تطوان (en français : Tétouan) célébrait la vie, qui n’a jamais été monochrome !
La polychromie était en fête, pour les choses à usage collectif comme pour celles à usage privé.
Certes, l’article précédent faisait état d’une certaine position de faveur dont bénéficiait le bleu. Mais l’allégeance à l’azur n’emportait pas l’adhésion de tous. Et nombreuses étaient les tentatives pour faire un pas de côté, avec la perspective de s’affranchir de la ligne dominante.
La séparation d’avec le bleu pouvait s’opérer de manière progressive ou brutalement.
Dans le contexte de la progressivité, le bleu pouvait s’associer, par exemple, avec le jaune. On aboutissait alors à la couleur verte. Voici le vert du compromis :
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Il s’agissait de l’entrée d’un lieu de culte consacré à une figure de sainteté.
Le jaune sans mélange restait discret, en se cantonnant aux pièces florales.
Mais le jaune pouvait aussi revendiquer une place plus importante, comme c’était le cas sur ce mur profane :
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La revendication de la couleur jaune pouvait être plus radicale encore, jusqu’à réclamer l’occupation de l’intégralité de la surface :
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Dans l’illustration ci-dessus, le jaune s’octroyait la priorité depuis le sol jusqu’à la toiture.
Était-ce la même situation pour la photo suivante ?
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La couleur jaune semblait n’avoir aucune concurrence à affronter. Apparemment.
Mais en réalité, il regardait avec insistance le bleu qui n’avait pas déserté sur l’autre côté de la route :
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La couleur verte des bouteilles de gaz proposait sa médiation pour que l’antagonisme des murs opposés ne tourne pas en querelle.
Tout comme le jaune, la couleur rouge s’est associée au bleu pour construire des champs connexes. Apparaissait alors la teinte violacée, qui évoquait la maturité, en particulier celle de la figue ou du raisin.
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Et il arrivait que les voies de la dissidence se coalisaient pour narguer le bleu tant loué. Voici une quadrichromie de la dissidence :
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Il était impensable que le bleu ne riposte pas à de tels coups de pattes. Et comment a-t-il riposté ?
En se servant des mêmes armes que ses concurrents !
La photo suivante montre un escalier aménagé en cour intérieure :
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Le rouge sans mélange avait droit de cité dans l’empire du bleu.
À gauche, en montant. Tout comme à droite :
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Et au milieu aussi :
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La polychromie avait une allure de feu d’artifice. Et l’artificier en chef portait évidemment la casquette bleue.
Après cette exploration de l’espace public, intéressons-nous à la sphère privée.
Pour faire la transition entre les deux univers, des créatures appréciées pour leur présence soyeuse promenaient à pas feutrés leurs palettes.
Voici l’ocre brun qui venait se poser paisiblement sur le bleu de la voie publique.
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Quant au cousin qui jouait avec les sandales du Capitaine du Zeph, il avait dans ses yeux, l’incandescence de la flamme bleue, qu’il exhibait spontanément, sans honte et sans culpabilité. Cette clarté féerique faisait ressortir le beige clair qui transformait le pelage en nuage.
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La médiation des félins nous amène à présent dans la sphère privée, dont l’activité la plus captivante est la gestion de l’équilibre diététique. Dans cette gestion, se voit l’amour envers soi et envers autrui.
Les produits de la mer, à Tétouan comme ailleurs, affectionnaient le registre, non pas du bleu, mais de l’ocre :
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Les entrailles de la terre aussi, privilégiaient l’ocre brun, mis en valeur par l’éclairage rouge, qui était une des signatures du royaume chérifien :
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La viennoiserie, qui possédait un pouvoir attractif très élevé, à Tétouan comme ailleurs, avait conclu un solide pacte avec l’ocre :
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Stimulé par la polychromie qui faisait du souk un lieu d’enchantement, le mousse a retranscrit ses impressions dans le repas tétouanais de la roulotte.
Voici l’image qui a fourni la ligne directrice de la préparation culinaire :
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Sur la photo, des étals étaient consacrés au chou-fleur et d’autres, à l’orange.
En harmonie avec cela, l’art culinaire à bord de la roulotte a donc associé des fruits aux légumes. Comme légumes, il y avait des courgettes et des poivrons. Comme fruits, il y avait du raisin et des fraises.
Les arts décoratifs, qui ne cessaient d’être une fête pour l’œil au cours de l’exploration du souk, ont guidé le mousse dans l’organisation chromatique du plat. Voici l’une des sources d’inspiration du mousse :
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Le panneau de gauche montrait un assemblage de sept fleurs à contours octogonaux.
Sur les trois fleurs alignées verticalement, le pourtour et le centre étaient rouges tandis que la corolle intérieure était jaune.
Cette association a incité le mousse à utiliser du raisin rouge et du raisin blanc, qui prenait des reflets dorés en fin de cuisson :
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Le raisin servait à orner la base du foie gras :
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Quant à la couronne sommitale du foie gras, elle était construite avec des framboises, servies crues :
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Les framboises étaient des clins d’œil aux pompons rouges qui décoraient l’escalier bleu transformé en cour intérieure.
Et les légumes dans tout cela ?
Le poivron, qui était jaune, fournissait le profil d’une barque, dont la cargaison était illustrée par des fraises. Celles-ci ont été, au préalable, caramélisées :
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Voici la barque avec sa cargaison :
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Dans l’assemblage des sept fleurs à contours octogonaux, qui a inspiré le mousse, la couleur verte était présente dans chacune de ces sept fleurs.
Retranscrite dans l’assiette, elle correspondait à l’élément chlorophyllien, qui évoquait, par l’intermédiaire de la courgette, le gouvernail, et par l’intermédiaire du persil, la cabine de pilotage :
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Pour accompagner le foie gras, était servi un vin blanc. Il s’agissait du millésime 2009 du Mâcon-Azé :
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Le millésime 2009 faisait venir à l’esprit ces paroles du poète :
أَتأمَّل النبيذ في الكأس قبل أَن أتذوقه
أتْركُهُ يتنفَّس الهواء الذي حُرم منه سنين.
En français :
Je contemple le vin dans le verre avant de le goûter,
le laissant respirer l'air dont il a été privé pendant des années
L’auteur de ces vers est محمود درويش (transcription : Mahmoud Darwish).
Le Mâcon-Azé a donc retrouvé le contact avec l’oxygène après dix-sept ans de patience.
En phase avec le poète, le Capitaine du Zeph et le mousse ont levé leurs verres à la polychromie de Tétouan :
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À Tétouan, la palette de la polychromie était la palette du désir de vie.
Et Delacroix dans tout cela ?
Comme cela a été dit dans l’article « Sur les pas de Delacroix. 10. Le royaume chérifien. 10-2. La palette de تطوان (Tétouan). 10-2-1. Les chemins du souvenir », publié le 19/06/2026, George Sand et Eugène Delacroix étaient liés par une très grande amitié. Et le peintre mangeait souvent à la table que la romancière préparait elle-même, car la femme de lettres était aussi une excellente cuisinière.
Le foie gras, préparé à la manière de Tétouan et servi à bord de la roulotte, n’aurait pas déçu Delacroix.
Tags : Delacroix, تطوان , Tétouan, محمود درويش , Mahmoud Darwish, polychromie, désir, foie gras
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