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Xαλκούτσι (transcription : Khalkoutsi) était le terminus de la route buissonnière commencée dix jours auparavant.

La roulotte a quitté Iτέα (transcription : Itéa) quand le soleil était à son zénith. Le même jour, en fin d’après-midi, est apparue l’émouvante silhouette du Zeph. La voici, derrière le laurier rose qui marquait l’angle Sud-Ouest de l’enceinte du chantier naval :

Le Zeph était reconnaissable à ses lignes bleu turquoise et à son éolienne tricolore.

Il y a un mois, il tremblait de peur car d’un moment à l’autre, il pouvait apprendre qu’il perdrait pour toujours son Capitaine chéri.

À présent, il frémit de joie, car finalement l’être qu’il chérissait le plus est venu, le cœur en fête et le corps en plein renouveau.

La photo montre aussi la clôture qui fermait le chantier naval du côté Sud. Au bout de la route qui passait de ce côté-là, se profilaient les montagnes de l’île nommée Εύβοια (transcription : Eubée). Le nom de cette route était ΩΚΕΑΝΙΔΩΝ (en français : la rue des Océanides).

Les Océanides étaient des nymphes qui avaient la responsabilité de l’eau des fleuves et des lacs. Elles avaient pour père Ωκεανός (en français : Océan) et pour mère Tηθύς (en français : Téthys).

L’artiste strasbourgeois Gustave Doré a peint les Océanides à l’occasion de leur intervention bienveillante envers un condamné à mort, qui était le Titan Προμηθεύς (en français : Prométhée). Prométhée était puni par Zeus pour avoir donné aux humains le feu sacré. Bravant la colère du Souverain de l’Olympe, les Océanides sont accourues vers le rocher du supplice pour témoigner à Prométhée leur sympathie.

L’inspiration du peintre s’est nourrie de la sève poétique de l’un des plus grands auteurs tragiques de l’âge d’or athénien : il s’agissait de Αισχύλος (en français : Eschyle).

Voici les vers de la tragédie grecque, qui s’intitule Προμηθεὺς Δεσμώτης (en français : Prométhée enchaîné) :

127b Μηδὲν φοβηθῇς· φιλία

128 γὰρ ἅδε τάξις πτερύγων

129 θοαῖς ἁμίλλαις προσέβα

130 τόνδε πάγον, πατρῴας

131 μόγις παρειποῦσα φρένας.

 

En français :

127b Ne crains rien : c’est une troupe amie

128 qui accourt par la force des ailes,

129 luttant de vitesse,

130 vers ce rocher. Du père

131 il a fallu à grand-peine fléchir l'esprit.

 

En voici l’illustration par la peinture française :

La troupe porteuse de « l’amitié » arrive par la voie des airs, sur la droite de la photo.

Les nymphes prennent possession de la partie inférieure du lieu d’exécution.

La douceur de leurs corps contraste avec la dureté minérale du rocher du châtiment.

Qui est ce supplicié qui a suscité une sympathie aussi vive et spectaculaire ? Laissons-le se présenter :

119 ὁρᾶτε δεσμώτην με δύσποτμον θεόν

120 τὸν Διὸς ἐχθρόν, τὸν πᾶσι θεοῖς

121 δι᾽ ἀπεχθείας ἐλθόνθ᾽ ὁπόσοι

122 τὴν Διὸς αὐλὴν εἰσοιχνεῦσιν,

123 διὰ τὴν λίαν φιλότητα βροτῶν.

 

En français :

119 Voyez-moi, dieu infortuné, enchaîné,

120 moi que Zeus considère comme ennemi, moi envers qui tous les dieux

121 éprouvent de la haine,

122 ceux-là même qui fréquentent la cour de Zeus ;

123 quel a été mon crime ? j’ai trop aimé les mortels.

 

Prométhée a été puni parce qu’il a « trop » aimé les mortels.

Et c’est l’immensité de cet amour qui a ému les Océanides et déclenché leur manifestation de soutien.

L’artiste français a évoqué la présence de Prométhée au sommet du rocher du châtiment.

Sont aussi visibles les ailes de l’aigle qui vient chaque jour dévorer le foie du supplicié.

Le geste de bienveillance des Océanides contient un enseignement : la puissance de l’amour peut infléchir le Destin.

De la même façon, le très grand amour du Zeph envers la Grèce a infléchi le Destin, qui a accordé un temps sursitaire, dont fait partie cette présente saison de navigation.

Ainsi, l’évocation des Océanides, sous la tutelle de Gustave Doré, était un bonus pour la conscience, qui se réjouissait que la renaissance bénéficiait du soutien émanant de la pitié universelle.

Au bout de la rue des Océanides, apparaissaient les reliefs montagneux de l’île nommée Εύβοια (transcription : Eubée) :

La montagne appartenait à la rive Est du golfe d’Eubée.

La végétation, sauvage à souhait, qui ornait le premier plan, était située sur la rive Ouest.

Un souffle de liberté bruissait parmi les formes effilées de l’architecture chlorophyllienne :

Renaître, pour savourer à nouveau la liberté ! Quel magnifique programme ! Et quelle fortune grandiose !

Parmi les profils dansants, il y avait celui-ci :

Cette forme qui contenait une multitude d’éléments filiformes et imbriqués faisait penser à la quenouille des Moires, qui tissaient le fil de la vie, le mesuraient, et le coupaient selon la mesure déterminée :

Κλωθώ (transcription : Klôthô), à gauche sur la photo, initialise le fil de la vie

Λάχεσις (transcription : Lakhesis), au centre, fixe la longueur.

Άτροπος (transcription : Atropos), tout à fait à droite, réalise la césure.

Sur le chemin d’accès au Zeph, le Capitaine et le mousse voyaient les hampes porteuses de quenouilles se courber en leur direction. Il n’est pas saugrenu d’y voir l’illustration d’un geste de miséricorde de la part des Moires. En effet, voici Λάχεσις qui s’est le plus penchée pour saluer l’équipage du Zeph :

Λάχεσις, dont le rôle est central, vient de rajouter quelques empans à la longueur de la vie.

Obligée d’en tenir compte, Άτροπος repousse à plus tard le fonctionnement du tranchant des ciseaux.

Le charme sauvage de la nature n’excluait pas le caractère prophétique et édifiant.

Au bout de la rue des Océanides, il fallait tourner à gauche, c’est-dire en direction du Nord, pour trouver l’entrée du chantier naval.

Dans ce virage, une vision émouvante nous attendait. La voici :

À l’arrière-plan, se dessinaient les montagnes de l’île d’Eubée.

Au premier-plan, apparaissait le catamaran Tanoa Piti, qui avait abrité, sous son arche, le Capitaine et le mousse pendant toute la durée des travaux chirurgicaux du Zeph en 2023, c’est-dire pendant cent-quarante-et-un jours d’affilée. Cette aubaine providentielle avait permis au Capitaine et au mousse d’être au chevet du Zeph à tout moment. En plus de cet avantage stratégique, il y a eu un autre avantage, celui des finances. Car l’hospitalité du Tanoa Piti avait fait réaliser au Capitaine et au mousse une économie de plusieurs milliers d’euros au sujet des frais d’hébergement.

Voici les deux bienfaiteurs du Zeph dans cette affaire :

À gauche, c’est le propriétaire du Tanoa Piti. L’homme, qui est flamand, a privilégié le droit d’asile et non la propriété privée. La bohème, qui se serait déployée sous son catamaran, n’était pas un sujet de honte pour lui, mais une source d’amusement.

À droite, c’est le talentueux chirurgien qui avait réparé le squelette du Zeph, raffermi les entrailles et remis à neuf l’épiderme de celui-ci. L’efficacité de ses mains prolongeait de façon merveilleuse l’intelligence de son esprit. Mais plus que son savoir, l’homme, qui est un natif de la Grèce, offrait au Capitaine et au mousse son savoir-vivre, fait d’empathie et de bonté. Dans sa profonde empathie et dans sa grande bonté, le Grec a autorisé le Capitaine et le mousse à demeurer, gratuitement, à l’intérieur de l’enceinte du chantier naval pour toute la durée de la chirurgie du Zeph.

Le fait de revoir, dès le premier jour, ces deux figures salvatrices, boostait terriblement la renaissance en 2026.

En 2023, il y a eu déjà une renaissance. Elle était de nature technique, sans qu’il y ait un enjeu de vie et de mort. En 2026, c’était le soma humain qui était visé, avec un traumatisme qui menaçait d’être irréversible.

Enfin, la porte d’entrée du chantier naval devenait visible, ou presque. Presque, parce le champ de vision était obstrué par un gros catamaran, nommé Lady Jane II :

N’y aurait-il plus de place à l’intérieur du chantier naval pour que le Lady Jane II reçoive ses soins à l’extérieur ?

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Dans la photo ci-dessus, le regard provenait de l’Est.

Progressons un peu plus vers le Zeph.

Voici la vision en provenance du Nord :

Les grilles du portail d’entrée commençaient à apparaître à droite de la photo.

Quant au Lady Jane II, il apparaissait comme un trophée, qui proclamait au loin la capacité du chantier naval à entreprendre des travaux de grande envergure.

L’envergure est un rêve cher au chirurgien qui a pris soin du Zeph.

L’artefact suivant en était une illustration :

Le nom du chantier naval et celui du chef des travaux apparaissaient sur la coque du Lady Jane II, côté tribord, à la manière d’une signature virtuelle.

Finissons de découvrir la vitrine du chantier naval. Voici une vue du portail d’entrée, en regardant à partir de l’Ouest :

L’exhibition des grandes tailles était manifeste.

Le discours de la fierté était aussi celui de la vitalité.

Il aurait été incongru que la renaissance du Zeph ait lieu dans un chantier naval moribond. Or celui qui accueillait le Zeph depuis l’année de l’accident avec le caillou de l’envoûtement n’était pas du tout moribond, n’en déplaise aux langues malveillantes et aux prophètes de malheur !

Le programme du Lady Jane II était une illustration de la vitalité du chantier naval.

Voici le Lady Jane II, qui était encore sur le rivage au moment où le Zeph entrait dans l’eau :

Le jour de la mise à l’eau, le Zeph est allé à Eρέτρια (transcription : Érétria), sur la rive opposée.

Le surlendemain de la mise à l’eau, le Zeph apercevait la silhouette du Lady Jane II dans le même mouillage :

Beaucoup d’autres programmes encore ont témoigné de la vitalité du chantier naval.

Mais l’heure était d’aller retrouver le Zeph qui s’impatientait sur son ber.

Voici la photo des sublimes retrouvailles :

Lumineux et reconnaissant, le Zeph savourait le cadeau que lui envoyait la terre ferme : l’équipage bien-aimé et la roulotte chérie.

Comme ils étaient merveilleux, ces premiers instants vécus à 3 !

Le Zeph, qui savait qu’il devait à la roulotte le retour de l’équipage, a couvert celle-ci de bisous :

Jusqu’au coucher de soleil, les deux montures ne cessaient de se témoigner mutuellement de l’affection par des accolades interminables :

Dans le rapprochement passionnel des corps, il y avait la fusion irrésistible des idéaux.

Le Zeph savait que la roulotte avait régalé l’équipage avec la virginité des espaces. Alors, à sa manière, le Zeph offrait aux retrouvailles un cadre idyllique, avec la spontanéité et la poésie de l’herbe sauvage. Voici l’œillade lancée par le safran du Zeph à la roulotte :

L’ocre jaune qui colorait le bas du safran indiquait que le jeu de charme était favorisé par la lumière du soleil couchant.

La séduction réciproque allait crescendo au fur et à mesure que le soleil se rapprochait de l’horizon.

Le Zeph était un esthète. La roulotte, également.

Sur la photo ci-dessus, le Zeph se trouvait à droite, avec ses lignes bleu clair.

La lumière solaire n’était pas frontale. Mais la trajectoire oblique avait son propre attrait.

Le bonheur nouveau que savourait l’équipage du Zeph était un cadeau inestimable. Une « faveur imméritée » (χάρις), comme disent les Écritures grecques chrétiennes.

En effet, il existait des bateaux moins chanceux que le Zeph.

Par exemple, celui-ci, entouré par un échafaudage, attendait une remise à neuf :

Il n’irait pas à la mer, du moins pas tout de suite.

Quant à cet autre bateau, l’équipage du Zeph l’a toujours connu enveloppé de langes de couleur vert foncé. Le vent espiègle a fait apparaître au niveau de la proue une forme qui rappelait la roue du paon :

Mais le délabrement qui sévissait sur les côtés faisait émerger des formes bien moins inspirantes.

Voici un rictus sur un visage doté de deux yeux tout petits :

L’étirement dans le sens horizontal faisait flotter des hamacs :

Mais les mailles se distendaient, se déformaient et se déchiraient à cause de la brutalité du vent :

La renaissance du Zeph n’avait nullement besoin de l’humour du délabrement.

Elle se satisfaisait de la remise en ordre, qui se déroulait dans le calme et la sérénité.

Voici le Capitaine en train de faire sécher la bâche qui avait protégé les hublots contre les infiltrations en provenance des pluies d’hiver :

Le bateau à gauche de la photo est entré dans le chantier naval en même temps que le Zeph. Et depuis, ce bateau n’a plus bougé de place, quelle que soit la saison. Et pour cause !

L’explication de cette immobilité prolongée se trouvait sur le flanc gauche, qui se dévoilait dans un panorama capté du haut du Zeph et destiné à mémoriser le premier coucher de soleil de la renaissance :

Le museau du Zeph regardait en direction du Nord. La lumière du soleil couchant illuminait la bôme. La perspective plaçait sous celle-ci le bateau dont l’immobilité prolongée intriguait. Près de la bouée jaune en U, était tendue une banderole où figuraient ces mots : À VENDRE.

Ainsi, depuis trois ans, ce bateau infortuné est resté orphelin de capitaine.

Le spectre de la dépossession a aussi menacé le Zeph, surtout après l’épreuve de la boue survenue devant la baie de Γέρακας (transcription : Gérakas), l’été dernier. Mais dans leur clémence, les divinités ont insufflé au Capitaine et au mousse un état d’esprit plus judicieux et le Zeph a échappé de peu au chagrin de l’abandon.

À présent, le physique et le moral se trouvaient dans un état florissant pour mener à bien la renaissance.

Le premier coucher du soleil envoyait sa lumière d’or sur le hublot qui se trouvait juste au-dessus de la table du carré.

Quel plat était mijoté dans le giron du Zeph pour célébrer la naissance ?

Celui-ci :

Une daurade enrubannée de poivrons rouges illustrait l’indispensable complémentarité entre la mer et la terme ferme.

Puisse ce mariage de saveurs donner à la renaissance de belles émotions, gustatives mais aussi spirituelles, jour après jour !

 

Tags : renaître, Xαλκούτσι, Océanides, Prométhée, Eschyle, Gustave Doré, liberté, conscience, Destin, Moires, χάρις, Tanoa Piti

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