L’amitié entre le Zeph et l’Aventy est née sur les flots de la Mer Tyrrhénienne, il y a une dizaine d’années. Cette amitié suffisait à elle seule pour justifier le fait que la route buissonnière sur les pas de Delacroix passait par le pied-à-terre de l’Aventy, qui se trouvait à Melay, en Bourgogne.
Voici la silhouette du Zeph, captée il y a une décennie, par le regard plein d’empathie de l’Aventy :
Contrairement aux visites précédentes, aucun jeu de cartes n’est venu, cette fois-ci, occuper la soirée après le dîner. À la place, il y a eu un visionnage des films qui constituaient la mémoire des navigations antérieures.
L’instinct cinématographe de l’Aventy a mis à l’honneur le souvenir de la procession qui s’était déroulée à Ayamonte, dans le Sud de l’Espagne, à l’occasion de la Semaine Sainte.
Le principal protagoniste était le Nazaréen.
Le voici qui trébuchait en portant sa croix :
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L’aide d’un Cyrénéen a été nécessaire pour soulager le condamné du fardeau de celui-ci.
Comme le substantif « Cyrénéen » contient la racine « Cyrène », qui désigne un territoire de l’Afrique du Nord, l’homme qui a porté secours au Nazaréen est traditionnellement représenté avec une peau foncée.
D’autres estrades surélevées, appelées chars, montraient d’autres étapes de la crucifixion.
Voici la descente de la croix :
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L’encens brûlé devant le char de la procession rappelait l’exigence d’embaumer le corps avec des aromates.
La musique jouée par l’orchestre qui faisait partie du cortège prenait aux tripes.
Tout naturellement et avec beaucoup de sincérité, l’Aventy partageait sa forte émotion.
Dans le même registre, la procession exhibait, avec un grand souci du détail, l’insupportable douleur qui assaillait la mère du crucifié :
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C’était à ce stade que l’initiative de l’Aventy rejoignait, à l’insu de celui-ci, le projet du Zeph, qui était de placer ce périple d’hiver sous la tutelle de Delacroix.
En effet, le peintre a illustré d’une manière extrêmement bouleversante la douleur maternelle.
Voici, avec le regard de Delacroix, Marie qui recevait le corps de son fils, au pied du poteau de supplice :
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L’affliction et le désespoir ouvraient tout grands les bras maternels, comme si Marie était elle-même crucifiée !
À son tour, la mère subissait le supplice de son fils.
À travers cet effet miroir, se produisait l’inéluctable somatisation.
Une même mort s’emparait des deux corps. La palette traduit cette unité du sort en utilisant, pour les deux silhouettes livides, le même ocre brun, aux reflets verdâtres.
Cette tonalité, lugubre et mortifère, contrastait avec l’ocre rouge qui se répandait sur les personnages entourant les deux principaux protagonistes.
Les teintes empourprées disaient que les corps qui en étaient revêtus étaient encore vivants, biologiquement.
Mais la couleur du sang était aussi celle du sacrifice, qui permettait le Rachat.
Intéressons-nous à présent au personnage qui tenait le bras gauche du crucifié : c’était l’apôtre Jean.
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Delacroix a peint des larmes de sang dans les yeux de l’apôtre.
Physiologiquement, le sang donnait l’impression de franchir les barrières de l’appareil circulatoire pour envahir l’espace rétinien.
Spirituellement, une seule chose occupait désormais le champ de vision de l’apôtre : la mort sacrificielle de son Maître bien-aimé.
La toile de Delacroix est exposée dans l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, qui se trouve dans le troisième arrondissement de Paris.
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Cette « Vierge de pitié », peinte par Delacroix, et le film de l’Aventy sur la procession à Ayamonte, avaient la même tonalité tragique.
Les images très fortes, que l’Aventy a fait défiler sans préméditation, sont entrées en résonance, le lendemain matin, avec le décor végétal, quand la lumière du jour a révélé l’omniprésence de la palette de Delacroix dans le jardin.
N’avons-nous pas parlé, ci-dessus, de l’ocre brun ?
Le voici pendu, évoquant l’agonie d’un supplicié
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La photo montre des tournesols en fin de vie.
Le balancement de la fleur flétrie faisait penser à l’affaissement de la tête du condamné qui venait de rendre le dernier souffle.
Sur les pieds du supplicié, là où étaient plantés les clous, l’ocre rouge formait une auréole autour de l’ocre brun.
Dans le jardin de l’Aventy, l’ocre rouge côtoyait aussi l’ocre brun, sur la même fleur, qui baissait son regard :
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L’ocre rouge était présent sur les parois des pétales mais aussi sur le pédoncule qui unissait les sépales :
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Cet ocre rouge n’était visible que parce que la fleur était renversée.
Autrement dit, sous la tragédie de la malédiction qui atteignait son point culminant au Golgotha, se cachait la véritable signification du sang versé, laquelle signification n’était perceptible qu’à l’être qui s’intéressait aussi à l’envers du décor.
Cet ocre rouge était mortifère.
Il existait un autre ocre rouge, salvateur celui-là, qui se voyait dans les yeux de l’apôtre Jean. Le jardin de l’Aventy exhibait aussi cet autre ocre rouge :
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Cet autre ocre rouge était celui de la Rédemption.
La première halte de la route buissonnière sur les pas de Delacroix était un augure extrêmement favorable. L’irruption du souvenir d’Ayamonte tombait à point nommé pour introduire l’hommage rendu au peintre qui a fondé l’école du Romantisme.
Voici l’équipage de l’Aventy, qui nous a porté chance :
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Delacroix chérissait l’amitié. En effet, il a déclaré : « Je ne suis heureux, tout à fait heureux, que lorsque je suis avec un ami. »
Voici le portrait de l’amitié qui prospère depuis une décennie, à Melay, en Bourgogne :
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L’ami participe au projet, même inconsciemment.
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