Nous avions pensé rester une seule nuit à la deuxième escale, qui était Λαύριο (transcription : Lavrio). Mais le vent fort nous a contraints à rester deux jours de plus à Λαύριο. C’est pourquoi nous sommes arrivés avec un jour de retard à Πόρος (transcription : Poros), où nous avions rendez-vous avec le cousin du Capitaine.
Malgré l’immobilisation malencontreuse, le cousin ne nous a fait aucun reproche, même furtif. Au contraire, avec joie et empressement, il nous a aidés à nous amarrer :
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Sur la photo, il tenait l’amarre de devant. Le jeune homme qui portait un chapeau et qui stabilisait le Zeph vers le milieu du flanc gauche était le fils aîné du cousin.
Le bateau du cousin se trouvait devant la proue du Zeph, perpendiculairement au ponton.
Le bateau du cousin était reconnaissable aux bouées jaunes installées à l’arrière.
Sur la photo, l’ombre était presque minimale.
En effet, nous sommes arrivés à Πόρος quand le soleil venait de passer par son zénith.
Le Capitaine tenait absolument à respecter ce créneau horaire. C’est pourquoi nous étions partis de Λαύριο très, très tôt.
Nous avions commencé à préparer le Zeph avant le lever du soleil :
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Sur la photo, au-dessus de l’horizon qui rosissait, s’écrivait en creux le nom de l’entreprise provençale qui nous avait installé le portique pour les panneaux solaires. Ceux-ci étaient prêts à recevoir la nouvelle lumière pour la convertir en énergie qui fournirait l’accès aux encyclopédies en ligne.
Grâce aux nombreuses satisfactions engrangées pendant l’escale, nous étions en grande forme au moment du départ, malgré l’heure très matinale :
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Le soleil passait au-dessus de l’horizon au moment où les amarres étaient larguées :
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L’aventure se parait de poésie grâce à la lumière du jour naissant :
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Sur la photo, se voyait encore, à l’arrière-plan la digue qui protégeait l’espace portuaire.
Avec joie et détermination, nous nous engagions dans les flots des retrouvailles, confiants dans le potentiel de réussite de la nouvelle journée.
Dans le regard introspectif, notre optimisme nous émerveillait. Finie l’angoisse ! À nous maintenant, le vivifiant enthousiasme pour bien profiter du καιρός !
Première à être hissée, la voile de l’avant se colorait avec l’ambre du petit matin :
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Comme nous nous dirigions vers l’Ouest, les rayons lumineux étaient parallèles à l’axe du Zeph et venaient faire briller le museau de celui-ci :
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C’était très divertissant et très encourageant de voir les forces vives du cosmos soutenir ainsi notre projet :
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Dans l’éclat de lumière qui s’installait au niveau de l’ancre relevée, il y avait un message d’approbation, voire même de bénédiction.
Le Zeph a beaucoup dansé devant le cap Sounion, mais pas au point d’empêcher le preneur d’images de capter avec netteté la splendeur dorique qui honorait le Souverain des Mers :
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Sur la photo, les colonnes du prestigieux temple étaient encore revêtues de l’ambre du lever du jour.
Nous nous sommes présentés devant Πόρος, l’île du rendez-vous, peu de temps avant que le soleil ne passe par son zénith.
Avec une glisse lascive au-dessus des flots, nous avons parcouru dans le sens Sud-Nord le détroit qui séparait l’île et le continent.
Voici les cyprès du repos éternel sur la rive gauche :
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Nous connaissions bien le site pour être allés très souvent, il y a cinq ans, car il offrait une formidable perspective sur toute la longueur du détroit, en allant à la rencontre du soleil couchant.
Outre cet avantage topographique, ce point d’observation nous avait enchantés par sa douce quiétude. Avec émerveillement, nous découvrions que celle-ci était demeurée intacte cinq ans après.
La rive droite aussi avait conservé son charme, avec les teintes pastel des façades :
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Les bateaux qui semblaient amarrés juste devant le seuil des maisons faisaient penser au Grand Canal de la Sérénissime. Mais ici, dans le Golfe Saronique, point de tumulte et point de fébrilité : le temps s’écoulait paisiblement et l’espace se dévoilait sans précipitation.
Nous avions la merveilleuse sensation de revenir chez nous. Un chez nous bien coquet avec des bougainvilliers en façade :
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Mais aussi sur les pentes :
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Avec une grande émotion, nous sommes repassés devant le centre de ravitaillement où le Capitaine avait négocié un prix très avantageux pour un cru du terroir assez somptueux.
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À l’approche de l’église de l’Annonciation, un palmier évoquait la terre du monothéisme
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Point d’emphase. Mais beaucoup de subtilité.
La mémoire et la délectation qu’elle engendrait suscitaient un émerveillement qui témoignait de la fécondité du temps vécu.
L’émerveillement créé par Πόρος n’était pas une tempête émotionnelle mais un suave régal.
Finalement, nous nous approchions du clocher bleu, qui annonçait un virage à tribord, c’est-à-dire vers le Nord-Est.
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Sous le clocher bleu, s’étendait le grand et paisible mouillage de Γαλατάς (transcription : Galatas), là où jadis, le Zeph avait passé des journées ô combien heureuses et fécondes.
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Le ferry qui faisait la navette entre l’île et le Pirée passait par ce mouillage.
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Sa silhouette, qui datait du siècle dernier, nous rendait nostalgiques, car elle faisait remonter les souvenirs de l’époque avec des sacs à dos.
L’émerveillement naissait tout naturellement devant le constat que la fascination pour la Grèce n’a pas faibli après tant de décennies !
Le mousse souhaitait recevoir à bord du Zeph, dans ce mouillage, le cousin et sa famille, pour que les retrouvailles bénéficient d’un balcon ouvert à 360° sur la mer.
Mais le Capitaine a préféré la facilité de la terre ferme à la jouissance de l’infini. C’est pourquoi nous nous sommes dirigés vers le ponton qui était installé sur la face Ouest de l’île. Voici ce ponton :
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Sur la photo, l’Est était à gauche. L’Ouest, à droite.
Sur le côté Nord du ponton, un voilier était amarré, en épi. C’était le bateau du cousin. Immédiatement à tribord du bateau du cousin, deux embarcations avaient leurs flancs gauches parallèles au ponton. L’embarcation qui avait un toit bleu foncé était la plus proche de l’angle que formait le ponton avec le quai principal.
Le Capitaine lorgnait ces deux embarcations, car il aimerait être à leurs places, pour éviter les salades d’ancres qui survenaient très, très souvent quand l’amarrage était en épi.
Le hasard a fait que lorsque le Zeph s’est approché de l’endroit convoité, le bateau situé à l’avant de celui avec le toit bleu foncé, partait. Fabuleux hasard ! Émerveillement du tonnerre !
C’est ici qu’a aussi sa place la toute première photo qui a introduit l’article, celle qui montre le cousin et son fils aîné en train de nous aider pour l’amarrage du Zeph.
Voici enfin le Zeph amarré parallèlement au ponton, devant l’embarcation bleu foncé :
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Tout semblait donc comme dans le meilleur des mondes. Ou presque. Car il y avait quand même un hic. Et le hic se trouvait au niveau du panneau d’affichage accroché ostensiblement sur le lampadaire.
En lecture rapprochée, nous avions la vision suivante :
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Et dans la langue locale et dans la langue internationale, il y était mentionné qu’au-delà de la limite marquée par le lampadaire, il était strictement interdit de s’amarrer parallèlement au ponton, et que tout contrevenant serait sévèrement puni.
Or, l’avant-dernière photo montrait que le Zeph dépassait de plus d’un mètre la limite officielle.
Le problème devenait atrocement épineux. Car le Capitaine ne voulait absolument pas se remettre en épi.
Sur ces entrefaites, est arrivée la perceptrice, qui tenait la caisse au nom de la municipalité et qui avait autorité sur le moindre centimètre carré du ponton.
Elle nous a fait la surprise de nous annoncer que l’embarcation bleu foncé s’en irait dans une heure. À ce moment-là, nous pourrions reculer et la limite officielle ne serait plus outragée.
L’attitude d’emblée conciliante de la Grecque nous a émerveillés.
Voici la plénipotentiaire en charge du ponton :
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Elle se tenait à gauche du cousin, qui portait un tee-shirt violet clair. Au premier plan, c’était le fils aîné avec le chapeau bleu foncé. Et derrière l’aîné, c’était le cadet, avec un tee-shirt vert, et la fibre philosophique.
Le fils cadet réagissait comme un philosophe, bien qu’il n’en ait aucunement la prétention. Cette modestie, même stratégique, émerveillait bigrement le mousse.
Malgré ce que la perceptrice nous avait annoncé, l’embarcation bleu foncé n’était pas du tout partie. Et donc, jusqu’au lendemain, le Zeph a dépassé la limite indiquée par le lampadaire. La Grecque n’a pas appliqué le règlement de façon mécanique et a laissé le Zeph bénéficier du statu quo. Cette faveur accordée par la Grecque au nom de l’hospitalité millénaire a déclenché la jalousie de maints envieux, qui tambourinaient sur le panneau d’interdiction quand ils passaient devant la proue du Zeph. À ces esprits victimes de leur étroitesse, le Capitaine répondait sereinement qu’il avait l’autorisation officielle de s’amarrer ainsi.
Maintenant que le sort du Zeph était réglé avec beaucoup de satisfaction, c’était au tour du bateau du cousin de mobiliser les énergies favorables.
Chronologiquement, la première initiative venait de la benjamine du cousin, qui suggérait de quitter l’emplacement avant que la salade d’ancres, déjà amorcée, ne s’aggrave le lendemain.
Voici le conseil de guerre qui s’est tenu devant la proue du Zeph, à l’instigation de la benjamine :
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La benjamine était habillée en bleu, avec une multitude de marguerites blanches.
Le Capitaine apportait son soutien au point de vue de la benjamine.
En plus, il a demandé à la perceptrice si le cousin pouvait mettre son bateau à couple avec le Zeph. La perceptrice a suggéré une meilleure solution en proposant au cousin de s’installer exactement comme nous, mais sur le côté sud du ponton.
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Voici le Capitaine du Zeph qui traduisait en gestes la solution suggérée par la perceptrice :
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À qui le Capitaine s’adressait-il ainsi ?
Aux membres de l’équipage qui n’étaient pas descendus du bateau, c’est-à-dire à la muse du cousin et à l’amoureux de la benjamine.
La perceptrice s’appelait Κατερίνα (en français : Catherine).
La grande serviabilité de la Grecque a beaucoup émerveillé le mousse.
Nous étions très chanceux que la représentante de l’administration portuaire locale ait fait passer la bonté avant la rigueur.
Il faut voir dans cette bonté le doigt des divinités qui donnaient leurs bénédictions aux retrouvailles entre les deux cousins.
Il était donc grand temps de libérer le bateau du cousin de son piège sous l’eau.
Vite, le cousin a quitté le ponton de la diplomatie pour rejoindre le poste de pilotage :
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Son fils philosophe aussi s’en allait retrouver la position du guetteur :
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La vigilance du guetteur nourrissait la pensée du philosophe.
L’homme de l’efficacité manuelle était le fils aîné, admirable par sa promptitude et son dévouement. Le voici qui se préparait à lâcher les amarres :
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Le Capitaine du Zeph, qui recherchait la complétude, prêtait main forte. Dans ce parallélisme des postures et des gestes, se voyait la splendeur du lien affectif au sein de la fratrie.
Voici le bateau du cousin, enfin libéré de toute attache physique avec la terre ferme. Apparemment.
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À bord, évoluait un marin très actif et réactif : il s’agissait de la benjamine, reconnaissable à sa tunique bleue, constellée de marguerites blanches.
Sur la photo, son amoureux se tenait à côté d’elle pour lui fournir l’aide logistique appropriée, au sens propre comme au sens figuré.
La mer renforce le lien affectif, à condition de savoir s’y prendre !
L’adverbe « apparemment », qui figurait ci-dessus pour conseiller la prudence, acquiert pleinement son sens à travers la photo suivante :
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Le vent mettait en valeur l’énorme investissement physique de la benjamine. Le frère aîné aussi, ne ménageait pas ses efforts en scrutant le fond de la mer. La direction de son regard était parallèle à celle de la chaîne d’ancre. La première vibrait d’angoisse et d’impatience tandis que la seconde vibrait à cause des vociférations qui s’échappaient du quai principal.
Celles-ci avaient une double provenance.
Voici l’un des deux bateaux d’où provenaient les vociférations :
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Il s’agissait d’un voilier amarré près du musée, dont la façade apparaissait à l’arrière-plan.
Ceux qui avaient fait peu de cas d’autrui craignaient à présent d’en payer les frais. Comme c’était tristement comique !
Et voici le second bateau qui lançait aussi des vociférations en direction du cousin :
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Ce second bateau se trouvait plus près de l’angle formé par le ponton avec le quai principal.
Un proverbe français dit : « Qui se ressemble s'assemble . »
En l’occurrence, des gens qui avaient l’habitude de mépriser les règles élémentaires de la sécurité et de la bienséance, s’étaient naturellement retrouvés entre eux et s’épaulaient à présent.
Concrètement, le cousin avait à gérer une protestation qui se manifestait en stéréophonie. Voici l’implantation topographique de la stéréophonie de la protestation :
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Les caisses de résonance étaient placées au niveau des proues.
La victime qu’était le cousin devenait le fauteur de trouble. Cette réputation désastreuse, criée à qui voulait entendre, déstabilisait l’équipage qui cherchait une issue mécanique à la crise :
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L’aggravation de la situation a fait venir l’amirale sur le devant de la scène : il s’agissait de la muse du cousin, qui venait analyser, en personne et en direct, l’inextricable enchevêtrement.
Sur la photo, la muse du cousin portait un chemisier rose.
Pendant que la joute oratoire compliquait la tâche de désengagement au fond de l’eau, un événement nouveau a surgi devant la proue du Zeph. Voici la chose nouvelle, qui ne tarderait pas à être une source d’inquiétude et de frustration :
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Un bateau venait de foncer droit sur le Zeph et s’est arrêté de justesse devant celui-ci, museau contre museau. La manœuvre, qui avait la rapidité de l’éclair, était guidée par une Amazone toute vêtue de blanc, et qui avait le regard de l’aigle. Il allait de soi que le but de cette manœuvre triomphante était de s’emparer de la place en or qui languissait d’avoir son conquérant. Maintenant, le trophée était entre les mains de l’Amazone.
La photo montre que pendant ce temps, le Capitaine avait les yeux rivés sur le bateau du cousin, toujours en détresse.
Une aide manuelle, au plus près de la difficulté, serait souhaitable. C’est pourquoi le fils aîné a ramé jusqu’au ponton pour ramener le cousin à bord du voilier empêtré :
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Il n’est pas inutile de remarquer que celui qui s’est le plus avancé dans la profondeur du Zeph en tirant sur l’amarre d’arrivée, c’était le fils aîné. C’était encore le fils aîné qui était resté sur le ponton pour détacher les amarres paternelles. Et c’était encore le fils aîné qui a fait l’aller-retour à la rame pour transporter le Capitaine du Zeph avec l’intention de démêler les ancres.
Tous ces élans du fils aîné n’étaient pas des élans de la gymnastique, mais des élans de l’éthique, qui ont grandement émerveillé le mousse.
Au milieu du transfert, l’équipe de secours a appris que le bateau du cousin venait de donner à son ancre sa solitude fonctionnelle. Le Capitaine était donc ramené, toujours à la rame, au ponton :
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Cette prise de vue a été faite à 12h11, heure de Paris.
La photo suivante a été réalisée une minute après, à 12h12, heure de Paris.
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L’on y voit le bateau du cousin sur le point de passer devant l’extrémité du ponton pour rejoindre l’emplacement de rêve indiqué par la perceptrice.
Mais dans l’espace d’une minute, il pouvait se passer plein de choses, comme par exemple celle-ci :
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Le bateau de l’Amazone, qui venait de comprendre qu’il ne pourrait rester ainsi devant le Zeph, s’est dépêché de s’éloigner de celui-ci et s’apprêtait, maintenant, à passer devant l’extrémité du ponton pour voler au cousin l’emplacement dévoilé par la perceptrice.
Le bras tendu de la figure de proue, éclatante de blancheur, avait autorité sur les mains du barreur à l’arrière.
À ce moment-là, le Capitaine avait encore son regard perpendiculaire à l’axe du ponton, c’est-à-dire dirigé vers le bateau du cousin fraîchement remis de son traumatisme.
Un zoom élargissant le cadre de la captation a donné la configuration quelques secondes après :
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Le bateau de l’Amazone précédait le bateau du cousin pour s’emparer du dernier emplacement qui n’était pas en épi.
Bredouille, le bateau du cousin a rebroussé chemin et s’est installé, de nouveau en épi, et sur le côté Nord du ponton, mais à l’extrémité de celui-ci. Toujours pour réduire le risque des ancres enchevêtrées :
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Sur la photo, le bateau du cousin, reconnaissable à ses bouées jaunes, se trouvait au fond, à droite du ponton.
À partir de maintenant, tout le monde semblait satisfait de son emplacement. Les réjouissances permettaient alors de donner libre cours à l’affection fraternelle.
Avec insistance, le cousin nous a invités à partager à son bord le repas de la pause méridienne.
L’heure tardive n’impactait pas le désir de convivialité.
Au contraire, la patience du cousin et de sa muse témoignait avec éloquence de la sincérité de leur générosité.
Avec gratitude, nous avons accepté l’invitation.
Avec une joie débordante, le Capitaine a participé à la mise en place d’un décor de fraîcheur pour que le lien fraternel s’épanouisse dans les meilleures conditions.
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Nous avons dégusté un menu de fraîcheur préparé par la muse du cousin :
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Il y avait une salade de chou rouge avec du poulet froid.
Nous avons reconnu les aliments achetés à Άλιμος (transcription : Alimos), avec la voiture louée dans une agence de Λαύριο (transcription : Lavrio).
La muse du cousin, qui était disciple de Aσκληπιός (transcription : Asklépios) comme son amoureux, a veillé à la qualité diététique :
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Le chou rouge et la carotte, gorgés de vitamines, séduisaient aussi par le croquant de leurs textures.
Les choses pourraient en rester là, dans la magnificence de la simplicité.
Mais les choses ne sont pas restées à ce stade. Car il y a eu un feu d’artifice grâce au fils philosophe.
La contribution de l’homme de la sagesse partait du premier degré pour nous amener, intelligemment, vers le deuxième degré.
Il y a eu en tout trois interventions de la part du philosophe.
La première a démarré suite à une interrogation sur la propreté. Le sujet est venu sur la table au cours d’une conversation à bâtons rompus. L’idée qui prévalait au sein de l’assemblée était que quelqu’un était propre, physiquement bien en entendu, ou ne l’était pas. Sans sourciller, le philosophe s’est immiscé dans le débat pour proclamer que la notion ne pouvait se définir que par degrés. Autrement dit, la règle du tout ou rien n’avait rien à faire ici. Au contraire, la propreté s’acquiert par paliers.
L’idée de la progressivité émerveillait le mousse.
Personne autour de la table n’a contesté le point de vue du fils philosophe.
Sans doute à cause de la profondeur de la pensée exprimée.
Car la progressivité entraîne la relativité. Et la relativité débouche sur la tolérance.
La deuxième intervention du fils philosophe a eu lieu sous la forme d’une question posée directement au mousse, mais au vu et au su de tous. Le philosophe a demandé au mousse si celui-ci faisait encore la cuisine. À première vue, la question semblait ne concerner que l’espace des fourneaux. Mais en réalité, elle visait deux principes qui définissaient l’art de vivre du Zeph : d’abord, le principe de l’indépendance, qui avait pour corollaire la préservation de l’équilibre diététique en toutes circonstances, puis l’exigence de convivialité, qui affranchissait de la conception nombriliste, le voyage, pour vouer celui-ci à la connaissance d’autrui.
Chaque déclaration du fils philosophe ouvrait un puits de savoir.
Quel était le contenu de sa troisième intervention ?
Maintenant, le philosophe s’adressait simultanément au Capitaine du Zeph et au mousse en disant qu’il avait remarqué l’effigie d’un hippocampe sur la robe du Zeph.
Jusqu’à ce jour, personne ne nous a parlé de cet hippocampe. Car pour tous ceux qui avaient vu le Zeph, cet hippocampe était une banalité, voire une chose insignifiante. Pour le philosophe qui cogitait au-dessus des flots de Πόρος, ce n’était pas une banalité, mais une curiosité, au sens de l’insolite, qui stimulait le désir d’en savoir davantage. Ce n’était pas non plus une chose insignifiante, car le philosophe en faisait un signifiant, dont le signifié était à découvrir.
Voici l’hippocampe que le philosophe a dû voir quand il se trouvait sur le ponton, près de la proue du Zeph :
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Le mousse a répondu au philosophe que les couverts d’origine portaient aussi l’effigie de l’hippocampe :
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L’hippocampe rappelait que le Zeph était conçu par la mer et pour la mer.
L’hippocampe apparaissait encore sur le Zeph, au niveau de la première marche en teck, quand on sortait de l’eau après une baignade dans la mer :
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Le philosophe, qui avait toujours le sens de l’observation en éveil, a dû remarquer l’effigie à la poupe quand il revenait de la plage. Car le chemin du retour de la plage faisait longer intégralement le Zeph de la poupe à la proue.
Dans la bouche et dans la pensée du philosophe, l’hippocampe de la troisième intervention servait de conclusion et de point de convergence aux deux précédentes interventions.
La propreté, qui était l’objet de la première intervention, avait un lien direct avec la disponibilité de l’eau douce à bord.
Quant à la deuxième intervention, qui portait sur l’art culinaire, elle se préoccupait de l’équilibre alimentaire, surtout dans des coins esseulés, qui donnaient l’impression de se trouver aux confins de la terre.
Autrement dit, les trois interventions du philosophe pouvaient encore se formuler ainsi :
Comment faites-vous pour vivre en mer ?
Comment faites-vous pour survivre en mer ?
Comment faites-vous pour être si heureux en mer ?
Merci à toi, cher philosophe, de nous avoir fait prendre conscience, grâce à la pertinence de tes questions, de notre immense privilège.
L’extra-ordinaire, c’est-à-dire le non-ordinaire, est venu par la contribution du philosophe, qui a donné un bel éclat au lien de fraternité en emplissant celui-ci de spiritualité.
Au-dessus de l’extra-ordinaire, il y a le sublime.
Les retrouvailles au-dessus des flots de Πόρος ont-elles atteint le sublime ?
Au moment où le philosophe nous faisait part de ses pensées, il ignorait tout, mais absolument tout, du programme que le mousse avait concocté pour la fin de la journée. Depuis Άλιμος, le mousse était resté dans la discrétion. Même le Capitaine du Zeph, au moment où le philosophe faisait sa triple intervention, ne savait pas que le mousse avait en tête d’offrir, dans la soirée, à bord du Zeph, le festin de la fraternité. Dans ces conditions, l’interrogation du philosophe sur l’art culinaire résonnait comme une prophétie, et c’était cette valeur prophétique qui apportait aux retrouvailles l’aura du sublime.
En guise d’intermède entre les deux agapes, celles de la mi-journée et celles de la soirée, il y a eu la baignade.
L’affluence de cet après-midi était telle que certains s’amarraient en bout de ponton, dans l’axe du ponton :
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Au retour de la baignade, le cousin est monté à bord du Zeph pour discuter avec le Capitaine au sujet des éventuelles routes pour le lendemain.
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La perspective de Μήλος (transcription : Milos), si irrésistible depuis Άλιμος, semblait bien compromise par l’humeur contrariante d’Éole. Il faudrait trouver une solution de substitution, ou faire preuve de ruse.
Le mousse laissait aux barreurs le soin de mettre sur pied une stratégie. Pour l’heure, il n’avait qu’un seul objectif : célébrer le lien fraternel grâce à la gastronomie française, sur des flots grecs, authentiquement grecs.
Chers amis, avez-vous eu le temps de dénombrer les membres de l’équipage du cousin ?
Voici une confirmation de votre dénombrement :
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Il y avait huit couverts : deux pour le Zeph et six pour le bateau du cousin.
Un bel octogone, qui n’était pas inscrit dans un cercle mais dans une ellipse.
La séduction s’opérait par la fraîcheur. C’est pourquoi, au milieu de la table en fête, trônait un « Café de Paris » bien frais :
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Étaient servies en entrée des crudités issues directement du terroir grec : concombre, carotte, tomate et champignon blanc :
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Une sauce au gingembre était préparée pour assaisonner cette salade :
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C’était l’assiette du cousin. Le bleu profond de la mer lui était dédié.
Quant à la muse du cousin, l’azur de l’éther lui convenait mieux :
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La sauce au gingembre ajoutait des reflets ambrés au bleu turquoise :
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La couleur du coquelicot était réservée au Capitaine :
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C’était la couleur de l’ardeur. Et l’ardeur à bord était toujours friande des stimuli fournis par le gingembre.
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Et le philosophe, qui a fourni le sceau du sublime aux retrouvailles, à quelle couleur avait-il droit ?
Voici son assiette, avant l’ajout de la sauce au gingembre :
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Le mousse a dit au philosophe qu’il réservait à celui-ci la couleur qui se rapprochait le plus de celle des tournesols de Van Gogh. Car le philosophe était aussi un artiste, voire même un esthète. C’était l’œil de l’esthète qui avait déniché l’hippocampe à la pointe de la ligne bleue la plus haute.
L’ajout de la sauce au gingembre créait une harmonie ton sur ton :
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Après avoir rendu hommage à la sensibilité de l’artiste, le mousse honorait la cohérence du penseur.
Le mousse a agi de même avec les quatre autres personnes : la couleur choisie était celle qui s’harmonisait le mieux avec le trait de caractère perçu.
La tâche d’échanson était confiée au fils aîné pour la précision qui était dans le regard et dans le geste :
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La couleur de l’assiette la plus proche indiquait que c’était le cousin qui venait d’être servi.
Après le bleu foncé, c’était le tour du bleu turquoise :
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Il s’agissait donc du verre de la muse du cousin.
Le tour de table s’est terminé avec le verre du philosophe :
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L’émerveillement des convives était immédiat. Le mousse s’en réjouissait grandement.
Le goût du gingembre créait une grande effervescence dans l’univers de plusieurs convives, dont le fin gourmet qu’était l’amoureux de la benjamine.
Le festin était conçu comme une pièce de théâtre du Grand Siècle, avec les trois actes.
Le premier acte louait la fraîcheur.
Le deuxième acte célébrait la douceur.
En deuxième partie, était donc servie une volaille, dont le moelleux était l’objectif principal !
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La garniture qui accompagnait la viande avait recours au poivron vert, à l’oignon rouge, au champignon blanc, aux cerises et au raisin blanc.
La présence des fruits suscitait de façon unanime l’émerveillement des papilles. Le mousse s’y était attendu plus ou moins. La véritable surprise venait du champignon, dont le parfum terriblement séducteur était rehaussé par l’onctuosité de la texture, à tel point que cette alchimie gustative déclenchait au sein de l’assemblée des convives des remous qui n’étaient pas loin de faire penser à une bagarre pour des prérogatives. Dans le même temps, la tonalité jouissive des exclamations du fin gourmet enchantait drôlement le mousse. Par sa spontanéité, sa sincérité et son authenticité, cette animation imprévue était la meilleure récompense pour celui qui avait veillé à la bonne marche des fourneaux.
Nous arrivons à présent au troisième acte, qui mariait la fraîcheur et la douceur.
Le dessert était composé de fromage blanc, nappé par une confiture de fraise, elle-même coiffée par des cerises. Ce dessert était servi avec du champagne. C’était le Capitaine qui avait la charge de répartir équitablement l’effervescence champenoise.
Voici le premier tour de table :
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Est venu le moment où le premier tour de table touchait à sa fin :
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Puis l’égalisation des niveaux a eu lieu, par souci d’équité et d’élégance :
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Finalement, la disparition de la dernière goutte dans la bouteille a clos l’égalisation :
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Dès la première bouchée, le fin gourmet nous a fait remarquer la présence de rhum dans les cerises.
Le mousse a confirmé l’analyse gustative du fin gourmet. Encouragé par l’attention que d’autres prêtaient à ses déclarations, celui-ci a poussé son investigation plus loin pour savoir si c’était le rhum blanc qui avait été utilisé, ou le rhum ambré. Le mousse a répondu que c’était le rhum ambré qui avait été mis à contribution.
Le mousse était émerveillé par la finesse et la franchise de l’épicurien qui se trouvait au sein de l’assemblée des convives.
Le Zeph répondait à l’affection par l’affection, et au dévouement par le dévouement.
Le Zeph voulait honorer avec faste le lien de la fraternité.
Dans leur générosité, les divinités ont permis au Zeph d’en avoir l’opportunité : l’émerveillement ne pouvait être qu’à son comble !
Ce ne sont pas les compteurs et les écrans de mesure, digitaux ou pas, qui donnent sens à la navigation, mais les élans du cœur, par leur spontanéité et leur désintéressement.
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