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À Chambord, le spectacle était tellement enchanteur que le mousse s’est offert le privilège de jouer les prolongations.

D’abord en étant parmi les tout derniers – sinon le tout dernier – à quitter les salles officielles, encore irrésistibles par leurs illuminations.

Parmi celles-ci, il y avait la salle pourpre, qui faisait écho la salle bleue de « La Belle et la Bête », déjà décrite dans l’article précédent.

Voici la salle pourpre :

Nos chers lecteurs reconnaissent immédiatement les chandelles qui caractérisent l’univers onirique de « La Belle et la Bête ». En conséquence, la table du festin offert par la Bête n’était pas loin. En effet, la voici, cette table de la séduction :

Au centre de la photo, apparaissait une composition florale de forme hémisphérique, qui rassemblait une multitude de roses.

À gauche, un vase immense, qui se parait des collines et des vallons du potiron, contenait un bouquet champêtre, immense aussi. Devant lui, des fruits rouges s’échappaient d’une soupière.

De l’autre côté, un calice, qui privilégiait la forme cylindrique, portait à son sommet un empilement de plusieurs bulbes, taillés sur le côté en lamelles qui rappelaient la structure de l’accordéon. Au pied du calice, étaient disposés des gâteaux nappés de crème et couronnés de fraises. La vaisselle destinée à charmer le regard n’était pas sous le gâteau, mais à côté, regroupée de manière à former une forme de sapin de Noël !

Cette exhibition de la porcelaine était destinée à montrer que celle-ci devait avoir son attrait propre, indépendamment du mets servi. C’est François 1er qui a lancé la mode de l’assiette.

À présent, revenons en arrière pour examiner plus en détail les éléments décoratifs mentionnés précédemment.

La pâtisserie mobilisait sans modération fraises et cerises :

Les fruits rouges pouvaient encore s’associer à des myrtilles ou du chocolat pour ravir le palais :

Le plaisir des saveurs s’obtenait en faisant côtoyer ce qui se mangeait cru et ce qui se mangeait cuit. Voici des cerises qui tenaient compagnie à une tarte aux amandes :

Ces gourmandises étaient placées au pied d’ornements qui s’élevaient en hauteur et qui se terminaient par trois bulbes empilés :

Chaque bulbe évoquait la flamme d’une bougie.

C’est la flamme de l’espoir que nourrissait la Bête depuis que son palais a accueilli la Belle. Il s’agissait de l’espoir d’être aimé.

Les interstices qui se multipliaient grâce à la structure lamellaire étaient autant d’invitations à passer de l’extérieur vers l’intérieur, c’est-à-dire de l’apparence hideuse vers le cœur aimant.

Nous arrivons maintenant à l’hémisphère qui était construit principalement avec des roses et qui se trouvait vers le centre de la table du festin :

L’histoire de « La Belle et la Bête » est née d’une rose, que le père de la Belle a cueillie dans le jardin de la Bête. À cause de ce geste malencontreux, l’homme était condamné à mort par la Bête. Pour sauver son père, la Belle s’est constituée prisonnière de la Bête.

Puis, la Belle a découvert que la Bête était un prince accablé par un sortilège. Avec le temps, la Belle a pris conscience de la beauté intérieure de la Bête. Et l’amour véritable a fini par naître, pour unir la Belle et « la Bête », qui de ce fait, s’est libérée de la malédiction pour retrouver la forme humaine.

La multitude de roses, qui composait l’hémisphère, évoquait cette naissance de l’amour véritable, qui embellissait et embaumait la vie.

Nous avons dit que près de l’hémisphère construit principalement avec des roses, un calice qui affectionnait le relief des collines et des vallons du potiron contenait un magnifique bouquet de fleurs. Voici ce bouquet de fleurs, magnifique par la taille mais aussi par la palette déployée :

L’éclosion d’une telle magnificence faisait penser au bouquet final d’un feu d’artifice.

Le dénouement de l’histoire de « La Belle et la Bête » était semblable à celui d’un feu d’artifice.

Nous avons aussi dit que sous ce bouquet de la magnificence, il y avait une soupière avec des fruits rouges qui débordaient :

La présentation illustrait une générosité débordante, qui se traduisait par le dévouement, la compassion, l’amour.

La couleur pourpre de la salle était la couleur de la royauté de la générosité.

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En complémentarité avec le pourpre, Chambord a, bien sûr, exhibé l’or, dans la salle consacrée au surnaturel :

Le surnaturel, c’est-à-dire ce qui dépassait le pouvoir des humains, était illustré par les ailes des anges.

Le sortilège qui s’était abattu sur le prince pour le transformer en bête hideuse relevait du surnaturel. Mais pourquoi le prince a-t-il eu à subir ce mauvais sort ? Celui-ci était une punition de l’égoïsme du jeune homme.

Ainsi le surnaturel, d’abord sous la forme défavorable, prenait racine dans ce qui était terrestre et humain. C’est ce qu’illustrait le fait que le profil des anges s’ancrait sur un sol où poussaient des champignons.

Mais le même procédé restait valable pour une manifestation bienfaisante du surnaturel. En effet, la disparition de l’apparence hideuse de la Bête n’a été possible que grâce à l’amour offert par la Belle. Autrement dit, la magie de la rédemption et de la libération était produite par une condition terrestre, qui était la condition aimante.

Ainsi l’humain dispose du précieux privilège d’initier le fonctionnement du surnaturel. Cela est-il toujours vrai ? À cette question, la salle dorée, qui faisait croître toutes les silhouettes des anges à partir d’un sol déjà porteur de champignons, répondait par l’affirmative :

L’exemple de « La Belle et la Bête » montrait que l’impulsion déterminante était connectée à une prérogative de l’être humain, qui était la capacité d’aimer.

Quel merveilleux message, dont la découverte rendait le temps si exquis !

La fécondité appelait la fécondité, en suscitant l’envie de revoir et de contempler de nouveau.

Parce qu’il est gourmand, le mousse s’offrait un renouvellement de la dégustation et savourait in situ l’arrière-goût si délicieux produit par l’imprégnation du message.

L’or qui soutenait la colonne vertébrale des anges accompagnait le mousse dans son premier au revoir, en le suivant jusqu’à la salle bleue, consacrée à « La Belle et la Bête ».

C’était par cette salle bleue, décrite en détail dans l’article précédent, qu’avait débuté la découverte des illuminations de Chambord.

Avant que le seuil ne soit franchi, de façon définitive, en direction de la sortie, le regard du mousse s’est plu à contempler, non pas le déhanchement des chandeliers, mais l’or suspendu qui contribuait à la féerie de la nature duale des nuages.

La dualité, qui régissait les choses, les êtres et les événements, constituait le suspense du conte de « La Belle et la Bête ».

Le deuxième au revoir à Chambord a eu lieu au niveau de la boutique des souvenirs du château :

La décoration encourageait le regard en contre-plongée.

Tout ce qui flottait avait le vent en poupe : feuilles polylobées de fougère, clochettes ourlées savamment,...

La luxuriance était synonyme de magnificence :

L’espace commercial, qui assurait une transition en douceur entre l’univers onirique du conte et la réalité à l’extérieur de l’enceinte du château, était le lieu du deuxième au revoir à la féerie de Chambord.

Quant au troisième et dernier au revoir, il a eu lieu devant le carrousel qui a pris place à côté de la Tour Sud-Ouest :

La rotation du manège procurait l’ivresse de l’apesanteur.

La joliesse de la monture prolongeait le sillage laissé par l’univers du conte :

Cet épilogue captivant, qui était un pur délice, a fait que, mathématiquement, il restait très peu de temps pour la route jusqu’à la halte nocturne. Le problème n’était pas dans le temps court, mais dans la gestion de celui-ci. En la circonstance, l’intelligence avec laquelle cette gestion s’est opérée n’était pas « l’intelligence artificielle », tant galvaudée par les médias en mal de modernité, mais l’intelligence providentielle, qui a toujours guidé le Zeph, et maintenant la roulotte, par l’intermédiaire du Capitaine.

Ainsi, la Providence a murmuré au Capitaine qu’il fallait s’arrêter à Saint-Dyé-sur-Loire.

Le Capitaine et le mousse n’ont compris le bien-fondé de cette décision que le lendemain.

Voici le panneau qui témoignait de l’hospitalité exercée par l’administration locale :

Et voici la roulotte, à son réveil sur la rive gauche de la Loire :

À l’arrière-plan, le fleuve coulait avec nonchalance.

Une promenade en amont dévoilait la présence d’embarcations qui stationnaient paisiblement le long de la berge :

La brume, qui se répandait sur l’autre rive, apportait beaucoup de charme au paysage.

Le spectacle de l’oisiveté s’harmonisait avec le climat de douceur.

La palette des couleurs évitait les tons criards :

Dans l’invitation à la rêverie, s’est glissée une pensée nostalgique. Celle-ci se souvenait du temps où le port fluvial avait accueilli les matériaux nécessaires à la construction de château de Chambord.

Voici le pavillon de la nostalgie :

Il exhibait l’emblème principal de François 1er, qui était la salamandre.

Ainsi s’est révélée à notre entendement, non sans hourra, la continuité, territoriale et thématique, entre les deux dernières haltes de la roulotte. Cette cohérence était un merveilleux cadeau de la Providence.

La Providence a mené la roulotte vers un lieu où régnait le calme.

Delacroix a réalisé une œuvre qui était en lien avec le calme au-dessus de l’eau. Voici cette peinture de la sérénité :

Il s’agissait de la sérénité du sommeil chez le Nazaréen. Celui-ci s’est endormi à l’arrière d’une barque qui traversait la Mer de Galilée.

Un violent tourbillon s’est levé et a rempli la barque d’eau.

Paniqués, les disciples ont réveillé le Nazaréen en lui disant : « Maître, nous allons mourir : cela ne te fait donc rien ? ».

Cet épisode est relaté par Marc, au chapitre 4 de son Évangile.

Delacroix a peint l’instant qui précédait le réveil du Nazaréen.

La barque était soulevée à bâbord.

Un homme retenait son vêtement, que le vent voulait emporter :

Pendant ce temps, son voisin levait les deux bras au ciel, en signe de désespoir.

À l’avant de la barque, un homme apeuré se cramponnait à la coque :

En vérité, Delacroix n’a pas peint que le calme. Il a peint le calme en dépit de l’agitation. Il a peint la confiance malgré la panique. Il a peint un contraste, une opposition, une complexité. Car la réalité est toujours complexe.

Le calme à Saint-Dyé-sur-Loire, ce matin-là, serait-il alors un faux calme ?

Regardons les choses d’un peu plus près.

Parmi les embarcations amarrées dans le port fluvial, l’une d’elle s’écartait un peu plus de la terre :

Cette embarcation était amarrée du côté de la proue, à une bouée verte :

Et regardons plus attentivement l’écoulement de l’eau au niveau de la bouée verte :

Un tourbillon se formait autour de la bouée.

Ainsi le calme apparent dissimulait des tourbillons qui pouvaient à tout moment grossir, sans prévenir.

Voici comment Delacroix utilise les teintes sombres pour évoquer le tourbillon à bâbord :

Le maniement des rames devient compliqué à bâbord :

Il est ardu aussi à tribord :

En peignant la tempête sur la Mer de Galilée, Delacroix explicite la tension entre le calme et l’agitation :

À Saint-Dyé-sur-Loire, cette tension existait mais restait sous-jacente.

Le tableau de Delacroix a été peint vers 1853. Il est conservé à New York, au Metropolitan Museum of Art.

« Le vrai peintre est celui qui connaît toute la nature », écrit Delacroix dans son Journal le 10 mars 1850.

La nature est tissée de tensions, ostentatoires ou affleurantes.

Tags : Chambord, Saint-Dyé-sur-Loire, La Belle et la Bête, François 1er, salamandre, Delacroix, Mer de Galilée, calme, tension, Marc 4 : 35-41

Tag(s) : #2026 MAROC
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