À تطوان (en français : Tétouan), la مدينة (transcription : Médina ; littéralement : ville) prenait place sur les flancs d’une montagne appelée جبل درسة (transcription : Djebel Dersa). D’où la nécessité constante de gérer les dénivellations, en soignant le côté pratique sans négliger l’esthétique, qui contribuait à la qualité de la vie.
La couleur participait activement à l’embellissement des lieux.
Dans la Médina de Tétouan, la couleur qui prédominait était le bleu :
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Le bleu existait des deux côtés de l’escalier et sur la face frontale de chaque marche : il accompagnait les pas de la personne qui montait et aussi ceux de la personne qui descendait.
Spatialement, les degrés de l’azur tenaient compagnie aux marches de l’escalier.
Les degrés faisaient référence aux paliers dans l'espace, mais encore aux variations de l'intensité chromatique et aux niveaux d’interprétation.
Ces jours-ci, il est possible de lire sur un compte Twitter cette déclaration en arabe, écrite comme un vers à déclamer :
الازرق ليس غريبا ان يكون لون المحيطات والسماء لما يتمتع به من ايحاء بالهدوء والانسجام
En français : Il n'est pas surprenant que le bleu soit la couleur des océans et du ciel, étant donné qu'il évoque la tranquillité et l'harmonie.
Le bleu qui se répandait au sein de la Médina de Tétouan pour évoquer la tranquillité et l’harmonie était plus en lien avec la mer qu’avec le ciel, car la hauteur des surfaces qu’il ornait ne dépassait pas les épaules.
Les ondes de paix étaient savourées en toute spontanéité, même sur la voie publique :
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Quant à l’harmonie, elle pouvait être de nature intrinsèque ou extrinsèque.
Dans le cas intrinsèque, le bleu se suffisait à lui-même :
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Le cas extrinsèque faisait intervenir un accord chromatique, qui pouvait être engendré par la similitude ou la complémentarité.
Voici une harmonie entre deux bleus :
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En élargissant les liens de parenté, le bleu aimait aussi s’afficher avec le vert. Et des cousins dans le vert, il y en avait !
Le bleu courtisait le vert pistache :
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Le bleu faisait aussi les yeux doux au vert sauge :
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Et le bleu n’hésitait pas à offrir son cœur au vert citron :
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L’accord chromatique était obtenu grâce à l’appariement dans la similitude, mais il pouvait encore être acquis avec les ressources de la complémentarité.
Et comme le bleu savait jouer avec l’ocre !
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La présence de l’ocre pouvait être permanente ou éphémère.
La permanence avait une cause structurelle, comme dans la configuration suivante :
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Pendant longtemps encore, l’ocre de la porte donnera la réplique au bleu de l’arc
L’ocre était éphémère quand il était inscrit dans un mouvement.
Voici l’ocre mobile, produit par une silhouette du terroir :
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Et voici l’ocre mobile, engendré par un visiteur :
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En fait, la photo ci-dessus présente l’ocre sur deux registres : le registre d’en haut, qui possédait des teintes foncées et auquel nous sommes habitués, et le registre d’en bas, inattendu et inhabituel, constitué par un pétale de rose.
Quelqu’un était passé par là avant le Capitaine du Zeph, et ce quelqu’un avait répandu des pétales de rose à cet endroit pour embaumer l’espace et le temps :
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Le bleu de la Médina de Tétouan avait des amis si créatifs dans leur spontanéité !
Jusqu’ici, les bons sentiments liés à la couleur bleue ont été mis en avant pour rester fidèle au twitter cité en introduction.
Mais historiquement, le bleu n’a pas toujours été considéré de manière favorable, en terre musulmane.
À l’époque de l’Islam naissant, la couleur bleue avait une connotation très péjorative.
L’expression موتٌ أزرقُ (en français : mort bleue) est un héritage de cette époque.
Avec la Médina, la palette de Tétouan était la palette de l’épaisseur du temps. Et cette épaisseur contient une ambivalence.
Et Delacroix dans tout cela ?
Le chef de file du Romantisme, qui se définissait volontiers comme un amoureux des couleurs, exhortait chaque regard à se saisir de l'âme de la chose regardée. En suivant ce conseil, la contemplation du bleu à Tétouan n'a pas débouché sur une exclamation, mais sur une interrogation.
Tags : Delacroix, azur, bleu, تطوان , Tétouan, مدينة , Médina
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