Eklablog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Dans la remontée vers Caen pour retrouver la navigatrice amoureuse de l’archipel cycladique, la dernière halte en terre de Bourgogne était La Charité-sur-Loire.

Voici le portrait réalisé devant le museau de la roulotte quand celle-ci venait d’être garée :

Sur la photo, la Loire, qui se trouvait entre le premier plan et l’arrière-plan, coulait de droite à gauche. L’emplacement de la roulotte appartenait donc à la rive gauche.

Voilà pour l’indication spatiale. Quant au facteur temporel, il peut être deviné en consultant le spectre qui s’offrait au photographe, avec une générosité, non dissimulée, pour les teintes ocres.

En effet, la roulotte est arrivée à La Charité-sur-Loire à l’heure du coucher de soleil.

Voici l’artefact envoyé par le disque solaire sur le rétroviseur placé à tribord :

Évidemment, le soleil qui se rapprochait de l’horizon, était unitaire, mais il envoyait un clin d’œil distinct à chaque miroir de l’assemblage.

La rive Est, où était bâtie la cité de la spiritualité, bénéficiait de toute la libéralité du soleil couchant :

Le fleuve, lui, excellait dans le jeu du clair-obscur :

Et voici le pont qui scellait l’alliance des deux rives :

Le Capitaine et le mousse ont franchi ce pont d’Ouest en Est, pour partir à la recherche des joyaux de l’esprit.

La photo était un clin d’œil à la roulotte, qui attendait sagement, sous le plus long segment oblique éclairé par le soleil couchant.

Comme toujours, le Capitaine avait le dynamisme de l’éclaireur. Le voici qui précédait le mousse sur le pont :

À l’arrière-plan, se profilait le clocher septentrional du grand portail.

Des guirlandes de charme souhaitaient la bienvenue au visiteur.

À l’arrière-plan, se déployait la façade occidentale du complexe monastique, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’élément central de cette façade d’apparat était un portail gothique, orné d’une voûte ogivale :

À gauche, il y avait une belle invitation pour se délecter avec la nourriture terrestre :

À droite, il y avait les délices préparés par l’art, qui sublimait le temps de l’espérance :

La pomme de pin était l’élément fondateur des couronnes de splendeur.

Le substrat de la Nature participait merveilleusement à l’esprit de la fête.

Cette inclusion de l’élément naturel était une découverte très stimulante.

Une autre découverte nous a remplis d’émerveillement. La voici :

À l’heure où la table des gourmets était la priorité des priorités, une vitrine se permettait d’attirer l’attention sur la nourriture de l’esprit, avec une plume ornée par la queue d’un paon, et un soleil qui avait une marguerite en guise de prunelle.

La Nature, investie par la poésie, exerçait le pouvoir enchanteur de l’insolite.

Revenons à présent au portail central :

Sur le côté septentrional, apparaissaient des sculptures, qui se déployaient sur deux registres.

Le registre supérieur, inscrit dans un demi-disque, évoquait l’Assomption.

Le registre inférieur, qui prenait place dans un bandeau rectangulaire, se consacrait à la Nativité, dont la première scène était l’Annonciation.

Publicité

Delacroix, qui est le guide dans cette aventure artistique en direction de Tanger, a peint une toile qui associait la Nature, les belles lettres et la figure mariale célébrées à la Charité-sur-Loire. Voici cette toile :

Marie se trouve à droite. Elle est en compagnie de sa mère, Anne. Les deux figures féminines sont réunies par un lien scriptural, qui est le texte de l’Alliance mosaïque. La scène de lecture se déroule dans un jardin qui se trouve à Nohant, chez la romancière George Sand, dont le peintre est l’hôte.

Dans cette première description du tableau peint par Delacroix, sont citées, dans l’ordre, la figure mariale, l’écriture et la Nature, qui se sont présentées à notre regard émerveillé, au cours de la visite du prieuré classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Delacroix a réalisé cette peinture en 1842. Il lui a donné comme titre « L’éducation de la Vierge » et l’a offerte à George Sand pour la remercier de son hospitalité. Actuellement, le tableau est exposé au Musée national Eugène Delacroix, qui fait partie du complexe muséographique du Louvre.

Nous avons déjà parlé de Nohant dans l’article précédent, au sujet de la tache de lumière dorée qui ressortait de la pénombre, sur le pastel qui illustrait l’orée d’une forêt.

Revenons à la scène de l’Annonciation, sculptée sur la façade occidentale du prieuré de La Charité-sur-Loire :

L’ange Gabriel, reconnaissable à ses ailes, se tient à gauche. Marie reçoit le message céleste en esquissant un geste avec le bras droit. La main qui montre la paume dit la surprise, l’émerveillement, mais aussi la pudeur.

L’expression du visage fait écho au geste de la main droite. Le sourire qui fleurit sur les lèvres reflète la pureté de la joie. L’œil s’écarquille pour prendre la pleine mesure de l’exceptionnel qui advient.

Delacroix peint la même ingénuité en soignant la finesse des traits et en apposant délicatement le teint de la candeur. La joue qui s’empourpre légèrement témoigne de l’émotivité du personnage.

La chair peinte par Delacroix exprime un désir de paix tout en révélant sa vulnérabilité.

Ce qui est vulnérable est tout naturellement en quête de protection et de réconfort. D’où la main d’Anne, posée affectueusement sur l’épaule gauche de Marie.

Ce contact épidermique intentionnel, qui caractérise la manière dont le féminin exprime l’intérêt pour autrui, se voyait aussi dans la scène de la Visitation, qui succédait à celle de l’Annonciation, sur le mur occidental du prieuré de La Charité-sur-Loire :

Sur la sculpture, le personnage de gauche tend son bras droit en direction du ventre de sa voisine : ainsi Marie prend des nouvelles du fœtus qui est Jean-Baptiste, lequel Jean-Baptiste se met à tressaillir dans le ventre d’Élisabeth.

Le sculpteur a placé l’avant-bras droit de Marie dans la main droite de sa cousine, non pas pour dire que cette dernière main s’opposait au geste de sollicitude de Marie, mais qu’elle accompagnait celui-ci. De la même façon, dans la peinture de Delacroix, la main posée sur l’épaule gauche de Marie encourageait le doigt qui parcourait le texte des Écritures Hébraïques.

L’apport du réconfort correspond à un don de sa personne. La réception du réconfort est indissociable de la gratitude du bénéficiaire.

Il résulte de ce merveilleux échange une douce harmonie.

Delacroix, qui s’éprend de la fougue, de la tension dramatique et des situations de crise excelle ici dans la restitution d’un climat de sérénité et de paix.

Le réconfort n’a du sens que par rapport à ce qui attend le réconfort, c’est-à-dire par rapport à ce qui est vulnérable.

La troisième scène développée sur le bandeau de la Nativité dévoile un aspect inattendu de cette vulnérabilité :

La sculpture montre deux corps allongés. Au-dessus, c’est celui de l’Enfant, qui est emmailloté. Au-dessous, c’est le corps maternel.

Dans la réalité, l’Enfant ne se trouvait pas au-dessus de sa mère, mais à côté. Comme l’artiste ne maîtrisait pas encore les lois de la perspective, il s’est réfugié dans le subterfuge de la verticalité.

Mais ce qui est intéressant dans cette évocation de la période postnatale, ce n’est pas la topographie, mais la physiologie. En effet, Marie apparaît allongée sur un lit, parce qu’elle doit se reposer après l’épreuve de l’accouchement.

Très, très rares sont les représentations qui la montrent dans cette position.

La révélation de la fatigue après l’accouchement est une célébration de la part d’humanité qu’abrite le corps maternel. Sans cette part d’humanité, l’exercice de la miséricorde serait impossible.

Le réalisme médical confère une portée universelle au message véhiculé par le discours iconographique.

L’universalité ne s’accorde pas avec l’élitisme, car l’universalité profite aussi aux personnes de conditions modestes.

Dans la scène du repos postnatal, les conditions modestes sont déjà évoquées par les animaux de l’étable. En l’occurrence, par l’âne et le bœuf, qui offrent à l’Enfant emmailloté leur présence bienveillante :

Mais les personnes de conditions modestes sont encore représentées dans la scène suivante, qui est la dernière du bandeau sur la Nativité : il s’agit des bergers, à qui l’ange annonce la Bonne Nouvelle.

L’ange est identifiable par l’aile déployée tandis que les bergers sont reconnaissables grâce aux deux spécimens de leurs troupeaux.

Cette implication des personnes de conditions modestes a-t-elle son équivalent dans le tableau de Delacroix ?

Laissons le peintre répondre lui-même à cette question. Voici comment Delacroix a conté à son amie George Sand la genèse du tableau :

« Je viens de voir en rentrant dans le parc un motif de tableau superbe, une scène qui m’a beaucoup touché. C’était votre fermière, avec sa petite fille. J’ai pu les regarder tout à mon aise derrière un buisson où elles ne me voyaient pas. Toutes deux étaient assises sur un tronc d’arbre. La vieille avait une main posée sur l’épaule de l’enfant qui apprenait attentivement une leçon de lecture. »

Ainsi, le modèle qui a inspiré à Delacroix le personnage de Marie était issue d’une famille de fermiers au service de George Sand.

Les traits peints par Delacroix dans « L’éducation de la Vierge » étaient donc ceux des personnes de conditions modestes.

La sculpture à La Charité-sur-Loire et la peinture de Delacroix se rejoignent au sujet de la figure mariale et de l’Écriture. En est-il de même pour le troisième élément, qui est la Nature ?

Le cadre où Marie lisait les Écritures hébraïques sous le regard vigilant de sa mère était le parc que George Sand possédait à Nohant.

Voici comment Delacroix parlait à George Sand du parc de celle-ci : « Ce beau Nohant, si beau parce que vous y êtes ; envoyez de ma part à tous ses arbres mes tendresses d’ami. Vous savez comme j’aime les jardins, les fleurs. Je crois que c’est pour ça que je vous aime tant. »

Alors, des fleurs, il y en a eu, dans le parc où Marie lisait le texte de l’alliance mosaïque ! Les voici, ces fleurs tant aimées par le peintre :

À La Charité-sur-Loire, il y avait aussi des fleurs, au-dessus de la superposition des arcs en demi-cercles :

L’artiste a même ajouté un effet de coquetterie en combinant la symétrie radiale avec une rotation. D’où l’apparence hélicoïdale de la présence florale :

Quant aux arbres auxquels le peintre envoyait ses « tendresses d’ami », ils composaient l’arrière-plan du tableau « L’éducation de la Vierge » :

À la Charité-sur-Loire, les scènes de la Nativité se déroulaient aussi dans un environnement boisé, grâce à l’art gothique.

Voici un tronc avec des reliefs concaves :

Il y avait aussi des saillies convexes :

Les arbres se rejoignaient à leurs sommets pour former une voûte en ogive :

La correspondance entre la sculpture à La Charité-sur-Loire et la peinture de Delacroix est bouleversante !

Le ciseau du sculpteur et le pinceau du peintre faisaient retentir un hymne à la féminité en montrant comment la douceur inhérente à celle-ci nourrissait le plus grand dessein conçu en faveur des humains, qui était celui de la Rédemption.

 

Tags : Delacroix, La Charité-sur-Loire, Marie, l’éducation de la Vierge, George Sand, Nohant, Écritures hébraïques, Nativité

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :