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L’hiver qui malmenait le septentrion a aussi débarqué sur la rive tangéroise. Pour échapper à ce harcèlement, la roulotte s’est réfugiée vers le bord de mer pour bénéficier de l’influence modératrice de l’Océan.

Ainsi, après وزان (en français : Ouazane), le Capitaine du Zeph et le mousse se sont rendus à اﻟﺮﺑﺎط (en français : Rabat).

Ce premier face-à-face avec l’Océan était captivant, tonique, inoubliable.

Les vagues faisaient voler tous azimuts l’écume.

Des gerbes étaient projetées vers la droite :

Le même élan fougueux se retrouve sur un tableau de Delacroix :

L’élan qui se dirige vers la droite crée des lignes de force proches de l’horizontalité. La finesse du pinceau produit l’émerveillement en greffant sur le flot longitudinal des écoulements transversaux. Cette prise en compte des effets de la gravité permet d’incruster des stalactites qui scintillent au milieu de l’obscurité.

Delacroix ne peint pas pour des esprits superficiels et négligents. Son art s’adresse à des regards attentifs et méticuleux.

Juste au-dessus de ces coups de pinceaux, d’autres montrent encore l’envol de mèches allongées, toujours en direction de la droite :

Mais à cet étage, la gravitation semble ne plus avoir son mot à dire. Et les stalactites sont presque toutes disparues.

Poursuivons l’exploration de l’envol et intéressons-nous à présent à la partie sommitale :

Une multitude de gouttelettes apparaît. Et leur nombre, et leur individualité sont mis en évidence.

Offrons-nous maintenant une vue globale sur les trois étages détaillés ci-dessus :

Il s’agit donc de la crinière d’un cheval.

Delacroix peint l’anatomie comme une émanation du cosmos.

Et le peintre n’omet pas l’ocre qui fait figure de couleur viscérale dans le phénomène de l’écume :

La présence de l’ocre signifie que le lien avec la terre ferme n’est pas rompu, même dans les manifestations aériennes.

L’épanchement de l’écume faisait remonter la poussière qui s’est déposée dans les fonds marins tandis que la palette de Delacroix rappelle que le cheval dont la crinière est soulevée par le souffle de la mer obtient sa sécurité grâce aux appuis sur la terre ferme.

Une grande partie de la crinière est entraînée par le vent vers la droite du cou. Le reste de la crinière est rabattu vers la gauche :

Les crins acquièrent des formes translucides comme l’écume.

La similitude des configurations et des apparences est saisissante !

Le traitement pictural de la crinière décrit une perméabilité entre l’anatomie de la créature vivante et l’environnement immédiat.

Ce même traitement s’applique pour la queue, dont le poil acquiert l’état translucide de l’écume :

Le jeu du miroir était capable d’humour puisque l’écume était toute fière de recréer la crosse de la queue :

La similitude des configurations était produite par la similitude des conditions météorologiques : la tempête à Rabat et l’orage dans la peinture de Delacroix.

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Selon la littérature, le tableau s’intitule : « Cheval effrayé par l’éclair ».

Effectivement, le cheval montre qu’il n’est pas indifférent à l’éclair qui zèbre le ciel à l’arrière :

Dans le regard de l’équidé, il y a de la surprise, une interrogation, mais aucune ‘frayeur’ !

Non seulement Delacroix n’a pas peint la ‘frayeur’, qui est une réaction négative envers l’imprévu, mais il a encore exhibé une danse de l’osmose.

Voici la trace de l’éclair dans le ciel :

Et voici la réponse corporelle du cheval :

Manifestement, le pas de danse esquissé par les pattes est en osmose avec la trace de l’éclair.

En vérité, c’est tout le corps qui participe au ballet de la surprise en innovant des cambrures ravissantes.

La tempête qui sévissait à Rabat n’a pas emballé le Capitaine du Zeph, ni le mousse. Malgré cela, le ballet de l’écume était un pur ravissement. Alors, ils ont fait comme le cheval de Delacroix : ils ont entonné l’hymne de l’osmose pour préserver l’amour du beau, en toutes circonstances.

Delacroix a peint l’écume sous forme de corpuscules sphériques.

Les voici dans la mer, à Rabat :

Les voici encore, cette fois-ci transformées en perles, par le pinceau de Delacroix :

Et le mousse a pris exemple sur Delacroix pour les convoquer sous forme de grappes, qui s’appelaient framboises :

Le plié des pattes du cheval renvoie l’image de la confiance dans un nouvel équilibre :

Le mousse s’est inspiré de l’esthétique de ce plié pour disposer les branches de persil :

La courbure de l’encolure possède un attrait irrésistible, car elle magnifie une victoire, celle de la créativité :

Cette courbure a incité le mousse à terminer le dressage de l’assiette par la courbure du piment jaune.

Au sujet de la tempête, le poète a cette parole de sagesse :

العاصفة لا تكسر من الأغصان إلا يابسها

 

En français : La tempête ne brise que les branches sèches.

 

L’auteur de cette parole de sagesse est جبران خليل جبران (en français : Khalil Gibran)

À Rabat, le Capitaine du Zeph et le mousse ont suivi ce conseil du poète, même à la lettre.

Ils ont fait appel à l’effervescence champenoise pour éviter que leur gosier et leur inspiration ne se dessèchent :

À l’instar du cheval de Delacroix, qui fait de l’orage une occasion pour danser la danse de l’osmose, ils ont considéré que la tempête à Rabat était une belle opportunité pour ré-affirmer la primauté de la recherche du beau :

Leur regard ne s’est pas embrumé à cause de la contrariété ou de l’inquiétude.

Au contraire, il brillait d’un vif éclat, grâce au bonheur de garder le cap.

Delacroix avait vingt-six ans quand il a peint le cheval dansant dans l’orage. Le tableau est conservé aux Beaux-Arts de Budapest.

La palette de Rabat était celle de la priorité de la recherche du beau.

 

Tags : Delacroix, اﻟﺮﺑﺎط , Rabat, جبران خليل جبران , Khalil Gibran, tempête, cheval effrayé par l’éclair, recherche du beau

 

Tag(s) : #2026 MAROC
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