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L’escale n°23 était une escale de substitution, de résignation, de cogitation et de guérison. Dit comme cela, l’on voit que rien ne prédisposait l’émerveillement à y trouver sa place.

En effet, l’émerveillement n’était pas un automatisme.

L’émerveillement se méritait, c’était une récompense.

Et la récompense, nous l’avons largement gagnée ! Nous : le Zeph, Castor, Pollux, le Capitaine, le mousse.

Donc, après Πόρος (transcription : Poros), l’escale initialement prévue n’était pas Πόρτο Xέλι (transcription : Porto Khéli), mais Σπέτσες (transcription : Spetses).

Le Zeph était arrivé à Σπέτσες aux premiers jours du mois d’août et y avait passé trois jours, accroché au flanc gauche d’un énorme cargo qui ravitaillait l’île en eau douce :

À présent, le Capitaine misait sur la disponibilité de la configuration pour faire découvrir à Castor et Pollux leur deuxième île.

Mais voilà ce que nous avons trouvé quand nous nous sommes de nouveau présentés devant Σπέτσες :

Une grosse vedette s’est déjà accaparée du flanc gauche que nous avions tant convoité. Il fallait donc renoncer à Σπέτσες et se rabattre sur Πόρτο Xέλι, qui se trouvait à deux miles nautiques plus loin.

Considérable a été la déception du Capitaine, parce que Σπέτσες était un haut-lieu de la Résistance contre le joug ottoman tandis que Πόρτο Xέλι n’était que le rejeton d’une station balnéaire. Sans connaître avec précision le contenu de chaque plateau de la balance, Pollux flairait que la substitution de Σπέτσες par Πόρτο Xέλι était une rétrogradation.

Dans cette question concernant la manière d’occuper le temps au cours des prochaines heures, le mousse ne se préoccupait pas des ressources qui appartenaient au site et dont celui-ci pourrait nous faire profiter. Le mousse se souciait plutôt de nos propres ressources, qui pourraient être défaillantes et nous empêcher d’apprécier pleinement la richesse de l’environnement. Or cette seconde situation était réellement la nôtre. En effet, Castor a beaucoup, beaucoup souffert de la houle dès la sortie de Πόρoς et rien ne disait qu’il n’avait plus l’estomac retourné ni l’intestin noué.

Le tourment infligé à la physiologie de Castor avait terriblement assombri l’horizon du Zeph.

Voici une photo faite pendant ces moments très difficiles :

Le contre-jour, involontaire mais ô combien opportun, illustrait parfaitement la triste ambiance à bord du Zeph.

Quel émerveillement pouvait-il y avoir en de tels moments ?

Avec dignité, Castor a mené le combat incertain de la résilience.

L’émerveillement n’avait pas besoin de l’efficience pour exister. L’émerveillement était engendré par le spectacle du courage.

Le rapport à la mer devenait un face à face avec soi-même, avec son propre corps, avec les limites de celui-ci. C’était une épreuve de lucidité. Et pour la gagner, cette épreuve, il fallait en faire une épreuve de probité.

Tout cela était totalement nouveau pour Castor.

Mis devant le fait accompli, Castor a fait preuve de lucidité, mais aussi de probité.

Cette victoire morale justifiait l’émerveillement.

Mais du traumatisme, le corps – c’est-à-dire la chair, meurtrie, affligée et même humiliée – ne se remettait pas aussi vite qu’on le voudrait.

Le corps blessé craint la réouverture de la blessure.

Le corps tourmenté par le cauchemar craint le retour du spectre.

Le tube digestif malmené par la houle craint la réapparition de la houle.

Et à Σπέτσες, il y avait une houle qui n’était pas provoquée ni par Éole, ni par Poséidon, mais par la vanité des humains, qui mettaient leur fierté dans la vitesse excessive. En voici une illustration :

Il s’agissait d’un bateau-taxi, qui était en train de soulever d’énormes vagues. À le voir se déplacer, l’on jurerait qu’il devait choisir entre vrombir ou crever (au sens de rendre l’âme). Alors, il vrombissait, en simulant la fureur de Poséidon ou la folie d’Éole. Et cette simulation, qui relevait à la fois du jeu et de la génétique, des dizaines et des dizaines de bateaux-taxis s’y adonnaient, fébrilement, depuis la tombée de la nuit jusqu’à l’aube. D’où la sensation, très, très désagréable, de dormir au milieu des gros bouillons d’une marmite endiablée.

C’est pourquoi l’indisponibilité du flanc gauche du cargo était perçue par le mousse comme une chance pour Castor, qui échapperait ainsi au chaos de la houle provoquée par la stupidité des humains. La saveur du temps n’était pas dans les heurts et les secousses, mais dans la douceur et le calme.

Tout ce raisonnement, le mousse l’a gardé pour lui. Il n’en parlait à personne, de crainte de froisser les susceptibilités, car le Zeph était déjà à fleur de nerf, à cause d’un drame interne et d’une déconvenue en provenance de l’extérieur.

Le mousse s’est donc contenté de suggérer, sur le ton du murmure, la résignation et d’encourager le repli vers Πόρτο Xέλι, qui semblait plus sécurisant et plus confortable.

Mais ce chemin, qui était, pour le mousse, le chemin de la paix, ne l’était pas pour quelqu’un d’autre.

Voici ce quelqu’un d’autre :

Nos chers lecteurs ont, bien sûr, reconnu Pollux.

Pollux était dans la position du guetteur quand le Zeph s’est présenté devant Σπέτσες.

Et dans sa fabuleuse intelligence, le veilleur a tout vu et a tout compris. Qu’a-t-il vu et qu’a-t-il compris ? Que Σπέτσες était un trésor, et que ce serait insensé d’y renoncer.

Le pressentiment de Pollux était parfaitement juste.

Par conséquent, pour Pollux, la route vers Πόρτο Xέλι n’était pas la route de l’apaisement mais celle du déchirement.

Que viendrait faire l’émerveillement dans cette affaire de transfert entre Σπέτσες et Πόρτο Xέλι ?

Ce transfert mettait en évidence l’acuité visuelle de Pollux.

Ses yeux ont vu loin et ont vu juste, parce que son intérêt pour ce que ses yeux captaient était considérable. Son regard sondait le paysage. Parce que c’était un paysage offert par la mer. Parce que Pollux aimait la mer. Parce que Pollux aimait la mer qu’il découvrait en Grèce.

Souvenez-vous de la voile noire, qui apparaissait dans la toute première photo ?

Élargissons le cadrage :

Elle était encore là, la voile noire : à l’arrière-plan, sur la ligne d’horizon.

Mais au premier plan, à la proue du Zeph, près de l’ancre, il y avait un guetteur.

Le mousse entend déjà certains lecteurs s’écrier : « C’est Pollux l’Ariégeois ! »

Mais était-ce bien lui ?

Au lieu de zoom sur l’horizon, zoomons sur le personnage.

Pollux baissait le regard en direction des vagues qui partaient à l’assaut du Zeph.

L’on pourrait supposer que c’était le regard de la fascination. Mais il était aussi possible que les yeux véhiculaient une interrogation. Le surlendemain, Pollux nous confierait que ce mouvement de l’eau, même menaçant, l’amusait. Dans une vie antérieure, l’Ariégeois aurait-il séjourné dans le Royaume de Poséidon ?

Mais revenons à l’échappée belle du XXIè siècle.

Le visage ne montrait aucune contraction :

Au contraire, un doux bonheur l’habitait.

La félicité n’était pas l’immobilité

Dans ce regard à 360°, où la liberté, totale et enivrante, était au service d’un énorme appétit pour le savoir, la vive attention avait pour objectif de capter tout ce qui émanait du cosmos grec, des flots de l’Histoire comme de l’habitat millénaire qui en constituait, sur la terre ferme, le profil antithétique.

La réception de la révélation faisait émerger une déclaration d’amour, qui engageait chaque parcelle de l’être. Quelle émouvante rencontre entre la connaissance livresque et la découverte in situ ! C’était la beauté de ce face-à-face, irrésistible et poignant, qui apportait un émerveillement considérable.

Autre splendeur éthique : point de consumérisme de la part du Pollux de l’Ariège.

Il ne réclamait rien. Il se satisfaisait de ce que la Grèce lui offrait. Il avait la sagesse d’avoir confiance dans la générosité de la Grèce. Et la Grèce s’est montrée très généreuse envers l’Ariégeois, dès que celui-ci est descendu du ferry en provenance d’Athènes.

À travers la révélation du cosmos grec pour les yeux de Pollux, il y avait la révélation de l’être intérieur de celui-ci. Cet être intérieur était habité par la finesse, la douceur, et surtout par le goût pour l’universel. Ce paysage intérieur était d’une très grande beauté : il suscitait un émerveillement sans borne.

Puis le regard fixait de nouveau l’horizon, étincelant, prometteur.

Le jargon nautique parlerait de maintenir le cap. Le vocabulaire de l’éthique évoquerait l’impatience d’atteindre la Terre Promise qu’était Σπέτσες.

La boucle formée par les six dernières photos se referme ici, avec la tristesse de Pollux qui n’a pas pu fouler le sol de la Terre Promise.

Pollux s’est résigné, sans aucun mouvement d’indignation, sans aucun geste de protestation, sans aucune parole d’amertume, sans aucun soupir ostentatoire. Quelle noblesse d’âme !

Le mousse, qui, depuis le début, s’est préoccupé de l’équilibre physiologique, a préparé le dîner de l’apaisement. Même dans ces moments éprouvants, le laisser-aller n’avait droit de cité à la table du Zeph.

Pour le premier service, il y avait une composition avec du brocoli et la poire, servis al dente :

Pour le second service, il y avait du riz, préparé avec des champignons frais, l’oignon rouge en bulbe et l’oignon vert en tige :

À aucun moment, il n’y a eu le recours au sachet dont l’ouverture rapide était destinée à satisfaire la hâte de consommer. À bord du Zeph, c’était toujours la cuisson lente qui prévalait, pour honorer l’exigence d’une qualité à la française.

À ce sujet, il existait une chose qui produisait l’émerveillement, et seulement sur le Zeph : il s’agissait de la grande patience de toutes les personnes à bord, dans l’attente d’avoir le plaisir des papilles. Malgré l’extrême fatigue physique des uns et des autres, leur bienveillance à l’égard du préposé aux fourneaux permettait à celui-ci de travailler avec sérénité et efficacité.

Cette empathie créait un émerveillement qui était un signe distinctif du Zeph, c’est-à-dire introuvable ailleurs.

Le mousse a insisté pour que le repos nocturne soir réellement réparateur pour tous.

Comment la journée du lendemain a-t-elle commencé ?

Laissons le ciel répondre à notre place :

La photo montre le hublot sommital qui se trouvait à tribord, au-dessus des fourneaux.

Le soleil levant faisait ruisseler de l’or sur le flanc droit du Zeph. C’est un excellent augure !

Et voici le spectacle à l’intérieur :

Castor était en train de consulter un manuel de grec ancien, conçu pour la classe de Quatrième au collège. Le visage était studieux. On dirait même que quelque chose tracassait Castor. En effet, juste après la photo, Castor a demandé au mousse pourquoi les chiffres, qui ont dû exister depuis Homère, n’apparaissaient pas dans ces pages. Le mousse a répondu que Castor s’attendait à une graphie indo-arabe alors que l’Antiquité grecque utilisait la méthode alphanumérique, c’est-à-dire que les anciens Grecs utilisaient la première lettre de l’alphabet, α, pour signifier 1. Puis, la deuxième lettre, β, pour signifier 2. Seule la pensée hindoue-arabe a créé une graphie spécifique pour les chiffres.

Le mousse découvrait, avec émerveillement, le penchant de Castor pour l’investigation.

De la même manière, Castor avait manifesté son instinct d’enquêteur quand il avait emboîté le pas au Capitaine jusqu’à la chapelle qui dominait l’entrée Sud du détroit de Πόρος.

Voici cette chapelle :

L’architecture montrait deux chapelles contiguës : la plus méridionale se trouvait à droite.

De cette dichotomie, Castor allait faire surgir un suspense en donnant libre cours à sa curiosité scientifique.

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Dans le lieu consacré au recueillement, Castor s’est intéressé au livre qui se trouvait de l’autre côté du rideau de l’iconostase.

Le mousse a trouvé Castor en train de déchiffrer l’évangile « selon Matthieu ».

Le mousse a montré à Castor le titre de l’évangile « selon Luc », puis le titre du livre des « Nombres ».

Castor cherchait le livre de « l’Apocalypse ». En feuilletant seulement, Castor et le mousse ne l’ont pas trouvé. Ils ont alors consulté la table des matières et ils ont découvert que l’ouvrage n’était pas la Bible mais un livre pour les offices. D’ailleurs, la numération des semaines en était un indice.

La Bible, ils l’ont trouvée dans la seconde chapelle, qui était contiguë à la précédente. Le mousse a montré à Castor que la couverture portait bien les lettres « Aγία Γραρφή » (littéralement : Sainte Écriture).

Voici enfin la couverture qui ravissait Castor :

Avant de tomber sur « l’Apocalypse », ils ont tourné les pages de la lettre aux « Colosséens ». Arrivés à « l’Apocalypse », ils ont déchiffré les cinq premiers mots.

Après l’enquête menée avec persévérance par Castor, tout l’équipage du Zeph a réalisé un portrait collectif en s’adossant à la chapelle la plus méridionale.

Ainsi les lettres ont assuré, pour Castor, la continuité entre Πόρος et Πόρτο Xέλι tout comme les embruns ont assuré, pour Pollux, la continuité entre Πόρος et Σπέτσες.

Avec émerveillement, le mousse a découvert la passion de Castor pour l’écriture.

L’aventure proposée à Castor et Pollux grâce au Zeph se déroulait avec deux sensibilités différentes, qui tenaient à leur indépendance pour préserver leur authenticité.

Ce souci de l’authenticité créait un superbe émerveillement.

Après cette édifiante rétrospective impliquant Πόρος, l’escale précédente, revenons au mouillage de la résignation, qui était Πόρτο Xέλι.

Nous avons laissé Castor aux prises avec le manuel de grec ancien pendant le petit déjeuner. Le voici qui venait de finir sa collation de linguiste :

Une douce joie illuminait le visage de Castor.

La nuit avait produit son effet réparateur.

Nul ne pouvait imaginer que la veille ce visage était torturé par les ténèbres.

Aucun stigmate n’est apparent.

Le souvenir de la descente aux Enfers semblait bien loin !

La guérison, si prompte et si fiable, était un formidable sujet d’émerveillement.

Ce retour, nécessaire, aux choses positives, chassait, de manière quand même inattendue, la tristesse qui était inséparable de la résignation. Car, se résigner, c’est obéir à contre-cœur.

Mais les divinités étaient en train de nous préparer une fête qui ferait dire que la présente escale, c’est à dire Πόρτο Xέλι, n’était pas une escale de résignation, mais une escale prioritaire, choisie de plein gré !

Ce rebondissement, qui créait une inversion du jugement, était dû à la clémence des divinités.

Grâce à cette clémence, nous ne ressentions pas l’affliction d’un échec ou même, d’un demi-échec, mais nous exultions, avec des raisons objectives pour exulter.

Cette clémence nous émerveillait, grandement et durablement.

Voici les circonstances qui expliqueront l’éclat de cette fête.

Douze jours auparavant, le Zeph a failli périr en mer, au large de Γέρακας (transcription : Yérakas), pour cause d’asphyxie. Un bateau amarré à Πόρτο Xέλι, le Marie-Pascal, a fait le service de l’ambulance pour amener le Zeph jusqu’aux urgences.

Évidemment, la dette du Zeph envers le Marie-Pascal était énorme.

Le miracle du secours était en soi une cause d’émerveillement absolu.

Mais dans cette affaire, ce n’était pas la technique chirurgicale qui faisait briller l’exceptionnel, même si elle a été à l’origine de la survie du Zeph.

Le sceau de l’exceptionnel a été apposé par l’enjeu éthique.

En effet, après que le Zeph a récupéré son souffle et ses esprits, le Marie-Pascal s’est attaché à la survie du Zeph, puis à la personnalité de celui-ci, en pressant les événements à nous arranger de nouvelles retrouvailles pour une plus ample connaissance mutuelle.

C’était comme si le Marie-Pascal avait le coup de foudre pour le Zeph.

Pendant que le Zeph s’installait de nouveau au mouillage de Πόρτο Xέλι, le Marie-Pascal prenait possession d’une voiture de location. Et dès le lendemain matin, le Marie-Pascal a rejoint le Zeph à Πόρτο Xέλι.

L’émerveillement était dans l’inversion du lien affectif. D’ordinaire, c’est la personne secourue qui s’attache à la main secourable. Mais à Πόρτο Xέλι, c’était l’ambulance qui éprouvait des sentiments très forts à l’égard du malade secouru.

Cette inversion, inattendue et rarissime, de l’attachement n’a pas dispensé le Zeph de manifester sa gratitude.

La démonstration de gratitude du Zeph a ébloui le Marie-Pascal dès les premières secondes :

Une très forte émotion s’est emparée de la Muse du Marie-Pascal quand elle est descendue du cockpit pour découvrir la table dressée dans le carré :

Castor, emporté par le tourbillon d’allégresse et d’enchantement, s’improvisait guide auprès de la Muse et lui a même dit : « Et encore, tu n’as rien vu ! »

L’éloge anticipé n’a pas échappé à l’oreille du cuisinier, qui s’est mis à redoubler d’attention dans ses degrés de cuisson.

Le vin résiné grec était servi pour accompagner les crudités de l’entrée :

Puis est arrivé l’instant tant attendu : la fête du croustillant des rouleaux de printemps.

C’était à cela qu’avait pensé Castor quand il avait prévenu la Muse du Marie-Pascal de s’attendre à un magnifique crescendo.

Effectivement, le succès phénoménal des rouleaux de printemps, préparés uniquement pour la circonstance, c’est-à-dire sans l’adjonction de substances chimiques pour une longue conservation, et de surcroît cuits devant les invités, c’est-à-dire sans le réchauffement qui détruirait l’effet fraîcheur, propulsait l’ambiance à table vers des sphères hilarantes insoupçonnées :

Avec un naturel incroyable, la Muse du Marie-Pascal exprimait tout de suite sa gratitude :

Un gâteau inspiré d’une recette corse a servi de dessert :

La très grande joie de vivre de la Muse lui rapportait le privilège de faire de la géométrie gourmande :

Mais la Muse, qui était plus proche de l’art dramatique que de la géométrie, y voyait, non pas un exercice de précision, mais un exercice de style :

Castor, envoûté par le grand bonheur de la Muse, continuait à se répandre en confidences en rappelant le merveilleux souvenir d’avoir dégusté, jadis, un gâteau à l’orange, confectionné avec les mêmes mains, selon la même recette.

Aujourd’hui, le gâteau n’était pas à l’orange, mais à la banane.

Malgré le changement de l’intitulé, le plaisir anticipé fleurissait sur toutes les lèvres.

Pour accompagner le gâteau auquel personne ne s’attendait, il y avait un mousseux rosé :

Plein d’entrain, Castor s’est porté volontaire pour être l’échanson :

La photo montre que la libération de l’effervescence était imminente. Mais il y avait une autre chose à remarquer : elle était visible à l’autre bout de la table, à la place qui était opposée à celle de Castor, dans l’assiette, à travers le cristal. Il s’agissait de la chantilly que Pollux venait de déposer sur sa part de gâteau.

Dans les secondes qui ont suivi, la popularité de la chantilly l’a emporté sur l’attrait des bulles du rosé

La chantilly a gagné un nouveau territoire, qui était l’assiette du Capitaine du Zeph. La nouveauté n’était pas seulement dans le gain territorial, mais aussi dans le volume grandissant qui était déposé au-dessus de la part de gâteau. De l’autre côté de la table, un sourire saluait le début de la surenchère : c’était le sourire du capitaine du Marie-Pascal. L’intensité dramatique croissante a incité la Muse à utiliser son appareil de photo pour garder en souvenir les beaux instants.

Castor tentait d’attirer de nouveau les regards :

Mais le volume de chantilly que venait de s’octroyait le Capitaine du Zeph demeurait le point de mire favori. Le capitaine du Marie-Pascal s’en amusait, avec un magnifique sourire, qui exprimait une profonde empathie et une bonté éblouissante.

La première flûte remplie était celle de la Muse :

Puis c’était le tour de la flûte du capitaine du Marie-Pascal :

Quelle photo extraordinaire !

Dans l’équipage du Marie-Pascal, personne ne regardait le verre qui leur était tendu. Leur attention était ailleurs. Leurs regards étaient tournés vers l’autre bout de la table, du côté de Pollux, avec deux magnifiques sourires synchrones.

Qu’est-ce qui amusait tant le Marie-Pascal ? La grande gourmandise de Pollux !

Certains auraient pris un malin plaisir à développer un état d’esprit négatif, en éructant un sarcasme corrosif, une caricature outrancière, une parole scandalisée ou une moquerie acidulée.

Rien de tout cela de la part du capitaine du Marie-Pascal, dont le superbe sourire respectait le silence de la bonté.

Ensuite, le Marie-Pascal et le Zeph ont trinqué à la solidarité en mer et à la belle amitié naissante :

L’abondance de lumière, qui rechargeait les batteries, au sens propre comme au sens figuré, incitait le mousse à proposer à la Muse du Marie-Pascal un plaisir souvent considéré comme luxueux sur un bateau : il s’agissait d’un café à la George Clooney.

Le mousse a visé juste.

La Muse en avait rêvé, et le mousse l’a fait !

L’arôme délicieux du café faisait épanouir une vision mentale, où le subconscient affleurait le conscient.

Pour la Muse du Marie-Pascal, dans les effluves du café à la George Clooney, pourrait flotter l’image du cygne, qui incarnerait l’aisance d’un savoir-faire et l’élégance d’un savoir-être

Quant au Capitaine du Zeph, il penserait volontiers à « l’or du temps », qu’il avait souvent côtoyé au cours de cette saison :

Pollux, lui, se réjouirait de sa découverte des flots égéens, dont l’un des emblèmes, sur la mosaïque comme sur le grill, était le poulpe :

Et Castor, où qu’il soit, avait toujours une grande passion pour les présences félines :

Voici Castor en train de prendre soin des chats au pied de la Tour de l’Horloge, pendant l’escale précédente

À ces amis d’un instant, il apportait l’inattendu plaisir gastronomique de goûter le thon et le saumon.

La Muse du Marie-Pascal et son capitaine étaient les artisans de la guérison.

En relativisant les ennuis techniques, le capitaine du Marie-Pascal communiquait au Zeph l’énergie nécessaire pour retrouver la confiance et l’optimisme.

La Muse du Marie-Pascal, à travers l’histoire d’un danseur en herbe qu’elle avait aidé jusqu’à l’épanouissement total de son art, nous exhortait à cultiver la patience et l’endurance.

Aucune futilité n’émanait du Marie-Pascal. Ses conseils d’ami, que ce soit dans le domaine technique ou dans le domaine humain, étaient toujours prodigués avec tact.

Voici le Marie-Pascal et le Zeph unis dans un même bonheur :

Πόρτο Xέλι. l’escale de résignation, s’est révélé être une escale de bénédiction. Cette mutation, totalement inattendue, était une très, très grande source d’émerveillement.

La présence réconfortante du Marie-Pascal a laissé un sillage salutaire.

De nouveau en pleine forme, Castor et Pollux ont décidé de prendre en main leur destin, c’est-à-dire de contourner l’obstacle d’Éole.

Dans l’affaire, la tête pensante était Pollux, qui n’avait pas renoncé à Σπέτσες et qui cherchait un moyen pour y revenir, sans mettre en péril le rendez-vous avec l’avion qui décollerait d’Athènes.

Πόρτο Xέλι devenait alors l’escale de la cogitation compensatoire.

Puis la lumière est venue. Avec elle, le sourire du soulagement et de la fierté :

L’initiative de Pollux emportait l’accord de Castor, qui voyait que la chance leur souriait à nouveau :

Voici le procédé imaginé par Pollux et Castor pour mettre finalement Σπέτσες dans leur escarcelle. Le Zeph les déposerait le lendemain, au petit matin, quelque part sur l’île tant désirée, qu’ils exploreraient seuls. Sans rien changer au programme prévu en fonction de l’avion d’Athènes, le Zeph retournerait à Πόρoς. Après leur exploration de Σπέτσες, Pollux et Castor prendraient un ferry qui les amènerait à Πόρος. Et les retrouvailles à Πόρος ne manqueraient pas de réjouir tout le monde.

Le stratagème semblait bien bien ficelé, mais quelque peu audacieux. Cependant, il avait l’énorme avantage de mettre en avant l’indépendance.

Et c’était cette mise en valeur de l’indépendance qui émerveillait bigrement.

La nuit s’est donc vue confier la responsabilité de rassembler les forces physiques et mentales nécessaires à la réussite du débarquement.

Puis est venu le matin tant prometteur. Le soleil était déjà tout excité :

De mémoire de Zeph, jamais l’Est à Πόρτο Xέλι n’avait été aussi flamboyant.

Castor et Pollux étaient encouragés à bien prendre soin de leur forme physique avant de débarquer.

C’est pourquoi Pollux était encore en train de prendre son petit déjeuner pendant que le Capitaine manœuvrait la barre à roue :

De l’autre côté de la table, apparaissait une couverture qui avait le même ton chromatique que les bouées suspendues. Il s’agissait de Castor, qui prolongeait, au chaud, son repos nocturne.

Puis l’horizon s’est enfin décidé de se parer de ce que Pollux voulait voir : la terre de Σπέτσες.

Le Capitaine a fait un tour à l’intérieur de l’espace portuaire pour voir s’il y avait du nouveau par rapport à la veille.

Le flanc gauche du cargo était toujours squatté par la grosse vedette.

Il faudrait faire avec.

Le Capitaine expliquait à Castor et Pollux où ils devraient débarquer, en précisant que le Zeph ne pourrait pas s’immobiliser pendant longtemps.

Voici le quai destiné à accueillir les pieds volants de Castor et Pollux :

À l’extrémité du débarcadère, deux canons étaient pointés en direction de la mer, pour rappeler l’époque où ils avaient servi à repousser l’Ottoman.

Avec une très vive attention, Pollux observait la manœuvre d’approche effectuée par le Zeph :

Castor et Pollux se préparaient à quitter le Zeph :

Dans sa bonté, Pollux continuait à remplir la fonction d’éclaireur. À son tour, Castor se rapprochait des haubans qui aideraient à descendre du Zeph :

Puis, tel une mouette, Pollux s’est élancé dans les airs

Et tel une mouette, Pollux a atterri sur le quai :

Castor, qui avait la prudence du chat, prenait d’abord appui sur le liston :

Décomposé deux temps, le saut devenait moins périlleux :

Comme un chat, Castor a atterri en douceur sur le quai.

Désormais, Pollux et Castor se trouvaient du bon côté par rapport aux canons de l’Indépendance :

Nous étions certains que la voie de l’indépendance était la voie de l’épanouissement. Cette certitude n’apportait pas d’émerveillement. Par contre, le degré d’épanouissement, lui, n’était pas programmé. Ce serait donc par lui que viendrait, à coup sûr, l’émerveillement.

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En effet, regardez ce visage qui s’est présenté soudainement devant l’objectif :

C’était Pollux, qui venait de débarquer à Πόρος. Comme il était rayonnant, heureux, comblé !

Castor a bénéficié de la même métamorphose :

La photo montre Pollux et Castor qui s’apprêtaient à retourner sur le Zeph, après le départ du ferry en provenance de Σπέτσες.

Certes, la fatigue physique a laissé un très, très léger voile, car le rythme de la randonnée à pied, le long du rivage de Σπέτσες, était très intense.

Mais le bonheur de la réussite ne faisait aucun doute.

Qu’est-ce qui était à l’origine de cette ravissante métamorphose ?

Ceci :

Et l’autre œil ? Le voilà, l’autre œil :

À qui appartenait ce regard de bravoure ? À un jeune porteur de feu, qui combattait le joug ottoman :

Avec sa fière allure, le personnage masculin donnait l’impression d’esquisser un pas de danse.

Voilà d’où venait l’énergie qui avait métamorphosé Pollux et Castor : elle venait de la beauté de la jeunesse et de la noblesse d’un idéal.

Le porteur de feu gardait la baie à l’Est.

Le nom du porteur de feu était Kοσμάς Mπαρμπάτσης (transcription : Kosmas Barbatsis).

À l’Ouest, la baie était sous la protection de ce regard :

Ce regard appartenait à une silhouette féminine, qui portait une arme à feu :

L’héroïne dont la mémoire était ainsi célébrée avait atteint le grade le plus haut, qui était celui d’amirale.

Elle regardait vers l’Est, c’est-à-dire vers l’Empire ottoman, qui avait spolié la Grèce pendant quatre cents ans.

Le nom de l’amirale était Λασκαρίνα Μπουμπουλίνα (transcription : Laskarina Bouboulina).

Entre les deux sentinelles, la courbure de la baie était gardée par cette autre courbure :

La photo montre une sirène, dont le flanc droit était éclairé par le soleil en fin d’après-midi.

La régularité des formes et la stabilité de l’ensemble évoqueraient la sécurité.

La courbure déployée signifierait la sécurité assurée.

Mais il existait aussi un second message. Car la courbure exhibée était aussi celle de la sensualité et de la séduction, quel que soit l'angle de vue.

Voici la Sirène dans l'axe de son regard, c'est-à-dire dans la direction du Sud :

Dans cette vision, la Sirène veillait à la prospérité des activités portuaires. C'était donc le message de l'opulence qui était délivré.

Découvrons à présent ce regard protecteur :

L’œil droit surveillait les arrivées néfastes par la mer. Pendant ce temps, l’œil gauche veillait aux intrusions en provenance des collines :

L’artiste, qui était une femme, Nαταλία Mελά (transcription : Natalia Mela), a mis dans ce regard de la guerrière la puissance de feu de la Gorgone.

La guerrière arborait le trident de Poséidon pour montrer qu’elle bénéficiait du soutien du Souverain des Mers pour défendre la souveraineté de la Grèce sur ce rivage.

Cette souveraineté était millénaire.

Le feu qui embrasait le regard de la guerrière provenait des entrailles du cosmos grec.

Au cours de leur exploration de Σπέτσες, Castor et Pollux se sont épris de ce feu qui caractérisait l’identité grecque. Ce coup de foudre pour Σπέτσες a engendré un transfert d’énergie, qui a illuminé leur retour à Πόρος.

De leur jolie escapade initiatique à Σπέτσες, Castor et Pollux ont ramené pour le Zeph un beau cadeau. Dans la photo suivante, ce cadeau apparaissait à côté du la bouteille de vin blanc, sous l’abat-jour rouge :

Il s’agissait d’olives, bien charnues, dont la taille géante visait à chasser l’esprit radin et la pensée restrictive.

Quant à la table de fête où ces olives faisaient figure d’offrande ex-voto, elle sera décrite dans l’article suivant, qui s’occupera de l’escale n°24.

Un premier bilan faisait naître l’émerveillement à l’égard de l’idée fixe de Pollux, qui a été très diplomate pour imposer celle-ci en douceur et en révéler la fécondité.

En définitive, l’escale n°23, qui n’était pas désirée parce qu’elle ne semblait pas désirable, a donné lieu à deux renaissances : celles du Zeph et de Castor. Ce double miracle était salué par un immense émerveillement.

 

Tags : émerveillement, Πόρτο Χέλι, Σπέτσες, Πόρος, Aγία Γραρφή, équilibre, diététique, Kοσμάς Mπαρμπάτσης, Λασκαρίνα Μπουμπουλίνα, Nαταλία Mελά

Tag(s) : #2025 LA GRECE
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