• L'éclat de la couleur

     

    Avec une palette aussi somptueuse, sommes-nous de retour dans le pays de Butterfly, en compagnie du Maestro Giacomo Puccini ?

    On pourrait le penser. Il suffirait de quelques éléments architecturaux supplémentaires, sous forme de structures arquées, pour en avoir la confirmation.

    En vérité, il s’agit d’une vue du val de Saône, là où se trouve l’environnement matriciel du Zeph. Plus exactement, c’est ce que l’on voit de la fenêtre du bureau d’études, où se peaufinent les projets du Zeph.

    Les programmes de navigation de chaque nouvelle saison sont-ils en gestation loin de la mer ? Parfois loin de la mer, mais toujours tout près de l’eau.

    L’un des mentors du capitaine connaît très bien ce lieu.

     

    L'éclat de la couleur

     

    C’est une eau romantique, capricieuse aussi, qui jadis baignait le premier centre hospitalier de l’ancienne capitale des Trois Gaules.

    L’Aventy aussi, connaît le site, qui a été offert à sa contemplation, dans les deux sens. À l’aller, en montant vers la colline. Puis au retour, en descendant vers le fleuve.

    À son retour de Naples, le Zeph ressentait un impérieux besoin de muer. A l’issue de cette mue, il serait plus grand, plus robuste, plus confortable et plus beau. En attendant que les conditions matérielles soient réunies pour rendre effective cette mue, son esprit a batifolé pendant une dizaine de jours avec les eaux fabuleuses de la Sérénissime.

    Burano, une île au Nord-Est de la Cité des Doges, et à 8 km à vol d’oiseau de celle-ci.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Audace des choix individuels et harmonie de l’œuvre collective.

    Le plaisir des yeux est évident.

    En ce qui concernait l’esprit du Zeph, le coup de foudre était immédiat.

     

    L'éclat de la couleur

     

    S’interroger sur la cause première de cette esthétique qui surprend et fascine à la fois n’est pas une attitude incongrue.

    Les sublimes reflets dans l’eau murmurent que la couleur devait être bien voyante pour permettre à celui qui était parti à la pêche de pouvoir, au retour, identifier son logis sans difficulté et le regagner sans erreur, surtout quand celui-ci était enveloppé par un épais brouillard.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Couleur pour la sécurité. Couleur qui fait de la maison un amer pour la navigation et transforme le foyer en phare. Initialement, le déploiement de ces teintes de l’audace était donc une contribution au gagne-pain.

    Puis, au fil des ans, le motif économique a cédé le pas à l’écho artistique. À présent, l’objectif de la sécurité est remplacé par celui de la séduction. Et l’esprit du Zeph était ravi de se laisser séduire ainsi.

    Venus l’après-midi, nous regrettions que le temps de la visite soit trop court. Nous avons donc décidé revenir le surlendemain, pour profiter de la même palette, mais avec un éclairage différent.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Flânerie très agréable, avec un envoûtement à chaque pas.

    Le jour de nos adieux aux eaux de la Lagune, le capitaine a eu une idée géniale. Celle-ci trottait dans sa tête depuis un certain temps, mais il n’en disait mot, réservant la divine surprise pour les tout derniers instants. Le temps se faisait de plus en plus court, mais nous n’avons pas accéléré le rythme, comme l’auraient fait maints voyageurs. Au contraire, par pur hédonisme, nous avons ralenti la cadence, de peur que la hâte ou la boulimie ne viennent gâcher la jouissance.

    Comme ce dernier jour de flânerie tombait un vendredi, nous avons décidé d’aller voir les préparatifs du shabbat dans le quartier du Ghetto Ebraico. Avant de découvrir l’espace spécifique, nous avons choisi de prendre du bon temps dans les environs. C’est comme cela que nous sommes arrivés sur la Fondamenta Venier, qui était le quai face à l’aire de la judéité.

    Heureux, espiègle et inspiré, le capitaine s’est installé à une terrasse et a commandé des spritz, suite aux recommandations du Guide du Routard.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Ce breuvage de la Sérénissime, c’est l’histoire d’un triangle amoureux, quand le sucré s’éprend à la fois de l’amer et de l’acide, et que leur histoire à trois fasse des bulles.

    Sur la table au bord de l’eau, les deux tonalités orange et rouge correspondaient à deux degrés de tonicité.

    Le Zeph s’approprie le scénario et confie au Romanetti le rôle du sucré.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le fruit de l’olivier joue le personnage de l’amertume. La présence de l’acidité est assurée par l’orange ou par le citron, selon que l’on recherche plus de rondeur ou plus de tonicité dans le discours.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le palais a bien mémorisé le goût exquis, et l’iris a bien enregistré les belles vibrations chromatiques du breuvage servi au bord du canal, face au Ghetto Ebraico.

    Historiquement, c’étaient les couleurs d’une oisiveté, qui était tendrement épargnée. Sur le plan personnel, c’étaient celles d’une liberté chérie. Car elles récompensaient un refus de céder à la course contre la montre.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Les couleurs vives et délicieuses, qui embellissaient la dégustation devant le Ghetto Ebraico constituent régulièrement l’ornement de la convivialité à bord du Zeph.

    Le spritz inspiré par la Sérénissime est désormais une des signatures du Zeph.

    Dans l’Antiquité, les Grecs avaient deux mots pour parler de la vie : d’une part, ζωή – ZΩΗ, que l’on retrouve dans « zoologie » (littéralement, étude de tout être vivant, qu’il soit un humain ou un animal), et d’autre part, βίος – ΒΙΟΣ, qui intervient dans « biographe » (littéralement, celui qui écrit la vie de quelqu’un).

    Pour pouvoir relater une vie, encore faut-il qu’il y ait quelque chose qui soit digne d’être relaté. Si l’existence est vide, il n’y a rien à écrire. Pour désigner une telle existence, les Anciens utilisaient l’expression « βίος αβίωτος », littéralement : une vie sans-vie, c’est-à-dire une vie qui n’en est pas une, une vie faite de futilité et de néant.

    Qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être racontée ? Son ornement, qui lui apporte du sens et qui fait qu’elle est digne d’être écrite.

    La vie telle qu’elle s’est présentée ce vendredi-là sur la terrasse de la Fondamenta Venier était une vie joliment colorée. Ces instants emplis de couleur, de saveur et de bonheur faisaient de l’existence un βίος – ΒΙΟΣ au charme irrésistible.

    Lors de son voyage initiatique, le Zeph a perçu la douloureuse différence entre la ζωή – ZΩΗ et le βίος – ΒΙΟΣ sur le territoire grec.

    En effet, une visite au Musée Archéologique National révélait un délabrement inimaginable et une indigence affligeante. C’est l’image du marbre monocolore et livide, rongé par la pollution et souffrant du manque de crédit financier. La promenade à Omonia a exhibé encore plus l’ampleur du désastre : la fermeture, l’abandon, la désertion se sont installés là où jadis, l’esprit du Zeph avait vu de la vitalité, et même la frénésie. Seule couleur : le gris, qui était affreusement omniprésent, impitoyablement envahissant, terriblement angoissant.

    La ζωή – ZΩΗ du peuple grec est devenue morose à cause de la crise, morne à cause de l’humiliation.

    Mais le βίος – ΒΙΟΣ de l’Hellade, fort et impérissable, était encore là. Il était dans les couleurs vives qui avaient autrefois paré les monuments de l’Acropole, et dont l’éclat avait contribué à la gloire de la première démocratie.

     

    L'éclat de la couleur

     

    L’Académie d’Athènes, située sur l’avenue Πανεπιστημίου – ΠΑΝΕΠΙΣΤΗΜΙΟΥ, a conservé le souvenir émouvant de ces couleurs de la victoire, de l’allégresse et du faste.

     

    L'éclat de la couleur

     

    La ζωή – ZΩΗ du Zeph continue tant que la coque tient bon. Le capitaine s’y emploie avec courage, amour et persévérance.

    Le βίος – ΒΙΟΣ du Zeph, fascinant et désirable, est une source de satisfaction, de réconfort et de fierté. La présente chronique, qui est à la fois l’ornement et le témoignage de ce βίος – ΒΙΟΣ si riche en couleurs, doit beaucoup à Danielle, une noble Romaine que le Zeph a eu l’honneur de recevoir à son bord, avec son délicieux époux, Alberto, un soir de juillet, pendant que les flots de Corfou recueillaient les lueurs du couchant.

    Le capitaine veut de la couleur, beaucoup de couleurs pour l’habillage, l’ambiance et la vie du Zeph.

    Après la mue, le Zeph s’est offert une nouvelle source lumineuse colorée, qui éclaire et réchauffe son giron grâce à un rayonnement doux et chaleureux.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le clin d’œil à l’antiquité est inévitable, avec le pourpre de l’abat-jour, le bronze doré du support, la frise de laurier qui court à la base de l’abat-jour, et la grande marguerite qui forme le socle de l’ensemble.

    L’ornement lumineux plaît beaucoup à l’Ouvé.

    Autre parure : le décor pariétal de l’espace de convivialité.

    Des feuilles d’acanthe sont ajoutées aux descentes de la voûte, comme si cette végétation stylisée descendait le long des pilastres. Les couleurs arborées sont corinthiennes, athéniennes ou ioniennes. Le capitaine a le vif désir que ces feuilles d’acanthe évoquent une demeure de l’antiquité. Comme il a raison de susciter l’envoûtement par les couleurs à la manière antique !

    Avec obstination, le capitaine veut que la même gaieté des tropiques règne à la table et dans l’espace de purification.

     

    L'éclat de la couleur

     

    C’est pourquoi le bol alimentaire a aussi un trajet haut en couleur, depuis la déglutition jusqu’à la jonction avec le plancton de la mer, sous le regard amusé ou médusé de maints perroquets et toucans.

     

    L'éclat de la couleur

     

    Le Zeph aime que son existence soit colorée. L’est-elle ? Pas toujours, mais suffisamment pour qu’il soit impatient de retourner sur les flots, et de découvrir d’autres instants éblouissants de couleurs, que les divinités lui auront réservés.


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  • Un éclat de lumière a marqué durablement l’esprit du Zeph. Le phénomène lumineux a été perçu au cours du premier voyage à Rome, dès le premier jour, sur la Piazza del Popolo.

     

    L'éclat de la lumière

     

    L’éclat de lumière avait-il un lien avec l’obélisque égyptien, qui symbolisait un rayon issu du soleil divinisé, et que l’empereur Auguste avait fait venir de l’antique Héliopolis pour orner le Circus Maximus de Rome ? Nullement.

    L’éclat de lumière qui a frappé l’esprit du Zeph était un phénomène surnaturel, qui ne se livrait qu’aux visiteurs de l’espace sanctuarisé qu’était la Basilica di Santa Maria del Popolo.

     

    L'éclat de la lumière

     

    D’où venait cet éclat de lumière ? De la coupole où figuraient le soleil et les planètes ?

     

    L'éclat de la lumière

     

    Pas du tout. La source de l’éclat de lumière n’était pas un corps matériel.

    C’était dans la chapelle Cerasi, à gauche du chœur, que l’esprit du Zeph a rencontré la lumière miraculeuse, immortalisée par le pinceau de l’illustre peintre lombard surnommé le Caravaggio.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Un homme portant la tenue d’un soldat romain, tombe de son cheval.

    Avant l’accident, l’homme et la bête étaient censés être soudés pour ne faire qu’une seule entité. Un éclat de lumière a provoqué la dislocation, la rupture et la chute. L’unité cavalier-monture s’ouvre alors, et laisse apparaître une béance, semblable à un cratère, dont une moitié de la bouche est formée par la courbure du dos du cheval, et l’autre moitié, par les deux bras ouverts de l’homme à terre.

    Le cavalier, qui a perdu son casque, était Saul, un Juif natif de la ville de Tarse, et qui possédait aussi la citoyenneté romaine. Élevé dans la stricte observance de la Loi de Moïse, formé à l’école de l’un des plus illustres enseignants de Jérusalem, ardent défenseur d’une tradition rigoriste qui prétendait s’appuyer sur la Loi mosaïque, il s’investissait corps et âme dans l’impitoyable persécution qui s’abattait sur les disciples du Nazaréen. Son zèle le poussait à aller jusqu’à Damas pour faire des arrestations. Pendant qu’il était en chemin pour commettre ses méfaits, une lumière miraculeuse l’a aveuglé.

    Dans son déséquilibre, le cavalier tombe sur le dos et lève les bras au ciel. Ceux-ci forment un arc de ciel. L’homme déstabilisé ouvre ses bras, son esprit et son cœur, non seulement à la lumière qui vient d’en haut, mais encore au message céleste qui accompagne cette lumière. Réceptivité au sens physique et aussi de manière symbolique, matérialisée par la concavité tournée vers le haut.

    Physiologiquement, le choc avec l’éclat de la lumière a provoqué la cécité. Mais l’homme qui venait de perdre la vue entendait distinctement une voix qui lui reprochait d’avoir persécuté les chrétiens et qui l’enjoignait de changer de cap. L’action de l’éclat de lumière était sélective. De même pour la délivrance du message. Parmi ceux qui étaient en route avec lui, personne n’était impacté par la lumière éclatante, et personne n’a perçu la voix céleste.

    La tenue de soldat romain, tout en rappelant que son porteur bénéficiait de la citoyenneté accordée par Rome, montre que celui-ci était engagé dans une lutte meurtrière. Dans ce contexte, le destrier a une fonction militaire et participe aussi au combat. L’imposante masse corporelle de la monture représente la puissance de répression lancée par le tribunal religieux de Jérusalem contre ceux qui étaient réfugiés à Damas parmi les disciples du Nazaréen. Il y a eu une terrible « chasse aux sorcières », où les « sorcières » traquées étaient les créatures qui venaient d’adhérer à l’enseignement de l’homme de Nazareth. L’énorme silhouette du cheval représente la machine de guerre mise en route pour accomplir cette chasse aux « sorcières », même au-delà du territoire d’Israël, jusqu’en terre syrienne.

    Stylistiquement, le tableau du Caravage exhibe un retournement de la situation. En retournant la courbure du cheval, on trouve celle du cavalier tombé de sa monture. Changement de position physique, qui devient un changement d’état d’esprit et de conviction.

    L’aveugle par accident parle, interroge, obéit aux ordres entendus.

    La guérison vient d’abord par l’ouïe, sur le champ, littéralement même.

    Le mal de la cécité ne sera guéri que trois jours après.

    L’éclat de lumière n’a pas entamé la communication par l’ouïe, qui a toujours été le canal prioritaire dans les Écritures.

    En effet, à neuf reprises, les Écritures grecques font retentir l’exhortation :

    Ὁ ἔχων ὦτα ἀκουέτω

    ΜΑΘΘΑΙΟΝ ια’, ιγ’. ΜΑΡΚΟΝ δ’. ΑΠΟΚΑΛΥΨΙΣ β’, γ’

     

    Que celui qui a des oreilles entende !

    Matthieu 11:15 ; 13:9. Marc 4:9, 23. Apocalypse 2:7, 11, 17, 29 ; 3:6

     

    Mais aucun texte similaire n’existe en remplaçant le mot « oreilles » par « yeux » et le verbe « entendre » par le verbe « voir ».

    Le cavalier tombé à la renverse a ses yeux scellés, mais il fait un bon usage de ses oreilles : il prête attention à la voix qui accompagne l’éclat de lumière, en saisit le sens, comprend qu’il a fait fausse route, et se conforme aux nouvelles consignes données par la voix céleste.

    L’éclatante lumière blesse, provoque des lésions, handicape. Mais la fonction auditive n’est pas altérée. La cécité n’empêche pas l’écoute, la coopération et l’obéissance.

    La langue française aussi associe le fonctionnement des oreilles et la construction d’une entente. Quand l’interlocuteur réplique avec emphase : « J’entends bien ! », il signifie non seulement une écoute sans entrave, mais aussi une compréhension non déformée et même un début de concession, à défaut d’un assentiment intégral.

    En peignant l’éclat de lumière qui a provoqué la conversion de Saul de Tarse, le Caravaggio déploie une triple audace.

    Premièrement, la monture du persécuteur n’a pas l’allure d’un destrier préparé pour la bataille, mais ressemble plutôt à un cheval de trait. La métamorphose, donnée en spectacle par le peintre lombard, indique le recul des intentions belliqueuses et le retour à la paix, surtout intérieure.

    Deuxièmement, l’animal présente son arrière-train, plus que sa tête. Offense à la pudeur pour maints esprits sensibles. Certes, la croupe est ce qui est à l’arrière. Mais dans le cas présent, elle est projetée sur le devant de la scène, pour mettre en évidence tout l’énorme passé que Saul de Tarse est en train d’abandonner pour se réconcilier avec le Nazaréen. Laideur d’un passé, devenu sans doute nauséabond aussi, à cause des persécutions impitoyables perpétrées contre les disciples de l’homme de Nazareth.

    Troisième audace du peintre lombard : le serviteur qui retient le cheval par le mors pour protéger le corps du cavalier à terre n’a pas une apparence extérieure qui exprime la beauté physique ou la noblesse d’un lignage. C’est un serviteur âgé, un corps terreux, une personne de condition humble. L’intervention de l’humilité dans le spectacle de l’exceptionnel est une des signatures du Caravaggio.

    Malgré sa cécité soudaine, le cavalier renversé a entamé un dialogue avec la voix céleste qui lui signifiait que désormais, il a été choisi pour défendre les intérêts du Nazaréen jusqu’aux confins de l’Empire. En effet, on peut lire cet ordre de mission dans le livre des Actes des Apôtres, au chapitre 9 :

    εἶπεν δὲ πρὸς αὐτὸν ὁ κύριος Πορεύου ὅτι σκεῦος ἐκλογῆς μοι ἐστίν οὗτος τοῦ βαστάσαι τὸ ὄνομά μου ἐνώπιον ἐθνῶν καὶ βασιλέων υἱῶν τε Ἰσραήλ

    ΠΡΑΞΕΙΣ ΑΠΟΣΤΟΛΩΝ θ'

     

    Mais le Seigneur lui dit : Va, car cet homme est pour moi un vaisseau de choix, afin de porter mon nom devant les nations et les rois, et devant les fils d'Israël

    Actes des Apôtres, chapitre 9, verset 15

     

    Le terme qui décrit le futur programme du nouveau converti est σκεῦος . Ce mot désigne un récipient, c’est-à-dire toute sorte de contenant. Et un contenant qui va à la mer est une coque, un vaisseau. Le mot n’est pas dénué de connotation marine, comme le montre son apparition au chapitre 27, dont le verset 17 mentionne une manœuvre à bord du bateau pendant que celui-ci était pris dans une violente tempête sur la route entre la Crète et l’île de Malte :

    ἣν ἄραντες βοηθείαις ἐχρῶντο ὑποζωννύντες τὸ πλοῖον φοβούμενοί τε μὴ εἰς τὴν Σύρτιν ἐκπέσωσιν χαλάσαντες τὸ σκεῦος οὕτως ἐφέροντο

    ΠΡΑΞΕΙΣ ΑΠΟΣΤΟΛΩΝ κζ

     

    après avoir hissée [la chaloupe], on se servit des moyens de secours pour ceinturer le navire et, dans la crainte d'échouer sur la Syrte, on abaissa la voile. C'est ainsi qu'on allait à la dérive.

    Actes des Apôtres, chapitre 27, verset 17

     

    L'éclat de la lumière

     

    Il est aisé de constater que le même mot grec σκεῦος désigne la mission de l’apôtre et un équipement propre à la navigation. Autrement dit, si la voix céleste, qui était celle du Nazaréen ressuscité, a proclamé que Saul de Tarse serait son « récipient » de choix, ce « récipient » n’accomplirait pleinement sa fonctionnalité qu’avec la contribution de l’espace marin. Au sens figuré, comme au sens propre, Saul de Tarse, devenu Paul le missionnaire, serait le vaisseau appareillé par le Nazaréen et voguant avec les voiles de la Bonne Nouvelle.

    Ce serait donc essentiellement par la mer que le nouveau converti porterait le message de la réconciliation jusqu’aux extrémités de la terre d’alors, sans oublier le cœur de l’Empire, qu’il atteindrait en débarquant à Pozzuoli.

    Après trois jours de cécité, l’ancien persécuteur a été guéri par un disciple demeurant à Damas, puis a pris le baptême pour officialiser la conversion. Désormais, la voie était libre pour qu’il s’engage dans l’immense tâche de missionnaire qui l’attendait.

    Le tableau du Caravaggio faisait partie d’une commande de Tiberio Cerasi, le ministre du Trésor du pape Clément VIII. À la Basilica di Santa Maria del Popolo, le trésorier fortuné avait sa propre chapelle, qu’il a voulu orner avec un triptyque, grâce au talent des peintres les plus renommés de l’époque.

     

    L'éclat de la lumière

     

    La place centrale était réservée au tableau de l’Assomption de la Vierge, réalisé par Annibale Carracci, natif de Bologne. La Conversione di Saulo sulla via di Damasco était exposée sur le mur de droite. Craignant que cette disposition ne soit à son désavantage, le Caravaggio a usé de toute sa science du clair-obscur pour attirer le regard du spectateur en faisant surgir de l’arrière-plan sombre les protagonistes. Ainsi, le Caravaggio, qui était lombard, s’est opposé à son rival bolonais, car celui-ci a employé une lumière homogène et habituelle. Autre offensive du Caravaggio : il a donné à la scène une dynamique d’expansion, en projetant le corps de Saul de Tarse contre le bord inférieur, comme si le personnage devait même sortir du cadre, quitte à être coupé. Parce que les corps peints par Annibale Carracci convergeaient vers le centre du tableau, ceux du Caravaggio s’en éloignaient.

    Quatre siècles après sa finition, la cappella Cerasi montre encore le spectacle captivant du duel sans merci entre le Lombard et le Bolonais.

    Un demi-siècle avant le Caravaggio, Michel-Ange a illustré le même récit biblique avec une fresque peinte dans la chapelle paulinienne du Vatican.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Le Caravaggio n’a pas voulu dépeindre l’effroi d’une foule. Il s’est concentré sur la cible du faisceau lumineux, car celui-ci n’avait pas agi au hasard. Le véritable effroi régnait à l’intérieur d’une seule personne, la seule qui était frappée de cécité.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Avec le Caravaggio, pas de frayeur dans les visages et les corps. Pas de tourbillon brassant les foules, ni de convulsion qui électrise les masses. Pas de scission engendrée par le rayon lumineux venant d’en haut, mais un passage en douceur de l’obscurité à la clarté.

    Trois quarts de siècle avant le Caravaggio, un autre peintre, Francesco Mazzola, natif de Parma – ce qui lui a valu le surnom de Parmigianino, s’est aussi débarrassé de l’encombrement des foules et a proposé une composition resserrée sur l’essentiel.

    Mais dans le tableau du Parmigianino, les mouvements du cavalier désarçonné sont livrés au hasard.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Rien dans la position du corps de l’homme ne montre qu’il ouvre son cœur au message accompagnant l’éclat de lumière. Aucun arc de cercle n’est formé par les bras, qui ne sont pas grands ouverts et n’évoquent pas la réceptivité de celui qui va se convertir.

    Avec le Parmigianino, le cheval et son cavalier sont comme dans un ballet, dont l’esthétique n’exprime rien de la solennité de l’instant. Le chemin de la lumière céleste et son intensité ne disent pas non plus que le phénomène lumineux a un caractère sélectif et électif.

    Paul de Tarse n’était pas un marin, mais seulement un usager de l’espace marin. Il n’était pas un homme de la mer, et pourtant il finissait par en être un connaisseur avisé et pragmatique.

    Transport ordinaire, δημοτικό – ΔΗΜΟΤΙΚΟ avant la lettre, le bateau marchand conduirait de rivage en rivage le passager investi d’une mission extraordinaire. Le missionnaire choisi par l’éclat de lumière sur la route de Damas, suivrait les signaux lumineux des phares pour organiser ses traversées.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Le spectacle de la liberté des dauphins de la Mer Intérieure lui rappellerait sans doute qu’il jouissait d’une nouvelle liberté, maintenant que la miséricorde divine l’avait affranchi de la loi de Moïse. Et chaque site portuaire qu’il aborderait deviendrait un lieu d’essaimage de la Bonne Nouvelle concernant le Royaume du Nazaréen.

    Pour l’apôtre missionnaire, Puteoli, devenu la Pozzuoli du XXIè siècle, était le premier contact avec la terre d’Italie et le marche-pied pour monter jusqu’au foro romano.

    Il y a trois ans, à pareille époque, le Zeph se préparait à entrer dans le golfe de Naples.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Puis le capitaine a débarqué à Pozzuoli, tout comme Paul de Tarse l’avait fait.

    Escale bénie, qui a inspiré au mousse ces lignes publiées le 18/12/2015, sous l’article « Puzzuoli pour 4 jours » :

    « Saint Paul, l’apôtre des nations, qui refusait la justice exercée dans la lointaine Judée et demandait à comparaître devant la personne-même de l’empereur, a pris la mer pour se rendre en Italie. Mais ce n’était pas à Ostia qu’il a débarqué. Le chroniqueur, qui était un médecin, a écrit :

     

    Verset 12

    Καὶ καταχθέντες εἰς Συρακούσας ἐπεμείναμεν ἡμέρας τρεῖς :

    Ayant abordé à Syracuse, nous y restâmes trois jours.

     

    Verset 13

    ὅθεν περιελθόντες κατηντήσαμεν εἰς Ῥήγιον, καὶ μετὰ μίαν ἡμέραν ἐπιγενομένου νότου, δευτεραῖοι ἤλθομεν εἰς Ποτιόλους :

    De là, en suivant la côte, nous atteignîmes Reggio ; et, le vent du midi s'étant levé le lendemain, nous fîmes en deux jours le trajet jusqu'à Pouzzoles,

     

    Verset 14

    οὗ εὑρόντες ἀδελφούς, παρεκλήθημεν ἐπ’ αὐτοῖς ἐπιμεῖναι ἡμέρας ἑπτά: καὶ οὕτως εἰς τὴν Ῥώμην ἤλθομεν.

    où nous trouvâmes des frères qui nous prièrent de passer sept jours avec eux. Et c'est ainsi que nous allâmes à Rome.

     

    ΠΡΑΞΕΙΣ ΑΠΟΣΤΟΛΩΝ 28

    Actes des Apôtres, chapitre 28

     

    C'était donc à Puteoli, devenue Pozzuoli de nos jours, que Saint Paul a foulé pour la première fois le sol de l'Italie. La route de la « Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » passait par Puteoli avant d'aboutir à Roma.

    Il en est de la nourriture matérielle comme de la nourriture spirituelle. C'était à Puteoli qu'arrivait aussi le blé en provenance des trois greniers de l'Empire.

    Alors, commencer à nourrir son corps et son âme à Pozzuoli en cette période de la Nativité est une façon sublime de vivre le καιρός - KAIΡΟΣ ! »

    La municipalité de Pozzuoli a démarré de grands chantiers de restauration pour réhabiliter l’acropole qui avait surveillé la navigation dans les temps anciens.

     

    L'éclat de la lumière

     

    La montée vers la ville haute se fait entre des façades dont le rouge pompéien est très en phase avec l’énergie chromatique du XXIè siècle.

     

    L'éclat de la lumière

     

    Pour la troisième année depuis le voyage initiatique, le mois de décembre ravive le souvenir stimulant de l’escale à Pozzuoli.

     

    L'éclat de la lumière

     

    S’il n’y avait pas eu l’éclat de lumière sur le chemin de Damas, il n’y aurait pas eu de comparution de l’apôtre devant la plus haute autorité judiciaire de l’Empire, et il n’y aurait pas eu de débarquement à Pozzuoli non plus.

    Chaque année, juste après l’arrivée de l’été, le peuple romain du XXIè siècle se souvient de la grande œuvre missionnaire accomplie par celui qui a reçu l’éclatante lumière sur la route de Damas. La gratitude de la congrégation moderne s’exprime alors par une multitude d’éclats de lumière, qui composent de magnifiques bouquets lumineux dans le ciel au-dessus de l’espace sanctuarisé abritant l’œuvre du Caravaggio.

     

    L'éclat de la lumière

     


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  • Comment trouver de l’or ? Où et quand ?

    Questions obsessionnelles pour le sédentaire comme pour le nomade, pour l’être humain sur la terre ferme et aussi pour la personne aux prises avec les flots.

    Il y a l’or qui se pavane au petit matin, sur la grève vierge de pas, comme à Imperia, Vernazza.

     

    L'éclat de l'or

     

    Or de la virginité, des prémices.

    Or du calme, avant le brouhaha de la ville qui s’éveille et l’agitation de la plage qui se remplit.

    Bien sûr, il y a aussi l’or du crépuscule.

     

    L'éclat de l'or

     

    Or du combat de la lumière contre les ténèbres, quand la lumière refuse de céder le pas aux ténèbres, comme à Port Napoléon, Carro, Porquerolles, Saleccia.

    Or de la mélancolie. Or d’un au revoir, qui est peut-être un adieu. Or de la conscience de la petitesse de l’être humain.

    Avec le savoir-faire de l’artisan, l’or permet le transfert d’une forme de la vie à une autre, de la forme ordinaire à la forme exceptionnelle, de l’état éphémère à l’état intemporel, de la banalité au sublime.

    L’or symbolise le but à atteindre, mais aussi le moyen d’y parvenir.

    L’or égéen s’inspire abondamment de l’esthétique des bourgeonnements, des floraisons et des ramifications de la végétation.

    Le laurier séduit par la noblesse de sa simplicité.

     

    L'éclat de l'or

     

    Il récompense l’athlète triomphant aux Jeux ou le poète insurpassable dans un concours.

    Symbole de l’excellence, l’or sied à merveille pour revendiquer l’éternité d’une gloire.

    Échappant aux outrages du temps, l’or était le moyen idéal pour évoquer la pérennité d’un pouvoir suprême. Très judicieusement, l’or grec prenait alors la forme des feuilles de chêne, sans oublier les glands, car l’arbre était associé au tonnerre et à l’oracle du Roi de l’Olympe.

     

    L'éclat de l'or

     

    Dans l’Antiquité, la couronne de feuilles de chêne, avec les glands, proclamait la majesté, la puissance et la longévité, en magnifiant le destin hors du commun de l’être qui portait un tel ornement royal.

    L’Orient avait une prédilection pour les effigies zoomorphes.

    Béliers et bouquetins, lions et panthères offrent leurs silhouettes pour stimuler l’imagination de l’orfèvre.

     

    L'éclat de l'or

     

    L’élégance s’associe à l’idée de puissance. L’attrait du beau rejoint la fascination pour une énergie combative.

    L’esprit du Zeph est subjugué par l’or végétal tout comme par l’or zoomorphe.

     

    L'éclat de l'or

     

    L’éclat de l’or glorifie le savoir-faire grec. Innombrables étaient les pas qui ont permis de sillonner en long et en large l’envoûtante Πλάκα – ΠΛΑΚΑ au pied de l’Acropole d’Athènes, au milieu des scintillements du métal précieux. Immense était le bonheur quand le regard d’abord éphémère, puis insistant, se muait en toucher permanent.

    En raison de sa nature inaltérable, l’or rallie tous les vœux et les désirs qui constituent un défi à l’usure du temps.

    Désir de posséder pour soi-même l’éclat solaire, dans l’immédiat, et pourquoi pas pour toujours. D’où les magnifiques ornements avec le métal précieux, à la tête, autour du cou, aux poignets ou aux doigts.

    L’éclat de l’or participe à son rayonnement. On offre l’or pour séduire l’être désiré et déclarer sa propre flamme.

    Dans l’espoir de faire chavirer le cœur de la femme de Spartacus, le général Crassus, campé par Laurence Olivier et inspiré par Stanley Kubrick, offrait à l’épouse éplorée, qui avait les traits de la délicieuse Jean Simmons, un magnifique collier en or, qui avait jadis appartenu à une reine.

     

    L'éclat de l'or

     

    Objet de convoitise sur le champ de bataille, l’or devenait entre les mains de Crassus, un moyen de séduction et de conquête.

    Autre opération de séduction spectaculaire, avec la complicité de l’éclat de l’or : l’entrée de Cléopâtre à Rome, orchestrée par Joseph Mankiewicz.

     

    L'éclat de l'or

     

    Le réalisateur a habillé la reine d’Égypte avec toute la parure d’or qui revenait à la déesse Isis.

    L’objectif affiché de cette apparition somptueuse, au milieu des chatoiements du métal précieux, était de reconquérir le cœur de l’amant devenu l’homme fort de l’invincible république, mais aussi de séduire l’appareil politique et le peuple qui l’avaient porté au pouvoir.

    Il existe un amour qui est une passion de l’absolu, un attachement à l’infini. Seul l’or est digne d’exprimer la ferveur d’une telle dévotion.

    L’utilisation de l’or comme revêtement mural pour peindre les scènes concernant le divin est une invention des Byzantins. En insérant l’or dans du verre, les mosaïstes de Byzance augmentaient l’éclat du premier grâce à la transparence du second. La mosaïque byzantine est une peinture de l’éternité, pour l’éternité.

    Passionné par l’esthétique des tesselles d’or, l’esprit du Zeph a suivi son rayonnement de Byzance jusqu’à Rome.

    Au cours du deuxième voyage à Rome, le capitaine a concocté un programme en or pour explorer la cité des Césars. Or de l’intelligence, de l’esprit d’improvisation et de l’efficacité, qui a brillé de tout son éclat grâce la grande mobilité offerte par les vélos pliants.

     

    L'éclat de l'or

     

    À la sortie de la Stazione Piramide, les deux destriers argentés ont filé en direction du Tibre, qu’ils ont franchi au niveau du Ponte Sublicio, pour se retrouver sur la rive droite, dans le Trastevere, l’un des quartiers les plus anciens et les plus attachants de Rome. Dans ce quartier qui abritait les premiers foyers du christianisme, se trouvait un bijou architectural, nommé Santa Maria in Trastevere.

    L’édifice doit sa célébrité à son âge et à son programme iconographique hérité de Byzance. Et ce qui est stupéfiant à la Cattedrale di Santa Maria in Trastevere, c’est que la tradition byzantine n’a pas entravé la liberté de création de l’artiste local. En effet, les gestes les plus essentiels de l’existence terrestre, comme le don de la vie et le témoignage d’affection, ont pleinement leur place dans l’écrin d’or.

     

    L'éclat de l'or

     

    Le Christ et sa mère, qu’il vient de couronner, partagent le même trône. Un seul trône pour deux têtes couronnées, sans aucun doute sur l’initiative de Celui qui a couronné, et non pas à la demande de Celle qui a été couronnée. Il va de soi qu’il n’y a pas de pénurie de sièges dans le ciel, mais cette disposition singulière témoigne de l’intensité de la gratitude à l’égard de Celle qui a coopéré pour l’Incarnation de la Parole.

    Voit-on souvent des anges se donner l’accolade ou des tapes sur l’épaule ? Un tel geste pourrait même sembler quelque peu familier pour certains.

    Le rapprochement des corps sur un même siège est une trouvaille de l’amour filial, qui s’exprime encore par une autre singularité, non moins émouvante : le Christ pose affectueusement sa main droite sur l’épaule droite de sa mère.

    Malgré la grande solennité de l’événement illustré, l’or sert d’écrin à des témoignages d’amour, librement, loin du carcan de l’iconographie traditionnelle.

    La scénographie des lieux a l’intelligence d’accorder la chronologie de la visite à celle de l’existence racontée, en montrant qu’avant la reconnaissance du Fils, il y a eu le dévouement de la Mère.

    C’est pourquoi, avant de découvrir la tendresse nichée dans la mosaïque de l’abside, le visiteur peut écarquiller les yeux pour constater, sur l’or de la façade, que le Fils a grandi grâce au lait maternel.

     

    L'éclat de l'or

     

    Pas de fausse pudeur.

    Éloge de la spontanéité sur l’abside, de l’authenticité sur la façade.

    Pour le coup d’œil inaugural, le corps, vrai et pur, se découvre un peu plus pour évoquer le suc de la vie et l’instinct maternel.

    Il ne s’agit pas d’audace, mais de liberté et de franchise dans le discours pictural de l’artiste.

    Or du vrai.

    Le vrai est intemporel.

    L’Aventy possède l’or d’un savoir-vivre, fait de raffinement et de sagesse, décelable à travers l’approche silencieuse et le départ tout autant discret de la multi-coque.

     

    L'éclat de l'or

     

    Un proverbe français ne dit-il pas que le silence est d’or tandis que la parole, c’est-à-dire le bruit de la communication orale, n’est que d’argent ?

    Le silence n’est pas l’absence de signification. Le silence pratiqué par l’Aventy porte haut le respect de l’autre et de son environnement. Il n’est pas dans la nature de l’Aventy de se répandre en sollicitations parce qu’il a en très haute estime la quiétude et la liberté d’autrui. L’Aventy construit le lien social avec une conscience en or.

    À l’occasion des premières conjonctions de l’Aventy et du Zeph, le mousse a rédigé les lignes suivantes, publiées le 4/4/16, sous l’article « De Maratea à Cetraro » :

    « Il devait être fameux, ce flan au chocolat de Caty, fait maison, spécialement pour la circonstance, pour accompagner une amitié naissante ! 

    Le goût de faire par soi-même, la joie de partager l’œuvre de ses mains, la beauté de la réciprocité de l'hospitalité. Comme toutes ces choses sont magnifiques ! Parce qu'elles se sont affranchies de la double tyrannie du pouvoir d'achat et de la consommation.

    Tu aurais eu tort de ne pas parler de ce dessert.

    Le lien social rend la vie plus savoureuse. L'échange est libre, spontané, sans calcul ni marchandage.

    ...

    L'homo faber ne s'illustre pas seulement dans l'ébénisterie ou la mécanique, mais aussi dans l'art culinaire. C'est ce qui fait la singularité et l'authenticité de ta navigation.

    Rencontre au sommet donc, entre homo faber, à bord du Zeph et du catamaran de Caty et Pierre.

    Mais Caty et Pierre ont un savoir-faire bien particulier que tu as remarqué dès le premier jour. Ils savent occuper l'espace avec bienséance, respecter la sérénité des lieux, rester discrets dans leurs va-et-vient avec leur embarcation. Quand un savoir-faire débouche avec tant de talent et de sagesse sur un savoir-être, l 'homo faber  devient tout simplement homo perfectus ! »

    Au cours des trente mois écoulés, ces lignes sur la personnalité en or de l’Aventy sont restées d’actualité, et elles le sont encore, avec force et acuité, pour le plus grand bonheur du Zeph.

    L’Aventy a eu un geste en or au printemps de l’an passé en offrant au Zeph une vue des métopes du temple C sur le site de Sélinonte. Geste ô combien salutaire, en raison de l’augure très encourageant par rapport à l’accident avec l’escabeau. Le Zeph a exprimé sa gratitude par l’intermédiaire de l’article « Le joli mois de mai », publié le 7/5/17. Puis ce printemps-ci, l’esprit du Zeph a renouvelé ses remerciements, après la guérison du capitaine, en servant l’Aventy à table avec l’effigie de la Méduse, qui était un rappel de celle sur les métopes.

     

    L'éclat de l'or

     

    L’Aventy avait envoyé au Zeph l’image de la Méduse décapitée par Persée, pour dire que le mal, qui était venu par la maladie, serait vaincu. En retour, le Zeph a reçu l’Aventy avec l’effigie d’une Méduse aux reflets dorés, en s’inspirant de l’art militaire de l’Antiquité et de la Renaissance, qui avait recours à cette effigie pour éloigner les puissances maléfiques. Ainsi le pouvoir protecteur de la Méduse préserverait la prospérité du lien amical entre l’Aventy et le Zeph.

    L’or fait honneur à l’amitié et célèbre la convivialité.

    L’amitié est très rare, donc extrêmement précieuse, comme l’or.

    Le Zeph n’a pas une trop haute opinion de lui-même. Il rend grâce aux divinités pour leur clémence et leur générosité. C’est pourquoi il reçoit régulièrement la visite du καιρός – ΚΑΙΡΟΣ, qui s’appelle « l’or du temps » dans la langue du poète.

    Un écrivain, qui a beaucoup marqué la république des lettres pendant la première partie du siècle dernier, a fait graver sur sa tombe la déclaration : « Je cherche l’or du temps ».

     

    L'éclat de l'or

     

    L’illustre épitaphe constitue l’une des attractions majeures du cimetière des Batignolles.

    L’aveu public, consigné dans un texte écrit en 1924, réapparaissait une quarantaine d’années plus tard, sur la pierre tombale.

    L’homme cherche-t-il des pépites ? Un filon ? Ou un gisement ?

    Le verbe est au présent, pour dire que la question est toujours d’actualité, que la quête semble sans fin.

    « L’or du temps » est-il vraiment introuvable ?

    Le lecteur a déjà le pressentiment que le Zeph répond à cette question par la négative.

    Un exemple de la disponibilité de « l’or du temps » au bénéfice du Zeph est fourni par l’escale à Πύργος – ΠΥΡΓΟΣ, au cours du voyage initiatique. Le capitaine a profité de cette escale pour visiter le site des Jeux Olympiques dans l’Antiquité. En revenant d’Olympie, il a ramené deux icônes au fond doré, qui était « l’or du temps », offert par ce jour. Car les deux icônes qu’il a acquises en chemin n’étaient pas simplement deux peintures byzantines, mais deux témoins objectifs et fiables du bonheur qu’il a ressenti au cours de cette ballade.

     

    L'éclat de l'or

     

    Le Zeph n’a pas à prospecter pour chercher le bon-heur, littéralement : ce qui est de bon augure, ce qui rend magnifique et impérissable l’instant. C’est « l’or du temps » qui rend visite au Zeph, pour le récompenser de sa piété.

    Non seulement le Zeph a accès à « l’or du temps », mais encore celui-ci, que les Grecs nomment καιρός – ΚΑΙΡΟΣ, vient à la rencontre du Zeph.


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  • Au cours du premier voyage à Rome, l’esprit du Zeph a été confronté à l’éclat de la trompette dès le premier jour de visite.

     

    L'éclat de la trompette

     

    L’instrument de musique était en double exemplaire et figurait sur le pilier Sud de la face interne de l’arc de triomphe de Titus, parmi le butin ramené à Rome suite au pillage du Temple de Jérusalem.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Il s’agissait de deux trompettes d’argent qui servaient à ponctuer la cérémonie des sacrifices dans l’espace sacré et à donner le signal pour le rassemblement des douze tribus à la sortie d’Égypte.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Les Romains ont-ils utilisé ces trompettes pendant le cortège triomphal ? Rien ne pouvait empêcher les vainqueurs d’en faire un usage illicite et blasphématoire.

    Derrière les deux trompettes d’argent, figure le chandelier en or, à sept branches, qui a aussi été volé au Temple de Jérusalem.

    L’arc de triomphe de Titus est intimement lié à ce qui subsiste du Temple des Hébreux. De cet espace de prières, il ne reste plus qu’une partie du mur occidental, que l’histoire moderne appelle Mur des Lamentations.

    Depuis le deuil national survenu en l’an 70 de notre ère, les trompettes d’argent ont cessé de faire retentir leurs voix.

    En revanche, le cor fabriqué à partir d’une corne de bélier, et qui jadis accompagnait les trompettes, continue à remplir sa fonction liturgique.

    De nos jours encore, le son de la corne de bélier retentit le premier jour le l’année civile juive, qui est le jour de la première nouvelle lune en automne.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Cette sonnerie commémore le don des Dix Paroles au mont Sinaï. Ces Dix Paroles sont aussi appelées les Dix Commandements. Ce code de lois est une préfiguration de l’organisation du Règne de justice promis par les Écritures.

    Dix jours après ce nouvel an hébreu, le son de la corne de bélier retentit de nouveau, pour célébrer cette fois le Jour du Grand Pardon.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Car le Règne de justice sera aussi un règne de miséricorde.

    Devant le parvis du Duomo di Salerno, qui a tant fasciné le Zeph, les trompettes des anges participent à l’annonce du Règne de justice.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Car l’enfant qui naît dans l’étable sera la clef de voûte du Règne de justice.

    Pour proclamer la joie apportée par la réalisation de cette importante étape du dessein divin, les trompettes sont dirigées vers le haut, pour que la Bonne Nouvelle se répande dans tout l’univers.

    Le tympan de la cathédrale d’Autun, que l’esprit du Zeph a bien ausculté, montre que le premier acte royal du Roi des rois sera de faire bénéficier à toute l’humanité, du Grand Pardon, en la délivrant de la mort.

     

    L'éclat de la trompette

     

    Pour réveiller les morts, les trompettes seront dirigées vers le bas, en direction des tombeaux.

    Dans l’angle septentrional du tympan, se trouve un groupe de trois personnages, dont l’ange à la trompette est le pilier. Les deux autres créatures sont sans vêtement, parce qu’elles sortent de leurs sépultures. L’une d’elles est sur le point de retrouver la position verticale. L’autre s’agrippe à la taille de l’ange pour se redresser.

    Le Zeph souhaite à tous ses amis un Noël plein d’allégresse, au son des trompettes du Duomo di Salerno, et débordant d’espérance, comme le veulent les trompettes de la Cathédrale d’Autun.

     

    L'éclat de la trompette

     

    BUON NATALE A TUTTI GLI AMICI DI ZEFIROS !

     

    L'éclat de la trompette

     

    ΕΥΤΥΧΙΣΜΕΝΑ ΧΡΙΣΤΟΥΓΕΝΝΑ ΣΕ ΟΛΟΥΣ ΤΟΥΣ ΦΙΛΟΥΣ ΤΟΥ ΖΕΦΥΡΟΥ !


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  • Le jour de Noël...

    Comme une île... C'est ce que j'aurais pu écrire ! J'aurais aussi pu vous narrer l'histoire de cette souche arrachée par un fleuve triomphant et transportée jusqu'ici, comme un trophée.

     

    Le jour de Noël...

    J'aurais pu vous citer ce poème :

    " Je suis né dans une île amoureuse du vent                                 Où l'air à des odeurs de sucre et de vanille..."

    Mais ça n'aurait pas été suffisant en cette fin d'année, superbe et colorée !

     

    Le jour de Noël...

    J'aurais pu vous raconter cette soirée d'hiver, sur la plage Napoléon, à l'heure du crépuscule, et murmurer dans un silence à peine troublé par le doux frémissement des vagues qui s'enroulent sur elles-mêmes, ces quelques vers :

    " Et les pêcheurs passaient en traînant leurs filets,                         Et disaient : Qu'est-ce donc que cet homme qui songe ?                 Et le jour, et le soir, et l'ombre qui s'allonge,                                 Et Vénus, qui pour moi jadis étincela, ..."  

     

    Le jour de Noël...

    J'aurais pu vous dire 1000 choses en cette douce soirée de décembre... 1000 choses et plus encore !

     

    Le jour de Noël...

    Vous dire ces instants à profiter du jour...

     

    Le jour de Noël...

    Vous dire ces instants où le temps s'arrête !

     

    Le jour de Noël...

    Vous dire ces instants où seul "l'or du temps" compte... Comme ici, quand je confectionne des Spritz au citron et comme dirait François R, "il n'est pas breuvage meilleur pour être en sang transmué, vous épanouir le cerveau, esbaudir les esprits amicaux, ouvrir l'appétit, réjouir le palais et milles autres rares avantages " !...

     

    Le jour de Noël...

    Vous dire la beauté des choses...

     

    Le jour de Noël...

    J'aurais aussi pu vous souffler que la beauté du monde se cache dans des endroits bien insolites... Comme ici, pas loin de Port Nap, dans ces lieux où les rêves s'échafaudent à coup de scie à métaux et de fer à souder !

     

    Le jour de Noël...

    Et pendant ce temps où l'esprit s'égare parfois (le mien surtout...), le mousse, lui, au calme dans sa bulle solitaire, se délecte de la fin du jour et du début des réjouissances de Noël ! C'est bien son genre, tiens !

     

    Le jour de Noël...

    J'aurais aimé vous parler de cette silhouette solitaire, fragile presque, qui, telle un joli papillon, est venue se poser pour la nuit dans cet écrin de couleurs.

     

    Le jour de Noël...

    Vous dire combien ce paysage si froid me rappelle mon hiver à moi, en 2016, quand, seul dans des ports désertés de toute faune, je désespérais de ne rencontrer personne !

     

    Le jour de Noël...

    Et ainsi chaque soir, à l'heure où les joncs filtrent à peine les rayons du jour...

     

    Le jour de Noël...

    A l'heure où il n'est plus le temps de rien sauf de se coucher...

     

    Le jour de Noël...

    A cette heure-là, précisément, n'ayant plus guère l'espoir de vous conter toutes ces belles choses qui font la vie, je m'empresse de vous le dire : Joyeux Noël !

    - Eh oh ! T'as vu l'heure ? T'as vu quel jour on est ? Noël c'était hier... Banane va !

     


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