprend à la fois de l’amer et de l’acide, et que leur histoire à trois fasse des bulles.

    Sur la table au bord de l’eau, les deux tonalités orange et rouge correspondaient à deux degrés de tonicité.

    Le Zeph s’approprie le scénario et confie au Romanetti le rôle du sucré.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le fruit de l’olivier joue le personnage de l’amertume. La présence de l’acidité est assurée par l’orange ou par le citron, selon que l’on recherche plus de rondeur ou plus de tonicité dans le discours.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le palais a bien mémorisé le goût exquis, et l’iris a bien enregistré les belles vibrations chromatiques du breuvage servi au bord du canal, face au Ghetto Ebraico.

    Historiquement, c’étaient les couleurs d’une oisiveté, qui était tendrement épargnée. Sur le plan personnel, c’étaient celles d’une liberté chérie. Car elles récompensaient un refus de céder à la course contre la montre.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Les couleurs vives et délicieuses, qui embellissaient la dégustation devant le Ghetto Ebraico constituent régulièrement l’ornement de la convivialité à bord du Zeph.

    Le spritz inspiré par la Sérénissime est désormais une des signatures du Zeph.

    Dans l’Antiquité, les Grecs avaient deux mots pour parler de la vie : d’une part, ζωή – ZΩΗ, que l’on retrouve dans « zoologie » (littéralement, étude de tout être vivant, qu’il soit un humain ou un animal), et d’autre part, βίος – ΒΙΟΣ, qui intervient dans « biographe » (littéralement, celui qui écrit la vie de quelqu’un).

    Pour pouvoir relater une vie, encore faut-il qu’il y ait quelque chose qui soit digne d’être relaté. Si l’existence est vide, il n’y a rien à écrire. Pour désigner une telle existence, les Anciens utilisaient l’expression « βίος αβίωτος », littéralement : une vie sans-vie, c’est-à-dire une vie qui n’en est pas une, une vie faite de futilité et de néant.

    Qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être racontée ? Son ornement, qui lui apporte du sens et qui fait qu’elle est digne d’être écrite.

    La vie telle qu’elle s’est présentée ce vendredi-là sur la terrasse de la Fondamenta Venier était une vie joliment colorée. Ces instants emplis de couleur, de saveur et de bonheur faisaient de l’existence un βίος – ΒΙΟΣ au charme irrésistible.

    Lors de son voyage initiatique, le Zeph a perçu la douloureuse différence entre la ζωή – ZΩΗ et le βίος – ΒΙΟΣ sur le territoire grec.

    En effet, une visite au Musée Archéologique National révélait un délabrement inimaginable et une indigence affligeante. C’est l’image du marbre monocolore et livide, rongé par la pollution et souffrant du manque de crédit financier. La promenade à Omonia a exhibé encore plus l’ampleur du désastre : la fermeture, l’abandon, la désertion se sont installés là où jadis, l’esprit du Zeph avait vu de la vitalité, et même la frénésie. Seule couleur : le gris, qui était affreusement omniprésent, impitoyablement envahissant, terriblement angoissant.

    La ζωή – ZΩΗ du peuple grec est devenue morose à cause de la crise, morne à cause de l’humiliation.

    Mais le βίος – ΒΙΟΣ de l’Hellade, fort et impérissable, était encore là. Il était dans les couleurs vives qui avaient autrefois paré les monuments de l’Acropole, et dont l’éclat avait contribué à la gloire de la première démocratie.

     

    L'éclat de la couleur

     

    L’Académie d’Athènes, située sur l’avenue Πανεπιστημίου – ΠΑΝΕΠΙΣΤΗΜΙΟΥ, a conservé le souvenir émouvant de ces couleurs de la victoire, de l’allégresse et du faste.

     

    L'éclat de la couleur

     

    La ζωή – ZΩΗ du Zeph continue tant que la coque tient bon. Le capitaine s’y emploie avec courage, amour et persévérance.

    Le βίος – ΒΙΟΣ du Zeph, fascinant et désirable, est une source de satisfaction, de réconfort et de fierté. La présente chronique, qui est à la fois l’ornement et le témoignage de ce βίος – ΒΙΟΣ si riche en couleurs, doit beaucoup à Danielle, une noble Romaine que le Zeph a eu l’honneur de recevoir à son bord, avec son délicieux époux, Alberto, un soir de juillet, pendant que les flots de Corfou recueillaient les lueurs du couchant.

    Le capitaine veut de la couleur, beaucoup de couleurs pour l’habillage, l’ambiance et la vie du Zeph.

    Après la mue, le Zeph s’est offert une nouvelle source lumineuse colorée, qui éclaire et réchauffe son giron grâce à un rayonnement doux et chaleureux.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le clin d’œil à l’antiquité est inévitable, avec le pourpre de l’abat-jour, le bronze doré du support, la frise de laurier qui court à la base de l’abat-jour, et la grande marguerite qui forme le socle de l’ensemble.

    L’ornement lumineux plaît beaucoup à l’Ouvé.

    Autre parure : le décor pariétal de l’espace de convivialité.

    Des feuilles d’acanthe sont ajoutées aux descentes de la voûte, comme si cette végétation stylisée descendait le long des pilastres. Les couleurs arborées sont corinthiennes, athéniennes ou ioniennes. Le capitaine a le vif désir que ces feuilles d’acanthe évoquent une demeure de l’antiquité. Comme il a raison de susciter l’envoûtement par les couleurs à la manière antique !

    Avec obstination, le capitaine veut que la même gaieté des tropiques règne à la table et dans l’espace de purification.

     

    L'éclat de la couleur

     

    C’est pourquoi le bol alimentaire a aussi un trajet haut en couleur, depuis la déglutition jusqu’à la jonction avec le plancton de la mer, sous le regard amusé ou médusé de maints perroquets et toucans.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le Zeph aime que son existence soit colorée. L’est-elle ? Pas toujours, mais suffisamment pour qu’il soit impatient de retourner sur les flots, et de découvrir d’autres instants éblouissants de couleurs, que les divinités lui auront réservés.


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