Ερέτρια (Erétrie) était la cible de l'expédition punitive des Perses, juste avant l'affrontement avec les Athéniens dans la plaine de Marathon.
Après un siège qui a duré six jours, la cité a été livrée aux flammes et à l'avidité de ceux qui la pillaient.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_6a6e20_arche-en-feu-736-1308-pinterest.jpg)
Même le temple d'Apollon a été dévasté.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_e5d280_temple-en-feu-736-939-pinterest.jpg)
Toutes les forces viriles étaient passées au fil de l'épée :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_e7d417_guerrier-au-milieu-du-feu-816-14.jpg)
Quel crime Ερέτρια a-t-elle commis pour être châtiée de la sorte ? Celui de lèse-majesté, en soutenant la cause des Indépendantistes ioniens.
À la tête de ceux-ci, il y avait Milet.
Ce printemps, nous étions à Milet, avec la roulotte. La voici devant le Musée archéologique de Milet :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_a3559d_20250513-182511-milet-la-roulotte.jpg)
La photo a été faite en regardant vers le Sud, en fin d'après-midi. C'est pourquoi la colonne, disposée ostensiblement, avec d'autres vestiges de l'Antiquité, sur le bord de la route, pour solenniser celui-ci, recevait, sur le côté droit, la lumière du soleil.
La roulotte se trouvait à l'arrière-plan.
De l'autre côté de la route, c'était le Musée et son jardin d'agrément, qui possédait des bosquets, des pavillons et bien sûr des vestiges du passé. Voici à présent la roulotte, vue à partir du jardin archéologique :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_d0b15d_20250513-153031-milet-la-roulotte.jpg)
À gauche du massif de roses, était exposée une guirlande de l'abondance, qui entourait un support cylindrique. Entre le massif de roses et la guirlande de l'abondance, s'insérait la silhouette de la roulotte.
La roulotte étant en sécurité, nous pouvions explorer en toute tranquillité le parc archéologique, qui se trouvait au Nord-Est. Nous voici sur la place de l'antique αγορά (en français : marché) :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_8894e1_s8860083-milet-l-antique.png)
Il existait un espace architectural qui envoûtait toujours le Capitaine : c'était la « voie de la mer ». Voici le genre de décor que s'offrait, à Milet, cet axe principal
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_1266bd_20250513-165043-milet-palmette-pou.jpg)
Quelle élégance ! Quelle pureté aussi ! Et il n'est pas saugrenu d'ajouter : « Quelle liberté ! » Car les pièces florales semblaient affranchies de toute contrainte. Cette aisance physique évoquait l'idéal de liberté politique, qui était incompatible avec la soumission à un pouvoir central. Ainsi, Milet était la première cité ionienne à suivre l'exemple athénien en devenant une démocratie. Ce choix politique était lourd de conséquences. D'une part, il signifiait que le pouvoir central était remis en cause. D'autre part, la révolte de Milet contre l’autorité suprême du souverain perse a fait des émules auprès des autres cités grecques. La révolte s'est généralisée sur le littoral ionien et cette traînée de poudre déplaisait fortement au souverain perse, surtout que Milet a demandé l'aide, morale et militaire, à la Grèce située à l'Ouest de la mer Égée.
Athènes a répondu à Milet en lui envoyant vingt trirèmes :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_619cb5_flottille-de-triremes-1024-599.jpg)
Ερέτρια a aussi participé à l'effort de guerre en envoyant à Milet cinq trirèmes :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_72e2dd_triremes-1920-1305-copie.jpg)
Ce soutien, diplomatique et militaire, a fait que Ερέτρια était durement châtiée par les Perses, qui comptaient bien infliger le même sort infamant à l’arrogante Athènes.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_311257_temple-en-sang-720-720-copie.jpg)
Nous sommes arrivés à Ερέτρια au moment où le soleil se couchait.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_f0643f_s2170117-coucher-de.png)
Un esprit neutre aurait peut-être envie de s’épancher dans le romantisme devant la profusion des ondes écarlates. Mais l’œil de la mémoire pourrait aussi voir dans les reflets rouges la mer de sang qui avait jadis submergé Ερέτρια à cause de la fureur impitoyable des Perses.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_309cef_s2170122-la-mer-de.png)
Milet au printemps. Puis dans la même foulée, Ερέτρια en été. Comme nous étions chanceux d’avoir visité ces deux sites l’un après l’autre, dans cet ordre, en harmonie avec la chronologie de l’Histoire !
L’émerveillement était inévitable devant la fascinante articulation entre la route terrestre de la roulotte et la route maritime du Zeph.
L’émerveillement naissait surtout de la mémoire, et pas seulement de la vision directe.
C’était donc avec le cœur serré que nous avons contemplé l’Acropole de Ερέτρια, qui apparaissait au sommet d’un relief en forme de cône, à gauche de l’éolienne dans la photo suivante :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_1eac63_20250712-063221-lae-acropole-de-i-i.jpg)
Élargissons le champ de vision :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_e1796f_20250712-063214-le-ferry-rouge-quit.jpg)
Le ferry rouge quittait Ερέτρια en même temps que le Zeph. Mais le premier faisait la traversée pour retrouver tout de suite la rive opposée tandis que le second descendait le Golfe de Εύβοια (en français : Eubée) en prenant la direction du Sud-Ouest. Autrement dit, le Zeph était en train de s’engager dans le sillage des Perses impatients de faire payer à Athènes l’audacieux soutien qu’elle avait apporté à l’élan démocratique en Ionie.
Le fait que le Zeph voguait sur les eaux de l’Histoire était une grande source d’émerveillement.
L’émerveillement ne naissait pas automatiquement du contact physique avec de tels flots, mais de la conscience de ce que ces flots avaient vu jadis.
L’émerveillement était décuplé parce que, physiquement, l’itinéraire emprunté donnait l’impression que le Zeph s’était glissé au milieu de la flotte ennemie.
L’émotion était à son comble parce que nous vivions la menace perse, non pas à partir d’un regard externe, mais en la suivant de l’intérieur, comme si nous entendions toutes les délibérations à bord des vaisseaux perses.
Ce jeu de rôle, improvisé, était un très beau cadeau des divinités.
La conscience de l’Histoire a communiqué au Zeph un flux d’énergie nouvelle.
Dès les premiers instants, l’ancre, encore pleine de la vase de Ερέτρια, s’est mise à briller.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_c61ed9_20250712-062938-l-ancre-encore-p.jpg)
Le liège des flotteurs unissait sa joie à celle du métal :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_e4ebc6_20250712-062944-le-liege-des-flott.jpg)
Le Zeph dansait sur la route du privilège :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_07cff2_20250712-063117-le-zeph-dansait-sur.jpg)
Le Capitaine parachevait le réglage des cordages.
Effort de traction :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_f133c9_20250712-063429-effort-de-traction.jpg)
Tirer. Attirer.
La baie de Marathon attirait la flotte perse.
À la force de traction, s’ajoutait la stratégie pour agencer des brins de corde.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_d3a0e1_20250712-063448-agencer-les-brins-d.jpg)
Passer par derrière, prendre à revers.
Les deux états-majors peaufinaient leurs plans de bataille.
Dans un camp, il y avait la certitude de vaincre. Dans l’autre, il y avait la ferme détermination de ne pas capituler.
Mentalement, le Zeph était avec le second camp. Physiquement, il évoluait au milieu du premier.
Cette dualité était un facteur d’excitation, qui rendait la navigation tonique et captivante.
Au début, le Zeph avançait avec seulement sa voile de l’avant :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_e37e06_20250712-083641-le-zeph-avancait-a.jpg)
Le soleil, qui éclairait le flanc gauche, se déplaçait lentement vers le museau :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_cc0d73_20250712-083846-le-soleil-se-depla.jpg)
À l’instar des vaisseaux perses, le Zeph se rapprochait de la rive attique, qui se trouvait à tribord :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_7f1c59_20250712-084103-le-zeph-se-rapproch.jpg)
Le cadran du GPS confirmait ce rapprochement topographique avec le rivage de la démocratie :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_48915d_20250712-084416-le-gps-confirmait-c.jpg)
Il indiquait aussi que la moitié de la distance entre Ερέτρια et Marathon était déjà parcourue.
Le commandement de la flotte perse bénéficiait des services d’un tyran grec chassé d’Athènes, qui espérait retrouver ses pleins pouvoirs de jadis grâce à l’aide de l’ennemi. En fonction du relief observé, le traître, qui connaissait parfaitement ce rivage, a dû renseigner les Perses au fur et à mesure, sur la proximité de l’objectif.
Pendant ce temps, à bâbord, Εύβοια continuait à s’éloigner.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_6a8708_20250712-085330-ae-bacbord-i-i-i-i.jpg)
Le Capitaine a décidé de mettre la grand’voile quand le soleil se trouvait du côté du museau du Zeph :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_fb2185_20250712-090555-le-capitaine-decid.jpg)
Le changement de voilure évoquait chez les Perses, le changement d’intensité dans l’impatience de flanquer une raclée aux Athéniens.
Il a fallu beaucoup d’acrobatie pour sortir la grand’voile de sa housse de protection :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_977c5b_20250712-090731-acrobatie-a-cause.jpg)
En persévérant, le Capitaine est parvenu à ses fins :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_afb375_20250712-091346-grand-voile-insta.jpg)
La grand’voile était installée. Mais une vigilance constante était requise pour la bonne marche du gréement :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_69eb99_20250712-091439-0-reajustement-c.jpg)
Ces réajustements de dernière minute faisaient penser à la réactivité face aux imprévus sur le champ de bataille.
Une belle surprise nous a remplis de joie quand le soleil est passé au sommet du mât :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_937b47_20250712-115138-soleil-au-sommet-du.jpg)
En effet, tout à l’arrière du Zeph, apparaissait une voile, qui avançait dans la même direction que lui, mais en restant plus près de la côte.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_30c7ea_20250712-114945-apparition-d-une.jpg)
Dès son apparition, cette voile renvoyait l’image de la flotte perse tout en apportant une plus-value au rivage attique :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_d20088_20250712-115503-la-voile-renvoyait.jpg)
La présence de la voile procurait un nouveau statut au Zeph. Désormais, mentalement, celui-ci ne faisait plus partie de la flotte perse, comme cela avait été le cas depuis le départ de Ερέτρια.
Le Zeph s’extrayait de la mêlée pour devenir un observateur, disciple de Hρόδοτος (en français : Hérodote)
La vitesse de la voile-surprise semblait supérieure à celle du Zeph.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_0514f0_20250712-115621-la-vitesse-de-la-vo.jpg)
Il était fort probable que la voile-surprise finisse par rattraper le Zeph.
Ce serait magique qu’elle passe devant Marathon en même temps que le Zeph !
Voici le Zeph qui commençait à se présenter devant Marathon :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_111d21_20250712-115638-le-zeph-commencait.jpg)
Sur le GPS, la position du Zeph était indiquée par un profil noir, en forme d’amande, dont la pointe était orientée vers le Sud.
À gauche du Zeph, une langue de terre s’étirait vers le Sud aussi. L’extrémité de la langue de terre était accompagnée par l’inscription : AK MARATHONAS. C’est la transcription, avec les majuscules de l’alphabet latin, de l’expression grecque AK. ΜAΡΑΘΩΝΑΣ, cette dernière étant elle-même l’abréviation de AKΡΩΤΗΡΙ ΜAΡΑΘΩΝΑΣ (en français : CAP MARATHON).
Avec un zoom élargissant, voici ce qui se voyait sur le GPS :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_4f54ae_20250712-115716-baie-de-marathon-c.jpg)
À l’Ouest du Cap Marathon, et en direction du Sud, se déployait une baie qui portait l’inscription ORMOS MARATHONA, qui était l’écriture latine de : OPMOΣ ΜAΡΑΘΩΝΑ (en français : BAIE DE MARATHON).
Affranchissons-nous de l’image virtuelle et voici ce que l’œil nu pouvait apercevoir, en vrai, à ce moment-là :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_586a56_s2190038-le-cap-marathon-en-vrai-a.png)
La photo a été faite en regardant à l’Ouest. Le Sud se trouvait à gauche. Le Nord, à droite.
Du côté donc du septentrion, c’est-à-dire à droite de la photo, la pointe effilée du cap était introduite par une colline qui avait une forme pyramidale.
Voici la voile-surprise qui passait devant le relief pyramidal :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_2f4b2d_s2190041-la-voile-surprise-passe-de.png)
Puis c’était au tour de la pointe effilée du cap d’être dépassée :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_c826f3_s2190044-la-voile-surprise-passe-de.png)
La voile-surprise n’a pas viré à tribord quand elle se trouvait au bout du cap. La flotte perse, elle, avait viré à tribord, rugissant d’ardeur vengeresse.
Vingt-cinq mille guerriers avaient la responsabilité de faire de cette vengeance un éclatant triomphe.
Les Perses ont débarqué des archers chevronnés :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_99ff21_archers-perses-735-554-pinteres.jpg)
Des cavaliers intrépides prêtaient main-forte aux fantassins :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_18310c_cavalier-perse-736-736-copie.jpg)
Il y avait même les guerriers d’élite, qui constituaient la garde rapprochée du souverain perse :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_11f08d_garde-imperiale-perse-736-1104.jpg)
Bien que deux fois plus nombreux que les Grecs, les Perses ont succombé à cause d’un leurre mis en place par Μιλτιάδης (en français : Miltiade), qui commandait les forces grecques.
Simuler et dissimuler, c’était la stratégie du général grec.
Celui a fait croire à une faiblesse du centre des lignes grecques.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_69f008_hoplites-accourant-768-1536-cop.jpg)
En masse, les Perses se sont rués vers l’appât irrésistible.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_57e216_guerrier-perse-se-defendant-a-l.jpg)
Les deux mâchoires, dissimulées dans les ailes de la défense grecque se sont alors refermées, pour prendre en tenaille des Perses imprudents, trop pressés et trop sûrs de remporter la victoire.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_98e81c_grecs-contre-perses-en-pantalon-769.jpg)
Des Perses ont cherché à échapper à la mêlée meurtrière en s’enfuyant vers leurs bateaux. Mais ils ont été rattrapés par des Grecs mus par un élan patriotique sans bornes.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_a8131d_grecs-contre-le-debarquement-perse.jpg)
Selon Hérodote, le « père de l’Histoire », le trépas a frappé six mille quatre cents Perses :
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_1dffa7_guerrier-oriental-en-bleu-816-14.jpg)
Et seulement cent quatre-vingt-douze Grecs.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_178563_visage-en-sang-sous-le-casque-736-a.jpg)
Le triomphe d’Athènes, à Marathon, contre l’Empire perse a donné à la démocratie un avenir viable et pérenne.
/image%2F0657984%2F20250729%2Fob_539819_chouette-et-casque-1024-1024-co.jpg)
La manière dont les divinités géraient l’expérience marathonienne du Zeph nous remplissait d’émerveillement. Leur pédagogie était vraiment sensationnelle ! L’outil pédagogique, qu’était la voile-surprise, arrivait au bon moment, pour mettre en valeur le lieu de débarquement de la flotte perse.
L’émerveillement de la première escale, qui était Ερέτρια, était provoqué par un scénario à suspense, où se jouait l’avenir de la démocratie.
Tags : émerveillement, Milet, Ionie, Perse, démocratie, Athénien, Marathon, Ερέτρια, Εύβοια, Μιλτιάδης