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Après تطوان (en français : Tétouan), la roulotte a pris la direction du Sud, dans l’espoir de trouver davantage de soleil et de chaleur. La halte nocturne avait lieu à وزان (en français : Ouazane). Il y avait environ 130 km entre Tétouan et Ouazane.

Si Tétouan a fait étalage de son amour pour le bleu, Ouazane exhibait son plaisir en compagnie du vert.

Pour commencer, il y avait le vert très franc, sans aucune concession :

C’était le vert de la menthe.

La référence au végétal était une manière de faire l’éloge de l’énergie vitale. Celle-ci se voyait dans la vigueur de la chlorophylle, même au milieu de la minéralité :

La prospérité concernait toutes les manifestations de la biologie végétale, depuis les ombrelles translucides jusqu’au tapis de mousse.

Celle-ci affectionnait particulièrement les marches d’escalier, en y répandant son kaléidoscope.

La multitude de nuances disait l’opulence et la créativité de la Nature.

La splendeur du spectacle était-elle subordonnée à l’horizontalité ?

Un élément de réponse était apporté par la forme cylindrique, de couleur marron, qui apparaissait à gauche de la photo.

Retrouvons l’intégralité de cette forme cylindrique, en faisant glisser le champ de vision vers la gauche :

La forme cylindrique était un manche à balai. Son profil oblique faisait la transition entre l’horizontalité à droite et la verticalité à gauche.

Sur la porte qui montrait des dessins verticaux, étaient représentés deux écoulements.

Le fluide bleu était l’eau. Le fluide vert était la sève.

Naturellement, l’eau coulait de haut en bas.

Et la sève ?

Normalement, elle monte depuis la racine jusqu’à la cime.

Ce mouvement ascendant s’appliquerait aussi aux sinuosités vertes sur la porte ci-dessus ? Pas nécessairement, si une lecture symbolique est proposée pour déchiffrer le message de cette porte. Comme la sève ne pouvait exister que grâce à l’eau qui venait du ciel, sa circulation vers le bas serait une manière de dire, avec élégance, la provenance du bienfait procuré.

Ainsi, pour le fluide vert, le mouvement était ascendant, d’après la physiologie. Ou descendant, pour des yeux emplis de gratitude envers la Providence.

Grâce à ces considérations sur la mécanique des fluides, le lien entre le vert et le bleu devenait manifeste. C’était sans doute à cause de cela que le vert sur la porte avait fait un pas vers le bleu, en intégrant une part de celui-ci. Ainsi l’éclat du vert de la menthe a cédé la place à la douceur du vert de l’amande.

La même migration de la tonalité de l’éclat vers la tonalité de la douceur s’observait aussi dans les allées du souk :

La boutique de droite prônait l’éclat et l’exubérance. Celle de gauche recommandait la douceur et la sagesse.

Au fur et à mesure que le Capitaine du Zeph et le mousse s’enfonçaient dans le labyrinthe du souk, le vert de la menthe se faisait plus rare tandis que le vert de l’amande devenait plus fréquent.

Le bleu, qui s’est introduit dans le vert pour tempérer l’ardeur de celui-ci, pouvait flirter avec le gris à cause de l’ombre :

Puis quand le côté sombre du bleu gris gagnait du terrain, le vert s’intensifiait aussi. Et le résultat de cette intensification mutuelle, c’était le vert de l’olive :

Le vert de l’olive était la couleur par excellence des entrailles du souk.

L’ombre était bienfaitrice. Elle était toujours accueillie favorablement, dans toutes les modalités.

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Voici une évocation de l’ombre produite par des persiennes :

Seul le vert de l’olive était compétent pour matérialiser l’empreinte de l’ombre.

L’ombre était toujours chérie. Elle signifiait l’intimité des demeures, voire leur luxe.

Il en résultait qu’à Ouazane, les jardins choisissaient l’ombre pour dévoiler leur magnificence :

La douce joie de la couleur verte se répandait sur les murs :

Le fer forgé remplaçait son ocre disgracieux par le vert harmonieux de l’amande :

Le vert de la quiétude procurait au Capitaine du Zeph et au mousse un doux bonheur :

L’harmonie ne signifiait pas la monotonie.

À Ouazane, la chlorophylle savait se parer de reflets diaprés :

Et la couleur verte savait organiser un feu d’artifice en son honneur :

À Ouazane, la sagesse populaire avait cette exhortation :

عينك هي ميزانك

En français : « Ton œil est ta balance ».

Ce que Delacroix a observé de ses propres yeux pendant son séjour dans le royaume chérifien a forgé son jugement esthétique jusqu’aux derniers instants.

L’œil neuf que Delacroix recommandait a permis au mousse de comprendre que la palette de Ouazane était celle du ressourcement.

 

Tags : Delacroix, vert, bleu, souk, jardin, apaisement, quiétude, وزان , Ouazane.

Tag(s) : #2026 MAROC
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