Le titre exact serait plutôt « Les voiles de la libération ». Car les voiles dont il est question ici ne concernent pas un état, mais un devenir. Avec le contexte du voyage, l’on dirait qu’elles ne concernent pas la destination, mais le chemin parcouru pour atteindre celle-ci.
En effet, trois mois avant la parution de cet article, la menace d’un emprisonnement planait sur le destin de l’équipage du Zeph. La prison, c’était la maladie, c’est-à-dire la vulnérabilité du soma. Et à ce moment-là, il n’était pas dit que le couperet fatal ne s’abattrait pas sur les captifs de l’infortune, qu’étaient le Capitaine et le mousse.
Le désordre de la multiplication cellulaire avait brouillé les horizons et raccourci terriblement les perspectives.
L’incertitude, qui imposait de vivre au jour le jour, rendait farfelue l’idée de revoir une voile, de la toucher, de la sortir de son stockage hivernal, de lui faire humer à nouveau le parfum iodé du souffle marin.
Puis la clémence de Aσκληπιός (transcription : Asklépios) a libéré le Capitaine et le mousse de l’angoisse inhérente à l’irréductibilité du couperet fatal.
De la double geôle, somatique et psychique, l’équipage du Zeph a pu éviter l’infernale étreinte. Affranchi du traumatisme d’une vie abrégée, il s’est empressé de franchir l’Adriatique pour jubiler en compagnie des voiles de la re-naissance.
La langue grecque a l’expression ‘αέρα στα πανιά’ (littéralement : du vent dans les voiles) pour signifier une tournure d’événements favorable à la réalisation d’un projet.
‘πανιά’ pour ‘voiles’, au pluriel. Le singulier est ‘πανί’. On retrouve celui-ci dans l’expression ‘πανί με πανί’ (littéralement : tissu avec tissu), qui décrit une poche complètement vide, où aucun sou ne s’intercale entre les tissus qui forment les parois intérieures de la poche. Cette deuxième expression évoque donc l’indigence monétaire.
Ainsi, un même mot grec décrit la fortune événementielle ou financière.
En restant dans le même contexte de l’aisance, voici les voiles du bien-être, que le Zeph a déployées dès le surlendemain de l’arrivée au chantier naval de Xαλκούτσι (transcription : Khalkoutsi) :
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La maladie rend dépressif et négligent. Le fait de pouvoir enfin s’affranchir de l’oppression maintenue par un état de santé très précaire vivifie l’amour de soi et le désir de bien-être. Prendre soin du linge est un moyen de choyer le plaisir épidermique.
La re-naissance éclairait la finalité et fournissait les forces physiques pour atteindre celle-ci.
Il fallait attendre encore deux jours pour que le Capitaine réponde à l’impatience des voiles de la propulsion éolienne, qui réclamaient à cor et à cri ses mains expertes.
Deux jours à attendre qu’il n’y ait plus de vent pour hisser sans heurt et sans effet parasite la « toile », comme disent tout simplement les Grecs.
La liberté était là, dans cette attente, qui était paisible, sans remous grossier, sans impétuosité blasphématoire.
Libérés de la crainte, le Capitaine et le mousse étaient à présent libérés de l’étroitesse, car le temps était devenu leur allié, le plus cher de leurs alliés.
La grand-voile a eu les faveurs du Capitaine avant le foc.
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Car l’installation de celle-ci était plus longue que la mise en place de celui-là. Et il fallait exploiter judicieusement la grande plage de calme qui s’ouvrait.
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Pour le chasseur d’images, qui prend appui sur la terre ferme, c’est le profil longitudinal qui est très souvent privilégié.
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Mais pour le barreur aux commandes dans le cockpit, l’attrait de la verticalité s’impose sans contestation :
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La hauteur du mât fascine alors plus que la longueur de la bôme :
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L’élévation du regard se dirige vers la pureté.
L’invitation à se libérer des scories de la vie rappelle ce pour quoi la re-naissance a lieu.
La pureté substantielle de l’éther contient la promesse d’une extension à l’infini. Dans cette extensibilité sans borne, l’équipage du Zeph y verrait volontiers des jours et des saisons qui s’ajouteraient sans rupture brutale et sans discontinuité malencontreuse.
Le silence du vent de ce jour-là a été entièrement mis à contribution pour apprêter la grand-voile.
L’ami flamand était en première ligne pour constater la grande satisfaction du Capitaine :
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En guise de récompense, il a proposé à celui-ci une ballade utilitaire à Xαλκίδα (transcription : Khalkida) pour acheter du matériel d’accastillage.
Xαλκίδα était située à une trentaine de kilomètres au Nord du chantier naval. La ballade se ferait à bord d’un carrosse extrêmement confortable et silencieux, puisqu’il s’agissait d’une Tesla :
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Voici l’intérieur du carrosse au moment où il traversait le prestigieux pont à haubans qui reliait le continent attique à l’île nommée Εύβοια (transcription : Eubée) :
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Les haubans qui apparaissaient à travers le pare-brise composaient de magnifiques voiles qui soulevaient le tablier du pont au-dessus d’un fleuve célèbre pour ses inversions de courant :
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Quel rapport cette visite de Xαλκίδα avait-elle avec la nouvelle liberté de l’équipage du Zeph ?
Cette nouvelle liberté a été honorée de façon si somptueuse que l’ami flamand en était tombé amoureux. La profonde empathie mutuelle rendait les deux équipages inséparables.
Les voiles dessinées par les câbles d’acier à plus de trente-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer étaient les voiles de l’attachement réciproque, qui portaient aux nues les belles surprises de la re-naissance.
À sa manière, le mousse a aussi contribué à faire de cette récréation à Xαλκίδα une fête des voiles, même si les siennes étaient sphériques et voligeaient grâce au souffle ascendant inspiré du savoir champenois :
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Les gourmets donnaient au ballet des voiles sphériques du mousse l’appellation de « mousseux rosé ».
La réussite du gréage de la grand-voile avait un fort impact psychologique. L’ami flamand a amplifié la belle satisfaction. Il était tout naturel qu’il soit l’invité du Zeph pour les agapes du soir.
Celles-ci comportaient une fricassée de champignons, qui étaient servis al dente, avec des poivrons :
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Le travail bien accompli favorise la paix de l’esprit.
La journée du gréage de la grand-voile a fini dans la sérénité.
La sérénité est libératrice tandis que le tiraillement ou le doute sont oppressants.
Le Zeph, heureux que la grand-voile gréée rapproche la date de la mise à l’eau, savourait la douceur de la sérénité :
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La roulotte, qui avait vu le spectre de la mort relégué sur la rive occidentale de l’Adriatique, se délectait de la sérénité apportée par la délivrance :
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Fier d’avoir procuré du bonheur au Zeph, le cosmos a de nouveau retenu son souffle le lendemain pour que le foc puisse être à son tour installé.
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Placé à l’avant-poste, le foc joue le rôle d’éclaireur :
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C’est lui qui découvre en premier l’extensibilité de l’horizon :
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La jouissance du champ libre est exaltée par la magnificence de la transparence.
Re-naître pour goûter à nouveau l’ivresse de l’infini.
Re-naître pour savourer ce qui est désirable, c’est-à-dire la pureté.
Les objectifs de la renaissance ne s’accordent pas avec ce qui est futile. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont tristes.
Pour preuve, voici une manifestation de la gaîté du foc :
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Sans toucher à la promesse de l’horizon illimité ou à la magie de la transparence, une modification de la courbure suffit à faire éclore la joie de l’insolite.
Oui, re-naître pour connaître à nouveau la joie, saine et nourrissante, qui embellit les choses et les êtres.
Voici un autre beau motif pour se réjouir :
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Il s’agit du pas de deux exécuté par le foc et la grand-voile.
Le bonheur autour du mât éblouit le cockpit :
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Re-naître pour se consacrer à ce qui est beau.
L’équilibre dans les airs était cohérent avec l’équilibre à table : ils étaient faits de précision et d’élégance.
Le jour de l’installation du foc, étaient servis à la table du Zeph des rouleaux de saumon, garnis de filaments de carotte crue.
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Ces rouleaux faisaient la ronde autour d’un cylindre de concombre, d’où s’échappaient des rubans de chou blanc :
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Le saumon représentait les ressources de la mer. Les légumes, celles de la terre ferme.
La complémentarité entre les deux sortes de ressources faisait écho à la complémentarité entre le foc et la grand-voile.
Re-naître pour vivre avec délices la complémentarité de l’altérité.
Maintenant que les deux voiles du Zeph étaient gréées, il n’est pas inintéressant de revenir sur le terme utilisé par les Grecs pour désigner le support de la propulsion éolienne.
Le voici, à nouveau dans son acceptation au sens large, en tant que voile du bien-être :
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Le jour même de l’installation du foc, des « tissus » (en grec : πανιά) destinés au confort épidermique et visuel étaient traités pour raviver leurs vertus.
Un autre tissu (en grec : πανί) était également entré en fonction pour assurer la sérénité du repos nocturne :
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En effet, il délivrait le Capitaine et le mousse du harcèlement des moustiques.
L’installation des voiles à usages variés apportait des satisfactions salutaires au corps et à l’esprit.
Les voiles de la délivrance étaient les prémices d’une saison de navigation riche de sens.
Tags : re-naître, Xαλκούτσι. voile, liberté, libération, Xαλκίδα, Tanoa Piti, amitié, πανί, πανιά
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