Après la Bourgogne, la roulotte est passée dans le Val de Loire.
Pour le Capitaine qui était fan de châteaux, Chambord était la halte incontournable.
Voici le château tel qu’il est apparu devant les yeux émerveillés de la roulotte, quand celle-ci est arrivée sur les lieux :
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La féerie se trouvait parmi les reflets dans l’eau ainsi qu’au milieu des sapins illuminés. Il s’agissait de la face Nord du château de Chambord.
La roulotte est arrivée au bon moment, pour que le Capitaine montre au mousse la complémentarité entre l’éclairage bleuté et la lumière orangée des salles, juste avant que celles-ci ne s’éteignent.
Dès les premiers instants, le caractère providentiel de la découverte, donc du plaisir visuel, était une donnée irréfutable.
Dans son élan d’éclaireur, le Capitaine a entraîné le mousse dans l’exploration du flanc occidental du château, lequel flanc occidental se terminait ici :
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La photo montre l’angle Sud-Ouest du château, qui bénéficiait encore de l’éclairage du jardin aménagé pour le carrousel.
Malgré la fatigue en fin de journée et le froid qui commençait à devenir mordant, nous avons tenu à marquer de notre empreinte le début de ce voyage onirique :
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Au niveau du carrousel, il suffisait de tourner à gauche pour trouver l’entrée réservée aux visiteurs. Voici cette entrée, vue depuis le carrousel :
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Sur la droite de la photo, apparaissait un fronton triangulaire. Ce fronton coiffait le portail qui s’ouvrirait pour nous le lendemain. Pour l’heure, une brume s’apprêtait à amollir tous les contours et à rendre les choses de plus en plus vaporeuses.
En toute logique, la photo suivante devrait concerner la journée du lendemain, journée de la découverte intégrale et de la jouissance, pleine et entière, de toutes les festivités. C’est effectivement le cas.
Voici donc le portail qui donnait accès aux merveilles déployées de l’autre côté :
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Le visiteur était accueilli par une immersion dans l’univers du conte. Le hall d’entrée était superbement consacré à « La Belle et la Bête » :
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Les protagonistes de la scène représentée étaient les chandeliers.
Les voici selon Cocteau, dans le film réalisé en 1946 :
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En 1991, ils ont participé au triomphe du dessin animé produit par les studios Disney :
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Pour l’année finissante 2025, ils ont débarqué à Chambord, sur invitation de l’École nationale des Fleuristes de Paris :
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Le déhanchement des chandeliers n’était pas causé par un ramollissement de la cire, mais par le caractère irrésistible de la vie sous-jacente qui les animait.
Vers le milieu de la fabuleuse table aux chandelles, un regard en direction de l’Ouest pouvait déceler une invitation lancée par un arbre magique :
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Répondons favorablement à cette invitation et rejoignons l’arbre magique :
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Au-dessus de l’arbre dont la chevelure faisait penser à celle d’un palmier, apparaissait une tête de cerf. Ce trophée, accroché au mur, signifiait que la salle était consacrée à la chasse.
Des tableaux, suspendus en hauteur, confirmaient la destination du lieu :
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Entre le Capitaine et le mousse, se profilait la ramure d’un cerf aux abois. Il s’agissait de l’illustration de l’hallali :
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Quant au tableau voisin, il illustrait le relancé avec un sanglier dont les canines étaient bien visibles.
Les peintures suspendues au mur mettaient en évidence le travail de la meute. Pour trouver l’implication de la silhouette humaine, il fallait se tourner vers les sculptures qui étaient exposées dans la même salle.
Voici, dans le cas du sanglier, l’affrontement entre la bête sauvage et l’homme :
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Munie de crochets latéraux, l’arme qui tente de transpercer la gueule du sanglier est tenue par un homme qui possède les avantages physiques de la fleur de l’âge :
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L’affrontement est violent.
La bête résiste. L’homme persiste.
La silhouette humaine qui se courbe en prenant appui sur le sol et la gueule grand’ouverte de l’animal sauvage apparaissent aussi sous le pinceau de Delacroix dans la scène suivante :
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Le fauve est cerné par quatre armes acérées. À la détermination meurtrière de celles-ci, le lion répond par la férocité de ses quatre crocs.
Qui triomphera de l’autre ? D’autant plus qu’à côté, le déséquilibre ne favorisait pas l’assaillant :
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La créature qui détient la position de force n’est pas toujours celle que l’on croit.
L’inspiration de Delacroix lance une lionne à l’assaut de la croupe de la seconde monture, qui tombe à terre.
À Chambord, le camp de l’assaillant connaît aussi le désastre de la chute. Sous le corps fumant du sanglier, gît un chien, la tête en bas
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L’auxiliaire de chasse a succombé devant l’ardeur vengeresse de la bête sauvage.
La chute de la seconde monture, peinte par Delacroix, révèle la présence d’un second gibier, qui est sans doute la femelle du lion encerclé par les quatre armes acérées.
À Chambord, le groupe de sculptures consacrées à la chasse met aussi en scène un second gibier. Voici ce second gibier sculpté :
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Il s’agit d’un cerf. L’œil effrayé, l’animal sauvage se retourne à cause des griffes qui viennent de se planter dans son arrière-train.
À Chambord, la chasse au cerf est conduite par Diane de Poitiers :
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L’aura de la cavalière, réputée pour son intelligence et sa beauté, a incité le ciseau du sculpteur à féminiser toute la scène :
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La coiffe soulevée par le vent, la robe modelée par la torsion du cheval, l’ondulation de la queue de celui-ci et le déhanchement du serviteur qui canalise l’énergie de la meute décrivent des lignes courbes, amples et généreuses.
De la même façon, la peinture du mouvement chez Delacroix met à l’honneur le dynamisme des arabesques :
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L’envol des capes, l’enroulement de la queue, les inflexions des corps exhibent l’élégance de la sinuosité.
Dans le tourbillon des attaques et des ripostes, des objets sont perdus.
Derrière le serviteur de Diane de Poitiers, une ceinture est égarée :
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Dans le corps-à-corps avec le lion, l’homme qui s’est retrouvé sous les pattes du fauve a perdu la chaussure du pied droit :
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Le titre du tableau peint par Delacroix s’intitule : « La chasse aux lions au Maroc ».
Delacroix a peint cette toile en 1861, c’est-à-dire vingt-neuf ans après le voyage initiatique au Maroc. Delacroix l’a peinte grâce à des souvenirs engrangés avec minutie et conservés avec soin.
Le tableau de Delacroix est exposé à l’Art Institute de Chicago.
Le thème de la chasse établit un lien entre Chambord et Delacroix.
En plus de cette similitude thématique, le maniement de la couleurs a-t-il favorisé le rapprochement des deux univers ?
Le cerf, considéré comme gibier royal, apparaissait encore sur une table très colorée, dressée au premier étage du château de Chambord. Il s’agissait d’une table de festin, où la viande de gibier tenait une grande part.
Mais pour l’esthétique, l’École nationale des Fleuristes de Paris a choisi le procédé stylistique de l’antiphrase, qui consiste à parler d’une chose en évoquant le contraire de celle-ci. Ainsi, l’abondance de la viande de gibier présente à table était représentée par un cerf en miniature, au pelage doré :
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Sur la photo, le cerf se tenait derrière la pomme de pin la plus haute de l’assiette. La figuration montrait l’intégralité du corps, pour sous-entendre que toutes les parties de l’animal, sans exception, pouvaient être savourées, grâce aux magiciens qui œuvraient en cuisine.
Voici une vue d’ensemble de la table où la miniature du cerf était présente dans chaque assiette :
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Indubitablement, c’était une table de fête. Et la chasse royale contribuait grandement à cette ambiance festive.
En regardant la baie vitrée, l’on avait à sa droite des portraits de hauts personnages de l’époque contemporaine.
Sur le mur opposé, c’était l’Antiquité qui était à l’honneur, par l’intermédiaire d’une tapisserie qui racontait le retour triomphal de Scipion l’Africain :
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Au premier plan, sur l’assiette centrale, se reconnaissaient facilement les bois du cerf de la gourmandise. À l’arrière-plan, apparaissait l’attelage qui tirait le char du général romain. Le voici, le général romain :
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Scipion était surnommé l’Africain parce qu’il avait triomphé de l’ennemi qui occupait l’Afrique septentrionale.
Des anges volants offraient au triomphateur la couronne de gloire. Ou plutôt les couronnes de gloire, car celles-ci étaient au nombre de trois. Les trois couronnes, qui étaient des couronnes de laurier, se répartissaient en deux groupes. Chaque groupe était confié à un ange. Les deux couronnes qui précédaient la tête du général vainqueur concernaient les deux premières guerres puniques, qui se terminaient en accordant l’avantage à la puissance romaine. La troisième couronne, qui se trouvait juste au-dessus de Scipion, récompensait celui qui a complètement anéanti l’ennemi et mis fin définitivement aux guerres puniques.
Ainsi, par l’intermédiaire de Scipion, Rome est partie chasser en Afrique. Et le gibier recherché, traqué et capturé était Carthage.
Dans cette chasse rude et impitoyable, Rome disposait d’une meute, que l’iconographie n’a pas omis de représenter. La représentation allégorique du flair des limiers et de leurs forces d’attaque se trouvait sous le char d’apparat de Scipion l’Africain :
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La tapisserie montre la Louve en train de nourrir les deux jumeaux Romulus et Rémus. La patte posée affectueusement sur le dos du jumeau de gauche, ainsi que la mine épanouie de celui-ci laissent à penser que c’est lui, Romulus, le fondateur de Rome.
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Ainsi, la meute qui accompagnait Rome dans la chasse en Afrique était le destin, qui, depuis l’origine, s’est plu à apparaître sous des traits canins.
Y a-t-il eu, dans cette chasse de grande envergure sur le territoire africain, un trophée de chasse ? Le voici, le trophée de chasse :
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L’éléphant, qui impressionnait par la saillie de ses défenses, faisait partie du trophée de la chasse au gibier carthaginois.
Dans la mémoire des Romains, l’éléphant était initialement associé au terrifiant danger que représentait Hannibal pour la République. À présent, l’art militaire de Scipion l’Africain transformait ce spectre en un précieux souvenir de l’heureuse fortune.
L’ivoire de l’éléphant nous ramène à l’ivoire du sanglier, qui nous a permis d’entrer dans le vif du sujet.
C’est François 1er qui a commandé la tapisserie de Scipion l’Africain tout comme c’est François 1er qui a mené la chasse au sanglier dans le groupe de sculptures en bronze :
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Ainsi la boucle est bouclée.
La palette de Chambord était la palette du faste. C’était aussi le cas pour le tableau « La chasse aux lions au Maroc », peint par Delacroix.
Le Capitaine et le mousse sont très reconnaissants à la Providence de leur avoir permis de contempler dans d’excellentes conditions cette palette du faste.
Tags : Delacroix, La chasse aux lions au Maroc, Chambord, François 1er, Diane de Poitiers, Scipion l’Africain, sanglier, cerf, trophée de chasse, faste
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