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Les uns sont arrivés à Lugdunum en remontant le couloir rhodanien. Les autres y sont venus en descendant le Val de Saône.

Onze semaines après leur première rencontre à Moνεμβάσια (transcription : Monemvasia), ils se sont retrouvés dans la capitale des Gaules pour savourer à nouveau le bonheur de la convivialité.

Voici le site de leurs retrouvailles :

Dans cette vue aérienne, l’axe du regard allait d’Ouest en Est.

Au premier plan, le parvis de la Basilique de Fourvière occupait l’emplacement de l’ancien forum romain. Le fleuve qui coulait au pied de la colline était la Saône.

Entre la Saône et l’horizon, s’étirait le Rhône. Pour rejoindre la Méditerranée, il fallait se diriger vers la droite.

Voici le Rhône qui se préparait à franchir le seuil de l’an neuf :

La photo a été faite au niveau de la place Antonin Poncet, où se trouvait la Poste centrale.

La Saône aussi, s’est faite belle pour accueillir la nouvelle année :

La photo a été réalisée devant le palais aux vingt-quatre colonnes corinthiennes, qui abritait la cour d’assises.

Ces retrouvailles en eau douce témoignaient de la belle vitalité d’une amitié née à Moνεμβάσια entre le Tao et le Zeph.

L’histoire du lien amical a commencé avec la question de l’eau douce.

Voici le Zeph le lendemain de son arrivée à Moνεμβάσια, après l’épisode crétois :

Le Zeph a occupé cette place jusqu’à la fin du séjour, c’est-à-dire pendant six jours encore.

Prenons du recul en nous positionnant sur la digue externe qui porte le phare rouge et élargissons le champ de vision. Voici le nouveau panorama obtenu :

Le Zeph, toujours reconnaissable à ses lignes bleues, était amarré le long du quai transversal qui faisait également office de brise-lames.

Surveillez bien le bateau qui apparaissait le plus à droite de la photo. La diagonale qui reliait la position de ce bateau et celle du Zeph est la ligne de force qui sous-tend l’écriture de cet article.

En effet, le jour suivant, ce bateau était remplacé par un autre, qui battait pavillon français.

C’était le Tao qui venait d’arriver à Moνεμβάσια :

Maintenant que les bons protagonistes ont pris place aux extrémités de la diagonale, celle-ci allait pouvoir s’animer, et comment !

C’était l’équipage du Tao qui est venu vers le Zeph, pendant que le Capitaine de celui-ci était en train de s’affairer, tout seul, avec des seaux destinés à faire remonter le niveau de l’eau douce dans les réservoirs :

Les nouveaux arrivants demandaient à celui qui les avait précédés les modalités pour se ravitailler en eau douce. L’échange était très protocolaire, presque solennel.

Comme la conversation se prolongeait, le mousse a pensé que ce n’était pas très poli de laisser les visiteurs, pendant si longtemps, sur le pas de la porte. Aussi a-t-il crié en direction du Capitaine : « Fais-les monter ! Fais monter ‘El.’ et ‘Ph.’ ! »

‘El.’ et ‘Ph.’ , c’étaient la Muse du Montigo et son capitaine, qui avaient reçu la veille, à leur bord, le Capitaine du Zeph, et qui avaient même pressé celui-ci d’aller chercher le mousse pour continuer, à quatre, l’apéro.

Voici le Montigo, reconnaissable au vélo juché entre les haubans :

Le mousse, trop occupé par sa propre cuisine, ne s’était pas rendu auprès de ‘El.’ et ‘Ph.’, et donc ne connaissait pas leurs visages. D’où la très regrettable méprise quand le mousse désignait l’équipage du Tao par les prénoms ‘El.’ et ‘Ph.’.

Le mousse a quand même eu le temps de remarquer que son intervention ne laissait pas les visiteurs insensibles, non pas par rapport à l’erreur sur les prénoms, mais à cause de l’insistance sur le fait que l’hospitalité n’était pas compatible avec une immobilisation sur le pas de la porte.

Sur la photo suivante, le chariot indiquait l’endroit où se tenait l’équipage du Tao :

La politesse que le mousse avait tout naturellement manifestée envers l’équipage du Tao a-t-elle servi de catalyseur au lien d’amitié ? Seul l’Olympe en connaît la réponse.

À la fin de la conversation, le Capitaine a montré à l’équipage du Tao la direction de la borne d’eau, qui fonctionnait avec des cartes magnétiques.

Voici la borne d’eau, qui a noué le Tao et le Zeph d’une amitié sincère et désintéressée :

Le jour suivant encore, le mousse est venu à cette borne d’eau pour remplir d’autres seaux et ramener ceux-ci vers le Zeph.

Le capitaine du Tao était là pour observer la manipulation de la carte magnétique. En prime, il avait droit au spectacle des étourderies du mousse, qui refusait de mémoriser ce qui ne lui semblait pas vital. Certes, il y a eu quelques confusions, mais le mousse est vite retombé sur ses pattes.

Le capitaine du Tao avait le regard amusé, qui n’était pas le travestissement d’un jugement défavorable, mais l’expression d’une profonde empathie. Cette empathie envers autrui incitait à parler volontiers de soi. C’est ainsi que le mousse a appris que le capitaine du Tao était originaire du Mâconnais.

Nous voilà connectés avec l’introduction qui nous parlait de la Saône.

Pour ces retrouvailles en novembre à Lugdunum, l’équipage du Tao a offert à celui du Zeph trois cadeaux. L’un d’eux était décoré avec ce paysage de la terre natale :

Il s’agissait du pont Saint-Laurent, qui franchissait la Saône à Mâcon.

La peinture, qui était une aquarelle, faisait ressortir les deux clochers octogonaux de l’ancienne cathédrale Saint-Vincent.

L’illustration ornait le couvercle d’une jolie boîte métallique, dont le contenu était indiqué, en lettres cursives, sur l’étiquette qui servait aussi de sceau de fermeture. En effet, sous le nom de la ville, Mâcon, apparaissait l’inscription :

Gaufrettes Mâconnaises

Spécialité

Il existe une autre représentation picturale du même lieu. La voici :

Ce tableau peint par Camille Corot est conservé à Washington, à la National Gallery of Art.

Beaudelaire fait l’éloge de la palette de Corot en la qualifiant de lyrique. Ici, le lyrisme de Corot s’exprime par l’effusion d’une lumière ambrée, qui fait penser à un vent de sable. Le peintre s’attarde sur le labeur des lavandières. La simplicité du cadre, l’humilité des silhouettes humaines contribuent à l’émergence d’une atmosphère de quiétude envoûtante.

Revenons à présent au quai de Moνεμβάσια, qui a entendu la première confidence.

À la borne d’eau, est venu, après le départ du mousse, le placeur qui s’était octroyé un droit de regard sur la manière dont les bateaux s’amarraient à l’intérieur du port municipal. Ce Grec, qui s’agitait et se pavanait à la manière d’un chef de gare, se prénommait « Matéo ». Oui, le mousse vous l’accorde, ça ne sonne pas très grec. Mais comme la mode actuelle en Hellade vantait la pizza, « Matéo » était bien dans l’air du temps, plus encore que Κώςτας (transcription : Kôstas), Δημήτρης (transcription : Dimitris) ou Γιάννης (Yannis). En tout cas, à Moνεμβάσια, « Matéo » avait bien le vent en poupe, comme en témoignaient ses vitrines. Voici celles qui étaient tournées vers la mer, c’est-à-dire vers l’Est :

À droite de la photo, se dressaient les parasols qui faisaient gagner à la terrasse du restaurant quelques empans de fraîcheur. À droite, l’hôtel proposait un panorama en hauteur sur le Rocher de la spiritualité byzantine.

Les possessions territoriales de Matéo avaient aussi une façade à l’Ouest. Voici cette façade Ouest, qui visait le pragmatisme, sans se soucier du voyage onirique :

À droite de la photo, c’était la terrasse du restaurant, avec la protection des bâches en plastique. À gauche, il y avait la possibilité de se ravitailler en gaz ou en bière, pour toutes les personnes qui empruntaient le cordon asphalté, qui apparaissait à droite, dans le coin inférieur.

Voici la vitrine de la bière de « Chez Matéo » :

C’est sûr, Matéo veillait à ce que personne ne meure de soif. C’est pourquoi il a offert ses services au Tao au sujet de la question de l’eau douce.

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Pendant que Matéo s’affairait entre le Tao et la borne à carte magnétique, le mousse a rejoint le giron du Zeph. Et là, non pas « Patatrac ! », mais « Sublime nouvelle ! ». En effet, le Capitaine a annoncé au mousse qu’ils étaient invités par le Tao, pour l’apéro dans la soirée du jour en cours. Si tôt ! Si vite ! Quel émerveillement ! Le mousse avait la sensation qu’il y avait, en filigrane, un coup de foudre, mais il n’osait en parler à personne, jusqu’à ce jour, où la chronique autorise l’épanchement.

Or, ce soir-là, le Zeph avait déjà rendez-vous, à son bord, avec le Montigo et le Yunga.

Le Capitaine se voyait contraint de faire l’ambassade dans l’autre sens, auprès du Tao. Celui-ci n’était nullement déstabilisé par le contretemps. Au contraire, il a réagi avec finesse et dextérité. La finesse était dans l’évitement des tiraillements. Et la dextérité se voyait dans la promptitude de se saisir du καιρός. Le Tao, qui avait la possibilité d’avancer ou de reculer l’apéro, a préféré avancer celui-ci pour profiter au plus vite de l’instant présent. Il y avait dans cette accélération du cours des choses un présage favorable. Donc, ce même jour, quand le soleil culminerait, le Capitaine du Zeph et le mousse seraient reçus à bord du Tao.

La muse du Tao, qui avait fait l’ascension jusqu’au sommet du Rocher pour visiter l’église Aγία Σοφία (en français : Sainte-Sophie) est redescendue à temps pour l’apéro.

Nul ne visite un bateau de croisière en commençant par la salle des machines.

Or, c’était par les entrailles que le Capitaine du Zeph a fait connaissance avec le Tao :

Avec une bouleversante sérénité, le capitaine du Tao a laissé son homologue passer d’une merveille à une autre dans la salle des machines. La patience et la confiance du maître des lieux, dont on voit le pied gauche et la main gauche, témoignaient de la grande bonté de celui-ci.

La trappe soulevée à cette occasion avait une signification hautement symbolique :

L’accès à l’intimité de l’être intérieur fondait l’amitié sur l’authenticité.

Autre moment prophétique : la découverte du poste de commande.

La main gauche du capitaine du Tao accompagnait consciencieusement les explications orales tandis que l’immobilité du bras droit du Capitaine du Zeph traduisait la vive attention de celui-ci.

En quoi cette scène avait-elle une portée prophétique ?

Une semaine après cette rencontre, seulement à sept milles nautiques de là, plus exactement devant Γέρακας (transcription : Gérakas), le Zeph a connu une terrible épreuve, qui a fait chavirer, au sens propre et au sens figuré, le poste de commande ! Ce naufrage a mis en péril le destin égéen du Zeph.

C’est le Tao, aux retrouvailles à Lugdunum, qui donnerait au Capitaine du Zeph les moyens pour relativiser la catastrophe et s’engager résolument sur la voie de la guérison.

Pour l’instant, la main gauche du capitaine du Tao devant le poste de commande symbolisait la stabilité de l’équilibre au-dessus des flots égéens, et la confiance qui en découlait.

Le mousse, qui était incompétent dans les choses techniques et qui l’est encore, assumait pleinement cette incompétence. En conséquence, il s’est consacré exclusivement à la contemplation de l’architecture intérieure du Tao, qui le fascinait par l’élégance de sa modernité.

Onze semaines plus tard, à Lugdunum, le capitaine du Tao a montré qu’il s’est souvenu de ce retrait apparent du mousse.

Mais revenons à la visite guidée qui dévoilait le giron du Tao.

À voix haute, le mousse exprimait son admiration pour la pureté des lignes et l’harmonie dans l’agencement des volumes. Touchée par le regard et les propos admiratifs, la muse du Tao a voulu faire un cadeau au mousse en lui ouvrant les tiroirs de l’espace-cuisine, non sans annoncer le geste par l’aimable déclaration : « Vous qui aimez ce qui est fonctionnel, regardez ! »

La parole de la muse du Tao soulève deux remarques.

D’abord, le vouvoiement était de mise, à ce moment-là. Bien sûr, ce n’est plus le cas maintenant. Car le tutoiement s’est imposé dans la soirée de ce jour-là, à l’occasion du sommet de la francophonie qui s’est tenu à bord du Zeph.

Ensuite, la bienveillance de la muse du Tao a traduit en termes d’efficacité ce qui ne relevait que de l’esthétique. Autrement dit, à bord du Tao, le beau et l’utile étaient indissociables, l’un étant au service de l’autre. Voici le geste qui illustrait cette révélation :

L’ouverture du tiroir en aplomb dévoilait inéluctablement le dessous de celui-ci. Certes, l’adéquation du rangement et l’aisance de la glisse sur les rails étaient fort séduisantes, physiquement. Mais ce qui émouvait davantage le mousse, c’était la signification symbolique de cette circonstance. En nous offrant la vue par en-dessous, le Tao disait au Zeph qu’il ne fallait pas se contenter de regarder en surface. Le lien de l’amitié, qui venait de naître, ne se satisfaisait pas de la superficialité.

Avant de consommer quoi que ce soit de comestible à bord du Tao, l’équipage du Zeph s’est délecté avec l’incroyable spiritualité de l’accueil qui lui était réservé.

Après avoir contemplé la belle harmonie de l’espace intérieur, le Capitaine du Zeph et le mousse se sont régalés avec le panorama qui se déployait à 360° tout autour du Tao. Aucune opacité ne venait obstruer la promenade circulaire de l’œil. C’était vraiment fantastique ! Cette merveille technologique, qui avantageait l’optique physique, évoquait de façon admirable l’ouverture d’esprit du Tao. Le Capitaine du Zeph et le mousse en étaient les heureux bénéficiaires à Mονεμβάσια. Comme ils étaient chanceux !

Voici la vue qui s’offrait du côté de la poupe du Tao, depuis le cockpit :

Le strapontin du guetteur servait de médiateur entre l’intérieur et l’extérieur.

Du cockpit du Tao, l’on voyait très bien les vestiges auprès desquels avait eu lieu le festin du tutoiement avec l’infini (voir l’article « L’émerveillement de l’escale n°14 (Moνεμβάσια). Le tutoiement avec l’infini », publié le 05 octobre 2025).

À partir du cockpit du Tao, l’on distinguait aussi le phare rouge, sans lequel l’on aurait tendance à croire que le Rocher suivrait le Tao partout où celui-ci irait. À dire vrai, la vision de l’indissociabilité entre le Tao et le Rocher n’était ni un mirage ni une illusion. Car le couplage énergétique du Tao et du Rocher était l’un des plus beaux trésors de cette saison de navigation, pour ne pas dire « le plus beau trésor ».

Un autre panorama, offert par le Tao, menait le mousse vers des rêveries exquises. Ce panorama se déployait à tribord. Le voici :

La photo montre une barque de pêche qui entrait dans le port. À l’arrière-plan, se profilait un hameau d’aspect volontairement médiéval, qui servait de marche-pied à la ville fortifiée quand on venait du continent.

Sur la gauche, au-dessus d’une voiture bleu clair, l’on pouvait reconnaître une jarre blanche, penchée vers le côté interne du mur d’enceinte.

Un peu plus à droite, au-dessus d’une voiture blanche, se dressait une colonne cylindrique, sans chapiteau.

Voici la jarre blanche, dans une vue rapprochée :

L’environnement, très italianisant, se retrouvait encore avec la colonne cylindrique sans chapiteau :

L’on se croirait même en Toscane !

À l’ombre des pins, l’interpénétration des cultures était magnifique !

Nous arrivons maintenant à la matérialité de l’aliment de bienvenue :

Le Tao avait une prédilection pour les formes épurées. À ce sujet, la parole exacte de la muse était : « Nous aimons la simplicité ». C’est par modestie que la muse disait « simplicité » au lieu de « pureté ».

Le Tao craignait de s’encombrer avec des futilités.

Quant à la modestie de la muse, elle lui faisait dire que les expériences marines qu’elle avait vécues sur les flots, avec son capitaine, avant l’ère du Tao, n’étaient pas réellement de la « navigation ».

L’équipage du Tao n’était ni vantard, ni présomptueux. Il n’aimait pas usurper des titres, ni se monter triomphaliste.

Cette modestie était un très bel attrait aux yeux du mousse et suscitait chez celui-ci un immense émerveillement.

La « simplicité », comme disait la muse, n’était nullement incompatible avec la générosité.

Avez-vous remarqué le nombre de tranches de citron et l’état des glaçons dans chacun des verres ci-dessus ?

Comparez à présent avec la photo suivante, faite très peu de temps après :

De trois, le nombre de tranches de citron est passé à quatre.

Les glaçons, presque fondus dans l’avant-dernière photo, ont repris du volume.

Le breuvage pétillait avec une fraîcheur renouvelée.

Le Tao était aux petits soins envers le Zeph, qui en était très touché.

Les joyeuses bulles, captées sur le côté, manifestaient l’élan vital. Mais le Tao nous a aussi habitués à changer de cadrage. Alors, voici la vue de dessus :

C’est la vision d’un optimisme tranquille.

Le Tao, c’était ces deux visions réunies : le bouillonnement de l’élan vital et la tranquillité liée à l’assurance.

C’était dans ce décor, physique et psychique, que les retrouvailles en novembre, à Lugdunum, ont été programmées.

En effet, presque à brûle-pourpoint, le capitaine du Tao a fait savoir qu’il était très « déçu » par les rouleaux de printemps qu’il avait mangés jusque là. Comme il regardait le mousse en insistant sur la déception, celui-ci se sentait obligé de réagir.

Le mousse comprenait parfaitement cette déception, au sens où il voyait très bien les causes techniques de cette déception.

Comme le ton légèrement enjoué du capitaine du Tao avait une once de provocation, le mousse a reçu la plainte comme une demande de réparation. Joueur en la matière, le mousse a déclaré qu’il était prêt à relever le défi, même s’il ignorait jusqu’où iraient les exigences du gourmet qui venait d’amener si habilement ce défi.

Devant ce duel feutré, la muse du Tao et le Capitaine du Zeph ont gardé une stricte neutralité, sans aucune parole ni aucun geste qui puissent trahir leur opinion concernant le défi.

Le Zeph a donc donné rendez-vous au Tao à la fin de la saison de navigation, à Lugdunum, qui n’était pas très loin du Mâconnais, où le Tao avait son QG.

Quelques détails supplémentaires sur la localisation du rendez-vous étaient souhaitables, pour éviter que la promesse du mousse ne résonne comme celle d’un fanfaron.

Le mousse a expliqué que le pied-à-terre du Zeph se trouvait à proximité du Parc de la Tête d’or, donc voici les couleurs d’automne 

Le Parc est célèbre pour sa roseraie. Voici les colonnes blanches du portique de la roseraie dans une perspective qui montre aussi, à l’arrière-plan, la colline de Fourvière :

Le Parc possède plusieurs entrées. Voici l’entrée principale :

Cette entrée, encore connue sous le nom d’entrée de la Tête d’or, donne sur le Rhône.

Sur la photo, le Nord est à gauche. Le Sud, à droite.

On peut longer le Rhône à partir de là, en se dirigeant vers le Sud. Après un petit quart de marche, l’on se retrouve au niveau de la place Bellecour, qui est la plus grande place piétonnière d’Europe. Voici le Rhône au niveau de la place Bellecour :

C’est la perspective inversée par rapport à celle de la première photo.

Mais laissons le projet de l’automne mûrir avec son rythme intrinsèque et intéressons-nous à nouveau à l’été qui a réuni le Tao et le Zeph.

Le dépaysement proposé par le Tao était très enrichissant.

Le Capitaine du Zeph et le mousse ont pris congé du Tao non sans avoir jeté un regard ému et reconnaissant sur la coque qui abritait une âme si généreuse.

Nous avons déjà fait la connaissance du panorama du côté de la poupe. Voici celui du côté de la proue :

Le museau du Tao exhibait l’image de la précision, de la détermination et de l’efficacité.

Topographiquement, le nouveau lien d’amitié apposait son empreinte affective sur la diagonale mentionnée plus haut :

Sur la photo, le museau du Zeph occupait le premier plan. En suivant la diagonale qui remontait vers la droite, on rencontrait la poupe du Tao.

C’était le chemin de la stimulation mutuelle.

Ce soir-là, le Tao devait dîner en ville, justement chez Matéo, afin de le remercier pour les services rendus. Ce soir-là aussi, le Zeph a invité à son bord le Montigo et Le Yunga. Il était évident que si le Zeph voulait rester cohérent avec le bonheur offert par l’apéro de midi, il fallait qu’il invite aussi le Tao.

Pris au dépourvu, le Tao a d’abord hésité. Mais pas très longtemps. Finalement, le Tao a accepté de décaler au lendemain le repas chez Matéo pour être avec le Zeph.

Ainsi quatre voiliers seraient réunis pour la fête de la francophonie qui se déroulerait à bord du Zeph.

Pour cette belle occasion, le Zeph a fait sécher, à l’égyptienne, sa belle nappe en coton, aux reflets pourpres, pour que celle-ci ne soit pas déformée par des plis disgracieux :

Comme il fallait s’y attendre, le Tao a participé au sommet de la francophonie avec beaucoup d’élégance et de générosité.

Voici le breuvage qu’il a apporté pour l’assiette de crudités :

Le Moulin à Vent, du Domaine Anita, séduisait tout le monde.

Pour le plat principal, le Tao avait prévu un autre cru :

Le Chiroubles, du Domaine Matray & Filles, enchantait toute l’assemblée.

Magicien de haute volée, le Tao a clos la fête par une cuvée de renommée mondiale :

Autour de la table, l’enthousiasme était à son comble lorsque le champagne Canard-Duchêne a déclenché son feu d’artifice.

La contribution, matérielle et immatérielle, du Tao était considérable.

Une description complète des agapes de la francophonie à Moνεμβάσια figure dans l’article « L’émerveillement de l’escale n°19 (Moνεμβάσια). Le bel art de vivre à la française », publié le 24 octobre 2025.

La fête de la francophonie n’est pas restée sans lendemain. En termes nautiques, l’on dit qu’elle a laissé un sillage, qui s’avère éblouissant et fabuleux.

Juste avant l’au revoir, le Tao a prêté ses bidons au Zeph pour que celui-ci réduise le nombre de va-et-vient entre la borne d’eau et les réservoirs :

Sur la photo suivante, le bidon qui était en train de se vider dans un seau appartenait au Zeph.

Le Zeph n’avait qu’un seul bidon, avec une contenance de vingt litres et un bouchon rouge, qui se trouvait par terre, au moment où la photo était tirée. À droite, il y avait trois autres bidons, aussi de vingt litres chacun, mais avec un bouchon noir. Ces trois bidons appartenaient au Tao. Remarquez l’indication, à l’encre noire, de la capacité sur chacun d’eux, pour qu’il n’y ait aucun doute possible. Ce marquage témoignait du caractère minutieux du Tao et de son goût pour l’ordre.

Les lumières des tavernes ont déjà commencé à s’allumer quand le Capitaine a fini avec le transfert d’eau. Le voici qui repartait en direction du Tao pour rendre le matériel que celui-ci avait prêté :

L’histoire, qui avait commencé avec la question de l’eau douce, se terminait avec la question de l’eau douce. Une boucle venait d’être bouclée.

Peu de temps après, on a frappé sur la coque du Zeph, du côté de la poupe, à tribord.

C’était l’équipage du Tao, qui est venu au grand complet pour dire au revoir au Zeph, non seulement en paroles, mais aussi avec le geste.

Car le Tao a apporté, en guise de cadeau pour l’au revoir, du thon rouge qu’il avait lui-même pêché !

Ce thon rouge était donc la concrétisation du sillage de Moνεμβάσια.

Le Capitaine du Zeph et le mousse ont pris grand soin de ce thon rouge. Ils l’ont honoré avec un Côtes-de-Duras, sorti en 2008 des cuves Daguet de Berticot :

L’ambre du millésime était comme un miroir où se reflétait la noblesse d’âme du Tao :

Le Capitaine et le mousse ont trinqué à la vitalité du sillage de Moνεμβάσια :

Le mousse a fait rôtir de l’ananas et des figues pour accompagner le thon rouge dans l’assiette :

Le raisin s’est vu confier la mission de soutenir l’ananas dans le goût acidulé :

Voici l’assiette du mousse, aux couleurs du coquelicot :

Et voici l’assiette du Capitaine, aux couleurs de la capucine :

Onze semaines après l’énoncé de la promesse, a eu lieu l’accomplissement de celle-ci sur la rive gauche du Rhône :

La photo a été prise quelques mètres seulement en amont de la place Bellecour.

La rive gauche du Rhône se trouvait au premier plan.

C’était là où le mousse venait se ravitailler en denrées exotiques pour relever le défi des rouleaux de printemps.

Et voici la table où serait prononcé le verdict :

L’axe longitudinal de la table était parallèle à la direction Nord-Sud. Le raisin se trouvait au Sud.

L’Ouest était donc à gauche. C’est de ce côté-là que s’installerait le jury.

L’accès à la table du verdict se faisait par le Sud-Est.

Voici l’angle de vision de la première découverte :

Ce spectacle a inspiré à la muse du Tao une exclamation, qui était : « Girolata ! »

En effet, à gauche de la bouteille de Chablis, apparaissait un poster qui rappelait la randonnée faite jadis en Corse, avant l’ère du Zeph.

Le Tao, lui, s’est arrêté à Girolata, sur le chemin de son retour à la Riviera, cet automne.

La belle spontanéité, avec laquelle était reconnu le point commun, servait de prélude à d’autres effusions.

Le mur des posters se trouvait du côté Nord. Devant le mur opposé, se déployait une galerie de sculptures, qui célébrait le monde égéen. L’œil, qui se promenait d’un buste à l’autre, apportait l’agréable sensation de se retrouver de nouveau en Mer Égée. Le Tao s’est particulièrement intéressé au portrait de Dionysos :

Souvent représenté sous les traits d’un joyeux luron, non sans la vigne qui était son principal attribut, le dieu avait de quoi surprendre dans le cas présent, à cause du visage de la sagesse, que donnait la maturité.

La halte contemplative suivante a eu lieu devant le maître de l’Olympe :

L’effigie fait partie des œuvres qui ornent le jardin de Versailles.

Le souverain qui régnait sur la France d’alors se félicitait d’avoir la compagnie du souverain de l’Olympe à toute heure.

L’expérience muséographique conduisait les pas à nouveau dans le vestibule d’entrée. Comme au Louvre, la Victoire ailée de Samothrace détenait la prééminence :

Comme pour Girolata, le regard du Tao s’est vivement intéressé à ce qui semblait périphérique. Et dans la présente configuration, ce qui apparaissait en périphérie, c’était la silhouette de l’éphèbe du Cap d’Agde.

La jeunesse de l’éphèbe a inspiré au capitaine du Tao une pensée nostalgique sur la fuite du temps.

Le périple égéen s’est achevé sur un portrait d’Artémis en train de dégrafer sa tunique :

Là encore, le vif intérêt du Tao pour ce qui se trouvait en périphérie s’est manifesté avec pertinence. Et qu’y avait-il en périphérie par rapport à l’effigie de la déesse de la chasse ? Le souvenir des jeunes années, exclusivement consacrées à l’amour de la Grèce :

Le Tao semblait satisfait de cette escapade inattendue.

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Après le préambule assuré par l’esthétique, est venue l’heure où l’éthique devait trancher : le mousse était-il capable de redonner des lettres de noblesse aux rouleaux de printemps, qui étaient devenus l’emblème du rivage qui s’étire entre le Tonkin et la Cochinchine ?

Quand le capitaine du Tao a lancé le défi, il pensait avoir en face de lui un ambassadeur de la terre natale.

Mais le mousse ne représentait pas une ambassade, mais deux. Car il était aussi ambassadeur de la terre d’adoption.

En raison de cette double ambassade, la réponse du mousse comportait une dualité : la convocation des ingrédients était un legs en provenance des ancêtres tandis que les modalités d’exécution obéissaient au protocole français, qui prescrit un très haut niveau d’exigence au sujet de la qualité diététique.

Le service à table aussi, honorait le savoir-faire français.

Le dressage des assiettes était un impératif pour l’art de vivre à la française.

Voici l’assiette qui servait de préambule gustatif :

Les crevettes étaient servies chaudes et légèrement craquantes. Le trajet entre la poêle et l’assiette ne devait pas dépasser deux minutes.

La qualité diététique imposait de ne pas réchauffer ce qui est déjà cuit et le plaisir gustatif dépendait du goût de la fraîcheur du produit, fraîcheur que la cuisson ne devait aucunement altérer.

La douceur de la pomme rôtie et la saveur acidulée de la myrtille composaient le clin d’œil au principe ayurvédique.

Le choix des crevettes était une évocation de la Mer de Chine que longe la Cordillère de l’Annam.

Pour accompagner les crevettes, il y avait un Chablis :

Il s’agissait d’un Premier Cru, sorti en 2010 des cuves du Vignoble Brocard.

Le moment de vérité a fini par occuper le devant de la scène.

Voici les rouleaux de printemps servis au capitaine du Tao :

Tous les regards convergeaient vers la bouche du goûteur.

Malgré les sonorités qui caractérisaient le croustillant, le visage du juge restait impassible, pendant un temps qui semblait terriblement long pour le mousse. À tel point que celui-ci a commencé à conclure que c’était une « déception » de plus.

Fort heureusement, le mousse s’est trompé dans son pronostic. Si le juge mettait du temps pour livrer une parole, c’était parce qu’il cherchait l’énonciation la plus précise et la plus proche de la réalité.

Les premiers mots véhiculaient un compliment, sur l’absence de trace d’huile dans le goût final, même si chacun sait que l’on cuit les rouleaux de printemps en les faisant frire.

Pour le mousse, c’était le début de la victoire, et dès cet instant, il savait que celle-ci serait complète.

En effet, le second compliment n’a pas tardé à rassurer tout le monde : le juge trouvait que la composition de la farce donnait naissance à des bouchées d’une incroyable légèreté dans le goût en bouche.

Afin de rehausser cette exquise légèreté, la contribution du végétal, consommé cru, était très précieuse. Pour cela, le mousse a compté sur l’efficacité du trio formé par la laitue, le soja en germes et la menthe fraîche :

Heureux de se sentir comme chez lui, le capitaine du Tao a même promu l’usage des doigts pour jouir encore plus pleinement de l’exotisme. À travers ce jeu du dépaysement, le Tao révélait son goût du voyage, qui n’était qu’une manière de pratiquer l’empathie. C’est cette vertu qui faisait que le Tao se montrait très abordable, sans aucun complexe, ni de supériorité, ni d’infériorité. Le caractère abordable du Tao était une grande source d’émerveillement.

Pour accompagner les rouleaux de printemps, il y avait un Cru Bourgeois, qui s’alliait à merveille avec le croustillant de la galette de riz :

Il s’agissait du Médoc sorti en 2014 des fûts du Château Labadie :

L’appétit allait bon train.

L’euphorie pansait les plaies du passé.

Dans le cas du Zeph, la catastrophe de Γέρακας perdait son pouvoir annihilateur.

Dans le cas du Tao, l’empreinte cauchemardesque de la défaite de Diên-biên-Phu, qui avait autrefois meurtri les générations précédentes, s’est évanouie.

L’euphorie stimulait aussi la conscience de la réciprocité.

En effet, dans un bel élan de gratitude et de générosité, le Tao a convié le Zeph dans le Mâconnais, après le périple de celui-ci dans le royaume chérifien.

Le Zeph a accueilli cette invitation avec beaucoup de joie.

Comme le croustillant plaisait tant au Tao, le mousse a proposé une variante en échangeant la forme du rouleau contre celle du baluchon :

Ces baluchons, encore connus sous le nom de raviolis chinois, comblaient l’appétit miraculeusement extensible.

Comme à l’accoutumée, le sens de l’équité a incité le Capitaine à déplorer que le mousse reste si peu de temps à table.

Avec le sens de l’à propos qui le caractérisait, son homologue a réagi en décrivant la situation d’une manière plus constructive : le souci d’accomplir un travail de haute qualité de la part du mousse était mis en évidence, avec sincérité et délicatesse. La qualité avait un coût en temps, lequel coût était inéluctable et incompressible. Le réalisme d’entreprise et l’honnêteté intellectuelle du capitaine du Tao préconisaient de s’acquitter honorablement de ce coût au lieu de chercher à l’esquiver. Très diplomate, le capitaine du Tao a fait l’éloge du dévouement en prononçant calmement cette phrase laconique mais chargée de sens : « Il (le mousse) aime le travail bien fait »

L’objectif de la grande qualité s’entendait dans l’adverbe « bien ».

D’aucuns auraient dit : « Il aime que ce soit parfait ».

Le capitaine du Tao, très réaliste, savait que la perfection était du domaine de l’irréalisable. C’est pourquoi il a intelligemment évité l’écueil de l’emphase et préféré mettre en avant ce qui était raisonnable tout en ayant une valeur laudative équivalente.

Cette finesse du langage chez le capitaine du Tao était une réelle source d’émerveillement.

La légèreté préservée par la cuisson exaltait le plaisir gustatif. La clé de la réussite était dans l’omniprésence du végétal. Le même principe a guidé la confection du dessert :

Une composition a été réalisée avec des litchis, des kakis et du raisin. Le mousse a évité l’émiettement de la chair du produit en menus morceaux. La forme d’origine possédait un attrait incontestable.

Pour accompagner la délicieuse chair du fruit, il y avait le sublime Pouilly-Fuissé, fabriqué en 2017 par le Clos de Monsieur Noly et apporté jusqu’à Lugdunum, pour la table du Zeph, par le Tao :

L’émerveillement était suscité par la longueur de bouche, extrêmement cajoleuse et divinement persistante.

C’était une illustration du sillage laissé par le Tao.

Le Zeph, lui aussi, voulait construire un sillage équivalent, en confiant le rôle de séducteur à l’olfactif : les effluves du café préparé avec la machine vantée par George Clooney étaient destinés à embaumer le sillage de la convivialité.

Attirée par le parfum du caramel, la muse du Tao a prolongé avec un grand plaisir son immersion dans le sillage hédoniste :

L’hédonisme était contagieux. C’est pourquoi le capitaine du Tao a vite rejoint sa muse, non sans préciser qu’il voulait plutôt un café Roma, au format ristretto :

Nos chers lecteurs sont habitués au fait que c’est le Tao qui faisait toujours le premier pas. La chose était encore vraie pour le feu d’artifice final.

Celui comportait deux parties. La première avait lieu en compagnie des Gaufrettes Mâconnaises, apportées par la muse du Tao :

L’association entre l’onctuosité et le croustillant produisait une merveilleuse sensation en bouche.

La gourmandise était contenue dans une jolie boîte métallique, dont le couvercle orné a servi, ci-dessus, à évoquer Mâcon avec le pont Saint-Laurent.

À l’arrière de la boîte, il y avait une illustration de la richesse viticole du Mâconnais :

Sur le côté droit, était représenté le marché d’où provenaient les gaufrettes :

C’est génial d’utiliser l’art pictural, non seulement pour introduire le plaisir gustatif, mais aussi pour prolonger celui-ci.

La seconde partie du feu d’artifice s’est déroulée en compagnie de la liqueur de cassis, fabriquée par la muse elle-même, avec la récolte locale.

Voici la muse du Tao et son capitaine :

Leur bonheur à table était la plus grande récompense pour le Zeph.

Le Capitaine du Zeph n’a pas résisté à l’envie de figurer dans un portrait collectif :

Le portrait du trio rappelait le premier échange sur le quai de Moνεμβάσια, quand l’équipage du Tao était venu voir le Capitaine du Zeph pour se renseigner au sujet de la disponibilité de l’eau douce.

Puis, le lendemain matin, il y a eu les pourparlers entre les deux capitaines à propos de l’apéro à bord du Tao :

C’est merveilleux que la chronologie des portraits improvisés à Lugdunum reflète celle qui avait vu naître le lien d’amitié à Moνεμβάσια,

Après le troisième portrait, l’inéluctable question des personnes apparaissant dans le champ de vision s’est posée, sur un ton assez vif. Autrement dit, la présence du photographe sur la photo du souvenir était ardemment souhaitée.

Tout le monde sait que pour cela, il suffit de faire un selfie.

Et normalement, tout le monde sait faire un selfie. Il suffit de regarder l’écran qui fonctionne alors comme un rétroviseur.

Malgré le caractère universel de cette facilité, le capitaine du Tao a murmuré au mousse, pendant que celui-ci se préparait à effectuer le dernier portrait collectif : « Tu sais faire un selfie ? »

L’interrogation n’exprimait pas le doute. Car cette parole taquine était plutôt une marque d’affection. Tout de même, cette taquinerie montrait que le capitaine du Tao était conscient que le mousse n’était pas très expert dans le domaine technique. Nous voilà connectés avec la remarque émise au sujet de l’attitude de retrait du mousse au moment de la visite guidée qui avait précédé l’apéro à bord du Tao, à Moνεμβάσια.

L’élégance de l’approche du capitaine du Tao était dans le fait qu’il utilisait le ton de la confidence pour exprimer sa taquinerie, comme si l’affaire ne concernait que lui et le mousse.

Comprenant tout à fait que l’affection puisse adopter un visage taquin, le mousse était à prêt à démontrer qu’il savait « faire », c’est-à-dire « réussir » un selfie.

Voici le résultat obtenu :

Le mousse sait que les lecteurs, qui le connaissent bien, ne le taxeront pas de fanfaron, ni de présomptueux. Il n’empêche que la photo est objectivement floue, affreusement floue, désespérément floue !

Que s’est-il donc passé ?

Allons voir du côté de la technique, puisque le doute avait surgi au sujet d’elle.

Le smartphone que manipulait le mousse n’était entré en fonction que depuis la veille. Parmi les progrès dont la machine pourrait être fière, il y avait l’optimisation automatique du cadrage. Ignorant tout de cet automatisme, le mousse a tenté le selfie, comme il avait fait maintes fois auparavant. Or la machine passait son temps à hésiter entre tel cadrage et tel autre cadrage. Craignant que les sourires ne finissent par se faner et que les visages n’en viennent à se durcir, le mousse a appuyé sur le déclencheur sans se soucier si la machine a fini d’hésiter.

En définitive, le résultat corroborait la parole taquine. Et le doute apparent du capitaine du Tao avait une valeur prophétique.

Malgré l’échec technique, cette photo avait droit de cité dans cet article car elle montre, sans aucun oubli, la prospérité du sillage depuis Moνεμβάσια.

L’affectif transcende ce qui est technique. Et c’est heureux qu’il en soit ainsi.

C’est l’affectif qui ne cessait de faire que le sillage soit plein d’effets-surprises.

Voici l’un d’eux :

L’équipage du Tao, qui venait de quitter la table, s’apprêtait à remettre les vêtements chauds pour partir quand la muse a vu des albums de photos, qui étaient posés sur la tranche, sous une table basse. Elle s’est penchée pour prendre l’un deux et le feuilleter.

La spontanéité du geste flattait le Capitaine du Zeph et le mousse, qui étaient très heureux que le Tao se sente à l’aise.

L’album de photos que tenait la muse avait pour titre : « Les Sporades du Nord à bord du Zéphyros II ». Cette initiative de la muse était à rapprocher de son exclamation au sujet de Girolata. La muse semblait très attachée à la photo du souvenir.

Sur la page du côté du capitaine du Tao, il y avait une photo de Λήμνος (transcription : Limnos) avec le Lac Salé. De l’autre côté, l’on pouvait voir le Zeph amarré à Άγιος Ευστράτιος (transcription : Ayios Efstratios), devant le ferry.

Le visage de la muse montrait une grande concentration.

Ce n’était plus le cas dans la photo suivante :

Cette fois-ci, la muse avait le visage plus détendu. Un sourire très gracieux était en train d’éclore.

Du côté du capitaine du Tao, la page montrait les colonnes de la chapelle près de la mairie de Άγιος Ευστράτιος. L’autre page montrait le mouillage vu d’en haut, depuis le cimetière marin.

L’index gauche de la muse était dirigé vers le texte que le Capitaine du Zeph avait rédigé pour ce panorama. Voici ce texte : « Mouillage solitaire dans une île qui me semble vide de sens, vide de tous ».

Le mousse aurait rajouté à ces mots ceux-ci : « mais pleine de l’au-delà ».

Topographiquement, la configuration des promontoires et des échancrures présentait des similitudes avec le relief de Girolata.

Dans la photo suivante, le sourire de la muse devenait plus franc :

Le plaisir assouplit les muscles du visage.

Le regard est dirigé vers le coin de page situé sous la main gauche. Il s’y trouvait une photo de l’arrivée à Σκύρος (transcription  : Skyros). La photo montrait, entre autres, le mousse en train d’utiliser l’ancre suspendue comme premier plan pour ses cadrages.

L’émerveillement était inévitable dans le très grand intérêt manifesté par la muse pour les photo du souvenir. Ces moments de délectation semblaient ignorer toute restriction temporelle. Le plaisir de l’immersion visuelle témoignait que le Tao ne s’accordait nullement avec la superficialité.

Le Zeph est très heureux de constater la prospérité du sillage laissé par Moνεμβάσια. L’émerveillement est immense car ce sillage remontera le Val de Saône, jusque que dans le Mâconnais, au printemps prochain.

 

Tags : émerveillement, Lugdunum, Moνεμβάσια, Mâcon, amitié, désintéressement, générosité, rouleaux de printemps

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