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L’on peut se souvenir d’une plaque minéralogique, d’un théorème, d’un règlement.

Mais au sujet de Πόρος (transcription : Poros), nous nous souvenions, non pas d’un lieu, mais du coup de foudre que nous avions eu pour ce lieu. Nous nous souvenions que nous avions tant aimé Πόρος.

Nous ne souvenions pas d’une chose, mais d’un sentiment, qui, en l’occurrence était un sentiment amoureux. Et ce sentiment ne supporterait pas l’affront d’une banalisation, qui serait déjà le début d’un dépérissement.

C’est pourquoi la mémoire du lien affectif nous incitait à le vivifier en chantant toutes les belles choses qui constituaient sa raison d’être.

Ce chant de louange pouvait se faire sans auditoire, mais il pouvait aussi se dérouler en présence d’un public. Souvent, il avait eu lieu sans public. Mais l’heure était venue de l’entonner en tenant compte de la compagnie de Castor et Pollux, ceux du XXIè siècle, qui avaient fait la route depuis l’Ariège.

Voici Castor et Pollux, à la sortie du ferry en provenance d’Athènes :

Sur la photo, Castor se tenait du côté de la terre ferme. Pollux, du côté de la mer. Bien qu’en la circonstance, cette disposition soit le pur fruit du hasard, elle reflétait tout à fait les inclinaisons physiologiques et mentales de l’un et de l’autre.

C’étaient Castor et Pollux, qui avaient inspiré l’article « L’aventure de la Bohème en Ariège. (1) Le charme du cadre champêtre », paru le 21 février 2025.

La communion de nos quatre sensibilités, qui n’était pas un pari, mais déjà une récompense, glorifierait le souvenir du coup de foudre initial pour Πόρος.

Dans cette démarche, c’était le présent qui venait à la rescousse du passé.

Mais la causalité dans le sens inverse existait aussi.

En effet, le Castor de l’Ariège et son compagnon, Pollux, Ariégeois aussi, se trouvaient à Πόρος parce que l’équipage du Zeph leur était redevable pour l’immense dévouement qu’ils avaient déployé afin de l’accueillir à Ginabat, à l’orée du printemps dernier. Cette fois-ci, c’était le passé qui nourrissait le présent.

Ballade à l’appui, le Capitaine du Zeph contait à Castor et Pollux l’élan amoureux qui nous avait portés vers Πόρος.

L’équipage du Zeph était tombé amoureux des aplombs de l’île et des sentiers aériens de celle-ci :

Le coup de foudre était pour la nature sauvage :

La coquetterie des jardins fleuris fascinait : 

L’omniprésence de la spiritualité répandait un suave parfum :

Mais en plus de toutes ces belles choses, Πόρος a réservé un cadeau encore plus somptueux pour Castor et Pollux. C’était un cadeau spécialement conçu pour eux, introuvable ailleurs. Il s’agissait d’une immersion dans une fête de la mer, au milieu d’êtres amoureux de l’Égée. Contrairement aux autres événements festifs, abonnés au triste sort d’être sans lendemain, la fête spécialement préparée pour accueillir Castor et Pollux célébrait la vitalité de la mémoire, sa fécondité, sa splendeur.

À présent, déroulons le chemin glorieux de la mémoire, en suivant l’ordre chronologique.

Trois jours avant l’arrivée de Castor et Pollux, on a frappé à la coque du Zeph, du côté de la poupe.

Cette occurrence aurait pu ne pas se produire, ou avoir lieu après le retour de Castor et Pollux en Ariège.

L’opportunité temporelle était primordiale et décisive.

Venaient de frapper à la coque du Zeph la muse de la Brise du Midi et son capitaine, qui nous avaient proposé leurs glaçons, l’an dernier, à Σκύρος (transcription : Skyros), pour l’apéro à bord du Zeph. Ils nous ont re-connus parce qu’ils ont cherché à nous re-voir. Ils ont cherché à nous re-voir parce qu’ils avaient en mémoire le lien affectif qui était né l’an dernier. Leur mémoire était une mémoire constructive, dynamique et généreuse.

Voici donc à nouveau l’équipage de la Brise du Midi dans le cockpit du Zeph, mais cette fois-ci à Πόρος :

La Brise du midi servait d’instrument à la mémoire pour que celle-ci vienne à notre rencontre.

En se comportant ainsi, la Brise du Midi prenait la relève d’un voilier ami, le Nereida, qui lui aussi, avait servi d’intermédiaire pour que la mémoire vienne à notre rencontre l’an dernier. En effet, c’était la muse du Nereida qui avait reconnu le mousse l’an dernier, sur les quais de Σκύρος, en s’exclamant : « Mais c’est Minh ! »

Cet épisode avec le Nereida est raconté en détail dans l’article « Le balcon posé sur la mer (49-1) à Σκύρος. Le balcon de la convivialité », pubié le 27-01-2025.

Voici la muse du Nereida et son capitaine :

La tendre mélancolie de leurs sourires faisait penser aux symphonies de Tchaikovski.

Ainsi le fil de la mémoire déroulé par la Brise du Midi est venu s’ajouter au fil de la mémoire déroulé par le Nereida pour former une tresse qui amarrait le souvenir à l’apéro offert par la Brise du Midi, le lendemain de la fructueuse prospection.

Voici le portrait des capitaines lors de cet apéro sur le quai municipal de Πόρος :

En partant de la gauche, il y avait le capitaine de la Brise du Midi, le Capitaine du Zeph, puis la barre à roue. De l’autre côté, tout à fait à droite, se trouvait le capitaine du Nereida. Entre le capitaine du Nereida et le Capitaine du Zeph, c’était un marin chevronné, qui avait connu l’époque où les cinq doigts d’une main étaient de trop pour compter les bateaux amarrés à Πόρος.

Et maintenant, voici le portrait des muses :

De gauche à droite, il y avait la muse de la Brise du Midi, la muse du Nereida et une navigatrice expérimentée, qui était la compagne du capitaine chevronné, assis à côté du capitaine du Nereida.

C’était dans ce contexte que la voix magique et envoûtante de la mémoire s’est fait entendre par la bouche de la muse du Nereida et la bouche de la muse de la Brise du Midi, qui évoquaient avec beaucoup de précision l’assiette de légumes préparée à Σκύρος par le mousse.

Comme la mémoire des papilles était fascinante !

Voici donc cette assiette de légumes qui faisait encore saliver, un an après :

Et voici le plaisir de la dégustation :

C’était ces deux sourires qui avaient engendré le chemin glorieux de la mémoire.

Le mousse est infiniment reconnaissant envers ces deux sourires.

Mais Πόρος n’était pas qu’un banal copier/coller de Σκύρος. Car Πόρος a fait dire, par la bouche de la muse du Nereida, que le mousse était aussi un « philosophe ».

Était-ce la philosophie qui transparaissait à travers l’art culinaire ? Ou la philosophie était-elle une chose tout à fait à part ? Dans ce dernier cas, le mousse aurait cumulé deux atouts complètement indépendants !

La muse du Nereida n’a pas précisé davantage sa pensée. Mais le fait qu’elle a amené le deuxième degré au milieu du comestible, qui n’appartenait qu’au premier degré, a beaucoup ému le mousse. Par cette évocation de la philosophie, la gloire commençait déjà à émerger pour le chemin de la mémoire.

Deux jours après, arriveraient Castor et Pollux, juste au bon moment pour participer à l’épanouissement total de cette gloire.

Voici le lieu où la mention de la philosophie a eu lieu :

ESPERANZA était le nouveau nom que portait la Brise du Midi, après sa métamorphose toute récente.

À l’arrière-plan, s’élevait un bâtiment avec des piliers blancs sur fond rouge. Ce spécimen du néo-classicisme était destiné à la préservation de la mémoire patrimoniale. Devant lui, dans l’axe de l’escalier central, était disposée une fontaine jaillissante, avec une variation de la hauteur et de la couleur des jets d’eau

Ci-dessus, la hauteur des jets d’eau de la périphérie était minimale.

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Puis le jaillissement de l’eau prenait de la force :

Magique, l’ascension se poursuivait :

Dans l’étape finale, chacune des deux couronnes de jets d’eau propulsait ceux-ci le plus haut possible et créait une fête visuelle éblouissante.

Cette évolution de la fontaine pourrait illustrer le devenir du chemin de la mémoire.

Nous arrivons maintenant au jour de gloire.

Avec l’accord de tous, le festin de la mémoire s’est déroulé comme une pièce de théâtre du Grand Siècle, avec les trois actes.

Le premier acte était dédié à la fraîcheur.

En voici la figure type :

La fraîcheur des crudités devait être irréprochable, comme en témoignait la blancheur de la lamelle de champignon, sans l’ajout artificiel du jus de citron.

Le maximun de vitamines était préservé par une consommation à cru.

Les chefs français recommandent instamment de respecter le produit.

La mémoire enregistre la recommandation de ces aînés et incite à ne pas détruire le potentiel de vitamines par quelle que cuisson que ce soit.

Donc les cylindres de concombre, ainsi que les filaments qui les garnissaient étaient crus. Étaient également crues les rondelles de tomate qui formaient les assises. Évidemment, les copeaux de chou blanc qui constituaient le plan incliné de la lamelle de champignon étaient crus aussi.

Sur la photo, le pied du champignon était chevauché par un filament de gingembre qui s’est échappé de la sauce prévue pour l’assaisonnement. Il allait de soi que le gingembre qui donnait sa saveur à la sauce était absolument cru.

À l’époque du Grand Siècle, le théâtre de Molière incluait des ballets orchestrés par Lully.

Voici donc le ballet de la fraîcheur :

Le ballet faisait intervenir quatre ballerines et quatre danseurs.

En effet, sur la photo précédente, les teintes des assiettes étaient alternées. Au premier plan, apparaissait le bleu clair, qui se voyait aussi sur la photo d’introduction. Cette teinte de l’azur éthéré était la teinte de la féminité.

De part et d’autre de cette assiette bleu clair, étaient posées des assiettes dont le bleu foncé rappelait les profondeurs marines :

Le bleu foncé s’adressait à la virilité.

Il était où le maître de ballet ?

Le voici qui venait de prendre sa place :

Avant de faire danser le temps grâce à l’effervescence dionysiaque, le maître de ballet donnait des consignes pour régler l’éclairage. Celui-ci était central au moment où tout le monde attendait l’apparition du chorégraphe :

Mais il faudrait qu’à certains moments du ballet, l’éclairage devienne périphérique :

Comment le public a-t-il réagi à cette mise en scène ?

Il en était tout ébloui et s’est fait sienne la ronde.

Le premier à entrer dans la ronde était Castor. Le voici qui cherchait à apprivoiser le maître de ballet :

La première danse était dédiée à celle qui avait été à l’origine de ce fantastique chemin de la mémoire.

Castor s’appliquait pour honorer l’intelligence qui faisait de la remontée du temps un lien social :

Quant à la muse qui venait de prendre la relève cette année, elle ornait la ronde générale avec ses mains en lotus.

Ces mains qui dansaient devant le cœur de la muse ne faisaient pas bande à part. Nullement ! En effet, regardez leur objectif final :

Elles se saisissaient de l’assiette, comme d’un trésor. Bien évidemment, cette vaisselle qui chatoyait n’était là que pour témoigner de l’épanouissement apportée par une mémoire féconde, combative et édifiante.

Car le combat de la mémoire est un geste de fidélité.

Le succès du premier acte était un augure très favorable.

Le deuxième acte était donc engagé avec beaucoup d’optimisme.

Le nœud de l’intrigue réclamait une prestation plus ambitieuse.

C’est pourquoi le mousse était très vigilant pour que tout se déroule avec précision.

La précision concernait le degré de cuisson qui était propre à chaque ingrédient pour obtenir la bonne texture.

Il y avait de la volaille au menu. Elle devait être onctueuse.

Les chefs français encouragent la cuisson avec l’os, pour plus de saveur.

La leçon était entendue. Le conseil, appliqué scrupuleusement.

En accompagnement, il y avait des brugnons, pour suivre l’exemple d’un chef exerçant à Biarritz.

La cuisson devait laisser à la chair une infime fermeté pour contraster avec l’onctuosité de la viande. C’était l’art du contrepoint.

Et voici l’assiette dressée pour le deuxième acte :

Comme pour le premier acte, il y a eu la formation d’un ballet :

Un regard attentif remarquera que l’assiette en bout de table, à gauche, n’était pas dressée pas comme les sept autres.

En effet, voici un plan rapproché de l’assiette qui intrigue :

C’était l’assiette du Pollux de l’Ariège, qui préférait les légumes et les fruits à la viande.

Alors, le mousse a remplacé la volaille par un mille-feuilles, dont l’élément principal était l’aubergine.

Quelle que soit l’opinion concernant l’origine des protéines, il existait un sujet qui mettait tout le monde d’accord : c’était la richesse en tanins du Gigondas, avec le millésime 2013.

Le tire-bouchon a été confié au Capitaine du Zeph :

Un mélange de suspense et de jubilation avait lieu pendant que les verres se remplissaient :

Trinquer à la mémoire prospère et triomphante était un immense plaisir :

Le deuxième acte a soulevé l’enthousiasme du public.

Mais le suspense demeurait : le troisième et dernier acte serait-il de la même qualité ?

Le mousse y travaillait de toute son âme.

Il a privilégié la lumière, qui était l’alliée de la gloire.

Le dessert se composait de trois strates : le fromage blanc était nappé par une couche de confiture à la fraise, elle-même coiffée par des quartiers de pomme marinés au rhum.

La transparence devait être parfaite, quel que soit le verre utilisé :

Deux sortes de verre ont été utilisés : le verre de la féminité avait le pied plus haut et plus élancé que celui de la virilité.

Ils alternaient avec les flûtes destinées à recevoir le champagne :

Un jeu de miroirs s’installait pour rappeler que la mémoire fonctionnait seulement avec le principe de la transparence 

Sur la photo précédente, un seul verre apparaissait à travers la flûte.

Mais le miroir, comme la mémoire, pouvait donner lieu à plusieurs résurrections à la fois :

Ci-dessus, la flûte faisait apparaître à travers son corps transparent deux verres à la fois.

Voici, enfin, la couronne de gloire constituée par le troisième acte :

C’était une couronne d’allégresse. Avec entrain et détermination, Pollux convoquait cette allégresse, en dépit de l'inquiétude de certains concernant le point de visée :

La simple vue de l’effervescence rendait joyeux, avant même que les bulles n’explosent en bouche :

Il était impossible de résister à l’idée de faire tinter le bonheur de l’amitié :

Mais la véritable couronne de gloire du chemin de la mémoire était plutôt celle-ci :

C’était une couronne vivante, tressée avec la sincérité, le dévouement et la bonté.

Le chemin glorieux de la mémoire était l’histoire d’un triomphe, celui de la conscience reconnaissante sur le néant de l’oubli.

C’était le triomphe d’une conception de la vie, d’une volonté, d’un combat.

La Grèce, avec sa Mer Égée, est un territoire qui chérit la mémoire. Celle-ci atteint le sublime quand elle nourrit le lien affectif.

L’on a beau avoir l’impression de bien connaître Πόρος à force d’en entendre parler. Et pourtant l’île continue de nous surprendre et de nous émerveiller en dévoilant d’autres facettes de son potentiel. Parmi ces facettes insoupçonnées, il y avait la célébration de l’enjeu mémoriel.

L’émerveillement était dans la prise de conscience que les ressources du cosmos grec étaient inépuisables pour garder la mémoire de la fraternité, de l’amitié, de l’amour.

 

Tags : émerveillement, Πόρος, Σκύρος, mémoire, gloire, transparence, amitié, lien social

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Tag(s) : #2025 LA GRECE
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