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Il était jeune...et beau ?

En tout cas, il faisait de l’effet sur une admiratrice, peut-être sans le vouloir, du moins tout au début de l’histoire.

Car c’est d’abord elle qui l’a remarqué et qui est tombée tout de suite amoureuse.

Il était originaire du continent. Elle habitait sur une île.

Il était athénien, elle était crétoise.

Tous les deux jouissaient du printemps de la vie, mais pas de la même égalité devant le sort.

Car au moment où ils se sont vus pour la première fois, il était un condamné à mort tandis qu’elle était la fille de celui qui avait prononcé la sentence de mort.

La rencontre, visuelle puis émotionnelle, résultait de la convergence de deux itinéraires spatiaux. Spatialement, c’était lui qui est venu, en premier, vers elle, chez elle. Puis c’était elle qui a traversé la demeure paternelle pour se diriger vers l’étranger dont l’infortune n’a rien enlevé au pouvoir de séduction.

Voici une vue de la demeure de la Crétoise :

Il se peut même que l’imminence du face-à-face avec la mort exacerbe des ressources viriles et contribue ainsi à la fascination exercée par l’héroïsme.

En effet, l’Athénien s’est fixé une mission qui ferait de lui un héros salvateur pour sa patrie. Mais pour l’heure, la Crétoise n’en savait rien, de ce dessein, non seulement politique, mais aussi éthique. Pour l’heure, la Crétoise ne voyait devant elle qu’un prisonnier qui serait irrémédiablement immolé le lendemain. Or l’amour avait besoin du support physique de la vie pour s’épanouir. En revanche, la vie, pour se maintenir, avait besoin d’un coup de pouce en provenance de l’amour. Ce coup de pouce, la Crétoise s’est empressée de le fournir à l’Athénien, pour mettre l’amour au service de la vie.

La rencontre entre l’Athénien et la Crétoise était la conséquence d’une convergence spatiale. Mais pas seulement. C’était plutôt et surtout la convergence de deux volontés, qui honoraient le libre arbitre. De son propre gré, l’Athénien s’est rendu en Crète, en dépit de l’avis défavorable de ses proches. De sa propre initiative aussi, la Crétoise s’est approchée du captif dont le charme trahissait la véritable identité.

En effet, l’Athénien n’avait du captif que l’apparence extérieure. Comme celle qui ressentait le coup de foudre pour lui, il avait du sang royal dans les veines. La Crétoise a dû reconnaître chez l’élu de son cœur des manières princières qui le distinguaient des autres compagnons de captivité. Ceux-ci étaient au nombre de six. Ils étaient donc sept jeunes captifs, destinés à servir de victimes sacrificielles.

L’Antiquité n’ignorait pas la loi de la parité, même en matière de châtiment. C’est pourquoi il y avait aussi sept captives, également embarquées dans la fleur de leur jeunesse pour satisfaire l’appétit d’un monstre, qui était le Minotaure.

Le Minotaure était une créature hybride avec une tête de taureau et, pour la partie inférieure, un corps d’homme.

Le cortège de la captivité, qui se composait donc de sept jeunes Athéniennes et de sept jeunes Athéniens, était le tribut de guerre infligé par la Crète à Athènes.

C’était le cortège de l’affliction et du désespoir.

Il y avait de quoi s’affliger, car cette jeunesse athénienne était condamnée à servir de pâture au Minotaure.

Il était également compréhensible que les captifs sombrent dans le désespoir, parce que personne, jusqu’à ce jour, n’avait réussi à sortir vivant du Labyrinthe, là où vivait le Minotaure.

L’enfermement dans lequel la cruauté du destin a emmuré l’innocence des quatorze infortunés ne laissait à ceux-ci que le choix de la résignation. En vérité, l’un des captifs ne partageait pas ce schéma mental. Car sa captivité, loin d’être imposée par le sort, était voulue délibérément pour rendre possibles l’accès physique jusqu’au Minotaure et l’élimination de celui-ci dans un combat singulier.

L’Athénien qui nourrissait secrètement le projet d’apporter la délivrance à ses sœurs et frères était le prince dissimulé en captif. Son nom était Θησεύς (en français : Thésée).

La route de Thésée a germé dans l’esprit du Zeph pendant l’escale à Moνεμβάσια (transcription : Monemvasia).

Voici le panorama qui s’offrait au Sud quand le Capitaine et le mousse faisaient l’ascension du Rocher byzantin :

Le Capitaine expliquait au mousse qu’à l’horizon se profilait le Cap Μαλέας (transcription : Maléas), que les Grecs disent être leur Cap Horn. Et derrière le Cap Μαλέας, c’était la Crète.

À partir de Moνεμβάσια, le magnétisme exercé par la Crète ne cessait de croître. Et quand le Zeph s’est finalement engagé dans le sillage de Thésée, c’était avec une grande joie et une belle fierté.

Voici le Zeph qui se préparait à passer devant le Cap Μαλέας :

Ça y est ! Le seuil symbolique était en train d’être franchi. Le Zeph se trouvait devant le Cap Μαλέας :

Puis voici le Zeph qui venait de dépasser Κύθηρα (en français : Cythère) pour se diriger vers Aντικύθηρα (en français : Anticythère) :

Sur le GPS, Cythère était orthographiée KYTHIRA tandis qu’Anticythère était désignée par ANTIKYTHIRA.

Avec les yeux d’Homère, voici le détroit entre Cythère et Anticythère :

Le profil montagneux à l’horizon, côté tribord, appartenait à Anticythère.

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À présent, le Zeph longeait Anticythère :

Avec le regard homérique, voici la côte Est d’Anticythère :

Le départ de Thésée pour la Crète était une lutte contre la fatalité.

Il s’insurgeait contre l’impôt fixé par le pouvoir crétois.

Il cherchait à briser l’engrenage qui asservissait.

Il combattait l’injustice qui frappait, à chaque échéance, quatorze âmes innocentes.

En délivrant les victimes sacrificielles de la féroce étreinte du Minotaure, il faisait œuvre de justice.

Le voyage de Thésée était le voyage du courage, mais aussi de l’incertitude.

En effet, comment s’y prendrait-il pour venir à bout du monstre crétois, qui avait déjà dévoré deux convois entiers, c’est-à-dire vingt-huit âmes innocentes ?

Certes, l’Athénien avait un brillant palmarès à son actif. En effet, malgré son jeune âge, il avait déjà triomphé de plusieurs monstres, ce qui lui a fabriqué une solide renommée auprès de sa famille et auprès de son peuple.

La monstruosité n’était pas tant dans l’aspect hideux de l’apparence physique que dans la cruauté qui caractérisait le comportement étrange.

La première créature monstrueuse vaincue par Thésée était Περιφήτης  (transcription : Périphétès).

Le monstre terrifiait par sa corpulence excessive, sa démarche chaotique, ses attaques par derrière et les coups qu’il assenait violemment avec sa massue de bronze.

Thésée a retourné contre Περιφήτης l’arme de celui-ci. Cette arme conquise était comme un trophée, qui n’a plus quitté le héros athénien.

Le sculpteur français Étienne-Jules Ramey montre Thésée en train d’utiliser une massue pour terrasser le Minotaure. Cette massue était celle confisquée à Περιφήτης.

La sculpture se trouve au jardin des Tuileries.

La photo suivante montre une masse rocheuse rencontrée à l’approche de la Crète :

Le gonflement à droite faisait penser à la corpulence de Περιφήτης tandis que la saillie à gauche évoquait sa massue.

Le deuxième monstre que Thésée a affronté était Σίνις (transcription : Sinis), redouté par sa taille géante et surtout par l’effroyable supplice auquel étaient soumis les voyageurs rançonnés par la créature démoniaque. En effet, les malheureuses victimes étaient attachées par leurs pieds aux cimes de deux pins recourbés, un pied à un pin et l’autre pied à l’autre pin. L’écartèlement était inéluctable quand les pins se redressaient pour retrouver leur verticalité d’origine.

L’ornement d’une poterie antique illustre le combat entre Thésée et Σίνις.

Le peintre a représenté le feuillage par un bouquet de lianes, pour évoquer l’angoisse pendant la séance du ligotage et la mort subite déclenchée par le redressement des cimes.

L’objet d’art fait partie des collections Staatliche Antikensammlungen, conservées à Munich.

Thésée a triomphé en appliquant à Σίνις le supplice que celui-ci avait destiné à ses victimes.

Le troisième exploit de Thésée consistait à neutraliser une créature à quatre pattes qui était la laie de Krommyon (en grec : Υς Κρομμυών). Cette truie, qui dévorait les humains, semait la terreur à Krommyon, un territoire situé entre Mégare et Corinthe.

Une terre cuite de l’île de Mήλος (en français : Milos) montre le combat entre Thésée et la bête dangereuse :

Avec l’épée que lui avait donnée son père, Thésée a terrassé la laie de Krommyon.

La quatrième créature monstrueuse qui s’est dressée sur la route du jeune héros athénien était Σκίρων (transcription : Skiron). Installé sur une falaise, le monstre contraignait les voyageurs qui passaient dans les environs à lui laver les pieds. Puis il les précipitait dans la mer, pour y être dévorés par une tortue géante.

Thésée a empoigné la bassine, non pas pour faire la toilette de Σκίρων, mais pour l’assommer avec et le livrer à la tortue géante.

Le décor peint appartient à un bol à boire, conservé à Berlin.

Le peintre a représenté Thésée en train de basculer Σκίρων dans la mer, où guettait une tortue.

Sur la photo suivante, le caractère abrupt de la falaise qui se présentait à tribord du Zeph rappelait le supplice de Σκίρων :

Le cinquième combat opposait Thésée à Κερκύων (transcription : Kerkyon). Comme celui-ci était l’un des fils de Poséidon, il possédait du demi-dieu et le rang et la force musculaire. Il abusait de sa supériorité physique pour provoquer les voyageurs qu’il rencontrait. Le but de la provocation était d’engager une lutte à bras nus, dont l’issue était toujours victorieuse pour le demi-dieu et toujours fatale pour le mortel. Mais la présence de Thésée a rompu la routine du sort.

Une poterie antique est décorée avec la scène du combat entre Thésée et Κερκύων :

Thésée soulève son adversaire et, le lançant violemment contre le sol, l'écrase.

Grâce à sa vigueur et à son ingéniosité, l’Athénien aventurier a triomphé de l’épreuve.

Il y a eu un autre combat qui l’a préparé à sa mission de libérateur en Crète : c’était celui avec Προκρούστης (en français : Procuste). La créature malveillante et vicieuse attirait les voyageurs par un semblant d’hospitalité. Si la taille du voyageur était plus grande que la longueur du lit proposé, tout ce qui dépassait était scié. À l’inverse, si le corps du voyageur était plus court que le lit, les articulations étaient déboîtées et les membres, étirés pour rejoindre les dimensions du lit.

Le décor peint d’une poterie antique illustre le combat entre Thésée et Procuste :

Le peintre a bien mis en évidence le lit qui servait de gabarit, invoqué comme norme pour accomplir la torture.

Dans la photo suivante, l’étroitesse du passage séparant les deux masses rocheuses que le Zeph a longées au cours de sa progression vers la Crète évoquait la contrainte de s’adapter au gabarit de Procuste.

En infligeant à Procuste le supplice que celui-ci avait imaginé pour ceux qui étaient piégés, Thésée a témoigné une fois de plus qu’il était prompt à utiliser ses ressources mentales pour combattre l’injustice.

Et la mort de quatorze âmes innocentes à chaque paiement du tribut exigé par la Crète était une très grande injustice aux yeux de Thésée !

On peut subir l’injustice ou se révolter. Encore faut-il se donner les moyens pour se révolter.

Pieds et mains liés, au sens propre comme au sens figuré, les victimes sacrificielles ne pouvaient que se morfondre.

Les larmes apportaient un certain soulagement, mais seulement à très court terme, car la finalité des choses demeurait le dépeçage par le monstre.

La véritable délivrance ne viendrait que d’une figure héroïque, qui oserait tenter l’impossible.

Thésée était ce héros, qui a osé braver le destin pour écrire sa propre histoire en faisant usage du libre arbitre.

Ce n’était pas par vanité que Thésée agissait ainsi, car il poursuivait un but élevé, qui consistait à redonner de l’harmonie au cosmos, en sauvant des vies innocentes et rendant l’honneur à Athènes.

Le jeune Athénien avait-il les moyens pour affronter le Minotaure ?

Nous avons vu qu’il savait remporter la victoire à mains nues, avec l’épée paternelle ou la massue de Περιφήτης.

Thésée était confiant dans sa capacité à faire face à chaque nouvelle situation. Sa souplesse d’esprit et son inventivité stimulaient le Zeph et remplissaient celui-ci d’émerveillement.

C’était un très grand privilège que de naviguer dans le sillage de Thésée.

Voici le Zeph qui entrait dans les eaux crétoises :

Les promontoires rocheux qui apparaissaient sur le GPS se trouvaient au Nord-Ouest de l’île.

Avec les yeux d’Homère, voici le décor où s’accomplirait la promesse de la délivrance :

Le Zeph s’est abrité derrière le premier relief naturel, qui fonctionnait comme un brise-lames :

La baie où mouillait le Zeph s’appelait Γραμβούσα (transcription : Gramvousa).

Avec allégresse, le Zeph a fêté son arrivée en Crète.

Le festin était à base de poisson :

La garniture se composait de poivrons et de raisin :

Pour les libations, le Capitaine et le mousse ont préparé un spritz bien vénitien :

Ils ont trinqué à l’esprit d’aventure, au libre arbitre, à la lutte contre l’injustice, au courage et à l’optimisme. Autrement dit, aux valeurs incarnées par Thésée quand il avait débarqué en Crète.

L’incertitude de l’issue faisait que le projet entrepris par l’Athénien était un défi.

Il en est de même du projet de navigation. En Mer Égée, chaque navigation est un défi.

Comme Thésée, le Zeph est prêt à relever le défi !

L’émerveillement résidait dans le caractère irréductible du suspense.

 

Tags : émerveillement, Crète, Thésée, Minotaure, Γραμβούσα, Μαλέας, Κύθηρα, Aντικύθηρα, héros, délivrance, suspense, libre arbitre

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