Après Σπέτσες (transition : Spetses), qui nous a tant comblés, nous sommes partis à Πόρτο Xέλι (transcription : Porto Khéli). Petit saut de puce sur la route vers la Crète du Minotaure.
Initialement, nous pensions ne rester qu’un jour ou deux à Πόρτο Xέλι. En fin de compte, le Zeph a passé dix jours au mouillage de Πόρτο Xέλι. Au premier degré, le Zeph y trouvait son compte, car le lieu était ravissant, à tous points de vue, chaque jour. Quant au second degré, car il y en a eu un, la période de séjour a été arrangée par les divinités pour qu’elle accueille la venue d’un messager. Celui-ci avait pour mission d’apporter un supplément d’émerveillement, qui irait crescendo. Ce n’est que lorsque que le messager est reparti que nous avons compris la planification mise en œuvre par les divinités.
Quelle était la teneur du message apporté par le messager ?
Le messager délivrait un message de fraternité, qui tranchait avec l’hégémonie de l’égocentrisme ambiant.
Le messager n’a pas apporté que des paroles. Il nous a remis un colis, dans lequel il y avait une boisson. Voici cette boisson, servie dans des flûtes à bord du Zeph :
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Il s’agissait du kéfir, que le messager a préparé lui-même, selon une recette de Massalia.
Cette précision appelle deux remarques. D’abord, le messager était un être extrêmement doué de ses mains. Ensuite, l’évocation de la cité phocéenne était un moyen pédagogique utilisé par les divinités pour faire prendre conscience au Zeph du long chemin que celui-ci avait parcouru pour trouver enfin son épanouissement.
Le Zeph a honoré le kéfir du messager en le servant avec une salade de fruits.
Sur la photo, il y avait un face à face entre le profil hémisphérique et le profil cylindrique. Mais le cristal de l’un avait la même pureté que le cristal de l’autre : c’était la pureté du désintéressement, qui caractérisait le nouveau lien social.
Pourquoi les divinités ont-elles jugé nécessaire d’envoyer au Zeph ce messager ?
Le Zeph aurait-il souffert d’une défaillance qui nécessiterait ce baume providentiel ?
Pour répondre à cette question, reprenons les choses dans l’ordre chronologique, depuis le début, c’est-à-dire, depuis le moment où le Zeph est entré dans la baie de Πόρτο Xέλι.
Voici le Zeph qui venait de jeter son ancre au fond de la mer :
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L’ambiance était sereine. L’azur était généreux. L’entrée de la baie se voyait au niveau de la ligne d’horizon, à gauche de celle-ci.
À droite de l’éolienne, se profilait l’église qui gardait l’accès à l’espace portuaire.
À bord du Zeph, la règle de l’équilibre diététique continuait de prospérer :
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Pour accompagner le soleil qui venait de passer par son zénith, il n’y avait rien de mieux que des crudités, en raison de leur teneur riche en vitamines :
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Le Capitaine et le mousse avaient un faible pour l’oignon rouge, qui était servi cru.
Pendant tout l’après-midi, régnait un calme très reposant :
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Le calme encourageait le calme.
Le vent et les vagues se sont concertés pour faire le moins de remous possible.
La douceur de la vie s’est poursuivie dans la soirée.
Pour le repas du soir, était servie une volaille rôtie :
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La garniture s’est souvenue de l’inspiration du chef de Biarritz : le raisin blanc s’est associé à l’oignon rouge, aux haricots plats, au poivron rouge et au poivron jaune.
Dès le premier jour, l’émerveillement naissait de la fluidité des choses et de l’allongement de la liste des satisfactions.
Regardez, comme l’arrivée de la nuit était magnifique !
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Dans ce cortège de lumignons de la joie et de la coquetterie, l’église, qui se trouvait toujours dans la même position que ci-dessus, était en tête.
Derrière la lumière des hommes, persistait celle de l’astre diurne, sous la forme d’une lueur rose.
Cette complémentarité, qui créait une harmonie, charmait le regard.
Nous voyant éblouis, la voûte céleste voulait nous éblouir davantage encore, en faisant intervenir l’astre de la nuit, qui répandait généreusement sa lumière argentée sur la mer.
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L’intelligence humaine a répondu à la nature en exhibant un deux-mâts illuminé. Mais à Πόρτο Xέλι, l’éclairage des mâts était très original. En effet, il n’a pas choisi l’uniformité habituelle et s’est focalisé seulement sur la partie supérieure.
L’émerveillement naissait immédiatement de la jouissance du détail.
Bon enfant, le Zeph n’a pas résisté à l’envie d’entrer dans la danse des lumignons. Ainsi, le Capitaine a branché la guirlande électrique, récemment acquise à Πόρος (transcription : Poros), pour transformer le bimini en dais impérial :
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C’était au milieu de cette fête des lumières, spontanée et stimulante, que nous avons dégusté notre volaille rôtie, si savoureuse.
La première soirée à Πόρτο Xέλι était vraiment enchanteresse. Que nous réservait le lendemain ?
D’abord, un magnifique lever de soleil :
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Non, sur cette photo, le soleil n’était pas encore sorti. Il faudrait patienter encore une vingtaine de minutes. Mais comme en amour, le prélude donnait déjà le vertige, qui, ici, était chromatique.
L’éolienne était aussi aux aguets :
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L’ivresse des couleurs se conçoit sans modération.
Puis est venue l’apparition tant attendue :
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Le guet de l’éolienne était récompensé par une contemplation intégrale.
Le Zeph n’en croyait pas à ses yeux car il voyait un soleil au moins quintuple :
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En se livrant à ses espiègleries, le soleil naissant accomplissait aussi une tâche mémorielle en éclairant la signature de l’artisan qui avait installé le portique des panneaux solaires :
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L'empreinte de la Provence rappelait le long chemin parcouru depuis l'Ouest de la Mer Intérieure.
Le lever du jour révélait aussi au Zeph la présence d’un voisin très attrayant, vêtu d’un bel ocre rouge :
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Ce qui plaît aux yeux plaît au cœur.
Le Zeph est attiré par ce qui est beau.
Ce matin-là, le beau séducteur avait un pavillon helvète.
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Regardez comment le beau séducteur savait en mettre plein la vue aux autres :
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L’or du cosmos a jeté son dévolu sur un écrin flottant, qui n’a pas manqué d’afficher sa fierté :
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Tout de suite, la mer a offert son miroir pour exalter encore plus la splendeur du spectacle.
Pour qui le voulait, l’émerveillement démarrait aux premières heures du jour.
Tout naturellement, le mousse a voulu recréer le même éblouissement dans l’assiette de la pause méridienne.
Voici l’éblouissement escompté, et obtenu :
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La cuisson lente a permis d’avoir une texture très tendre et très savoureuse en bouche. Jadis, quand nous avions longé en vélo les canaux entre Paris et Lyon, nous avions dégusté une telle merveilleuse gustative à Vézelay. Depuis, l’objectif d’égaler Vézelay était un rêve obsessionnel. En ce jour béni, le rêve vézelien s’est accompli à Πόρτο Xέλι.
Le porc vézelien a bénéficié des effluves du laurier apollinien, avec la complicité du caramel :
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Il existe un condiment que le Capitaine affectionne particulièrement : c’est l’ail.
Alors pour donner encore plus de saveur à ce premier matin à Πόρτο Xέλι, l’ail est entré dans la ronde vézelienne :
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Pour célébrer le succès qui était celui d’avoir égalé Vezelay, il fallait un breuvage de haut lignage.
En la circonstance, le Médoc, sorti en 2016 des fûts du Château Greysac, satisfaisait à merveille l’exigence française de construire un accord harmonieux entre le mets et le vin :
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N’avons-nous pas dit précédemment que le mousse avait voulu transférer dans l’assiette l’éblouissement de l’aurore ?
Les divinités qui avaient lu dans les pensées du mousse ont utilisé la physique newtonienne pour encourager celui-ci à persévérer dans son projet. En effet, l’éblouissement naissait sur l’assiette bleu turquoise, destinée au mousse, grâce aux reflets du cristal qui attendait le flirt ave le Médoc de 2016 :
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Mais n’avons-nous pas vu l’or ruisseler à l’aurore ?
Eh bien, voici l’or qui ruisselle à présent dans l’assiette du Capitaine, au-dessus du bleu foncé qui représente les profondeurs marines.
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À bord du Zeph, la dégustation des tanins servait de prélude à celle des épices :
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Le millésime 2016 du Médoc nous émerveillait.
Les ressources du Zeph nous émerveillaient.
Pour accompagner le porc vézelien, il y avait une barque qui transportait de la patate douce et du raisin blanc.
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Avec l’assiette du mousse, la barque de la douceur voguait sur une eau bleu turquoise.
Avec l’assiette du Capitaine, l’eau était bleu foncé :
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Πόρτο Xέλι nous émerveillait par son alchimie hédoniste.
La vie nous émerveillait par sa beauté sans cesse renouvelée.
Après l’émerveillement gustatif produit par l’art de vivre à la française, nous avons entrepris une passeggiata le long du quai. L’objectif était double. Il s’agissait d’abord de repérer le chemin du ravitaillement en eau douce. Puis, en second lieu, il fallait compléter les réserves de fraîcheur à bord du Zeph.
Voici le Zeph au moment où nous l’avons laissé pour aller faire notre prospection sur le rivage :
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Le teint lumineux du Zeph nous émerveillait.
Nous l’aimons beaucoup notre Zeph, non seulement parce qu’il est beau, mais aussi parce qu’il est brave :
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Souvenons-nous de la devise du fabricant Mastervolt, basé à Άλιμος (transcription : Alimos) : « The power to be independent ».
En français : le pouvoir conféré par l’indépendance.
Et ce « pouvoir » pouvait très bien être celui de la séduction.
Oui, le Zeph pouvait garder la tête haute, au sens propre comme au sens figuré, car il avait conscience qu’il était très attrayant.
Le regard sur soi pouvait être un sublime motif d’émerveillement.
C’était la toute première fois que nous contemplions le Zeph à Πόρτο Xέλι. Nous le trouvions si lumineux. Et il avait toutes les raisons de l’être.
Dans l’architecture navale, il existe une structure qui fascine le mousse : c’est celle du beaupré.
À Πόρτο Xέλι, s’exhibait un splendide beaupré, qui apportait beaucoup de prestige à la collection des coques de parade.
Voici ce beaupré qui se montrait dans toute sa splendeur au moment où nous accostions avec notre annexe. :
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Le bateau qui possédait cette impressionnante pièce de mâture s’appelait Aετός (en français : Aigle) :
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Nous avons garé notre annexe près de la poupe de « l’Aigle des mers ».
Sur la photo suivante, le Capitaine, qui venait de quitter l’annexe, était en train de se chausser :
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La silhouette du Capitaine apparaissait sous le second « O » dans le slogan suspendu « I ♥ PORTO HELI ».
À l’arrière-plan, flottait l’énorme pavillon grec de « l’Aigle des mers ».
Le robinet d’eau douce se trouvait dans le dos du Capitaine, derrière le cabanon aux volets bleu vert. Mais ce robinet a été soigneusement dissimulé sous un meuble qui donnait l’impression d’être réservé au rangement des bouées.
Le Capitaine était scandalisé par ce cadenas symbolique, mais il a dû se résigner à aller chercher une autre source de réapprovisionnement.
La photo suivante le montre en train de se diriger vers une institution pour qui l’arrosage avait une valeur liturgique, parce que la chlorophylle ainsi préservée et choyée donnait l’image du paradis retrouvé :
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Ainsi, le Capitaine est parti dans la direction de l’église qui gardait l’entrée de la baie. On le voit à droite de la photo, avec sa chemise blanche, au niveau du lampadaire du fond.
La prospection a-t-elle été fructueuse ? Oui !
En effet, si l’eau de la marchandisation était monnayable, par contre l’eau de la sanctification était offerte, sans contrepartie.
Le premier objectif de la passeggiata était donc atteint. Nous nous sommes alors occupés du second.
Comme le centre de ravitaillement en denrées alimentaires se trouvait à l’autre bout du quai, la petite marche qui nous y conduisait nous a fourni l’occasion de contempler les bateaux amarrés.
À bâbord de « l’Aigle des mers », était amarrée une pyramide flottante, qui avait sept degrés.
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C’était la vue de profil qui fascinait le plus. En effet, voici le profil côté tribord :
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L’enveloppe triangulaire des sept ponts reproduisait la posture d’un conducteur de char antique, qui tirait sur les rênes en penchant en arrière.
D’autres coques ont attiré notre attention, comme le « Cassiopeia », qui portait le nom d’une reine, Κασσιόπεια, et d’une constellation circumpolaire :
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Le « Cassiopeia » de Πόρτο Xέλι était au service d’un célèbre fournisseur de champagne. En effet, sur l’étendard blanc qui flottait à côté du mât, se reconnaissaient les premières lettres de l’appellation « Moët & Chandon ».
Une autre coque était aussi intéressante à contempler : c’était le « Carpe Diem ».
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Pour les personnes qui se trouvaient à bord, la navigation était une façon de bien profiter du temps présent.
L’incitation hédoniste avait une valeur universelle.
Après nous être divertis avec la collection des bateaux amarrés au quai, nous sommes parvenus au lieu de ravitaillement qui nous permettrait de réussir le second objectif utilitaire de la passeggiata :
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L’enseigne dont le Capitaine se préparait à franchir le seuil nous a toujours donné satisfaction. D’ailleurs, une inscription, écrite en grand, s’adressait aux passants de la rue en ces termes :
Επιλoγές
με ποιότητα
και χαμηλές
τιμές
Le message, rédigé avec des lettres blanches sur un fond bleu clair, était présenté à hauteur d’homme, pour une lecture facile, qui ne nécessitait pas l’effort de lever le regard.
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Voici la teneur en français :
Des choix
avec la qualité
et des bas
prix
La publicité n’était pas mensongère.Voici un exemple :
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Le produit étiqueté se nommait ΣΤΑΦΥΛΙΑ ΑΤΤΙΚΗ (ΑΣΠΕΡΜΑ).
En français : RAISIN ATTIQUE (SANS PÉPIN)
Le raisin attique était le raisin cueilli dans les vignobles près d’Athènes.
Le kilo de ce produit du terroir local valait 3,50 €.
Au moment où cet article était en préparation, le prix du kilo de raisin sans pépin dépassait allègrement les 5€, au marché grossiste de Lyon-Corbas. Il va sans dire qu’il faut compter bien plus encore, pour une vente au détail.
Ainsi, l’enseigne grecque mettait à la disposition de tous, y compris du petit peuple, une nourriture saine et vivifiante, sans terroriser le porte-monnaie de quiconque.
La visite de ce centre de ravitaillement était une source de grande satisfaction. Pour l’heure, il serait abusif d’y voir une connexion avec l’émerveillement. Néanmoins, cette visite est évoquée, car elle fera partie des choses auxquelles le messager apposera, en temps voulu, le sceau de l’émerveillement.
Malgré son but essentiellement utilitaire, la promenade s’est révélée divertissante et instructive.
Avec plaisir, nous avons retrouvé le Zeph après la passeggiata :
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De très légers reflets ambrés commençaient à caresser le Zeph parce que le soleil n’était plus très haut au-dessus de l’horizon.
Joueur et enthousiaste, le Zeph a invité le disque solaire à une partie de cache-cache :
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L’adversaire scrutait le moindre interstice.
Plein d’humour, il amenait sur les parois verticales la mer qui dansait :
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Des courbures apparaissaient, pour donner l’impression que le plastique se tordait de rire.
Puis, quand l’obscurité faisait son entrée en scène, le deux-mâts d’hier a fait fonctionner un éclairage supplémentaire pour épater la lune :
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La pyramide flottante aussi, a mis en valeur son attrait nocturne :
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En mettant à part la question de l’eau douce, la deuxième journée a commencé dans le faste et s’est terminée dans le faste. Le cycle nycthémère qui venait de s’écouler était véritablement un cycle d’émerveillement.
En français, l’on a coutume de dire : « Jamais deux sans trois ».
Sans prêcher en faveur du déterminisme sous-entendu, le Zeph à Πόρτο Xέλι a expérimenté, à son avantage, la véracité du dicton français.
Le troisième jour a commencé avec le charme des nouvelles voiles. Le ballet de l’élégance se poursuivait autour du bateau ocre rouge :
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À bord du Zeph, la vie était aussi dansante.
L’inspiration du mousse emmenait celui-ci danser jusqu’en Mer de Chine. Grâce à cette échappée belle, il a eu l’idée de préparer des rouleaux de printemps bien croustillants :
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Cette nourriture préparée à domicile était d’autant plus délicieuse qu’elle ne contenait ni glutamate, ni conservateur, ni additif.
La merveilleuse contribution de Πόρτο Xέλι dans cette préparation culinaire était dans l’apport du persil frais. Le Capitaine avait acheté le persil la veille, au cours de sa visite au centre de ravitaillement en denrées alimentaires.
En soignant le détail, l’on déclenche l’émerveillement.
Effectivement, la fraîcheur du persil et son goût poivré affranchissaient de la routine la dégustation et emmenaient les papilles dans un sublime voyage de la nouveauté.
L’ambiance à table, qui relayait le climat de l’espace des fourneaux, témoignait de l’état de santé à bord. Celui-ci était florissant en ce troisième jour de mouillage à Πόρτο Xέλι, depuis l’aurore jusqu’au crépuscule.
Avant de jouir de son repos nocturne, le soleil nous a adressé un magnifique au revoir :
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Les hublots s’ingéniaient à fonctionner comme des miroirs.
Nous avons laissé le pourpre de la prospérité imprégner nos corps, mais aussi nos âmes :
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Le bonheur du soir a donné lieu à un festin de l’émerveillement.
Au menu, il y avait du saumon à la framboise :
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Le produit de la mer réclamait une boisson digne de lui. Nous avons mis sur la table un vin français, qui était un Bourgogne blanc, sorti des fûts de la Maison Puligny-Montrachet, en 2011.
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Le tire-bouchon a été confié avec solennité au Capitaine :
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La libération des effluves capiteux a fait chavirer l’échanson. Celui-ci a repris à temps ses esprits pour laisser une empreinte réaliste au moment de construire la mémoire :
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Entre-temps, un bateau appelé « Norma » est entré dans la baie. Fasciné par cette apparition si singulière, le Capitaine a eu une envie impérieuse de musique classique. Comme le nom du nouvel arrivant appartenait au monde de l’opéra, le Capitaine a mis sur les hauts-parleurs du Zeph, de la musique d’opéra. Mais au lieu de choisir Bellini, qui avait composé Norma, le Capitaine a préféré Glück, avec Orphée et Eurydice. Quel choix merveilleux, qui nous a fait descendre jusqu’aux entrailles de la terre !
Ainsi l’émotion baroque a tenu compagnie à toute la dégustation.
L’aubergine, qui participait à la composition de la garniture, diffusait dans sa chair l’impatience de l’amant infortuné qu’était Orphée.
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En effet, Orphée, le poète-musicien, venait de perdre sa bien-aimée, Eurydice.
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Le tableau est peint par le belge Joseph Paelinck.
Le deuil était aussi dansé sur la scène de l’Opéra Garnier, à Paris, selon une chorégraphie de Pina Bausch, qui rendait hommage à l’œuvre de Glück :
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Refusant la fatalité, Orphée était décidé de descendre aux Enfers pour retrouver sa bien-aimée.
Le peintre hongrois János Donát montre Orphée se présentant devant Hadès, le souverain des Enfers, pour demander la libération d’Eurydice :
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La courgette faisait chanter dans ses fibres l’espoir de retrouver la liberté pour Eurydice :
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La framboise, qui explosait si agréablement en bouche, était en résonance avec le bonheur des deux amants de nouveau réunis :
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Le peintre anglais John Roddam Spencer Stanhope a peint les deux amoureux s’étreignant dans l’attente de franchir le Styx pour quitter le Séjour des morts :
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La chorégraphie de Pina Bausch célébrait aussi sur la scène de l’Opéra Garnier le bonheur des retrouvailles entre les deux amants :
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Le festin agrémenté par l’opéra baroque était une merveilleuse aventure !
Ainsi la troisième journée s’est achevée dans l’émerveillement, à l’instar des deux précédentes.
Après ces trois journées, qui étaient des journées de faste, chacune à sa manière, c’est-à-dire sans mimétisme, pouvions-nous dire qu’il nous manquait encore quelque chose ?
Sincèrement, nous nous sentions comblés. La réponse à la question serait alors : « Non ! »
Les divinités, elles, pensaient qu’il nous manquait encore quelque chose. C’est pourquoi, au matin du quatrième jour, elles nous ont envoyé un messager.
Le regard est émerveillé parce que le cœur l’est.
L’émerveillement est une manifestation de gratitude.
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