L’aventure de la Bohème à Philadelphie nous a apporté de très belles surprises.
Les plus émouvantes appartenaient aux paysages de l’éthique.
Les rencontres charmaient par leur spontanéité, leur liberté de ton et leur cadre insolite.
Voici l’une d’elles, offerte par l’Acropole de Philadelphie.
L’Anatolien donnait l’impression de surgir de nulle part. Corporellement, il surgissait de derrière notre dos. Par rapport à l’architecture locale, il surgissait de derrière un mur de clôture, qui l’avait dérobé au regard des passants. Socialement, il surgissait d’une terre abondamment irriguée, qui produisait une profusion d’oriflammes de chlorophylle, destinée à dissimuler la silhouette de l’exploitant agricole.
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Musicalement, il surgissait d’un silence généralisé, que nourrissaient en même temps le contentement et la résignation.
L’Anatolien manifestait un très vif intérêt pour notre provenance, la progression de nos pas, et la manière dont nous humions l’air du terroir.
Ses mots rebondissaient les uns sur les autres, pour former la cascade de la fraternité.
Ses doigts, diplomates, sincères, irrésistibles, s’avançaient vers le visiteur pour établir le contact épidermique, à la fois miraculeux et extatique.
Une œuvre d’art illustrait l’accueil que nous a réservé l’Anatolien. La voici :
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Il s’agissait d’une fontaine décorée de magnifiques céramiques, découverte pendant notre ascension vers l’Acropole.
L’enchaînement sans fin des guirlandes de fleurs illustrait la parole intarissable de l’Anatolien.
La finesse du détail floral évoquait la précision de chacun de ses gestes de sollicitude.
La symétrie qui organisait les motifs décoratifs faisait que les différentes composantes se touchaient pour se compléter. De la même façon, l’hospitalité de l’Anatolien envisageait une symétrie fraternelle qui devait aboutir à un rapprochement des somas.
Pendant très longtemps, l’Anatolien nous a accompagnés avec son regard affectueux pour s’assurer que nous ne nous égarions pas sur le chemin vers l’Acropole.
L’hospitalité de Philadelphie abondait en ressources.
Si la manifestation précédente provenait de la Terre, fertile et nourricière, l’Eau, qui apportait la fraîcheur et la vie, a aussi envoyé son messager pour nous souhaiter la bienvenue sur la Ville Haute de Philadelphie.
En effet, nous avons aperçu le messager de l’Eau pendant qu’il arrosait son jardin suspendu.
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Tout de suite, il a mis en pause son tuyau d’arrosage pour s’enquérir de notre bien-être. Il était très touché quand nous lui avons dit que l’Anatolie était une terre de bonté. Puis l’Anatolien s’est intéressé au but de notre présente prospection. Nous lui avons alors parlé de la « Mosquée antique » (en anatolien du XXIè siècle : Antik Cami). L’épithète « Antik » dans notre bouche a fait bondir de joie notre interlocuteur, qui s’est répandu dans de grandes envolées lyriques.
La mention des temps passés était le prétexte attendu pour que l’Anatolien donne libre cours à son élan fraternel.
L’accueil enthousiaste de l’Anatolien pourrait être illustré par l’œuvre d’art que voici :
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Sous la treille de glycine, dont le charme était dû autant à la douceur qu’à la prospérité, figurait en lettres cursives l’inscription :
İnci Teyze Çeşmesi
En français : Fontaine de Tante Perle
Donc, il s’agissait encore d’une source d’eau douce, totalement en libre service.
Voici une vue de la fontaine dans son ensemble :
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L’attrait de la fontaine était dans l’élégance aérienne des motifs décoratifs.
À l’arrière-plan de la fontaine, se dressait le minaret de la mosquée antique.
Une pancarte sur le parvis indiquait la date de mise en service :
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Donc, plus d’un siècle avant la chute de Constantinople, l’édifice a commencé à servir de lieu de recueillement pour le troisième monothéisme.
Puisque que la question des origines est posée, il est tout à fait légitime de s’interroger sur l’occupation du site avant 1350.
En toute probité, l’édifice actuel répond à cette interrogation en exhibant ceci sur le flanc occidental :
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La brique qui coiffait la fenêtre décorée par des alvéoles circulaires portait l’empreinte byzantine. Plus explicite encore, était le message transmis par le rinceau qui apparaissait à la base de la fenêtre, sur le côté Nord :
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La volute florale qui présentait une triple courbure était un héritage byzantin, que l’Ottoman a préservé intentionnellement. Ainsi, malgré le fracas des armes et au-delà de celui-ci, un élan de fraternité s’était manifesté, au profit de la richesse culturelle et du bien-être spirituel.
Dans l’élégance de l’ondulation de l’ornement végétal, se voyaient la courtoisie et la bienveillance de l’Anatolien avec son tuyau d’eau. Il s’agissait d’une courtoisie et d’une bienveillance qui cherchaient, non seulement à toucher le cœur, mais encore à établir un contact épidermique, en utilisation la médiation des mains, habiles et persuasives.
Sans l’accompagnement oral de l’Anatolien, aurions-nous trouvé notre chemin et atteint nos destinations successives ? Certainement.
Alors, à quoi ont servi ces rencontres ? Elles ont ont servi à montrer que Philadelphie, en particulier, et l’Anatolie, en général, n’étaient pas des terres de l’indifférence, ni de solitude.
Une fresque géante donnait à voir la persistance de l’affection fraternelle dans le regard de l’hospitalité au masculin :
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La fresque était exhibée au niveau du carrefour central où se croisaient le principal axe routier Nord-Sud et le principal axe routier Est-Ouest.
Voici ce carrefour, orné du double emblème composé par le croissant et l’étoile :
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Sur cette photo, la fresque du regard masculin se situait au niveau du camion qui apparaissait sur la droite.
Au premier-plan, s’étendait le principal axe routier Est-Ouest.
Sur le côté Ouest, se trouvait l’accès aux halles. C’était à ce niveau que la Ville Basse a réservé au mousse deux rencontres fort émouvantes.
D’abord, un tricycle, où étaient juchés deux Anatoliens, s’est arrêté pile à côté du mousse au moment où celui-ci sortait des halles. Le tricycle de la surprise ressemblait à celui-ci :
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Le tricycle des deux Anatoliens qui poursuivaient le mousse était en activité et transportait une multitude de bouteilles d’eau minérale. Les deux Anatoliens ont tout de suite tendu au mousse leur appareil photo. Le mousse a cru que les deux Anatoliens voulaient un portrait d’eux devant les halles. Mais non, les deux Anatoliens ne voulaient pas une image d’eux, mais une image de l’étranger, du visiteur originaire de la lointaine Asie. Il y a donc eu un selfie, en triple exemplaire, puis des éclats de rire euphoriques de part et d’autre, et une poignée de mains très énergique pour consacrer l’inéluctable contact épidermique entre le masculin et le masculin.
L’impétuosité et l’ardeur des deux Anatoliens faisaient la beauté de leur élan fraternel.
Voici le lieu de la rencontre avec le tricycle de la curiosité trépidante :
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La photo montre l’accès aux halles.
Devant un mur rouge, étaient exposés des balais et des herbes aromatiques. Sur la droite, une bâche bleue coiffait une échoppe qui vendait divers outillages.
Au premier plan, se trouvait le principal axe routier Nord-Sud. En allant vers la gauche, on retrouvait la roulotte. Et en allant vers la droite, on montait vers l’Acropole.
Allons alors en direction de l’Acropole.
Voici le premier bout de trottoir qui menait vers l’Acropole :
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Sur la gauche de la photo, nos chers lecteurs reconnaissent sans peine la bâche bleue, et même le pan de mur rouge.
Sur la droite, un passage pour piétons permettait d’aller des anciennes halles vers le centre commercial moderne.
C’était au niveau de ce passage pour piétons qu’ont eu lieu les prémices de la seconde rencontre offerte au mousse par la Ville Basse.
En effet, pendant que le mousse empruntait ce passage pour piétons pour se diriger vers la modernité, il sentait qu’il était de nouveau poursuivi. La silhouette qui pressait le pas pour le rejoindre était masculine et boitait. L’Anatolien qui avait vu le mousse fonctionner avec le trépied lui a demandé s’il était photographe. Le mousse a acquiescé. L’Anatolien s’est alors empressé de demander un selfie avec son téléphone portable.
Après la prise de vues, l’Anatolien a eu l’initiative de la chaleureuse poignée de mains, pour ne pas manquer la magie du contact épidermique. Plus touchant encore, l’Anatolien s’est mis à caresser amoureusement le trépied qui était resté dans le sac en bandoulière du mousse.
En caressant l’instrument, l’Anatolien voulait se rapprocher de l’identité professionnelle du mousse.
L’élan fraternel, qui ne se contentait pas d’un visage, était à la recherche d’une plus grande intimité.
Quand l’Anatolien qui boitait a caressé le trépied, il y avait la musique de la fraternité qui s’élevait au-dessus du trottoir d’en face : :
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Le huitième art, qui est l’art de la photographie, est un excellent médiateur pour le rapprochement des êtres.
Dans la version masculine, l’élan de la fraternité était un élan du cœur mais aussi de l’épiderme.
Était-ce aussi le cas dans la version féminine ?
À Philadelphie, le féminin savait se passer de l’épiderme pour établir un contact avec le soma du visiteur et rendre ce contact suave à souhait.
L’Acropole nous a offert deux démonstrations de ce merveilleux savoir-faire féminin.
Voici le lieu de la première démonstration, première au sens chronologique :
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Le savoir-faire féminin s’est déployé sous le bosquet qui était proche de l’antenne parabolique blanche. À droite de l’antenne parabolique blanche, et légèrement en contrebas, apparaissaient les tôles qui servaient d’auvent au seuil de la maison. Et à gauche du bosquet, se profilait une terrasse surélevée, également protégée par des tôles, dont les plus extérieures n’avaient pas pu échapper à l’indélicatesse de la rouille.
Nous disons bien que c’était sous le bosquet que le savoir-faire féminin s’est déployé. « Sous le bosquet », c’est-à-dire de l’autre côté du mur de clôture. Autrement, dit, nous ne sommes pas restés sur le pas de la porte et nous avons déjà franchi le seuil.
Pour apprécier pleinement la valeur du savoir-faire féminin, prenons connaissance de ce qui s’était passé peu de temps avant l’instant où la photo précédente a été réalisée.
Voici la photo du prélude :
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On reconnaît les éléments essentiels : le bosquet, l’antenne parabolique blanche, les tôles qui formaient l’auvent au-dessus du seuil. Mais de l’autre côté du chemin qui montait, une silhouette faisait saillie sur le mur blanc. C’était la silhouette d’un homme, qui était le premier à nous voir entreprendre l’ascension. Poliment, il nous a souhaité la bienvenue. Puis, avant qu’il ne rentre dans sa maison, une voix féminine a surgi du côté du bosquet et a crié en notre direction : « Su ! »
En français : « Eau ! »
Sous-entendu : « Eau douce, pour se désaltérer ! »
En allant droit à l’essentiel, le féminin a supplanté le masculin.
Dans l’intervention féminine, il y avait de la hardiesse, du courage, de l’impétuosité.
Voici l’Anatolienne qui a pris le prétexte de l’eau pour nous faire entrer dans sa demeure :
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Elle s’appelait Selver.
La photo a été faite devant la tonnelle de la vigne qui s’étendait sous le bosquet à l’entrée.
Nous étions reçus en quelque sorte dans l’atrium.
À l’arrière-plan, se profilait l’escalier qui donnait accès à la terrasse supérieure pour contempler le panorama de la Ville Basse.
Après l’eau fraîche de la fontaine, nous avons eu l’eau parfumée du café, accompagnée d’un bonbon.
C’était la sœur de Selver qui nous a préparé le café de l’Anatolie.
Voici les deux sœurs dans le selfie de l’hospitalité :
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Et après le café, nous avons eu l’eau vitaminée des fruits du verger :
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Le Capitaine a participé à la cueillette des fruits en montant sur la terrasse.
En un rien de temps, nous étions considérés comme faisant partie de la famille.
Les sourires de la matriarche et du patriarche confirmaient que cette adoption n’était point une vue de l’esprit, mais une délicieuse réalité :
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L’Anatolie nous a ouvert toute grande la porte de sa demeure.
Cette générosité, sans préambule et sans calcul, nous émouvait jusqu’aux entrailles.
Ah, les entrailles, le savoir-faire féminin les atteignait sans difficulté, en empruntant la voie interne !
Peu de temps après cette formidable rencontre, l’Acropole de Philadelphie nous a réservé une autre, avec la même élégance et le même pouvoir émotionnel.
Voici le lieu du miracle :
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Topographiquement, nous étions d’abord séduits par l’arche qui bénéficiait de la compagnie du figuier. Par rapport à la palette des couleurs, nous aimions beaucoup l’association entre le rouge de la brique byzantine et le vert tonique des feuilles du figuier.
Avec enchantement, nous avons ensuite découvert que sur le côté Sud-Est, il y avait jadis une fontaine.
Sans hésiter, nous avons fait une halte là pour profiter de la quiétude et de la poésie du lieu.
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En contrebas, une maison attirait notre regard par sa toiture :
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Les tuiles qui s’empilaient au-dessus du toit faisaient penser aux strates laissées par l’Histoire :
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Que faire de cet empilement ? Est-il condamné à n’offrir que l’image du désordre et de la malchance ?
Philadelphie a choisi de créer une vision de l’entente pacifique, irriguée par l’élan fraternel.
Au moment où nous étions plongés dans cette méditation, deux silhouettes féminines passaient sous l’arche puis tournaient en direction du Sud-Est. Il s’agissait d’une matriarche et de sa fille.
Nous les avons saluées avec le séculaire « Merhaba ! » (en français : Bonjour !)
Les deux femmes sont entrées dans la maison attenant à la fontaine. Voici cette maison :
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Sur la gauche, se dressait un mur rose. C’était ce mur qui rejoignait la fontaine.
Et sur la droite, au-dessus de la tonnelle de la vigne, apparaissait un balcon, protégé par deux bâches : l’une était de couleur unie et bleue tandis que l’autre était blanche, avec des fleurs. Entre les deux bâches, il y avait un interstice qui faisait penser à un œil allongé et redressé verticalement. C’était de cet interstice qu’est venu le miracle.
Le miracle, le voici :
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De la limonade, bien fraîche, servie dans deux verres, nous est venue du ciel !
Reprenons les choses dans l’ordre chronologique, sans métaphore.
Le signe annonciateur du miracle était un signal sonore. En effet, le mousse a entendu : « Gel ! » (« Guel ! », avec la phonétique française). Dans la langue de l’Anatolie du XXIè siècle, il s’agissait de l’impératif du verbe « Gelmek » (en français : venir). Autrement dit, une voix féminine nous a murmuré : « Viens ! ». Le mousse a encouragé le Capitaine à se rapprocher de la source sonore. Et le Capitaine est revenu avec deux verres de limonade bien fraîche, qui avaient transité par l’interstice entre les bâches bleue et blanche, dans un panier suspendu à une corde.
Littéralement, les deux verres de limonade nous sont bien parvenus par la voie aérienne.
Symboliquement, l’agréable surprise tenait du miracle.
Ainsi, dans sa version féminine, l’élan fraternel entrait aussi en contact avec le soma du visiteur, mais par la voie œsophagique. L’élan masculin s’arrêtait à la paume de la main tandis que l’élan féminin atteignait les entrailles.
Le paysage est impassible et reste impassible. Il ne sait pas dire : « On vous aime ! » ou encore : « Vous nous manquez déjà ! Revenez vite ! ». Le visage humain, lui, sait exprimer ces choses,
L’aventure de la Bohème à Philadelphie nous a fait découvrir maints visages fraternels qui attendent notre retour.
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