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Les choses étaient somptueuses parce que le Capitaine était inspiré. Le Capitaine était inspiré parce qu’il était l’instrument des divinités.

Voici la roulotte de retour au détroit des Dardanelles, sur la rive occidentale :

La photo montre le lever du soleil à Eceabat. L’impact photographié se situait à bâbord, sous la fenêtre de la table de travail.

L’émerveillement était immédiat

Mais reprenons les choses depuis le début.

Le retour peut se définir par rapport à la progression sur le terrain. Dans ce cas, le retour a commencé pour nous quand nous avons cessé de progresser vers l’Est. Avec ce point de vue, le retour a commencé à Antalya.

Le retour peut encore être envisagé par rapport à la nouveauté du regard. Avec cette définition, le retour a commencé quand nous avons revu des lieux que nous avions découverts à l’aller. Dans cette optique, le retour a commencé à Ayvalık (la dernière voyelle s’écrit sans le point sommital et se prononce comme un « eu »).

Nous adopterons cette seconde conception.

Pour la halte nocturne à Ayvalık, voici l’un des parkings proposés par le logiciel des camping-cars :

À l’arrière-plan, on voyait la mer. À gauche, c’était un établissement scolaire. À droite se trouvait un stade de foot. Au premier plan, il y avait le Capitaine, vu de dos, avec sa chemise bleue. Il se dirigeait vers la poubelle publique qui se trouvait près de la fontaine indiquée par l’arc ogival.

Pour des raisons, pour l’instant mystérieuses, le lieu suggéré par le logiciel ne plaisait pas au Capitaine. Celui-ci a donc trouvé un autre endroit pour la roulotte.

Sur la photo précédente, le Capitaine descendait d’une plate-forme. Cette dernière faisait partie d’un trottoir qui s’étirait d’Est en Ouest. Sur la photo, l’Est se trouvait à droite.

Voici à présent ce trottoir dans le sens de la longueur, en regardant à partir de l’Est :

La roulotte apparaissait à l’arrière-plan.

Le choix final du Capitaine pour l’emplacement de la roulotte offrait à celui-ci une plus grande visibilité par rapport à la solution proposée par le logiciel.

Reculons plus encore à l’Est. Voici la nouvelle perspective :

Cette fois-ci, la mer apparaissait sur la droite de la photo. Mais la visibilité de la roulotte demeurait intacte. L’emplacement définitif, qui était ouvert sur 180° et de surcroît, surélevé, permettait une mise en valeur de la roulotte.

Les Anatoliens qui empruntaient cette route pour aller d’Ouest en Est suivaient une pente ascendante. Au cours de cette ascension, la roulotte était pour eux comme une apparition inattendue, magique, envoûtante.

Le mousse a vu deux Anatoliens gesticuler sur leur moto pour décrire l’apparence de la roulotte. L’enthousiasme de leurs gestes disait leur bonheur visuel. L’éloquence de leurs visages séduits était, pour le mousse, une source d’émerveillement.

Voici la roulotte telle qu’elle pouvait apparaître à ceux qui remontaient la pente d’Ouest en Est, comme ces deux Anatoliens :

Cette vision s’est révélée à un couple qui faisait aussi l’ascension vers l’Est. Ce couple s’est arrêté pour garer leur voiture à bâbord de la roulotte. La rapidité de leur décision et l’énergique arrêt de leur voiture ont fait croire au mousse à un contrôle-surprise effectué par la police. Le couple avait une trentaine de printemps. Il ne s’agissait nullement d’un contrôle policier, mais d’une courtoisie. Plus exactement encore, il s’agissait d’un hommage. Car l’Anatolien disait au mousse que sa femme et lui ont trouvé la roulotte magnifique et qu’ils voudraient acheter la même pour eux.

Quelle parole touchante ! Quelle confidence bouleversante ! L’émerveillement était produit par la sincérité du ton de l’Anatolien et par la gratitude qui scintillait dans les yeux du couple.

L’intérêt de la photo précédente était dans le fait que dans l’embrasure de la porte ouverte apparaissait un corps qui n’était pas entièrement vêtu. En effet, dans la roulotte, la température avoisinait les 38°C.

Or, parmi les deux admirateurs qui venaient de s’approcher de la porte grande ouverte, il y avait une présence féminine. Le mousse, qui assurait le service d’accueil, était vêtu comme s’il était sur la plage. L’on pourrait s’attendre à une crispation de l’atmosphère sous le prétexte de la pudeur. Mais tout a continué avec l’atmosphère la plus détendue. L’émerveillement était le fruit d’une liberté assumée et d’une confiance réciproque.

C’était donc en tenue de plage que le mousse, assis devant sa table de travail, a dit à l’Anatolien : « Gel ! » (en français : Viens !)

Délibérément, le mousse tutoie l’Anatolien.

« Venez ! », c’est « Gelin ! » dans la langue de l’Anatolie du XXIè siècle, pour le pluriel, numérique ou honorifique.

Mais le mousse tutoie l’Anatolien à la manière des Anciens.

Immédiatement, l’Anatolien saisit la main tendue symboliquement et franchit le marche-pied. À sa compagne aussi, le mousse a dit : « Gel ! Gel ! » (en français : « Viens ! Viens ! »). Mais la présence féminine, toute heureuse de l’accueil, a préféré exprimer sa gratitude en laissant sa robe s’envoler librement devant le marche-pied.

Maintenant de plain-pied par rapport au mousse, l’Anatolien a offert à celui-ci une poignée de mains, franche et énergique. La nouvelle amitié sous-entendue par ce geste de confiance et de gratitude était une magnifique source d’émerveillement.

L’Anatolien a jeté un regard scrutateur, qui faisait 360 degrés. Le mousse l’a encouragé à faire des photos qui s’imposaient. Enhardi par son tour d’horizon où toutes les portes lui étaient ouvertes, matériellement et symboliquement, l’Anatolien s’est avancé vers le lit principal, où était allongé le Capitaine, en tenue de plage aussi. Les deux silhouettes masculines se sont fait connaissance, sans aucune gêne, avec une joie franche et sincère. L’Anatolien n’avait pas l’impression de commettre une intrusion. Et le Capitaine n’avait nullement la sensation d’être importuné. Cette rencontre impromptue, sans protocole et sans méfiance, était encore une immense source d’émerveillement. Le Capitaine, qui donnait l’impression de recevoir un ami de longue date, a laissé celui-ci poursuivre en toute quiétude l’investigation. L’Anatolien, qui se sentait chez lui, emmagasinait tout dans sa mémoire pour reconstruire à l’identique son futur nid de bonheur.

La visite du couple anatolien nous a flattés, émus et enchantés.

Sans la position en vue de la roulotte, cette merveilleuse rencontre n’aurait pas eu lieu. C’étaient donc les divinités qui avaient dit au Capitaine de s’installer là, sur cette esplanade ostentatoire, au lieu de s’enterrer dans la concavité de l’oubli.

Ce qui était somptueux, c’était l’impact visuel, psychologique et sociologique qu’avait la roulotte sur les Anatoliens. Nous leur renvoyions l’image de leur génome de nomades, véhiculé depuis les temps où leurs ancêtres parcouraient les steppes de l’Asie centrale.

Cette remontée dans l’arbre généalogique était une source d’émerveillement incomparable.

Après ce fait majeur, lié à la topographie, un autre fait majeur, lié à la psychologie, a marqué notre retour à Ayvalık. Le cadre était fourni par les Halles, à l’heure où l’estomac criait famine.

Sur la route de l’aller, nous étions très satisfaits par les services offerts par l’établissement dont voici la pancarte :

La pancarte vantait les bienfaits du « döner » (la voyelle « o », coiffée du tréma, se prononce comme le « eu » en français). Dans la pratique, le « döner » se construit comme un sandwich : il y a l’enjeu du contenant, qui est du pain, croustillant ou pas, et l’enjeu du contenu, qui est la garniture, copieuse ou pas, bien assaisonnée ou pas.

Nous, nous avions eu droit à l’émerveillement, dès la première visite. Car le chef cuisinier était aussi un boulanger, qui fabriquait au fur et à mesure sa pâte à pain. Voici l’Anatolien qui se préparait à enfourner une de ses créations, qui avait une certaine parenté avec la pizza ou la tarte :

La casquette de boulanger permettait au cuisinier de servir les clients avec une pâte fraîche, c’est-à-dire sans conservateur ou additif, et avec la chaleur bienfaisante du four à bois et non au micro-ondes, pour donner au plat la température choyée.

En souvenir de cet émerveillement initial des papilles, nous sommes revenus à Ayvalık pour ce service exceptionnel. Car, nulle part ailleurs en Anatolie, nous n’avions trouvé l’équivalent, soit à cause de la paresse des prestataires, soit à cause de leur avarice, soit à cause de leur inculture, soit à cause de leur incompétence.

Y aurait-il de l’émerveillement au moment des retrouvailles à Ayvalık ?

La bohème est friande de suspense.

La réponse à la question précédente était affirmative, sans aucun équivoque.

Nous étions encore servis avec des pains ronds, pétris sur place, à la dernière minute :

La photo montre les outils pour fabriquer sur place les ingrédients.

L’on ne pouvait garantir une meilleure fraîcheur de l’aliment.

L’émerveillement était la préservation de la qualité diététique, même dans un établissement à l’apparence modeste.

Pétrie seulement pour les besoins du client, donc avec précision et sagesse, la pâte se présentait sous forme de galettes circulaires. Chaque galette circulaire était décollée de la table d’un geste leste, puis recevait une impulsion pour qu’une poche d’air s’introduise dans le corps plat en faisant des vagues sur le pourtour :

Pour finir, la préparation aérienne était déposée avec douceur sur une grande spatule en bois qui la mènerait dans le giron magique du four.

L’émerveillement était causé par le professionnalisme et la beauté du protocole, qui existaient indépendamment du statut social et du porte-monnaie du client. Une fois cuits, les pains ronds étaient fendus pour être garnis avec de la viande et des légumes :

Nos lecteurs qui aiment anticiper pensent qu’à ce stade, il suffit de renfermer le couvercle de pain puis de confier le tout au client. Effectivement, c’était ce qui se faisait dans toutes les tavernes, sauf une. L’exception était ce lieu de raffinement que nous sommes revenus chercher à Ayvalık. Dans ce lieu où triomphait l’exception, la composition finale, avec le couvercle refermé, repassait encore une fois dans le giron magique du four, pour que celui-ci fasse croustiller l’enveloppe de froment à l’endroit où les dents mordraient en premier, c’est-à-dire le dessus.

Avec cette photo, l’attention n’est plus attirée par la chose comestible, mais par l’être humain qui y a œuvré. À présent, l’intérêt n’est plus dans la nourriture, mais dans l’artiste qui l’a élaborée.

Professionnellement, il s’agissait d’un véritable artiste. Mais l’enjeu n’était plus dans le savoir-faire des mains. Car quelque chose d’autre supplantait la dextérité manuelle : c’était la mélancolie d’un regard, qui témoignait d’un drame et interpelait notre part d’humanité.

Cette photo n’était pas une photo volée : elle a été réalisée avec l’autorisation explicite du protagoniste.

Le recul amorcé n’était donc pas dû à une surprise ou à l’absence de consentement : il était dû à l’habitude de se mettre à l’abri pour échapper à l’insoutenable.

Il était inévitable que le mousse interroge ce regard du retrait. L’insistance fraternelle du mousse a été récompensée par une confidence. Sur le ton du murmure, l’artiste a révélé que l’Afghanistan était le pays de ses pères. Nous étions donc servi par un exilé, qui a été déraciné par les tourmentes de l’Histoire !

Physiquement, la sveltesse de l’Afghan accentuait l’impression de fragilité et de vulnérabilité.

Nos lecteurs, toujours soucieux de cohérence, feront remarquer qu’à l’aller, le magicien de la taverne de la taverne était trapu, avec des cheveux grisonnants tandis qu’au retour, l’artiste en scène n’avait qu’une vingtaine de printemps, avec un corps qui étonnait par sa minceur.

Au moment de notre retour, le magicien de la première heure était encore là : il s’occupait de la caisse et avait confié à l’Afghan la tâche manuelle de préparer les pains ronds. Voici la photo de la répartition des tâches :

À l’arrière-plan, l’Anatolien aux cheveux grisonnants examinait le contenu du tiroir de sa caisse. Au premier plan, le svelte Afghan remettait l’addition au Capitaine, toujours avec ce regard qui redoutait la confrontation.

Regard qui disait la peur, inspirée par le fracas des armes. Regard où se reflétait la résignation devant le sort injuste. Regard qui célébrait la résilience pour se reconstruire.

L’émerveillement était suscité par l’hospitalité manifestée par l’Anatolie envers le jeune Afghan.

Ce qui était somptueux, c’était l’instinct de survie de l’Afghan.

L’émerveillement, né à Ayvalık, s’est poursuivi jusqu’à l’arrivée à la frontière avec la Grèce du XXXIè siècle.

Après Ayvalık, nous avons de nouveau traversé la plaine de Troie.

De façon vraiment miraculeuse, le Capitaine nous a menés à la rencontre du guerrier le plus vaillant de l’Antiquité : Achille, qui avait tant fait frémir l’armée troyenne !

En effet, la roulotte avait besoin de renouveler sa réserve d’eau. Et voici la fontaine providentielle que le Capitaine a trouvée :

L’eau de la générosité était reliée au souvenir du plus illustre guerrier de l’Antiquité. Il s’agissait donc de l’eau du fleuve appelé Σκάμανδρος (en français : Scamandre). Dans cette connexion, il y avait un paradoxe circonstanciel qui était la source d’un émerveillement très savoureux.

En effet, le texte homérique relate l’énorme courroux qui s’est emparé d’Achille après la mort de son cousin bien-aimé, Patrocle. Sur le chemin de la vengeance, Achille a donc massacré tous les Troyens qui se trouvaient sur son passage. Le carnage était tel que le Scamandre, qui était le principal fleuve nourricier de la plaine de Troie, était souillé par le sang répandu et les cadavres entassés. Irrité à son tour, le dieu-fleuve a voulu noyer Achille. Celui-ci a été sauvé de justesse par Héra, l’épouse de Zeus, et Héphaïtos, le Seigneur des forges.

Au Musée des Beaux-Arts de Dijon, une toile du peintre français Paul Jourdy raconte ce dernier épisode du combat entre Achille et le Scamandre. Voici cette toile :

Achille, reconnaissable à son armure, n’a pas son équilibre physique assuré. Il n’est pas loin de tomber à la renverse à cause d’une force d’agression qui vient d’en face et qui est développée par une silhouette masculine âgée mais musclée, nue, à la chevelure et à la barbe abondantes. Il s’agit du dieu-fleuve Scamandre, qui soulève des tourbillons d’eau énormes et puissants. Aux pieds d’Achille, apparaissent deux cadavres troyens : l’un a la face contre terre et l’autre regarde le ciel. Les pieds d’Achille sont au sec : ils sont sortis du lit du fleuve. Malgré cela, celui s’acharne contre le Grec et le poursuit dans la plaine. C’est alors qu’interviennent deux Olympiens : Héra, l’épouse de Zeus, et Héphaïtos, le dieu-forgeron, pour éviter qu’Achille ne soit complètement englouti par le Scamandre. Sur la peinture, les deux Olympiens se placent près du bras droit d’Achille.

Ce rappel situe les choses dans le contexte de jadis.

Mais pour la roulotte, le Scamandre, fleuve de la haine, est devenu fleuve de la concorde.

Le Scamandre, fleuve du trépas, est devenu fleuve de la régénération de la vie.

Le Scamandre, fleuve de la noirceur, est devenu fleuve de la fraîcheur.

Il ne s’agit pas d’une ré-écriture de l’Histoire, mais d’un enrichissement de la mémoire grâce à une réactualisation des enjeux. L’émerveillement était suscité par la possibilité d’inverser l’impact psychologique. Le texte d’Homère n’en était que plus somptueux grâce la plus-value apportée par les nouvelles sèves qui le traversent.

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Comme le Scamandre, la roulotte a rejoint l’Hellespont.

Nous avons embarqué à Çanakkale pour la traversée d’Est en l’Ouest

Voici les derniers instants sur la rive asiatique :

La photo a été faite à partir du ferry qui s’apprêtait à quitter l’embarcadère.

La progression dans l’eau permettait de contempler le château de Çimenlik, qui formait avec le château de Kilitbahir sur l’autre rive, le verrou construit par le Sultan Mehmed II pour contrôler le détroit à l’endroit le plus étroit de celui-ci :

À présent, voici la roulotte sur la rive européenne, à Eceabat :

Le bon sens voulait que le museau de la roulotte soit dirigé vers la mer. Et de l’autre côté de la mer, c’était la rive asiatique.

Sur la photo, le relief de l’Asie nous lançait des œillades à partir de l’arrière-plan.

Au premier plan, un bâtiment rouge, illuminé par la lumière du couchant, laissait ses reflets dans la mer et sur le corps de la roulotte.

L’Anatolie qui voulait que l’au revoir soit somptueux, a convoqué tout le cosmos à cette fin.

Nous aussi, voulions que l’au revoir soit somptueux. Alors, nous avons convoqué l’effervescence champenoise.

La nourriture prenait une part active à l’enracinement de l’au revoir, non pas dans la tristesse, mais dans la joie. Pour que l’équilibre diététique soit somptueux, l’élément végétal devait être roi dans l’assiette.

Des poivrons évoquaient des embarcations qui transportaient du fret

La marchandise destinée à être soulevée par les grues était attachée par des sangles que rappelait l’anneau de poivron rouge.

Dans le cas présent, des haricots plats représentaient ce qui attendait d’être transféré par la voie des airs.

Quant à l’apport protidique, souvent assuré par la chair de la volaille, il provenait, en cette occasion exceptionnelle, d’un gigot d’agneau.

Nos chers lecteurs, devenus de véritables compagnons de route, attentifs et fidèles, se rendent assurément compte qu’à l’aller, la roulotte n’avait pas stationné à cet endroit, à Eceabat. Une telle remarque est exacte.

En effet, dès la sortie du ferry, le Capitaine a abandonné l’idée d’aller se garer sur le promontoire de l’aller et a choisi de se poser entre le port du ferry et le port des pêcheurs. La décision a été prise de manière soudaine, comme sur un coup de tête.

Confiant, le mousse a attribué ce changement d’idée à une inspiration reçue des divinités.

Mais avons-nous enfreint un règlement en nous mettant là, entre le port du ferry et le port des pêcheurs ? Aucun affichage ne disait que c’était autorisé. Aucun affichage non plus ne disait que c’était interdit. Et le périple récent, jusqu’à Antalya, nous a appris que ce silence des autorités nous laissait entièrement libres et équivalait donc à une autorisation.

Il existait un service d’ordre qui veillait à la manière dont les véhicules étaient garés sur la voie publique. « Zabita » était le nom administratif de cette police urbaine. Voici le bureau de la « Zabita » dans la ville de Philadelphie, dont nous avons parlé dans l’article précédent :

À Eceabat, le mousse a vu une voiture de fonction de la Zabita, avec les emblèmes et les inscriptions officiels, passer à proximité de la roulotte, sans rien trouver à redire à celle-ci. Nous en avons déduit que nous avions la bénédiction des autorités locales pour nous garer là, selon notre humeur.

Une fois de plus, l’émerveillement était causé par la profonde empathie que ressentait le peuple anatolien à l’égard de la roulotte.

Les avantages de la nouvelle position étaient indéniables : des premiers plans privilégiés pour le chasseur d’images ; une plus grande imbrication dans le tissu social pour mieux connaître l’âme anatolienne ; un accès plus facile aux lieux de ravitaillement pour profiter davantage de la générosité de la terre nourricière !

Accessoirement, nous avons appris qu’entre-temps, le promontoire était devenu payant et qu’il s’y pratiquait des prix semblables à ceux de Çesme. Autrement dit, en nous menant directement là où nous étions, les divinités nous ont épargné une quête vaine, une perte de temps et le désagrément d’une déception.

La clémence des divinités était un geste somptueux !

Ce soir-là, le Capitaine a déniché des ondes radiophoniques divinement suaves, qui nous ont bercés jusqu’à tard dans la nuit.

Puis un jour nouveau a pointé le bout de son nez :

Le soleil nous amusait en se dédoublant sur le flanc gauche de la roulotte.

C’est ici que peut s’insérer la toute première photo, celle qui a introduit le présent article.

Le disque solaire jouait aussi avec les ferrys en partance :

À droite de la photo et sur la partie supérieure, se profilait un ferry qui venait de quitter Eceabat pour rejoindre la rive asiatique.

Certains ferrys étaient restés à quai, tout simplement parce que ce n’était pas encore l’heure pour eux de partir. Ceux-là aussi étaient cajolés par l’ambre du nouveau soleil :

C’était le cas du ferry appelé « Avşa Adası » (en français : Île de Avşa). La veille, le ferry« Avşa Adası » était le dernier à finir son service. Alors, en compensation, il avait droit à la grasse matinée.

L’île de Avşa se trouve dans la mer de Marmara.

Le lever du soleil était somptueux car il voulait être inoubliable. C’était notre dernier lever de soleil en Anatolie.

Puis la route du retour était bordée par d’immenses champs de tournesol, comme celui-ci qui s’en allait rejoindre la mer à l’Est :

Nous avons revu l’alphabet grec pour la première fois à Keşan. C’était pour indiquer la direction du centre-ville et la direction de la frontière :

 

Mais c’était aussi pour souhaiter la bienvenue dans un grand supermarché :

Près du supermarché, s’étendaient des champs fleuris d’une grande beauté :

Il y avait des tournesols, mais aussi des roses trémières :

La dernière ville avant la frontière était Ipsala :

C’est pourquoi la pancarte des directions associait Ipsala et Yunanistan (C’est ainsi que les Anatoliens appellent la Grèce)

Et voici le tout dernier panneau, aux couleurs du terroir, brandi tel un oriflamme, juste avant la frontière :

A101 était le nom d’une enseigne où le petit peuple se rendait pour les produits de première nécessité. Le mousse allait très souvent au A101 pour se ravitailler.

Le visiteur qui entre en Anatolie par cette route découvre avant toutes choses ce panneau qui lui assure qu’il peut manger à sa faim et étancher sa soif avec un prix modique.

L’enjeu exhibé par le panneau A101 n’était pas économique, mais éthique.

Ce panneau proclamait que personne ne devait mourir ni de faim, ni de soif en Anatolie !

L’émerveillement était à son comble.

Quelle somptueuse conscience !

Voici à présent le lieu de vérification des passeports et de contrôle des véhicules :

Aucune tracasserie ne nous a été infligée.

Et voici la Grèce qui nous tendait ses bras affectueux :

L’émerveillement a eu lieu pendant tout le retour. Cette formulation parle de temporalité.

Mais l’on peut aussi dire que l’émerveillement caractérisait le retour. Cette seconde formulation fait de l’émerveillement l’une des composantes intrinsèques du retour.

Tag(s) : #2025 LA GRECE
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