Pour certains, dire que la photo suivante montre le Capitaine assis à la table à cartes du Zeph, c’est comme énoncer une vérité de La Palice.
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Mais pour le mousse, la visualisation de cette position revêt une très grande importance, parce qu’elle est la réponse à une interrogation formulée par celui à qui le Capitaine doit son privilège actuel d’être capitaine.
Voici la question qui a été adressée au Capitaine : « Mon fils, tu n’étudies pas les cartes le soir ? »
La question émanait de l’autorité paternelle. Le verbe qui y était employé impliquait une activité très sérieuse, voire vitale, qui conditionnait le proche avenir. Il s’agissait d’étudier, c’est-à-dire de faire preuve d’attention, de précision et d’intelligence. Le style interrogatif contenait en fait une exhortation, qui était une forme d’enseignement prodigué par quelqu’un qui était plus expérimenté que celui qui était conseillé.
L’autorité paternelle rappelait la nécessité d’étudier les cartes, c’est-à-dire de se montrer méticuleux et prévoyant. Non pas que l’improvisation était à bannir coûte que coûte, parce qu’elle pouvait s’imposer, face à l’imprévu. La pensée paternelle voulait plutôt insister sur le fait que la charge de capitaine ne pouvait pas être assumée en dilettante.
L’occupation studieuse devrait se dérouler en fin de journée, pour préparer et sécuriser la route du lendemain. Le prélèvement d’informations objectives, scientifiques et fiables était un gage de réussite et de prospérité en mer.
La figure paternelle s’est exprimée ainsi parce que l’expérience et la proximité, géographique mais aussi affective, l’ont tout naturellement érigée en autorité de référence.
Auprès de la figure paternelle, le Capitaine a, évidemment, intégré l’habitude d’étudier les documents cartographiques et il a aussi appris la dextérité manuelle. Le voici à Port Napoléon, dans le delta du Rhône, en train de s’occuper de la voile, centimètre par centimètre :
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La justesse du geste permettait d’éviter les ratés et de ne pas dilapider du temps en réparations. Cependant, elle avait besoin de s’allier au courage quand la somme de travail était immense.
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La culture du courage, c’était encore la figure paternelle qui l’avait inculquée au Capitaine.
Il arrivait que la situation devienne inextricable. Le Capitaine prenait alors le temps d’examiner les tenants et les aboutissants pour accéder enfin au maillon faible et dénouer l’affaire.
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L’esprit d’analyse était sans doute un don individuel, mais il s’aiguisait dans la coopération avec la figure paternelle, dont la route maritime n’était pas dépourvue d’écueils.
Formé sur le terrain, au milieu des vagues et des vents qui ne faisaient aucune concession, le Capitaine acquérait progressivement les compétences qui concouraient à son indépendance. Mais sa maîtrise de l’art de la navigation n’a pas entraîné ni une rupture, ni un affaiblissement du lien privilégié qui le reliait à celui qui était son instructeur, son guide et son conseiller.
Voici une image sereine de cette indépendance fièrement conquise :
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La photo montre aussi un Zeph qui sortait d’une mue salvatrice et qui s’apprêtait à quitter le delta du Rhône pour rejoindre les flots égéens, tant désirés.
Régulièrement, le Capitaine consultait l’autorité tutélaire, parce qu’il était sage d’agir ainsi. Parce qu’il convenait de se conduire de cette manière pour exprimer la gratitude et manifester la piété.
Delacroix a peint un tableau qui montrait que la piété était choyée. Voici les deux protagonistes qui étaient impliqués dans cette relation faite d’égards et de considération :
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Le personnage de droite est l’autorité tutélaire de celui de gauche.
L’homme debout à gauche poursuit une quête et formule une requête. Sa quête est une quête de justice. Sa requête vise l’obtention d’une constitution qui permet le bon fonctionnement de la société. L’homme s’appelle Λυκούργος_(en français : Lycurgue). Sa ville natale, celle qu’il cherche à réformer, est Sparte.
Face au Spartiate, se trouve la Pythie, l’oracle d’Apollon. Contrairement au visiteur, la prêtresse n’est pas debout, mais assise, avec les genoux qui sont situés à la même hauteur que le menton de l’homme.
En effet, le siège donné par Delacroix à la Pythie a été surélevé pour insister sur l’origine divine de la parole oraculaire.
À propos de parole, la Pythie n’en prononce aucune, au moment peint par Delacroix. La prêtresse ne parle pas, elle écoute, avec beaucoup d’attention. Elle s’imprègne de ce qu’elle entend. Elle donne le sentiment que ce qui lui parvient à l’oreille compte beaucoup pour elle.
Delacroix peint la primauté de l’écoute, Chez les Anciens, l’écoute signifie l’accueil, prépare l’accord et annonce la bienveillance.
L’importance accordée au canal auditif fait que la Pythie de Delacroix a les yeux fermés ou mi-clos pendant qu’elle reçoit la requête du Spartiate.
Le peintre soigne la cohérence entre l’attitude physique et la disposition mentale. Et quarante ans avant Rodin, Delacroix incline le port de tête vers l’avant et appuie le menton sur la main droite pour créer une attitude pensive. Mais l’air méditatif de la Pythie de Delacroix ne reflète ni le désintérêt, ni le désengagement : il traduit une attention profonde et le sérieux de la prise en compte.
De l’autre côté, le Spartiate ouvre grand les yeux, car il guette le moindre signe dans l’attitude de la prêtresse. Bien que la présentation adoptée par Delacroix ne montre pas l’intégralité du regard, le profil choisi laisse paraître des sourcils bien relevés du côté de l’œil droit, qui est donc grand ouvert. Il n’est pas saugrenu de penser que la même vigilance pousse l’œil gauche à rester aussi aux aguets.
Quant au bras droit du Spartiate, il tient une branche de laurier, qui fait écho à la couronne de laurier portée par la Pythie.
L’intelligence du pinceau de Delacroix a poussé vers le menton la feuille terminale, comme si celle-ci se préparait à effleurer la barbe. Mieux encore, la pointe de cette feuille sommitale est toute proche de la lèvre inférieure, pour donner l’impression que les mots qui sortent de la bouche du Spartiate sont comme les feuilles odorantes, c’est-à-dire connectés au succès.
La branche de laurier longe le bras droit, sans y être rigoureusement parallèle. Les feuilles extérieures forment un ensemble dont le contour supérieur fait penser à la courbure convexe d’un bouclier. En quelque sorte, Lycurgue tient le bouclier de la gloire qu’Apollon est en train de lui offrir. Autrement dit, la gloire offerte par Apollon, grâce à cette consultation, servira de bouclier pour Lycurgue face à ses opposants et face à l’Histoire.
Le pinceau de Delacroix a aussi explicité le contact d’une feuille au-dessus du coude. C’est le signe d’une intimité naissante entre Lycurgue et la gloire en tant que législateur apollinien.
Le tableau de Delacroix ne montre que deux personnages. Personne n’accompagne Lycurgue. Aucun prêtre non plus n’est présent aux côtés de la Pythie. Ainsi Delacroix solennise le face-à-face entre Lycurgue et la Pythie, en octroyant une atmosphère intimiste à la scène de consultation.
La palette de Delacroix, qui dissout dans la pénombre, voire dans l’obscurité, le voisinage immédiat des deux personnages, vise à mettre en évidence le caractère privilégié de la communication entre Lycurgue et son autorité tutélaire.
De la même façon, le Capitaine jouit d’une relation privilégiée avec la figure paternelle, qui est l’autorité tutélaire en matière de navigation.
Le Capitaine a sollicité le soutien moral de la figure paternelle dès les premiers instants, c’est-à-dire dès la conception du Zeph.
C’était au Salon nautique de Cannes, en 2007, que le Zeph s’est différencié du néant.
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La perspective d’être bientôt barreur pour son propre compte soulevait l’enthousiasme du Capitaine, qui ne s’est pas égaré malgré la profusion des oriflammes.
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Avec joie et fierté, la figure paternelle accompagnait le Capitaine sur les pontons, qui encourageaient les rêves et titillaient les audaces.
Le Capitaine a jeté son dévolu sur l’esthétique Hanse.
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L’autorité tutélaire approuvait le coup de foudre, qui a engendré le Zeph.
Conçu dans la Riviera, celui-ci a vu le jour en Camargue.
Voici le quai de la naissance :
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La figure paternelle était très heureuse quand la main a touché pour la première fois le corps du Zeph, même si celui-ci n’avait pas encore son mât. Ce toucher physique était un puissant stimulus qui ouvrait grand les horizons, même pour l’autorité tutélaire.
Ce bonheur nouveau, qui était extrêmement communicatif, a métamorphosé tout le monde, en apportant l’enivrante sensation que désormais, tout devenait réalisable, et que tout se trouvait à portée de main.
Quand le mât a été installé, une joyeuse visite a été organisée pour voir le Zeph, dorénavant doté de l’équilibre structurel qui lui permettrait de faire les premiers pas, sans choir.
Pour réaliser cette visite, le Capitaine s’est d’abord rendu à Manosque, où se trouvait la demeure de l’autorité tutélaire. Ce jour-là, il neigeait beaucoup au pays de Giono :
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À cause de la neige sur la route entre Manosque et Port-Camargue, l’impatience a dû faire des concessions à la prudence !
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Mais à Port-Camargue, il n’y avait point de neige.
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Et le soleil a même vaincu la grisaille pour montrer un Zeph étincelant.
La figure paternelle s’impliquait avec passion chaque fois qu’il était question du Zeph.
Avec l’arrivée des beaux jours, s’est présentée l’occasion de viser le large.
En l’occurrence, il s’agissait de tester le souffle du moteur et la manœuvrabilité de la coque depuis le quai de l’enfantement jusqu’à la capitainerie qui parodiait le phare d’Alexandrie.
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Avec dévouement et tact, la figure paternelle a assisté le Capitaine dans les toutes premières manœuvres de celui-ci en tant que capitaine à part entière.
La diplomatie était tout aussi nécessaire que l’assistance technique. Le jeune Zeph se félicitait que l’alliance des deux savoir-faire ait fonctionné ! Et il se félicite, grandement, que cette alliance, si précieuse, fonctionne encore jusqu’à ce jour.
Puis est venu le moment de couper le cordon ombilical avec le quai de l’enfantement. Commençait alors la première grande aventure, celle qui consistait à affronter les flots de l’incertitude pour rallier Port Napoléon à partir de Port-Camargue.
Pour ce départ vers l’inconnu, il fallait emporter tout ce qui était nécessaire pour la vie à bord. La cargaison destinée à rejoindre le giron du Zeph n’était pas sans rappeler le chargement des bateaux dans l’Antiquité :
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Et ils étaient nombreux, très nombreux, les sacs à porter depuis le parking de la voiture jusqu’au Zeph ! Et comme chacun d’eux était lourd, affreusement lourd ! Malgré cette double difficulté, aucune parole négative ne s’est échappée de la bouche de l’autorité tutélaire, qui s’est démenée avec bravoure pour soulager le Capitaine et le mousse.
Et voici le début de la route de l’indépendance :
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Le Zeph avançait à trois nœuds. Pour parvenir à sa destination finale, il avait en tout quelques soixante-dix milles nautiques à parcourir.
Le fait que la figure paternelle était présente à bord empêchait l’épreuve de la distance d’être une source d’angoisse.
Bien sûr, une étape intermédiaire s’imposait : ce serait les Saintes-Maries-de-la-Mer.
Le Zeph est arrivé aux Saintes-Maries-de-la-Mer au moment où le soleil se couchait.
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En raison de l’heure tardive, le Zeph s’est contenté des places disponibles à l’entrée du port.
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Le stress a failli provoquer un frottement indélicat contre un quai. Heureusement, la figure paternelle veillait et réagissait très vite. Et le désagrément n’a été qu’une frayeur, qui n’a pas duré longtemps.
L’habileté de l’autorité tutélaire à déjouer les pièges qui menaçaient le Zeph était fabuleuse !
La première nuit dans la nouvelle demeure flottante n’a pas été des plus délicieuses, mais tout le monde était conscient qu’il fallait confier au temps la gestion de l’adaptation.
Le lendemain, la route a repris, avec une légère fatigue mais aussi avec une confiance renouvelée.
Avec une fierté non dissimulée, le Zeph a emprunté le chenal qui l’a mené jusqu’à Port Napoléon.
Sur ce dernier trajet, la bienveillance de l’autorité tutélaire s’est de nouveau manifestée, cette fois-ci en faveur du mousse. En effet, le Zeph a été doublé par un bateau qui empruntait le même chenal, mais à une plus grande vitesse. Le mousse qui n’était qu’à sa deuxième journée en mer, ignorait que le dépassement par le voisin provoquerait des vagues perfides à l’encontre du Zeph. C’était l’autorité tutélaire qui a crié : « Attention aux vagues ! » pour que le mousse relâche l’attention accordée à la caméra et soit plus attentif à l’éventuelle perte d’équilibre du Zeph.
La sollicitude de l’autorité tutélaire a été très salutaire.
Voici l’arrivée à Port Napoléon :
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Le chenal d’accès finissait à droite de la photo.
Le Zeph venait de l’arrière-plan. Les premières structures qu’il a vues étaient les hangars gris et bleu-vert qui se dressaient sur la gauche de la photo.
Le « quai d’honneur », destiné à accueillir en urgence les bateaux, se trouvait à l’extrémité de la langue de terre la plus proche des quatre hangars et parallèle à l’axe de chaque hangar. Dès son arrivée, le Zeph s’est amarré à ce « quai d’honneur ».
Voici une vue plus rapprochée de cette configuration :
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Sur la photo, une coque effilée a occupé toute la longueur du « quai d’honneur ». C’est pourquoi, une embarcation avec un rouf blanc s’est mise à couple de la coque effilée.
Le « quai d’honneur » est relié à la terre ferme par deux passerelles.
Lors de la visite inaugurale, le Zeph n’a occupé que l’emplacement devant la première passerelle rencontrée, qui était la plus au Sud.
Voici la passerelle du tout premier débarquement :
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Les deux taquets visibles sur la droite étaient ceux qui ont servi à amarrer le Zeph pour la première fois à Port Napoléon. Le Zeph est resté dans cette position plusieurs jours, sous la seule surveillance de l’autorité tutélaire, car le Capitaine et le mousse ont dû rentrer à Lyon à cause de leurs obligations professionnelles.
Ainsi, la relation privilégiée que le Capitaine avait avec la figure paternelle chaque fois qu’il s’agissait de navigation, a apporté de nombreux bienfaits au Zeph.
Le trajet initiatique du Zeph jusqu’à Port Napoléon était une réussite. La nostalgie pour ce moment de réussite a incité le Capitaine et le mousse à revenir sur ce lieu mémorable pour pique-niquer. D’où la rallonge électrique que le Capitaine avait dans les mains, sur la photo précédente, et qui servait à faire le café avec la machine de Nespresso, à la manière de George Clooney !
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Quant à l’énergie qui a permis la cuisson des aliments du repas, elle était fournie par un camping-gaz, qui suffisait amplement pour transformer le wok en four portable :
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La seule précaution à prendre consistait à trouver pour la flamme du brûleur une protection contre le vent.
La mémoire s’organise pour prendre soin d’elle-même et donner encore plus de sens à l’existence.
Le Capitaine a toujours demandé conseil à l’autorité tutélaire chaque fois qu’il y avait un projet nouveau concernant le Zeph.
L’un des événements les plus importants dans la vie du Zeph était sa mue, survenue en 2013.
Voici le Zeph juste avant sa mue :
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Et voici le Zeph après sa mue :
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Il a gagné en longueur. Avant, il mesurait trente-deux pieds. Maintenant, il mesure trente-neuf pieds.
Il a aussi et surtout gagné en hauteur sous barrot, ce qui a permis au Capitaine de rester, désormais, debout partout, sans avoir à baisser la tête ou à courber le dos.
Sur demande du Capitaine, l’autorité tutélaire était au chevet du Zeph pendant toute la durée du processus de la mue.
À la fête de la métamorphose du Zeph, le Capitaine a bien sûr invité la figure paternelle, qui, à cette occasion, a séjourné à Port Napoléon, dans une chambre située au premier étage du bâtiment de la capitainerie.
Ce bâtiment qui est dédié à la gestion administrative et qui fait aussi hôtellerie et restauration est celui qui apparaît le plus à gauche sur la photo suivante :
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Ainsi, un même désir animait le Capitaine et Lycurgue, celui d’agir de la manière la plus convenable, laquelle manière leur serait communiquée par une autorité tutélaire compétente et bienveillante.
Le tableau de Delacroix montre qu’entre le Spartiate et la prêtresse, se dresse un autel sur lequel est déposé un bélier blanc en guise d’offrande sacrificielle :
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La peinture exhibe le sang qui sort du corps de l’animal en trois endroits, en laissant des coulées verticales. L’une d’elles se situe juste au-dessous du cou, qui est sans doute le premier point d’entrée du couteau sacrificiel.
La main gauche de Lycurgue montre à la Pythie le bélier sacrifié.
La chair de l’animal est offerte comme nourriture pour les divinités.
Le Capitaine et le mousse ont aussi exprimé par des agapes leur gratitude envers l’autorité tutélaire. En voici un exemple à Manosque, dans la demeure de la figure paternelle, qui servait aussi de lieu de consultation :
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En elles-mêmes, les coquilles Saint-Jacques ne témoignaient pas que la nourriture avait un lien avec le Zeph. C’est vrai ! Regardons alors comment l’assiette paternelle se remplissait :
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Les grains de riz étaient entiers et très facilement détachables. C’était le riz cantonnais, revisité par le mousse.
La couleur rouge du vêtement, qui était la même que celle qui apparaissait sur l’avant-dernière photo, indiquait que la main qui prélevait le riz avec la spatule noire était la main paternelle.
Cette fois-ci, la connexion est faite : le riz, ainsi que les coquilles Saint-Jacques, provenaient du Zeph, qui utilisait, entre autres, la nourriture pour exprimer sa gratitude envers l’autorité tutélaire.
Le tableau de Delacroix montre d’autres formes d’expression de la gratitude. En effet, au pied du siège surélevé de la Pythie, sont déposés des vases dorés et un parchemin :
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Les vases constituent l’ornement dont le but est d’ajouter du beau à la banalité du quotidien. Ce sont des offrandes apportées pour le temple d’Apollon, par des visiteurs comme Lycurgue. La proximité de ces vases avec le parchemin incite à penser que celui-ci est aussi une offrande destinée à Apollon.
Pour la demeure paternelle à Manosque, le Capitaine et le mousse ont apporté de offrandes qui se préoccupaient du beau.
Voici les fleurs de la gratitude, offertes par le Capitaine afin de participer à l’embellissement du lieu où il se rendait pour demander conseil à l’autorité tutélaire :
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L’offrande fleurie était déposée sur la table du salon. Les vitres donnaient sur le jardin, où se promenait une silhouette masculine avec une veste rouge. Il s’agissait de la même veste rouge que celle qui était apparue pour les coquilles Saint-Jacques et le riz cantonnais. C’était donc le profil de l’autorité tutélaire.
La table elle-même a donné lieu à une offrande spécifique. En effet, le Capitaine et le mousse ont aussi offert une grande nappe avec un motif Renaissance et des serviettes de table dans la même tonalité.
Voici le motif Renaissance de la nappe offerte :
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Et voici les serviettes de table qui s’harmonisaient avec la nouvelle nappe.
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La photo montre le Capitaine en train de dresser la table avec les offrandes apportées.
Dans ce parallèle entre la position de Lycurgue et celle du Capitaine, à quoi correspond, dans le contexte de la modernité, le parchemin déposé au pied de la Pythie ?
Le parchemin est un support d’écriture, où figurent nécessairement des textes célébrant la magnanimité apollinienne. Dans ce cas, le pendant moderne du parchemin est le présent blog, qui fait l’éloge de la sollicitude et du dévouement de l’autorité tutélaire.
La piété filiale était ce qui motivait la halte à Concarneau, qui succédait à celle de Brest. En effet, la demeure paternelle a quitté, entre-temps, le pays de Giono pour s’établir en Cornouaille.
À Concarneau, le Capitaine est aussi venu avec l’offrande de la piété. En l’occurrence, il s’agissait du sapin de Noël :
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En consultant l’oracle delphique afin d’obtenir la meilleure constitution pour Sparte, Lycurgue a manifesté une piété qui plaisait à Apollon, à tel point que le dieu a fait prononcer à la prêtresse ces mots stimulants : « J’hésite à proclamer que tu es un dieu ou un homme ; mais je te crois plutôt un dieu, ô Lycurgue. »
Ainsi, aux yeux de la Pythie, Lycurgue est apparu comme l’égal d’un dieu.
Quelque chose de similaire est-il survenu pour le Capitaine dans sa relation avec l’autorité tutélaire ?
À cette question, la réponse est positive, à double titre.
Dans un premier temps, le Zeph a fait preuve d’une autonomie absolue quand il a vogué, tout seul, de Port Napoléon à Marseille. Tout seul, c’est-à-dire sans aucunement le soutien, technique ou moral, de la figure paternelle.
Voici l’arrivée à Marseille, pour un Zeph valeureux, qui venait de Port Napoléon :
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La photo montre le Fort Saint-Jean qui garde au Nord l’accès à la calanque massaliote.
Quand le Zeph s’est présenté, pour la première fois, devant le Vieux-Port de Marseille, il était sans essoufflement et sans courbature. Au contraire, une très grande fierté animait tout son être. Dans les faits, le savoir-faire du Capitaine commençait à égaler celui de la figure paternelle, même si la chose n’a pas été proclamée à voix haute.
Une fois entré dans le Vieux-Port, le Zeph s’est amarré à l’un des pontons les plus extérieurs, qui appartenaient au Cercle Nautique et Touristique du Lacydon (CNTL). Cette position stratégique offrait au Zeph l’exquis privilège d’être en première loge pour contempler le ballet des bateaux qui entraient ou sortaient.
Voici le Capitaine qui prenait place à l’extrémité d’un ponton du CNTL :
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Son plaisir de spectateur privilégié était incontestable.
L’aisance que reflétait l’attitude participait à la qualification du Capitaine comme l’égal de la figure paternelle en matière de navigation.
La comparaison entre ce que le Capitaine venait d’accomplir et ce que la figure paternelle avait accompli était de nouveau inévitable deux ans après, en 2009, quand le Zeph s’est rendu à Rome.
Voici le Zeph dans le port de Rome, avec le Capitaine en train de grimper dans le mât :
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Le port de l’ère moderne a adopté la configuration circulaire de l’antique Carthage, qui s’était farouchement opposée à l’expansionnisme romain :
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Cette empreinte insolite du passé ramenait le Zeph à l’époque passionnante des trières :
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Avec Rome, le Capitaine est allé plus loin que ne l’avait fait la figure paternelle.
Désormais il mérite d’être considéré l’égal de l’autorité tutélaire.
L’accès à l’égalité a valu au Capitaine une énorme considération de la part de la génération montante.
En effet, à Concarneau, deux artistes aux fourneaux ont rivalisé d’ingéniosité pour combler l’équipage du Zeph dès le premier jour.
La présentation du premier plat servi misait sur le contraste des couleurs :
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Voici l’artiste du contraste :
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Le second plat, lui, a fait le choix de l’homogénéité en restant dans l’univers des ocres :
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Voici l’artiste de l’homogénéité :
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Mais dans les deux cas, c’était la palette de l’affection et du dévouement.
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Car pour les deux artistes, le Capitaine était comme une figure paternelle. Et l’équipage du Zeph, comme une autorité tutélaire.
En effet, voici un extrait du courrier que l’artiste de l’homogénéité a adressé au mousse il y a deux semaines :
« ...Je vois que vous vivez toujours avec appétit et lumière ! J'en suis ravie.
PS : Je n'ai jamais vu un arc-en-ciel si vibrant ! Et les arbres sur la dernière photo sont si beaux ! »
Quel était cet « arc-en-ciel si vibrant » ? Le voici, cet arc-en-ciel :
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Le Capitaine et le mousse ont découvert cette forme magique à أوزود (en français : Ouzoud) dans le Sud du royaume chérifien.
Et quels étaient ces arbres qui ont ému l’artiste par leur beauté ? Voici la photo où ils ont fait leur apparition :
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La photo s’intéresse encore à أوزود (en français : Ouzoud), mais cette fois-ci à travers le camping où était garée la roulotte.
Chère artiste, merci d’avoir confié l’émotion suscitée par les vibrations chromatiques.
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Ta douceur, parée d’élégance, favorise merveilleusement la captation du beau.
Quant à l’artiste du contraste, il a aussi fait part au mousse d’un vécu très intime. Voici un extrait du courrier adressé au mousse il y a trois semaines :
« ...je voulais te partager un chant que j'ai découvert hier, lors du Jeudi saint, à la messe près de Concarneau…
Ce chant, lancé au moment de la procession du Très Saint Sacrement, m'a profondément ému et je n'ai pu empêcher quelques larmes de couler.
Était-ce seulement dû aux belles voix que j'entendais, ou à la symbiose entre le chant et la procession du Corps. Mon esprit avait trouvé la réponse avant mon cerveau, et m'a fait réagir. »
Le mousse a rédigé la réponse suivante :
« Nous te remercions encore de nous avoir parlé de ton bien-être à l’occasion d’un événement musical en lien avec la transcendance.
En acoustique, il y a un phénomène que les physiciens appellent résonance et qui se traduit par une maximalisation de l’amplitude vibratoire.
Dans l’expérience artistique et spirituelle que tu nous as contée, il y avait une double résonance. Il y a d’abord résonance entre la partition et la voix, c’est-à-dire entre l’auteur et l’interprète. Puis il y a eu résonance entre la production sonore, qui impliquait la mise en scène, et le spectateur/auditeur.
La résonance, en physique, correspond à l’adéquation psychique, en sciences humaines.
Ton être était en adéquation avec ce que tes sens – auditif, visuel, voire même olfactif (à cause de l’encens) – percevaient parce qu’instinctivement, il suivait l’exhortation paulinienne qui figure dans l’épître adressée à la congrégation de Colosses.
L’apôtre disait :
Επιστολή προς Κολοσσαείς. Κεφάλαιο γ’. Στίχος α’
En français :
Recherchez les choses d’en haut
Lettre aux Colossiens. Chapitre 3. Verset 1
Tout ton être recherchait les ‘choses d’en haut’. D’où l’intensité de l’émotion.
Permets-moi de te remercier en te faisant part de la polyphonie des pétales, qui émanait, ce matin, des dunes face à la côte marocaine. »
Le mousse a donc joint à ce texte six illustrations.
Voici la première, intitulée ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. La portée musicale’ :
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La photo suivante avait pour titre ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. Soliste en blanc’
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La troisième illustration s’intitulait ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. Soliste en mauve’
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Le titre de la quatrième photo était ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. Duo blanc-mauve’
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La cinquième illustration était intitulée ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. Trio blanc-mauve-jaune’
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Le titre de la sixième illustration était encore ‘Tarifa. Polyphonie de la dune. Trio blanc-mauve-jaune’
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Cher artiste, ta quête de sens est bouleversante.
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Merci d’avoir confié ton vécu avec sincérité. Ta persévérance portera ses fruits.
Comme Lycurgue avec la Pythie et comme le Capitaine avec la figure paternelle, les deux artistes de Concarneau se sont adressés, avec confiance, à l’équipage du Zeph pour des questions qui relevaient du second degré.
En quelque sorte, l’équipage du Zeph est devenu une autorité de référence pour les deux artistes.
Quel merveilleux jeu de miroirs transgénérationnels !
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Le tableau de Delacroix est conservé au Museum of Art de Michigan.
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La palette de Concarneau était la palette de la piété, édifiante et somptueuse.
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