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Caen était la limite septentrionale du périple d’hiver, conçu comme un hommage à la sensibilité artistique du premier peintre romantique français, Eugène Delacroix.

À Caen, le Capitaine et le mousse avaient rendez-vous avec une amoureuse de l’archipel cycladique. Le décor des retrouvailles répandait délicieusement le souffle poétique de l’Égée. En effet, après les paroles de bienvenue, le regard du mousse a remarqué l’évocation de l’un des plus grands visionnaires de l’Hellade : Οδυσσέας Ελύτης (en français : Odysseus Élytis). La fée du logis aussi, est une visionnaire, par nature et par vocation. Et évidemment, Delacroix avait la stature, l’instinct et la magnificence du visionnaire.

Voici le miroir du cosmos égéen, qui est venu à la rencontre du mousse, dès les premiers pas de celui-ci dans la demeure normande :

Miroir qui transmettait, non pas des formes, mais des sensations.

Miroir qui faisait danser, non pas des photons, mais des mots.

Miroir qui exaltait, non pas la lumière, mais la lucidité.

Voici ce que disait cette lucidité :

« Parmi les trouvailles des fouilles archéologiques que nous, les Européens d'aujourd'hui, avons omis de recueillir et d'étudier, se trouvent aussi quelques concepts qui gisaient dans cette même terre aux côtés des objets d'art. L'humilité par exemple... »

« Les objets d’art », c’est l’esthétique.

« L’humilité », c’est l’éthique.

Ainsi « l’espace de l’Égée » n’est pas une cour de récréation, mais une école de vie.

Mais à quoi peut-elle bien servir, cette « humilité » dont il faudrait prendre conscience ?

Cet état des lieux pour l’être intérieur possède nécessairement une suite logique, qui est dans le choix de la meilleure gestion possible des limites inhérentes à la condition humaine.

Parce qu’il est conscient de sa propre fragilité et de sa propre vulnérabilité, l’être humain porte sur son prochain un regard tout naturellement empli d’empathie et de compassion.

Pour notre amie caennaise, la pratique de la compassion était une chose essentielle, voire vitale.

Dans un premier temps, il y avait une prise en compte affectueuse de l’autre, de celui qui venait d’ailleurs et dont la vie avait été brisée par le cours de l’Histoire.

Puis cette réparation de la dignité humaine se poursuivait par un geste mémoriel, en confiant à l’écriture une mission, cathartique pour les uns, didactique pour les autres.

Voici un exemple de cette construction de la mémoire :

La couverture de l’ouvrage montrait une silhouette humaine, dont la tête était une valise.

D’ordinaire, la valise se trouvait sur la tête, et non à la place de la tête !

D’abord, la position surélevée de la valise se référait à un flux migratoire.

Ensuite, la valise, qui devait contenir ce qui était strictement nécessaire et non des futilités, représentait le patrimoine du candidat à l’exil, c’est-à-dire ses origines.

Ce départ et la recherche d’un ailleurs étaient motivés par la nécessité, dans les deux sens du termes : nécessité au sens de pauvreté extrême et nécessité au sens d’obligation impérieuse.

L’originalité de l’illustration, qui voulait que la valise prenne la place de la tête, avait pour objectif de signifier que la question de l’exil mobilisait toutes les facultés mentales.

Un texte accompagnait l’aquarelle. À droite de la silhouette humaine, était écrit : « Rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».

L’introduction précisait qu’il s’agissait d’une citation du poète latin Térence, qui avait vécu au IIè siècle avant notre ère :

Le nom complet du poète latin était Publius Terentius Afer. Le surnom Afer indiquerait que Térence avait une ascendance berbère. Cette précision contribuait à la cohérence de notre périple dont la destination finale brillerait de mille (et un) feux grâce à la fascination excercée par le monde berbère sur Delacroix.

Le titre français était un extrait du vers Homo sum, humani nihil a me alienum puto ”.

Littéralement : “Homme je suis, rien de ce qui est humain ne m’est étranger”.

La seconde partie du vers, qui a donné naissance au titre français, exprimait le caractère naturel de l’empathie et la spontanéité de la solidarité.

Cette attitude bienveillante était la conséquence d’une prise de conscience, qui était mentionnée dans la première partie du vers : « Homme je suis ». Autrement dit, parce que je prends conscience que je suis un humain, je comprends l’autre, qui est aussi un humain, et je me montre proche de lui, c’est-à-dire secourable envers lui.

Nos chers lecteurs ont sûrement remarqué que le terme latin traduit par « étranger » était « alien ». Alors, pour reprendre le langage du septième art, ma part d’humanité fait que je ne considère nullement que la silhouette avec une valise en guise de tête est un « alien » !

Delacroix a peint avec éloquence et force cette part d’humanité, qui se caractérisait par une prise en compte affectueuse de l’altérité.

Voici l’empreinte laissée, à ce sujet, par le pinceau du maître :

La peinture montre un homme en train d’aider un autre à monter sur un équidé domestiqué.

La monture appartient au premier.

L’homme qui reçoit de l’aide est torse nu, non par plaisir, mais bien à contre-cœur. Ce qu’il vient de subir est raconté dans la Bonne Nouvelle selon Luc, au chapitre 10 :

οἳ καὶ ἐκδύσαντες αὐτὸν καὶ πληγὰς ἐπιθέντες ἀπῆλθον ἀφέντες ἡμιθανῆ τυγχάνοντα

Ευαγγέλιο kατά Λουκάν. Κεφάλαιο ι’. Στίχος λ’

 

En français :

Ils [Les bandits] lui ont pris jusqu’à ses vêtements, l’ont roulé de coups et sont partis en le laissant à moitié mort.

Bonne Nouvelle selon Luc. Chapitre 10. Verset 30

 

L’infortuné est victime d’une violence humaine.

Les malfaiteurs ont pris tout ce qu’ils pouvaient prendre, y compris les habits que l’homme attaqué avait sur ses épaules.

Non seulement les agresseurs se sont emparés de ce qui recouvrait le corps, ils ont aussi violenté celui-ci en le criblant de coups. L’extrême douleur engendrée se voit dans la convulsion des orteils :

Ayant perdu la moitié de son énergie vitale, la victime reste pliée en deux, même au moment où elle est hissée jusqu’à la selle.

Notre amie caennaise accomplit le même geste secourable à l’égard de maints infortunés que les violences de l’Histoire ont « dépouillés » et laissés « à moitié morts ».

Ce qui est extraordinaire dans l’affaire, c’est que ce schéma éthique concerne aussi la relation entre le Zeph et l’amie caennaise.

En effet, le 2 octobre 2025, l’amie a adressé au mousse ce texte visionnaire :

« Hier au musée archéologique d'Ermoupoli, j'ai aimé cette sculpture de 2500 BC ! L'aurige détaché, délicat et ferme dans son lien au cheval, une invitation à tenir ainsi la bride de sa vie... »

Ce texte était visionnaire parce qu’il décrivait avec exactitude une situation au présent, dont il ne pouvait nullement être un témoin, mais aussi parce qu’il dictait la conduite à suivre au sujet du futur.

Les mots avaient la solennité de ceux qui sortiraient de la bouche de la Pythie.

Le courrier parlait de la vie, du fait de se sentir vivant, de l’agréable sensation de jouir pleinement des ressources de la vie. Or, à ce moment-là, le Zeph gisait « à moitié mort », pour reprendre l’expression utilisée par le récit de la Bonne Nouvelle selon Luc.

Le texte de l’amie caennaise envisageait le rapport à la vie en utilisant la métaphore de l’attelage. En effet, il s’agissait de « tenir la bride »de la vie. Le courrier évoquait donc la mobilité qui témoignait de la vitalité, l’énergie motrice qui permettait d’entreprendre la route, l’art de conduire qui déjouait les pièges et venait à bout des obstacles. À ce moment-là, le Zeph n’avait rien de tout cela : il était paralysé par la peur, il redoutait que sa récente insuffisance respiratoire ne rende la route meurtrière, il était assailli par le doute qui assombrissait terriblement toutes les perspectives d’avenir.

Quel mal avait donc frappé le Zeph ?

C’est là où s’est manifesté le caractère visionnaire du diagnostic établi à distance par l’amie caennaise !

En effet, l’effroyable malheur qui s’était abattu sur le Zeph était étroitement lié à la « bride » !

L’épreuve que le Zeph n’avait pas su surmonter s’était déroulée au large de Γέρακας (transcription : Gérakas), le 14 septembre 2025.

Ce jour-là, la mer était démontée, odieusement.

Mais auparavant, le Zeph avait affronté de pareilles situations avec bravoure et succès.

La crise paroxystique n’était donc pas provoquée par le danger des vagues. L’élément criminel serait-il le vent ?

Certes, ce jour-là, il s’en donnait à cœur joie dans son délire tournoyant.

Mais le Zeph était habitué à l’humeur fantasque d’Éole et savait faire face, avec promptitude et efficacité, aux mauvaises plaisanteries de celui-ci

En pleine bourrasque, il fallait savoir ce qu’il fallait attraper.

Il fallait aussi savoir se cramponner, fermement :

Et tenir tête, morphologiquement et mentalement, à la violente poussée du vent :

Donc le Zeph avait toute la stratégie et les ressources physiques pour défier victorieusement le comportement exécrable d’Éole.

Alors, si le Zeph n’a pas souffert de la maudite coalition entre les vagues et le vent, qu’est-ce qui a été à l’origine du traumatisme dont il ne s’est pas relevé ?

Dans un premier temps, la défaillance était de nature physiologique : en plein combat contre la furie des éléments, le Zeph s’est mis à suffoquer. La boue, non encore complètement délogée du réservoir de carburant, était remuée de façon endiablée par les secousses et s’est plu à entraver l’irrigation du moteur pour étouffer celui-ci.

L’agonie du moteur enlevait toute manœuvrabilité au Zeph.

Pour ne pas se fracasser contre la falaise, le Zeph essayait d’aller dans la direction du large. Avec pour seul résultat, celui d’être contraint de danser la danse macabre du désespoir.

C’était pendant cette lutte pour la survie qu’est survenue l’affaire de la « bride ».

Se jetant à corps perdu dans le combat qui impliquait le winch à bâbord, le Capitaine a sollicité l’aide du mousse en demandant à celui-ci de « tenir » une écoute, qui partait du winch et s’en allait vers le museau du Zeph.

L’amie caennaise a employé le même verbe pour décrire l’attitude et la mission de l’aurige grec !

« Tenir », c’est d’abord tenir fermement. C’est surtout retenir, c’est-à-dire résister à une force de traction qui s’exerce dans le sens opposé.

Voici le Capitaine qui tenait (ou retenait) un cordage à l’aide d’un seul pouce :

Mais quand la tâche de « tenir » le cordage a été confiée au mousse, celui-ci avait beau serrer entre ses deux mains le filin rugueux, la force de traction en provenance de l’avant du Zeph était si importante qu’il s’en fallait de peu que le mousse ne soit éjecté du cockpit.

L’effort physique produit par le mousse et ses conséquences sont illustrés par le thème choisi par Delacroix. Nous disons « le thème choisi par Delacroix » et non « le tableau peint par Delacroix », car l’argument pictural n’est pas prélevé directement sur la toile du Maître, mais sur une peinture réalisée par un de ses admirateurs, qui est Van Gogh.

Voici comment Van Gogh s’inspire de Delacroix pour peindre la bonté d’âme qui passe à l’action et s’engage à fond :

Van Gogh peint au niveau des mains le traumatisme corporel subi par l’infortuné.

Les mains peintes par Van Gogh pour l’infortuné étaient les mains du mousse pendant que celui-ci avait la charge de « tenir » le cordage qui le reliait à l’avant du Zeph.

L’image des doigts recroquevillés était celle de la tétanisation.

C’était aussi l’image du délabrement mental, qui sanctionnait l’impuissance, l’échec, l’inadéquation.

Dès cet instant, l’équipage du Zeph prenait conscience que ses ressources physiques n’étaient plus du tout en adéquation avec l’épreuve de la mer dans le bassin égéen.

De ce constat, il en est résulté une désagrégation de l’identité du Zeph :

Et le linceul de la mélancolie a commencé à envelopper son avenir.

Voici une photo du Zeph au moment où a été prise la décision qu’il ferait ses adieux aux flots égéens à la prochaine saison :

Déchiqueté, le pavillon tricolore n’exprimait pas la joie triomphante de l’héroïsme, mais la tristesse inconsolable d’une abdication. Et à l’arrière-plan, gisait une épave :

Encore un naufrage ! Encore un échec !

Cette juxtaposition des malheurs n’était pas une ironie du sort, mais une concordance des circonstances.

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Ainsi, le Zeph, dépouillé de sa raison d’être, meurtri dans son corps et dans son âme, gisait à moitié mort quand est parvenu au mousse le courrier au sujet de l’aurige « détaché, délicat et ferme ».

Le voici, cet aurige, que l’amie caennaise a eu la bonté de nous faire connaître :

Le premier qualificatif reconnaît à la silhouette grecque son détachement, c’est-à-dire sa maîtrise de la situation, son aptitude à préserver la sérénité, sa propension à prendre du recul.

Voilà avec quelle philosophie l’équipage du Zeph est exhorté à considérer en définitive l’épreuve de la boue à Γέρακας (transcription : Gérakas).

Le deuxième qualificatif évoque la douceur du Grec « dans son lien au cheval ». Voilà qui sous-entend que le Capitaine et le mousse ne devraient pas affliger davantage le Zeph en le privant d’une re-naissance au milieu des mêmes flots égéens.

Le troisième qualificatif exprime la détermination qui produit l’efficacité. Il existe un domaine où la fermeté est de mise : c’est celui de la sécurité. À ce sujet, le Zeph est désormais équipé d’un dispositif de dérivation qui se substitue immédiatement au circuit habituel dès que la boue se remet à faire des siennes.

Voici ce dispositif de dérivation :

La fermeté est dans la réparation de l’ignorance ainsi que dans une vigilance accrue.

Ce courrier adressé par l’amie caennaise faisait écho aux premiers soins prodigués par l’homme bienveillant à l’infortuné dépouillé et battu par des brigands.

En effet, au verset 34 du même chapitre 10, on peut lire :

κατέδησεν τὰ τραύματα αὐτοῦ ἐπιχέων ἔλαιον καὶ οἶνον

 

En français

il panse ses blessures en lui versant de l’huile et du vin

 

L’huile a le pouvoir d’apaiser la douleur tandis que le vin est connu pour ses propriétés antiseptiques.

L’intervention de l’homme bienveillant dans les Écritures grecques chrétiennes commence par le réconfort. Le texte de l’amie caennaise commence aussi par le réconfort, en suggérant de relativiser l’échec causé par la boue et en conseillant d’avoir de la tendresse pour le vaillant et fidèle coursier qu’est le Zeph.

La seconde phase de l’intervention de l’homme bienveillant consiste à guérir les plaies avec le vin. L’amie caennaise procède de la même façon en encourageant une attitude ferme qui permet de se relever des défaillances techniques.

C’est merveilleux que les deux textes, celui des Écritures grecques chrétiennes et celui de l’amie caennaise, présentent la même progression thématique.

Le texte de l’amie caennaise, qui est spécialement adressé au mousse, contient tout naturellement une mention qui concerne le Zeph. En effet, le « lien au cheval », qui est doté de trois qualificatifs (« détaché », « délicat » et « ferme »), est mis en parallèle avec « la bride de la vie ». L’articulation est assurée par l’adverbe « aussi », qui signifie la similitude, voire l’équivalence. Autrement dit, en prenant soin du Zeph, le Capitaine et le mousse prennent soin de leurs propres vies.

Par cette magnifique déduction, l’amie caennaise nous hissait sur sa monture, en vue de la guérison.

Dans le récit de la Bonne Nouvelle selon Luc, la bonté de l’homme bienveillant s’exprime en trois phases. D’abord, il y a des soins d’urgence, avec l’huile et le vin. Puis il y a le transfert dans un lieu de repos, pour la convalescence. Voici ce que dit le texte grec au sujet de la deuxième phase :

ἐπιβιβάσας δὲ αὐτὸν ἐπὶ τὸ ἴδιον κτῆνος ἤγαγεν αὐτὸν εἰς πανδοχεῖον καὶ ἐπεμελήθη αὐτοῦ

Ευαγγέλιο kατά Λουκάν. Κεφάλαιο ι’. Στίχος λδ’

 

En français

Puis il le place sur sa propre bête et le mène dans une auberge, où il prend soin de lui

Bonne Nouvelle selon Luc. Chapitre 10. Verset 34

 

La correspondance avec l’auberge du récit de la Bonne Nouvelle selon Luc était assurée par la demeure de l’amie caennaise, où le Capitaine et le mousse étaient choyés à chaque instant.

Voici l’apéro de bienvenue :

Dans la présentation, le regard était tout de suite attiré par le bichromatisme des bâtonnets du légume cru qui devait apporter les joyeuses sonorités du croquant.

Mais avant le délice gustatif, il y a eu la « fête de l’œil », pour reprendre une expression chère à Delacroix.

Nous voilà introduits dans le champ pictural. Et nos chers lecteurs, qui ont la mémoire féconde, ne manqueront pas de remarquer que la dualité des couleurs rendait hommage, en même temps, à l’ocre roux qui dominait dans la toile de Delacroix et à l’ocre jaune qui se répandait partout dans le tableau de Van Gogh.

Bien sûr, il y a eu le vin, celui qui favorisait la guérison 

C’était un rosé bien frais, dont la couleur de la robe faisait la médiation entre l’ocre roux et l’ocre jaune.

Après la délicieuse mise en appétit, est venu le premier repas des retrouvailles.

L’entrée se présentait sous la forme d’un potage fait de butternut, de poireau et de lait de coco. En définitive, les deux derniers ingrédients ont éclairci la teinte orange vif du premier pour placer le résultat final dans l’univers des teintes jaunes à l’honneur chez Van Gogh.

Le potage avait une douceur exquise.

Le plat principal, quant à lui, rendait hommage aux saveurs de la mer, par l’intermédiaire des joues de raie. Le curry, utilisé dans l’assaisonnement, enveloppait la chair du poisson d’un beau jaune soyeux :

Le légume d’accompagnement était un tubercule dont le bleu-violet se mariait à merveille avec la couleur jaune du poisson.

Ce mariage heureux des couleurs stimulait la dégustation du caractère fondant de la préparation culinaire.

Le bleu violacé apparaissait dans le tableau de Delacroix ainsi que dans celui de Van Gogh.

En guise de dessert, était servi un biscuit à base de spéculos, nappé d’un caramel au beurre salé :

Ainsi, l’ocre brun de Delacroix reprenait le privilège de tenir compagnie au Capitaine et au mousse pendant leur enchantement à table.

La fin de l’après-midi a donné lieu à une promenade très agréable au bord de la mer.

L’hymne à l’immensité, qui emplissait le site, nous donnait des ailes.

Participaient à cet hymne des myriades de grains de quartz :

Le végétal ne voulait pas être en reste avec le minéral dans ce chant pour l’infini, qui était aussi un chant sur le plaisir d’exister :

L’élément marin cessait d’être une cause d’épouvante et redevenait un objet de désir.

La thérapie mise en œuvre par l’amie produisait des résultats très encourageants.

Les agapes du soir ajoutaient leurs bienfaits à ceux qui étaient emmagasinés à la pause méridienne.

Les papilles du Capitaine et celles du mousse se sont chargées d’enregistrer l’effet tonifiant d’un délicieux gratin de canard confit :

Le voyage onirique au pays de la douceur salvatrice était introduit par une poire au vin blanc :

Le déroulement de la première journée montrait que dans la demeure de l’amitié, il y avait du raffinement, de la générosité et du dévouement.

En prenant soin du Capitaine et du mousse de cette façon, l’amie leur redonnait du courage et des perspectives plus optimistes.

Pour pouvoir mettre sur la table les bons plats servis le premier jour, l’amie a consacré toute la journée de la veille à leur préparation ! Un tel dévouement témoignait de la très grande valeur accordée à l’amitié.

S’il existe un domaine où le fait que le geste dépasse la parole n’est pas à déplorer, c’est bien celui du dévouement.

La chaleur de l’amitié ne négligeait certainement pas la chaleur de l’âtre :

Et la clairvoyance de l’amie, dont le mousse a décrit, ci-dessus, la sublime manifestation à travers le sens visionnaire, prenait grand soin de la lumière, au sens figuré comme au sens propre.

La demeure de l’amie chérissait les vertus de la lumière. Celle-ci faisait éclore la vigueur et fleurir la sérénité.

Pour leur guérison, le Capitaine et le mousse bénéficiaient, chez l’amie, de la thérapeutique qui avaient contribué à la notoriété des grands sanctuaires consacrés à Ἀσκληπιός (transcription : Asklépios). Cette thérapeutique prévoyait le retour à un équilibre sain grâce à la jouissance du beau. D’où l’importance de l’esthétique du cadre naturel.

Dans ce cas, quel spectacle de la nature offrait la demeure de l’amitié ?

La chlorophylle, qui était magnifiquement à l’honneur, se répandait lascivement en arabesques :

Mais elle pouvait aussi charmer en utilisant la symétrie radiale de la sphère :

Quant à l’ornement floral, il choisissait de capter le regard grâce au principe de la dualité.

Voici le mauve et le blanc qui se faisaient des câlins :

Le blanc aimait aussi exécuter des pas de deux avec l’indigo :

Bien sûr, les tons favoris de Delacroix avaient leurs places. Voici le splendide crescendo depuis l’ocre brun jusqu’à l’ocre jaune :

La magie opérait grâce à la progressivité de la similitude, mais encore grâce à un contraste éblouissant. Voici l’éblouissement chromatique souvent utilisé par Delacroix :

L’ocre et le vert se mettaient mutuellement en valeur, avec intelligence et bonheur.

Le paradis qu’était, au sens propre comme au sens figuré, la demeure de l’amitié, agissait sur le Capitaine et le mousse à la manière d’un baume et d’un fortifiant.

Le Capitaine et le mousse étaient heureux de recevoir de l’affection. Ils étaient aussi heureux d’en donner, en guise de gratitude. Comprenant la nécessité de la réciprocité, l’amie leur a laissé une entière liberté pour vivre à leur manière l’échange.

Ainsi, le mousse a proposé sa contribution pour le deuxième jour. À la pause méridienne, il y avait un clin d’œil à l’Asie du Sud-Est, par l’intermédiaire des rouleaux de printemps.

Voici la farce, confectionnée dans le respect de la diététique :

Avec joie et empressement, l’amie mettait à la disposition du mousse tout le matériel dont celui-ci avait besoin, comme cette jolie planche à découper, qui a servi à préparer l’ail destiné à la saumure :

Le dévouement faisait que l’amie ne restait jamais longtemps spectatrice. Elle a donc décidé de s’occuper du dessert. Ses financiers aux amandes ont séduit tout le monde par leur moelleux :

Quant à la mousse au chocolat qui était servie en même temps, elle charmait magistralement toutes les papilles grâce à son onctuosité et son parfum de fève tonka :

Comme la conjugaison des talents était une très belle réussite, elle était de nouveau mise en œuvre dans la soirée.

Le mousse a préparé l’entrée en faisant un clin d’œil à l’Hellade, friande de chou. En la circonstance, il a utilisé le chou-fleur, qu’il a fait rissoler avec de petits poivrons, laissés entiers :

Le plat final comportait aussi des feuilles de vigne, farcies au riz :

L’amie s’est chargée du plat principal en mijotant de savoureux calamars :

La demeure de l’amitié était un havre de paix, une terrasse pour gourmets, un café-philo.

Chacun s’épanchait librement sur la jouissance du καιρός.

La guérison du Capitaine et du mousse se confirmait par l’entrain et l’émulation en matière de créativité. L’amie s’en réjouissait grandement.

La vie agréable rendait le temps fécond. La sollicitude de l’amie faisait de l’abondance une certitude.

Dopées par le succès des jours précédents, les festivités de la troisième journée gagnaient en ampleur. Comme toujours, la table couronnait chaque programme festif.

Après avoir goûté la poésie du chant de Léo Ferré et la transcendance de la voix de contre-ténor de Philippe Jaroussky, le Capitaine et le mousse ont été conviés à déguster des noix de Saint-Jacques bien onctueuses :

Le bichromatisme formé par le corail et la chlorophylle était un clin d’œil succulent à la palette de Delacroix.

La tarte, dont l’amie a soigné le croustillant, nous ramenait inévitablement vers les ocres de Delacroix :

Les agapes du soir étaient introduites par le halo de pourpre qui mettait en valeur la cité de Guillaume le Conquérant.

Chez l’amie, la soirée avait des airs de réveillon. Le Capitaine et le mousse ont considéré l’événement comme un augure extrêmement favorable. En effet, grâce à l’amie, une nouvelle ère égéenne s’ouvrait pour le Zeph.

Comme dans un réveillon, il y a eu des huîtres, fournies par l’amie.

Comme dans un réveillon, il y a eu du foie gras, fourni par le mousse, avec l’accompagnement du raisin et des myrtilles.

Le beau séjour du Capitaine et du mousse touchait à sa fin.

L’amie a proposé un au revoir très gourmand et euphorisant. En effet, la dernière matinée a donné au Capitaine et au mousse le grand privilège de savourer des crêpes confectionnées avec le grand art que procurait l’affection.

D’abord, il y a eu la galette, déjà si désirable avec seulement son froment et son beurre :

L’ocre brun qui ornait la galette rappelait la palette de Delacroix.

Puis il y a eu la version de l’opulence avec le jambon et l’œuf.

L’ocre jaune de l’œuf se référait à la palette de Van Gogh.

Avec le goût salé, l’amie a fait chavirer le Capitaine et le mousse dans son giron délicieusement affectueux.

Heureuse du succès, elle a mis en route un dessert irrésistible en faisant caraméliser de la mangue :

L’ocre du caramel faisait penser à Delacroix.

La mangue caramélisée était servie avec de la glace et des lamelles d’amande

Le contraste des températures rappelait le contraste chromatique souvent en usage chez Delacroix.

Quel au revoir mémorable !

Très chère amie, merci beaucoup pour le précieux réconfort que tu as si généreusement prodigué au Capitaine et au mousse.

Le Zeph t’est infiniment reconnaissant pour la vigueur et l’optimisme que tu lui as redonnés, grâce à ton sens visionnaire.

La palette de Caen était celle de la bonté agissante, magistralement illustrée par l’art de Delacroix, que Van Gogh a revisité de manière extrêmement émouvante.

La couleur de la veste que portait l’amie caennaise dans la photo ci-dessus témoignait que c’était la sensibilité de Van Gogh qui l’emportait.

 

Tags : Delacroix, Van Gogh, ocre, Caen, Γέρακας, amitié, générosité, dévouement, le Bon Samaritain, Luc 10 : 25-35.

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Tag(s) : #2026 MAROC
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