• Et encore quelques autres...

    La lagune proche de PORT NAPOLEON au soleil couchant. Faut du courage pour venir jusqu'ici... A une certaine heure, des hordes de moustiques guettent le visiteur, et quand ils attaquent... BANZAÏ !

     

    Et encore quelques autres...

    Bon. Nous, on y vient quand même ! Parce que c'est souvent le meilleur endroit pour saisir les couchers de soleil...

     

    Et encore quelques autres...

    Et certains jours, le ciel s'embrase à souhait !

     

    Et encore quelques autres...

    Une forêt moderne, tout en alu...

     

    Et encore quelques autres...

    Les cabanes... Ça ressemble à la fin du monde ! Je ne sais pas pourquoi... Mais tout semble déshérité ici. Sans vie. Y'a même la mer qui vient lécher les murs ! En même temps, les constructions ne dépasse le niveau de l'eau que d'une 20taine de centimètres...

    Et faut voir le trait de côte, sur la plage NAPOLÉON !!! Le dernier hiver, celui de 2017, la mer a grignoté plus de 100 mètres de plage. L'eau est au pied des dunes. Pas la dune du PILAT avec ces 106 mètres de haut... Non. Les dunes de la plage NAPOLÉON n'ont qu'une courte dizaine de mètres de hauteur ! Et à peine plus dans leur largeur... Et quand elles auront été mangé à leur tour, la mer viendra déferler jusque sur le parvis des maisons individuelles de PORT SAINT LOUIS DU RHÔNE. Mon avis, c'est que les premiers réfugiés climatique français viendront de ce p'tit coin de terre !

     

    Et encore quelques autres...

    La vie en rose !

     

    Et encore quelques autres...

    Le mousse photographe en action depuis le pont du ZEF. Pour une fois, on est bien placé, ici, à sec, à 2 pas du vrai port, celui en eau, celui avec des bateaux dedans... On a l'impression d'y être un peu aussi.

     

    Et encore quelques autres...

    Et après avoir fait les fotos, on le retrouve généralement attablé devant l'ordi pour la mise en page. A moins que ce ne soit pour écrire ses textes. Ou peut-être pour se documenter avant d'écrire ses textes. Peut-être qu'il ne fait aussi que de regarder la météo pour savoir s'il va se lever tôt demain matin pour surprendre le soleil à son réveil ?

     

    Et encore quelques autres...

    Je regrette les vieux vaisseaux dont la voilure,
    Large et lourde, pendait du faîte au pied des mâts,
    Et leurs pesants rouleaux de toile dont l'amas
    Faisait fléchir l'antenne à l'immense envergure.

    La marche du meilleur navire était peu sûre :
    On dépendait du temps, des saisons, des climats ;
    On restait immobile aux jours des calmes plats
    Et parfois on errait longtemps à l'aventure.

    Mais ils étaient si fiers les fins voiliers, si beaux,
    Quand leurs voiles claquaient comme de grands drapeaux,
    Puis s'enflaient tout d'un coup, souveraines et rondes !

    L'ombre autour d'eux tombait en longs plis sur les eaux,
    Et les voiles semblaient dans leurs courbes profondes
    Porter en soupirant l'espoir de nouveaux mondes !

    Bien sûr, j'aime toujours autant Alfred ou Victor ! Mais Jean A. a aussi poétisé de belle façon ! Toujours de Jean A., j'aime décidément beaucoup celui-là !

    On carguait lentement les lourdes voiles rondes
    Qui poussaient le vaisseau sous les vents réguliers,
    Et l'Occident brisait ses flèches moribondes
    Sur leurs rondeurs s'offrant comme des boucliers.

    Derrière nous l'effroi de l'infini, le large.
    La houle nous faisait un lent et doux roulis ;
    Nos dix vergues en croix se plaignaient sous la charge
    Des voiles dont le vent gonflait les vastes plis.

    Salut, pins au versant des falaises natales,
    Ô palmiers, aloès, myrtes, arbousiers verts,
    Monts lointains, bords sacrés fréquentés des cigales,
    Horizon familier, salut, mon univers !

    La douceur du retour avait gagné mon âme.
    Le parfum de la plage arriva jusqu'à bord,
    Puis ce fut un cri d'homme, et puis un chant de femme :
    L'air était plein de voix nous invitant au port.

    Ton appel était fait, Provence maternelle,
    D'un mélange charmant de bruits et de chansons :
    Tout parlait, l'aboiement d'un chien, l'essor d'une aile,
    Et même la fumée au faîte des maisons.

    Tous les parfums d'avril venaient à la rencontre
    Du vaisseau de haut bord qui marchait calme et beau ;
    Arbre ou rocher, le point reconnu qu'on se montre
    Se profilait déjà distinct sur le coteau.

    Voyageurs ! voyageurs ! explorez la nature ;
    Tentez au bout des mers la pensée ou l'amour :
    Tout départ vous promet une heureuse aventure,
    Et ce bonheur fuyant n'est que dans le retour !

    Il vous attend sous l'arbre, au seuil de votre porte,
    Où vous avez, enfant, joué, souri, pleuré ;
    Sur la plage où chanta votre jeunesse morte,
    Au pays où l'aïeul paisible est enterré.

    Ah ! puisqu'il faut enfin qu'on s'incline et qu'on meure,
    Retournez au foyer. — « Mais il est muet ! » — Non ;
    Car tout vous est ami dans la vieille demeure,
    Et les gens d'alentour connaissent votre nom.

    Ne vous resterait-il que l'amitié des choses,
    Dans le petit enclos sans fermiers et sans chien,
    Retournez-y ; d'ailleurs, là, sous ces lauriers roses,
    Quand vous aviez seize ans ne promîtes-vous rien ?

    Voyageurs, le retour c'est l'instant où l'on aime ;
    Jamais on n'aime tant ; jamais on n'aime mieux ;
    Peut-être que nos morts ont pour bonheur suprême
    Un éternel retour au pays des aïeux !

    Ainsi dans l'inconnu je perdais ma pensée ;
    Cependant le vaisseau s'arrêtait mollement ;
    Et, pour fixer enfin sa halte balancée,
    L'ancre se décrocha sur un commandement.

    Un cri part : masse lourde, elle tombe, et sur elle
    La vague qui s'ouvrit n'est pas fermée encore
    Qu'un rejaillissement de lumière étincelle,
    Et la mer jette au ciel des nacres et de l'or.

    Un trait de flamme luit dans les mâtures lisses,
    Et l'on voit resplendir au jour occidental
    Tout l'enchevêtrement des agrès et des drisses.
    Puis le navire éteint ses reflets de métal.

    Adieu les vergues d'or et la pourpre des voiles !
    Le jour meurt, regretté des marins revenus,
    Et nous dormons sur l'onde, où baignent les étoiles,
    Dans la sécurité des horizons connus.

     

    Et encore quelques autres...

    Ça devait être notre dernier trajet de la saison 2018 entre la Corse et la France. Un vraiment beau coucher de soleil avec de jolis reflets. Dans ces instants là, je comprend que l'esprit puisse s'égarer. La nature est belle, ainsi.

    Ça m'fait penser, Dieu sait pourquoi,... Du moins, je pense qu'il sait pourquoi, à la mort !... Wouah !!! Chouette, on va s'détendre un peu ! J'entendais à la téloche la réflexion de Bernard. Oui, Bernard le philosophe... Bernard TAPIE, quoi !... On lui demandait s'il avait peur de la mort, parce que vu qu'il est malade, potentiellement, sa maladie le rapproche plus vite que prévu vers cette échéance où tu négocies, avec le grand Manitou, les conditions de ton adhésion à ce grand rassemblement de tout ceux qui ont fini avec plus où moins  de bonheur leur vie terrestre ! (Oui, je sais, la phrase paraît un peu alambiquée... Même moi, j'ai du mal à suivre !)

    Bref. Et il a répondu qu'il n'avait pas peur de la mort. Que la nature était bien faite, parce que plus les années passent, et plus la nature se manifeste en te rappelant qu'il y a plein de choses qui fonctionnent moins bien qu'avant ! Avec le temps, tu dois faire attention à ce que tu manges, à ce que tu bois, la maladie trouve des chemins d'entrée dans ton corps qui n'existaient pas avant, ta vue baisse, ta libido aussi..., ta peau se plisse, se ride, tes cheveux blanchissent, s'il t'en reste encore... Ce qui fait qu'à un moment donné, le désir de vivre est moins présent qu'avant, et que, petit à petit, la perspective de la fin t’apparaît comme moins terrible !

    Bon. Bien sur, faut être philosophe pour comprendre et accepter cela. Moi ça va. J'ai rien compris. Donc la menace de la fin est moins présente vu que j'ai rien compris. Non ?

     

    Et encore quelques autres...

    Là ? On est seul ou presque à SALECCIA. Quand j'pense que ça bataille dur, à SAINT FLORENT, pour un confetti de terre. Et sans grand attrait en plus !

     

    Et encore quelques autres...

    Ambiance à bord !

     

    Et encore quelques autres...

    J'bricole mon moteur. Parce que j'vous ais pas tout dit... En août, dans l'article ELBA, j'disais que j'avais tout démonté le moteur HB puis tout remonté sans ni perdre, ni oublier aucune pièce... Ben c'était pas tout à fait vrai ! En fait, j'avais bien oublié le montage d'une pièce..., que j'ai retrouvé dans le tiroir des couverts de la cuisine ! Alors, ce coup-ci, j'emmène le moteur chez moi histoire que si j'oublie encore une pièce, au moins, je suis sur que rien ne tombera à l'eau ! J'vous dirais plus tard si le moteur me pète entre les doigts ou s'il va faire un doux vroum-vroum.

     

    Et encore quelques autres...

    Reflets...

     

    Et encore quelques autres...

    Vous vous rappelez que je suis tombé d'un escabeau ? Ben maintenant, quand j'en vois un, j'le découpe à la meuleuse !

     


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  • Quelques photos à partager !

    C'est en Bretagne du sud. Ça a son importance : il fait beau !... On s'apprête à sortir du port de PORT LA FORET. Peu de vent, mais assez pour faire de jolis bords de près. Y'a un peu de monde sur l'eau dont quelques belles unités à l'image de PRB qui s'entraîne à maîtriser ses foils. Oui. Je parle au présent, mais c'est du passé, PRB étant en course, en ce moment même, dans une lutte pour du rhum...

     

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    Le maître à bord, c'est lui. Le pater. Le big boss. Faut pas discutailler... Faut filer droit, sinon... N'empêche qu'on a bien mangé à bord et bien bu aussi. Surtout moi !

     

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    Son bateau, au pater, c'est un bateau exigeant. On s'essouffle vite à border ce gigantesque génois qui vient coiffer les 3/4 de la longueur de la barque. C'est lui qui barre, forcément... Et c'est donc bibi à la manœuvre ! C'est d’ailleurs pour cette raison que j'ai préféré donner quelques tours à la voile pour m'économiser des forces. L'est trop grand son génois !

     

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    On est toujours en Bretagne du sud. Ça a son importance : il pleut pas !... C'est déjà ça ! J'ai du attendre presque 1 jour entier pour arracher un peu de bleu à ce ciel ! On est dans le MINAOUËT. Un des plus beau coin de cette côte. Un endroit ou les bateaux se cachent pour l'hiver. Avant qu'une mer mauvaise arrive jusque là, faudra bien attendre un bon cyclone !... Et encore, ça risque bien de n'être pas assez ! C'est dire si ce coin est bien protégé !!!

     

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    C'est un havre de paix au milieu de la végétation. Y'a de jolis sentiers qui épousent le trait de côte sur lesquels se balader est une bénédiction. La dame de MANOSQUE aurait bien aimé ça...

     

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    La végétation est telle qu'il est parfois un peu dur de surprendre les boats !

     

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    Certains bateaux sont si près de la côte qu'ils en mélangent leurs matures avec les épaisses et sombres ramures !

     

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    Le boat du brother.

     

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    Vois sur la mer les matelots 
    Implorant la terre embaumée, 
    Lassés de l'écume des flots, 
    Et demandant une fumée !

    Se rappelant quand le flot noir 
    Bat les flancs plaintifs du navire, 
    Les hameaux si joyeux le soir, 
    Les arbres pleins d'éclats de rire !

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    C'est un bel endroit pour venir se reposer de la mer si cruelle parfois ! C'est un bel endroit. Mais pour moi qui navigue sur la grande bleue qui ne connait pas les marées où si peu, le bel endroit cache de redoutables pièges. Près des côtes, la belle bleue est moins fourbe, même si, elle aussi, peut cacher de sournois écueils...

     

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    Je crois bien que cette jolie coque est un "Tahiti ketch". C'est un bateau qui m'a longtemps fait rêver. Si la construction du premier exemplaire date de 1923, les chantiers d'AIGUES MORTES ont fait durer l'aventure jusqu'en 1983. J'avais alors 22 ans, et je m'imaginais bien à bord d'une telle barque : une navigation à l'ancienne. Prendre du temps au temps !... J'ai toujours aimé cette image ! C'était une époque où, à l'image des paroles de je-ne-sais- plus-qui, je prônais volontiers à l'envi l'idée de prendre la vie par la taille plutôt que de la gagner comme une bataille !

     

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    Marée haute à PORT MANEC'H à l'embouchure de l'AVEN !

     

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    Je ne m'en lasse pas. Avancer avec la seule aide du vent a quelque chose de magique ! En plus, on avance avec sa maison... Avec ses rêves et ses illusions aussi !

     

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    On est toujours en Bretagne du sud. Ça a son importance ? Bof ! Il pleut toujours pas ! Non mais c'est quoi ce pays ? On te dit qu'ici, y pleut tout le temps et quand toi, tu y viens, y pleut pas une goutte ! Moi qui voulais voir l'eau du ciel se mélanger à la mer, c'est raté !

    Bon. Ici, on est dans l'anse de ROSPICO. C'est à l'image de VANGELIS : sauvage et beau !

     

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     Ciel à LYON. Au moins, ici, il pleut !


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  • Le cycle de la vie reçoit sa première impulsion des flots mouvants ou de la terre ferme ? Cette première impulsion vient-elle de l’Est ou de l’Ouest ?

    Une jeune femme qui habitait sur une colline dominant la baie de Nagasaki a commencé un nouveau cycle de la vie avec le débarquement d’un marin. Celui qui faisait escale avait le grade de lieutenant de la marine américaine.

    C’était donc l’Occident qui était à l’origine du nouveau cycle de la vie, qu’allait embrasser la jeune femme née au pays du soleil levant.

     

    Le cycle de la vie

     

    Ce conte où se déploient et s’enchevêtrent maints cycles de la vie est un conte musical. L’illustre maestro Giaccomo Puccini a chorégraphié le ballet de ces cycles avec les tonalités du tragique qui lui sont chères.

    Le cycle de la vie est-il comme un tour de piste qui ramène au point de départ et offre une nouvelle chance ?

    Le marin que la jeune femme aimait passionnément et avec qui elle s’est unie légalement, devait rentrer au pays et lui a promis qu’il serait de retour à la prochaine saison de nidification du rouge-gorge. Pendant qu’elle attendait ce retour, le rouge-gorge a refait son nid trois fois à Nagasaki. Aussi a-t-elle demandé à l’ami de celui qu’elle aimait si de l’autre côté de l’Océan, le rouge-gorge mettait trois fois plus de temps pour refaire son nid.

    Le cycle de la vie du passereau au col rouge serait-il trois fois plus long de l’autre côté du Pacifique que de ce côté ? Qu’est-ce qui créait l’impression que le temps s’allongeait sur l’autre rive et provoquait ainsi la confusion chez la jeune femme ? L’absence de nouvelles de la part de l’homme parti ? Ou plutôt le déficit de parole de celui-ci, au sens où il n’a pas du tout tenu parole ?

    La disparité des saisons de nidification du rouge-gorge n’entamait pas chez la jeune femme ni la solidité de son espoir, ni la clarté de sa vision. Faisant abstraction de l’amenuisement des ressources financières, elle disait avec optimisme à sa servante :

    « Senti. – Un bel dì, vedremo

    levarsi un fil di fumo sull’estremo

    confin del mare.

    E poi la nave appare.

    Poi la nave bianca

    Entra nel porto, romba il suo saluto. »

     

    « Écoute. – Un beau jour, nous verrons

    se lever un filet de fumée aux extrêmes

    confins de la mer.

    Et le navire apparaîtra.

    Puis le navire blanc

    entrera dans le port, son salut retentira. »

    C’est l’un des plus beaux airs de l’œuvre de Puccini.

    Dans la perspective du retour rêvé, l’information visuelle précédait l’information sonore : d’abord le filet de fumée, puis la coque blanche et enfin la joyeuse canonnade.

    La rupture du silence dans la réalité a eu lieu avec la visite d’un ami du marin. La cruauté du sort faisait que le visiteur était porteur d’une lettre de rupture. Le marin voulait donc clore le cycle commencé trois ans plus tôt, mais il l’a fait par courrier et par personne interposée. À une absence prolongée, il a ajouté un semblant de présence.

    Le désir de bonheur était si ardent chez la jeune femme que celle-ci interrompait sans arrêt la lecture de la lettre. Pire, elle transformait à son avantage tout ce qui était lu.

     

    Le cycle de la vie

     

    Le cycle épistolaire dans lequel s’était réfugié le marin devenait une succession de quiproquos. Contrarié, agacé, le porteur de la lettre l’a rangée dans sa poche. Manifestement, le cycle épistolaire a été clos prématurément.

    Cette clôture précoce avait-elle un impact sur le déroulement du cycle de la vie pour la jeune femme ? La disparition du premier subterfuge d’interposition a entraîné une accélération du cycle de l’aveu. Le porte-parole s’est résolu à faire surgir le spectre de la désertion du mari.

    Avec clarté, la jeune femme a répondu que son propre cycle de la vie pourrait retrouver sa forme primitive, du temps où elle-même était geisha, ou s’arrêter tout simplement.

    Il restait un seul moyen pour arrêter la désertion du marin : la conscience qu’il était père d’un fils qui l’attendait depuis plus de deux ans.

    L’irruption du jeune protagoniste dans le cycle de la vie où évoluaient ensemble sa mère et son père empêcherait-elle ce cycle de se rompre ?

    Blessée cruellement, la jeune femme a commencé à envisager le pire, c’est-à-dire qu’elle serait contrainte de redevenir geisha pour gagner le pain et le vêtement de son fils.

    Le cycle de la vie est aussi celui de la subsistance matérielle. Jadis, la jeune femme avait grandi dans une famille prospère. Puis un revers de fortune l’avait contrainte à être geisha pour subvenir à ses besoins. Triste période, expérience navrante, souvenir douloureux. Servir le thé, jouer de la musique, chanter, danser, pour apporter du plaisir, qui n’était pas que visuel, à ceux qui avaient payé pour avoir de la compagnie. Offrir son charme, ses charmes, contre son gré, par vile nécessité.

    La jeune femme ne voulait plus renouer avec cet état de servitude. Elle en pleurait de chagrin. Devant le porteur de la mauvaise nouvelle, elle faisait monter cette complainte :

    « E la canzon giuliva e lieta

    in un singhiozzo finirà !

    No, no ! questo mai !

    questo mestier che al disonore porta !

    Morta ! Mai più danzar !

    Piuttosto la mia vita vo’ troncar !

    Ah ! morta ! »

     

    « Et la chanson joyeuse et gaie,

    en un sanglot finira !

    Non, non ! Jamais cela !

    Ce métier qui mène au déshonneur !

    Mourir ! Mais jamais plus danser !

    Plutôt abréger ma vie !

    Ah ! Mourir ! »

    Pour la jeune femme, le cycle de la geisha était définitivement clos et enterré.

    Après ce chant de l’amertume et du désespoir, elle a entendu le canon du port. L’hypothèse de la désertion du mari était ébranlée par la détonation, qui annonçait l’arrivée d’un navire étranger.

     

    Le cycle de la vie

     

    La jeune femme a reconnu la couleur du bateau, puis la bannière étoilée. Elle s’est emparée d’une longue-vue pour obtenir plus de détails. En donnant avec certitude le nom du bateau, si ardemment attendu, l’instrument d’optique fonctionnait comme un trait d’union entre la jeune femme et le cycle distendu de l’Océan. Le dénouement semblait tout proche. Pour la jeune femme, son cycle de la vie bénéficiait soudain d’un regain de vitalité.

    La colline qui dominait le port n’a pas changé. La maison où a eu lieu la nuit d’amour, non plus, au moins de l’extérieur.

     

    Le cycle de la vie

     

     

    Mais à l’intérieur, le cycle de la vie a fait fleurir les tendres années d’un fils né de l’Occident et de l’Extrême-Orient.

    La jeune femme pensait retrouver le marin venu d’ailleurs, tel qu’il était le jour du mariage. C’est pourquoi elle a demandé à sa servante d’inonder la maison avec les fleurs du jardin, quitte à dépouiller tous les arbres.

    Anticiper la chute des pétales, raccourcir le cycle de la sève.

     

    Le cycle de la vie

     

    La joie et l’impatience de la jeune épouse provoquaient une accélération du temps de la nature.

    Après avoir demandé la gaieté pour la maison, elle a demandé la gaieté pour elle-même. Voulant se faire belle pour accueillir son bien-aimé, elle s’est regardée dans un miroir. Et là, elle a vu les ravages causés par trois années passées à attendre.

     

    Le cycle de la vie

     

    À vrai dire, le nombre d’années ne se lisait pas dans le miroir, qui ne donnait qu’une réponse qualitative. L’information quantitative était apportée par la nidification du rouge-gorge, et surtout par l’âge du fils qui a grandi sans avoir connu de père.

    Débordants de confiance, la jeune femme, son fils et la servante se sont installés pour guetter l’apparition de l’homme parti il y a trois ans. L’espoir commençait à renaître. Mais l’attente nocturne serait très longue.

     

    Le cycle de la vie

     

    Entre le début de l’attente nocturne et l’apparition de l’aube, tout se figeait sur scène : et le décor, et les trois personnages. Immobilité qui disait la dureté de l’épreuve, le courage investi, la noblesse d’âme déployée. La transition musicale était assurée par un chœur à bouche fermée (coro a bocca chiusa).

    C’est l’une des trouvailles les plus fabuleuses du répertoire lyrique. Le chant se déroule en gardant la bouche fermée pendant trois minutes. Chant de l’intimité, musique de l’intériorité. On capte l’émanation d’un huis clos.

    La parole dépouillée de son relief évoque l’existence privée de ses stimuli et annonce l’étouffement du cri de douleur.

    C’est le cycle le plus court et le plus ramassé. La parole revient tout de suite à elle-même, dans la plus petite chambre d’écho, qui est sa matrice originelle.

    Prélude du dévoilement de l’instant de vérité.

    On n’accompagne plus de l’extérieur les illusions de la jeune femme. On entre avec douceur dans son univers onirique et l’on vit de l’intérieur le désarroi qui commence à poindre.

    Après le répit de la nuit, l’aube a apporté sa part de cruauté.

    Le marin a gravi la colline, est arrivé jusqu’à la maison, mais n’a pas franchi le seuil. À cause du manque de courage, le cycle des retrouvailles restait inachevé et menaçait même de se rompre.

    La jeune femme a découvert que le marin était venu avec la femme américaine qu’il avait épousée il y a un an, et que ces deux-là voulaient emmener son fils.

    L’irréparable a été commis.

    Non seulement le marin en qui la jeune femme avait cru était un déserteur. En plus, il est revenu pour voler l’enfant du bonheur.

    Le marin a pris la fuite, lui qui n’avait pas tenu parole. Et c’était une parole d’honneur qui le rattrapait et permettait l’achèvement du cycle. En effet, la jeune épouse a donné rendez-vous à l’homme et lui a dit de revenir en personne dans une demi-heure. Ce serait à lui seul qu’elle remettrait leur fils.

    Une demi-heure pour clore un cycle qui durait depuis trois ans !

    La jeune épouse a exigé une présence physique, en chair et en os. Elle ne voulait plus d’une présence virtuelle, qui se manifesterait par l’intermédiaire d’une lettre ou à travers la médiation d’un ami. Il y a trois ans, le cycle de l’amour n’a pas commencé dans un univers virtuel, mais par la fusion de deux présences physiques.

    Après le départ des visiteurs, la jeune femme a pris le couteau paternel, l’a libéré de son étui laqué et a lu l’inscription qui était sur la lame :

    « Con onor muore

    Chi non può serbar vita con onore »

     

    « Que meure avec honneur

    Celui qui ne peut vivre dans l’honneur. »

    En la circonstance, deux cycles étaient imbriqués : celui de la matière et celui de l’esprit.

    La matière agissait par le tranchant de la lame pendant que l’esprit donnait la justification du geste. L’honneur régissait la longueur du cycle de la vie.

    L’objet, dangereux mais précieux, était un legs paternel. Jadis, le père avait à s’en servir sur sa propre personne, sur ordre de l’Empereur.

    L’instrument tranchant est apparu pour la première fois parmi les objets qu’apportait la mariée en guise de dot. Le souvenir du geste paternel était entretenu. La filiation n’a pas été interrompue. Mais l’objet était soustrait à la curiosité du marié grâce au prétexte de la pudeur. À ce moment-là, l’objet, devenu inoffensif, ne semblait pas concerner l’avenir du nouveau couple. C’était le marieur qui a murmuré à l’oreille du marié le récit de l’usage jadis fatal. Comme si le passé ne s’est pas résigné à disparaître complètement.

    Deuxième apparition de la lame : après l’interruption de la lecture de la lettre, c’était encore le marieur qui a eu maille à partir avec l’objet dangereux. Parce que le vilain personnage s’amusait à propager aux quatre vents que le fils était de père inconnu, la jeune femme menaçait de frapper le « crapaud » avec le couteau paternel.

     

    Le cycle de la vie

     

    La lame était encore associée à la nécessité de mettre fin au déshonneur que provoquaient les propos de l’homme médisant. L’interposition de la servante a permis au « crapaud » de sauver sa peau.

    Troisième apparition de la lame : devant la statue de Bouddha, après le départ des visiteurs. L’examen de la lame mettait la jeune femme face à son destin d’épouse.

     

    Le cycle de la vie

     

    La lame servait de miroir. Ce n’était plus le miroir de la veille, qui avait témoigné de la patience sans limite. Le miroir de ce matin disait que le cycle de la confiance est arrivé à son terme.

    À l’heure de l’irréversible, le cycle du métal rigide s’accompagnait de celui de l’étoffe souple. La souplesse du tissu avait un double usage. Employé pour atténuer la cruauté du sort, il accomplissait son cycle protecteur en s’adaptant à l’anatomie de la mère et du fils.

    Premier usage pour le tissu : bander les yeux du fils, que la servante venait de pousser vers la mère pour tenter d’arrêter le geste sacrificiel de celle-ci.

     

    Le cycle de la vie

     

    Le cycle autour de la boîte crânienne, à hauteur des yeux, était une manière de préserver l’innocence et de sauver la pureté.

    Visuellement et moralement, la jeune femme a opéré une dissociation entre deux cycles de la vie : le sien propre et celui de son fils.

    Deuxième usage pour le tissu : s’enrouler autour du cou qu’allait transpercer la lame. Nécessité protocolaire pour assurer la dignité jusqu’à l’instant ultime. Le protocole était explicite :

    « il gran velo bianco le circonda il collo »

     

    « le grand voile blanc lui entoure le cou ».

    La blancheur de l’étoffe témoignait de l’obligation de préserver l’honneur de toute souillure.

    De l’armoire, la jeune femme a tiré le grand voile blanc, qu’elle a ensuite jeté par-dessus le paravent destiné à garantir la solennité et la solitude de l’immolation. Ce n’était qu’après avoir sorti l’étoffe blanche que la jeune femme a pris le couteau paternel, qui était accroché près de l’autel du Bouddha. Donc, chronologiquement, le cycle du tissu a précédé celui du métal pendant les préparatifs du sacrifice.

    Après les adieux déchirants faits à son fils, la jeune femme a disparu derrière l'écran qui protégeait des regards indiscrets ou malveillants.

     

    Le cycle de la vie

     

    En tombant par terre, le couteau a fait retentir le bruit de sa chute. Le grand voile blanc a disparu derrière la cloison qui assurait le respect de la pudeur. Puis il a réapparu autour du coup de celle qui venait de s’immoler, et qui se penchait hors du paravent.

     

    Le cycle de la vie

     

    Le cycle du tissu s’est refermé après celui du métal quand s’est achevée l’immolation.

    Le déroulement du geste sacrificiel montrait que c’était le cycle du tissu qui a encadré celui du métal.

    La jeune femme a clos le cycle de l’honneur en même temps que celui de l’amour sous le regard de Bouddha. C’est-à-dire sous le regard de la tradition.

    En la circonstance, l’instrument et la manière utilisés pour clore le cycle de la vie étaient strictement conformes à la tradition.

    Pourtant, il y a trois, quand le cycle de l’amour venait d’éclore, c’était le cycle de la liberté et du renouveau. Liberté acquise en s’affranchissant de plein gré du culte des ancêtres et du poids de la tradition. Renouveau en adoptant librement le monothéisme du bien-aimé.

    Le cycle de l’amour était celui du libre arbitre, de l’audace et du courage.

    Du courage, il en fallait, parce la nouvelle liberté de la mariée lui valait le reniement immédiat de toute sa famille. Un oncle, qui était bonze, a même fait irruption lors de la cérémonie de mariage pour lancer de terribles imprécations contre la jeune mariée, qu’il considérait comme une renégate impardonnable.

    Le cycle de la spiritualité a commencé par un combat âpre et sans merci. Mais la jeune épouse tenait bon parce que le cycle de l’amour qui venait de s’ouvrir était celui de la pureté.

    Trois ans après, le cycle de l’amour était encore le cycle de la pureté. Une pureté qui refusait catégoriquement d’être souillée par une trahison.

    Le cycle de la pureté faisait de lui un cycle de l’unicité. Pour la jeune épouse, le marin qui a gravi la colline il y a trois ans n’était pas interchangeable.

    Se pourrait-il aussi que ce soit le cycle de la candeur ? La candeur dans la relation à l’être aimé est une forme de bonté. Une bonté qui a permis de ne pas défaillir pendant les trois longues années.

    Nullement candide par rapport au frein de la tradition, la jeune femme ne s’est pas gênée pour dire :

    « Pigri ed obesi

    son gli Dei Giapponesi. »

     

    « Paresseux et obèses,

    voilà comment sont les Dieux Japonais. »

    Ce qui paraissait être de la candeur n’était que l’expression du libre arbitre. En effet, la jeune femme a choisi de se donner entièrement à l’homme qui venait de l’autre côté de l’Océan, de lui faire entièrement confiance. Coup de foudre pour ce qui représentait l’ailleurs. Mais aussi gratitude infinie pour celui qui l’a délivrée de la servitude qu’elle avait vécue du temps où elle était geisha. Il y a trois ans, la jeune femme a pris son destin en mains en exerçant son libre arbitre.

    À présent, son geste sacrificiel était aussi une manifestation du libre arbitre.

    Juste avant la nuit de noces, le marin a exprimé sa tendresse en prononçant ces mots :

    « Mia Butterfly !...come t’han ben nomata

    tenue farfalla... »

     

    « Ma Butterfly...comme ils t’ont bien nommée

    petit papillon menu... »

    Dans sa langue maternelle, la jeune femme s’appelait Cio-Cio-San, qui signifie papillon.

     

    Le cycle de la vie

     

    Occidentalisé, le nom propre est devenu Butterfly. Le marin nouvellement conquis prenait soudain conscience de l’adéquation entre le nom de sa future épouse et l’extrême fragilité de celle-ci.

    La jeune femme, que traversait un pressentiment, a répondu à son futur mari :

    « Dicon che oltre mare

    se cade in man dell’uomo, ogni farfalla

    da uno spillo è trafitta

    ed in tavole infitta ! »

     

    « On m’a dit qu’au-delà des mers

    s’il tombe entre les mains de l’homme, le papillon

    sera percé d’une épingle

    et fixé sur une planche ! »

    De l’autre côté de l’Océan, les lépidoptères meurent par surprise et sont transpercés par le caprice des collectionneurs. Le papillon de Nagasaki n’a pas voulu être la proie d’un chasseur qui la capturerait puis l’épinglerait sur une planche d’entomologiste. Butterfly voulait clore elle-même le cycle de sa vie en usant de son libre arbitre. Elle serait transpercée, non à cause de son inattention ou de sa faiblesse, mais par amour de sa liberté et de sa pureté. Le papillon de Nagasaki a voulu être maître de sa propre fin en décidant de l’instant et de la modalité.

    L’exercice du libre arbitre a conduit au choix d’un départ dans la dignité. Le seul moyen de concrétiser ce choix était de suivre le geste paternel. Le cycle de la nouvelle vie de Cio-Cio-San ne s’est pas terminé par un retour volontaire à la tradition. Il s’est clos comme il avait vu le jour, dans la glorification du libre arbitre et dans la célébration de la pureté.

    Dans le même ordre d’idées, il est légitime de rappeler que la chanson française a ces paroles bien connues :

    " Il faut savoir coûte que coûte

    Garder toute sa dignité

    Et malgré ce qu'il nous en coûte

    S'en aller sans se retourner

    Face au destin qui nous désarme

    Et devant le bonheur perdu..."

    Pendant que le corps chancelant de la jeune femme s’approchait du fils qui avait toujours les yeux bandés, une voix a retenti à l’extérieur de la maison. C’était le marin qui criait : « Butterfly ! Butterfly ! ». Mais c’était trop tard.

    L’homme devait revenir à Nagasaki au printemps qui suivrait le jour de mariage. Le cycle de l’Océan s’est refermé avec deux ans de retard. Malgré cela, une nouvelle chance s’offrait à celui qui n’avait pas tenu parole. Mais il fallait grimper la colline à temps. Et là encore, le marin qui s’est joué de la sincérité de sa jeune épouse, a trouvé le moyen d’arriver en retard.

    Quand l’homme qui se vantait de jouer avec l’amour est entré dans la pièce, le cycle de la vie s’est définitivement clos pour la jeune femme.

    L’histoire de la rencontre de ces deux êtres qui s’étaient aimés passionnément un soir, avait pour décor la colline qui dominait la baie de Nagasaki. Le cycle de la colline avait commencé dans la joie, le chant, la séduction et l’espoir. Pour la jeune femme, il s’est refermé dans les larmes et le sang. Pour le marin, il restait béant à cause du remords.

    La veille du geste sacrificiel, quand tout espoir était encore permis, la jeune femme avait répondu pour son fils, à qui l’ami médiateur avait demandé le nom :

    « Oggi il mio nome è : Dolore. Però

    dite al babbo, scrivendogli, che il giorno

    del suo ritorno

    Gioia, mi chiamerò. »

     

    « Aujourd’hui mon nom est : Douleur. Pourtant

    dites à papa, en lui écrivant, que le jour

    de son retour

    Joie, je m’appellerai. »

    Pour le fils, le cycle de la vie a commencé dans la douleur. Patiemment, celui-ci attendait le jour où il serait rempli d’allégresse. Ce jour n’est pas venu malgré le retour du père. Le retour de la figure paternelle n’a pas transformé la douleur en joie, mais en détresse, en causant l’affaiblissement définitif des bras maternels. Après la disparition de ceux-ci, la première personne qui a offert ses bras au fils et l’a consolé, n’était pas le père mais un étranger, bien que cet étranger soit un ami du père.

    Le marin a raté le rendez-vous fixé par le cycle de la vie de sa jeune épouse. Dans la même défaillance, il demeurait éloigné du cycle de la vie de son fils.

    Le cycle du papillon de Nagasaki s’est achevé non sans avoir fait de la colline qui surplombait le port un nid d’amour, de bonté et de patience. Mais le cycle de la vie menée par le marin était composé de virtualités, d’esquives et de dérobades.

     

    Le cycle de la vie

     

    Dans l’œuvre de Puccini, le cycle en provenance de la mer est celui de l’instabilité, de l’inconstance, de la frivolité, de la promesse non tenue, de la parole sans lendemain.

    À l’inverse, le cycle né de la terre est celui de la fidélité, de la persévérance, de la profondeur, du rêve devenu certitude, de la parole d’honneur.

    Dans son existence, le Zeph a vécu plusieurs cycles. L’un des plus passionnants est le cycle initiatique, qui a emprunté la route des Phocéens. La boucle a duré dix mois, qui ont magnifié le plaisir de l’autonomie.

     

    Le cycle de la vie

     

    À la fin du périple, le Zeph a retrouvé Port Napoléon avec les mêmes pontons, la même grue, la même capitainerie que lorsqu’il était parti. Mais le Zeph n’était plus le même. L’expérience de l’autonomie l’a rendu encore plus prévoyant et responsable.

    Un autre cycle important dans l’existence du Zeph est celui qu’a accompagné Asclépios. L’aventure a commencé au pied d’un escabeau et a duré douze mois. L’exploration était pleine de suspense. À la fin du voyage, le Zeph a retrouvé le même ber. Mais la boucle en compagnie d’Asclépios lui a donné encore plus d’humilité.

    Le cycle de la vie porte inéluctablement l’empreinte de la conscience. Cette conscience peut être active ou défaillante. Selon son degré d’éveil, elle confère au cycle de la vie un manque à gagner ou un bénéfice.


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  • Qu’est-ce qui excite l’appétit du rapace ? Quels facteurs le décident à passer à l’action ? Comment s’y prend-il pour s’emparer de sa proie ?

    L’espace marin est-il aussi concerné par le comportement du rapace ?

    Au printemps dernier, à l’époque où le capitaine et le mousse bénéficiaient de l’agréable hospitalité des anges du Languedoc, des rapaces ont fait leur apparition dans le champ de vision au moment de l’exploration des châteaux de Lastours.

     

    Le cycle du rapace

     

    Les créatures ailées ont exécuté leurs cycles autour d’un piton rocheux. Leurs manœuvres circulaires se déroulaient dans le lointain. Le spectacle était neutre, inoffensif.

    D’autres manœuvres circulaires ont eu lieu cet été, au large de la Toscane, dans un contexte bien plus mouvementé, oppressant et tragique.

    Macinaggio. Tempête en provenance de l’archipel toscan pendant deux jours consécutifs, avec des éclairs zébrant le ciel à maintes reprises. Au mouillage, danse macabre, qui rendait les bateaux nerveux, impulsifs et téméraires. Leurs capitaines n’avaient qu’une idée en tête : enclencher le sauve-qui-peut avant qu’il ne soit trop tard.

    C’était dans cette ambiance de panique générale qu’un bateau a commencé à raser le flanc gauche du Zeph. Puis quand la proue de l’un s’est retrouvée à hauteur de la poupe de l’autre, le nouveau venu s’est immobilisé. Vite, il a sorti son ancre pour s’emparer de l’emplacement convoité. Sous son davier, figurait l’inscription WHV-765.

     

    Le cycle du rapace

     

    Ça ne le gênait nullement qu’entre lui et le Zeph, il n’y avait même pas l’espace pour deux largeurs de bateau.

    Griffes sorties vers l’avant, avant-train redressé, célérité de la manœuvre. C’était une véritable performance de rapace expérimenté.

     

    Le cycle du rapace

     

    Il y avait de la violence dans cette rapidité d’exécution. Une violence qui disait : « Tire-toi de là ! »

    Le mousse qui ne s’est pas laissé intimider par l’instinct prédateur, a crié en direction du bateau rapace : « Vous êtes trop près là ! ». Bien sûr, de l’autre côté, on a fait la sourde oreille.

    D’abord, il y avait la question du rapport de forces. Depuis quand un « petit Chinois », à la silhouette malingre, fait-il la leçon à trois Européens qui ont vécu, à eux trois, presque deux siècles ?

    Deuxième question : se pouvait-il que le bateau rapace ne comprenait pas la langue de Molière ? En effet, le pavillon enroulé ne portait pas les couleurs de la Méditerranée, mais de la Germanie. Le mot « Breisach », écrit sur la poupe, désigne une localité actuelle de l’Allemagne.

     

    Le cycle du rapace

     

    « EOS », écrit au-dessus de « Breisach », est le nom de la déesse Aurore de l’Antiquité grecque. Ce serait le nom de baptême de ce Bavaria Cruiser Voyager 36. Le bateau appartenait à l’agence de location Buechi.com, qui a laissé sa signature sur la bôme et qui est basée à Portoferraio, sur l’île d’Elbe.

    Tous ces éléments administratifs, qui n’avaient aucune connexion avec l’Hexagone, autorisaient-ils les trois hommes à se conduire avec brutalité et de façon si malhonnête dans les eaux françaises ?

    La sourde oreille qu’affichaient les trois rustres n’était pas due à leur manque de maîtrise de la langue française, mais à leur je-m’en-foutisme, qui était coutumier.

    Le mousse ne s’est pas laissé démonter par l’inertie provocatrice des trois malotrus. De nouveau, il a eu recours à la langue de Molière et a hurlé : « C’est trop près là ! ». Flairant le scandale, le bateau discourtois et malhonnête s’est résigné, dans l’énervement et la douleur, à relever l’ancre et à partir.

    Monter la garde, repousser les assauts, se protéger des rapaces, de l’aurore jusqu’à la tombée de la nuit, deux jours de suite.

     

    Le cycle du rapace

     

    Menace incessante, surveillance sans discontinuité en restant à bord. Aucun répit, aucun instant d’apaisement. L’acharnement des rapaces qui multipliaient leurs manœuvres circulaires condamnait le capitaine et le mousse à ne pas quitter le bateau et à demeurer constamment sur le qui-vive.

    Mais, ce n’était pas encore le pire. Il ferait son apparition le lendemain et le surlendemain. Après l’usure à Macinaggio, il y a eu l’implosion à Saint-Florent.

    Pourtant, l’escale à Saint-Florent a commencé dans des conditions très agréables. Le Zeph était presque seul au milieu de la baie.

     

    Le cycle du rapace

     

    Le capitaine s’est mis assez loin des phares pour éviter la cohue qu’engendrerait le désir de proximité avec la terre ferme. La décision du capitaine avait un coût : le nombre de coups de rame pour aller à terre et revenir serait forcément plus grand. Qu’importe l’exercice physique, si en échange, on a la tranquillité.

    Terrible illusion. Calculs très, très mauvais. En effet, le bel espace vide dont s’est entouré le Zeph et que recommande vivement la sécurité, ne tarderait pas à être convoité, dépecé et dévoré par des rapaces de tous genres.

    Les rapaces ont leur odeur propre.

    Le premier rapace qui s’est manifesté ce jour-là dans les eaux de Saint-Florent pour harceler le Zeph puait la grossièreté. Le bateau qui s’est singularisé par sa vulgarité s’était collé aux baskets du Zeph pendant que Morphée nous berçait pour nous faire oublier les nuits meurtries et saccagées à Macinaggio.

    Donc, à l’arrière du Zeph, entre l’éolienne et le panneau solaire le plus proche, se découpait le profil du bateau qui avait furtivement sorti ses griffes pour s’emparer de l’emplacement.

     

    Le cycle du rapace

     

    Mais d’autres griffes, plus méchantes, allaient surgir.

    En effet, dès qu’il a aperçu nos deux silhouettes en chair et en os, il nous a apostrophés avec rudesse et mépris. En pleine figure, nous avons reçu : « Va dormir ! ».

    Pourquoi cette véhémence ? Pourquoi cette hargne ?

    L’homme dont la blancheur des cheveux ne disait pas la sagesse mais le déshonneur, nous traitait comme de la racaille. Ce faisant, c’était lui qui se comportait comme de la racaille. Qu’est-ce qui en nous le gênait tant, le dérangeait tant ? Notre jeunesse ? Notre fortune ?

    Malgré l’indignation, nous avons trouvé la situation fort cocasse, car justement, nous émergions des bras de Morphée. Et l’homme qui s’était montré volontairement offensant, nous disait de nous y retourner.

    Le rapace a attaqué en premier parce qu’il avait peur qu’on ne le dépossède de sa prise. Sa tactique consistait à vexer, blesser et intimider pour éloigner, mettre à distance.

    La promptitude des coups de bec et de griffes était sans aucun doute motivée par le sentiment de culpabilité. L’homme hargneux et grossier redoutait que nous ne lui reprochions de ne pas avoir respecté les distances de sécurité.

    Pourquoi le renvoi à la couchette s’est-il fait sur le mode du singulier et non sur celui du pluriel ? Pourquoi nous a-t-on lancé à figure « Va dormir ! » et non « Allez dormir ! » ? Ce n’était pas parce que l’homme au comportement rapace ne savait pas compter ou ne voyait pas clair. La conjugaison à la deuxième personne du singulier rendait le ton plus agressif, plus mordant et plus méprisant.

    Après l’éclaboussure, le mousse a repris ses esprits et a crié à l’agresseur : « C’est trop près et trop dangereux ! ». Et l’homme, de riposter avec un torrent de sonorités non en usage dans l’Hexagone, mais qui exprimaient sans équivoque l’opposition, l’obstination et l’exécration.

    Le mousse sentait à côté de lui le capitaine entrer en ébullition à cause du subterfuge de la langue étrangère.

    En direction de l’homme irrespectueux et méprisant, le mousse a crié : « On est en France ! On parle la langue française ! »

    L’argument a déstabilisé parce qu’il était culturel et non militaire. Le mousse a profité de l’avantage éphémère pour rappeler la règle de sécurité. De nouveau, il a crié : « Vous êtes trop près ! ».

    Sur l’autre bateau, on feignait la reddition, mais on ne bougeait pas du tout. On ne disait plus aucun mot, mais on ne changeait pas d’emplacement. Obstination qui annonçait une guerre d’usure.

    Le rapace exhibait l’immobilité pour mieux guetter l’heure de la revanche.

    Le capitaine a dit au mousse que le pavillon du grossier personnage était belge. Le flot de sonorités étranges qu’il avait déversées contre nous appartenait donc à la langue flamande.

    Tapi dans sa mauvaise foi, le bateau flamand a cru voir, peu de temps après, son affront lavé par le sémillant et téméraire Meltemi. Un rapace, qui viendrait au secours d’un autre rapace !

    La témérité en matière de sans-gêne désarçonne d’abord. Le culot est une arme qui utilise l’effet de surprise. Pour neutraliser celui-ci, il faut contre-attaquer en utilisant aussi l’effet de surprise.

    Le Meltemi avait une très fière allure, avec une jolie coque et une belle mâture. C’était un Océanis 54, qui était tout heureux de porter les couleurs de l’Allemagne. Il impressionnait par son apparence physique, mais aussi par son nom qui sonnait très grec, et qui faisait miroiter l’érudition et les belles manières.

     

    Le cycle du rapace

     

    Venu de l’horizon septentrional, il a foncé sur le mouillage de Saint-Florent et frôlé le flanc droit du Zeph. Le mousse, qui était occupé avec des prises de vue en direction de la poupe, s’est retourné pour constater l’approche triomphale. Le Meltemi, maintenant presque à l’arrêt, prenait le temps de dévisager le Zeph. Le mousse se demandait si c’était le trépied du photographe ou le jardin des aromatiques qui retenait ainsi l’attention du Meltemi. En fait, le Meltemi n’était pas dans la contemplation, mais dans le calcul. Il calculait l’espace libre dont le Zeph s’était entouré. Une fois les informations enregistrées, il finissait sa première boucle autour du Zeph, puis en recommençait une autre, comme pour confirmer les projections et peaufiner les calculs. Naïf, ingénu et niais, le mousse se réjouissait qu’un voilier avec un nom aussi grec fasse la cour au Zeph. Soudain, le Meltemi s’est immobilisé au début de son troisième cycle, là où il avait fait ses premières observations. Le profil que le mousse avait pris pour celui d’un admirateur, s’est démasqué : c’était celui d’un prédateur. Menaçant, le Meltemi s’apprêtait à mettre en action ses griffes et à s’emparer de l’emplacement.

    Entre le Meltemi et le Zeph, il n’y avait même pas l’espace de deux largeurs de bateau. L’effet de surprise préparé par le Meltemi était bien mené. Le mousse était plongé dans l’épouvante. Mais quelque chose lui a tout de suite donné l’esprit d’à-propos. Ce quelque chose était le violent contraste entre l’allure distinguée des personnes à bord du Meltemi et l’aberration de leur geste.

     

    Le cycle du rapace

     

    Le mousse savait qu’il était plus difficile de faire relever l’ancre que d’empêcher de la laisser choir vers le fond. Il fallait donc vite, vite, intervenir avant qu’elle ne quitte le haut de la proue.

    Prenant à témoin les collines de Saint-Florent, le mousse a hurlé en direction du Meltemi : « Vous êtes trop près là ! ».

    Une phrase complète en français, sans faute de grammaire, prononcée sans accent, venait de surgir de la bouche d’un « Chinois » malingre, que le Meltemi s’était plu à reléguer dans l’image d’Épinal associée au trépied et à l’appareil photo. Son cri de désapprobation, audible, intelligible et inattendu, a créé l’effet de surprise inverse. À l’avant du Meltemi, les deux silhouettes masculines qui s’étaient accroupies pour lâcher l’ancre se sont figées. Celui qui était à la barre ne comprenait pas cette immobilité soudaine et ne l’acceptait pas.

    D’une voix généreuse et ample, le mousse a de nouveau rappelé les règles de bienséance et de sécurité à ces personnes qui semblaient cultivées et érudites. Suite à cette deuxième intervention orale, des mots marmonnés dans une langue qui n’était pas celle de Molière circulaient entre la poupe et la proue du Meltemi. Pendant que se déroulait cet échange crispé, le mousse a vu sur le Meltemi deux silhouettes féminines assises près du mât. Hiératiques, elles se prenaient pour Héra et Athéna en personne.

    Après délibération, le rapace s’est résigné à ne pas faire usage de ses griffes.

    Contrarié et bafoué, le Meltemi a repris son troisième cycle en effectuant une embardée qui a failli le faire buter contre l’ancre du Zeph. Geste d’inattention, mais aussi de colère et de dépit.

    Peu de temps après que le Meltemi a renoncé à sa proie, un autre prédateur est venu assiéger le Zeph à bâbord. L’assaillant avait moins d’envergure et de prestance que le Meltemi, mais le même culot et le même entêtement. L’instinct prédateur se voyait jusque dans le pavillon, qui exhibait les silhouettes de deux léopards dorés.

    Le Zeph devait-il capituler, c’est-à-dire laisser faire ? Dans ce cas, à quoi cela aurait-il servi de prendre des précautions et de monter la garde depuis des heures et des heures ?

    Le mousse n’a pas voulu battre en retraite. Il a crié en direction de l’assaillant : « Vous êtes trop près là ! ». Celui-ci a pris pour une divagation ce qu’il venait d’entendre. Et il a continué à préparer son ancre. Outré, le mousse s’est mis à hurler plus fort : « Vous êtes trop près là ! On va tourner, et on va vous percuter dans la nuit ! ».

    Sur le bateau imprudent, tout s’est arrêté net. Mille yeux se sont tournés vers celui qui venait d’être interpellé. Honteux d’être soudainement le point de convergence de tant de regards, le bateau audacieux a relevé son ancre et quitté les lieux.

    Juste après son départ, un autre bateau a montré son museau, toujours à bâbord du Zeph, toujours avec un espace qui ne laisserait pas passer entre les deux coques, deux autres bateaux simultanément. À la proue, un homme s’activait pour lâcher l’ancre. Il venait de découvrir un emplacement de choix. Vite, il fallait qu’il tienne fermement sa prise dans ses griffes, avant qu’un autre rapace ne s’en empare.

    Écœuré et exténué, le mousse a quand même rassemblé ses forces pour dissuader le rapace hardi.

    L’homme surpris en train de manier son ancre a avancé le leurre de la politesse et s’est couvert avec le bouclier de la précision du chronomètre. Effectivement, avec une courtoisie surprenante, il a fait remarquer au mousse que l’ancre n’était pas encore lâchée. C’est vrai, elle n’a pas touché l’eau et pendait encore à mi-hauteur du flanc émergé. Sans maugréer, l’homme a remonté l’ancre, puis est parti. Il a décrit trois cycles autour du Zeph, pour revenir au même endroit que tout à l’heure.

    Et pour échapper à une nouvelle confrontation avec le Zeph, le bateau rusé et malicieux a reculé de quelques mètres, puis a lâché tranquillement son ancre. Manifestement, le rapace roublard s’est payé la tête du Zeph.

    Sur ces entrefaites, une forêt de mâts surgissait à l’horizon et progressait à toute vitesse vers le mouillage.

    Ce n’était plus le moment d’ergoter avec le fieffé manipulateur au sujet du rayon d’évitage. À partir de cet instant, le péril venait de la direction opposée. Un nombre incalculable de rapaces s’apprêtait à assiéger le mouillage. Le capitaine se décomposait à l’idée de devoir tenir tête à tant de prédateurs, qui ne feraient aucune concession. Il était convaincu que le Zeph finirait par succomber à cause de la férocité des coups de becs et de griffes.

    Aussi le capitaine a-t-il décidé d’abandonner le trésor. Dans la foulée, il a sonné la retraite. Le Zeph s’est donc extrait du piège et s’est réfugié vers les montagnes à l’extérieur de la baie.

     

    Le cycle du rapace

     

    Sans force, sans élan vital, sans perspective, le Zeph était comme une dépouille, exposée aux ravages du vent et de la houle. Et même dans cet état moribond, il était encore poursuivi et harcelé par un rapace, qui ne cachait pas son instinct de charognard.

    Le capitaine baissait les bras. D’autres l’auraient fait bien avant lui. Il en avait assez de guerroyer contre des manières de voyous. Il a ordonné qu’à bord du Zeph, tous devaient baisser les bras et ne plus entraver les rapaces dans leur instinct de prédateur.

    Crépuscule d’amertume. Soirée d’affliction.

    Après une journée d’horreur et une nuit cauchemardesque, le Zeph suffoquait. Au moment de se ravitailler en carburant, son souffle vital s’est bloqué.

     

    Le cycle du rapace

     

    La station à essence, qui se trouvait à côté du phare rouge, était à portée de voix. Et pourtant, elle semblait désespérément inaccessible.

    L’oppression, par sa redoutable récurrence, rendait le naufrage imminent.

    Le lendemain matin, même symptôme inquiétant et tragique. Problème respiratoire ou cardiaque ? Seules les divinités pouvaient faire le diagnostic.

    Le Zeph se trouvait à Saleccia, au large du désert des Agriates.

     

    Le cycle du rapace

     

    Le nouvel environnement paisible n’a pas réussi à faire oublier la nuisance des eaux de Saint-Forent toutes proches.

    Le Zeph somatisait.

    Se souvenir pour ne pas perdre son identité. Mais quand le souvenir est trop douloureux, il fait chavirer.

    Deux malaises en deux jours.

    À deux reprises, la mort, au sens littéral et biologique, s’est même invitée à bord du Zeph, plus exactement au poste du barreur. C’est là où les divinités sont intervenues, et que leur clémence, implorée depuis le départ de Port Napoléon, s’est manifestée. Sans cela, le Zeph aurait été orphelin dans les eaux de Saint-Florent, administrativement et moralement.

    Plaisir, où étais-tu ? Peut-il y avoir du plaisir quand il n’y a plus de savoir-vivre ? Peut-on parler de paradis quand c’est le règne de la loi du plus fort ou du plus malhonnête ?

    Est-il possible de survivre au milieu d’une meute de rapaces sans être rapace soi-même ? Si l’on n’est pas un prédateur, l’on devient immanquablement une proie.

     

    Le cycle du rapace

     

    Qui voudrait être une proie, et le rester jour après jour ?

    Le combat pour la survie est peut-être une nécessité, mais jamais un plaisir. Que savoure-t-on dans de tels moments quand on n’a pas le tempérament guerrier ? La sécurité abîmée par des coups de griffes acérées ? La paix déchiquetée par des coups de becs crochus et puissants ?

     

    Le cycle du rapace

     

    Faut-il subir, se taire pendant et surtout après ? Faut-il encaisser la coercition puis pratiquer le déni pour sauver la face, parce que le paradis recherché n’était qu’une chimère ?

    Qu’est qui fait qu’en mer, un espace de liberté se transforme en lieu de deuil ? Deuil pour la paix, parce qu’elle est saccagée par l’agressivité et la déraison. Deuil pour la mémoire, parce que les méfaits causés ou subis se répéteront le lendemain. À cause de sa démesure et de son délire, la convoitise endeuille la liberté promise par la mer.

    D’aucuns pourraient penser que le désordre généré par le comportement des rapaces n’était pas si grave que cela. C’est grave chaque fois que l’être humain s’enlaidit. C’est grave et c’est affligeant. Même l’oubli ne diminuerait en rien la laideur ainsi étalée.

    Les rapaces rencontrés par le Zeph effectuaient des cycles pour élaborer l’effet de surprise et foncer brutalement sur l’objet de leur convoitise.

    L’épreuve des rapaces interpelle la conscience et soulève une question essentielle : l’homme est-il dispensé d’avoir une éthique parce qu’il se trouve en mer ?


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  • Elle l’aimait mais n’osait pas le lui dire. Elle n’en parlait à personne. Les battements du cœur étaient inaudibles, mais les larmes étaient transparentes, surtout au moment des adieux. Elles donnaient à voir la tendresse, la tristesse et la résignation. Tendresse d’un premier amour toujours vivace. Tristesse de devoir quitter les lieux du premier émoi. Résignation afin de faire plaisir à l’autorité paternelle qui a prévu, pour la jeune femme, une union avec un autre homme, dans une autre grande cité caravanière.

    L’histoire s’est déroulée il y a deux millénaires, en Méditerranée orientale.

     

    La transparence de l'amour

     

    Les confidences et les effusions avaient lieu dans un espace protégé des morsures du soleil. Un treillis formé de carrés tantôt opaques, tantôt transparents assurait à la fois la fraîcheur et la clarté.

    C’était sur un fond de transparence soigneusement équilibrée que la jeune femme dévoilait son attachement à l’homme qu’elle allait devoir quitter.

    L’homme, regrettant d’avoir compris trop tard : « Si tu n’étais pas fiancée, je te donnerais un baiser d’adieu. »

    La jeune femme, se raccrochant au souvenir du premier émoi : « Si je n’étais pas fiancée, nous n’aurions pas à nous dire adieu. »

    La transparence du rendez-vous manqué ne pouvait se suffire à elle-même. Sa véritable finalité était de servir de prélude à une reconquête du bonheur.

    L’amour contrarié renaîtrait malgré d’autres épreuves beaucoup plus cruelles encore.

    Première épreuve : l’être aimé a été condamné aux galères à cause de l’accusation d’homicide sur la personne d’un haut représentant du pouvoir en place.

    L’avenir devenait opaque pour la jeune femme. Son amour allait-il être englouti par cette opacité ?

    La transparence de l’amour révélait sa vivacité, son courage et sa fidélité.

    La jeune femme a accompagné son père pour plaider devant l’autorité judiciaire l’innocence de celui qui venait d’être hâtivement condamné.

     

    La transparence de l'amour

     

    Le dévouement de l’intendant qu’était le père lui a valu des tortures atroces, qui ont fini par lui supprimer l’usage de ses deux jambes. Infirmité qui n’était pas sans affecter la jeune femme. Mais son amour pour le galérien serait-il terni et diminué par la rancœur ?

    Après des années interminables où le doute combattait l’espoir dans un corps-à-corps sans merci, le galérien dont la vie avait été épargnée miraculeusement a retrouvé la demeure familiale qui était tombée dans un délabrement poussiéreux et affligeant. La jeune femme l’y attendait, en dépit des quatre années d’éloignement et de silence mortifères. D’ordinaire, aucun rameur enchaîné sur une telle galère ne survivait au bout d’un an.

     

    La transparence de l'amour

     

    La transparence de l’amour donnait à voir la lueur inextinguible de l’espoir et le fruit inestimable de la persévérance.

    L’amour transparent montrait la récompense de l’attente confiante, mais aussi la bonté de cœur. En effet, à aucun moment, la jeune femme n’a formulé des reproches à propos de la perte de l’usage des deux jambes paternelles. Son attitude était guidée par l’esprit qui dicterait un peu plus tard ces mots à l’apôtre Paul, au sujet de l’amour :

    οὐκ ἀσχημονεῖ οὐ ζητεῖ τὰ ἑαυτῆς οὐ παροξύνεται οὐ λογίζεται τὸ κακόν

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L’amour ne se conduit pas avec indécence, ne cherche pas son propre intérêt, ne s’irrite pas. Il ne tient pas compte du mal subi.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 5

     

    Après quatre années d’ensevelissement sous le linceul de l’opacité, la jeune femme retrouvait son bien-aimé dans la pièce où jadis, elle avait versé ses larmes d’adieu. Les volets étaient affaissés. L’un d’eux était cassé : il a perdu le rectangle intérieur qui possédait un motif ornemental plus dense.

     

    La transparence de l'amour

     

    Un autre volet penchait et sa position oblique créait une béance de forme triangulaire. À cause de son mauvais état, le mur de scène de ce jour offrait plus de transparence que celui d’il y a quatre ans. Cette fois-ci, c’était devant le nouvel espace transparent triangulaire que les deux amoureux ont donné libre cours à leurs effusions de tendresse. C’était comme si une plus grande transparence du décor incitait à une plus grande transparence des cœurs.

    Cette transparence révélait que l’amour était suffisamment fort pour triompher de la disparition et de l’incertitude. Mais l’était-il encore pour coexister avec la haine ? Car l’ancien galérien n’avait plus qu’une idée en tête : se venger de celui qui l’avait promptement envoyé aux galères et détruit impitoyablement sa famille.

    Le galérien est revenu, mais il était dévoré par un violent désir de vengeance. L’arène lui a permis de laver l’affront fait à sa propre personne, mais ses proches souffraient encore des mauvais traitements infligés à cause de l’inculpation pour homicide.

    La famille de l’ancien galérien avait perdu la liberté. Désormais, c’était aussi la santé qui en pâtissait. Car l’humidité d’un cachot opaque a engendré au bout de quatre ans une moisissure qui rongeait irrémédiablement la chair et provoquait le bannissement hors les murs ainsi que la réclusion à perpétuité dans un lieu de malédiction.

    Le corps en lambeaux de l’adversaire vaincu dans l’arène par le galérien a appris à celui-ci que ses proches avaient aussi leurs corps en lambeaux, à cause de la lèpre.

    La douleur insoutenable provoquée par cette terrible nouvelle apporterait-elle une nouvelle épreuve à l’amour de la jeune femme ? En effet, celle-ci avait promis à la mère et à la sœur du galérien de ne pas lui révéler leur condition de lépreuses.

    L’affrontement à l’entrée de la vallée des lépreux devenait donc inévitable.

     

    La transparence de l'amour

     

    Affrontement entre la jeune femme qui avait gardé le silence pour préserver la dignité des deux lépreuses et l’ancien condamné qui se voyait contraint de devoir se séparer encore de sa mère et de sa sœur, qu’il chérissait tant.

    La transparence de l’amour exposait le courage de la jeune femme qui luttait énergiquement pour que le souhait des deux lépreuses soit respecté.

    L’amour n’est pas une soumission inconditionnelle à l’autre.

    Dans cette confrontation avec l’incurabilité de la maladie et la noirceur du désespoir, le décor de l’arrière-plan présentait côte à côte deux formes d’opacité. Derrière la jeune femme, c’était l’obscurité opaque, qui ne laissait rien voir à travers. Derrière l’homme qu’elle aimait, il y avait une masse de pierre, qui ne laissait passer aucun rayon lumineux.

     

    La transparence de l'amour

     

    Dans l’obscurité opaque, l’on pourrait, malgré tout, trouver son chemin et avancer. En revanche, à travers la pierre, nul ne pouvait passer, à moins de la percer.

    La toile de fond était en cohérence avec l’état d’esprit du moment de chaque personnage. L’homme se présentait de dos. Tournait-il le dos à la seule issue possible ?

    La jeune femme apparaissait de profil. Elle entrevoyait le moyen d’échapper au cycle de la violence et cherchait à tâtons mais avec ténacité le chemin de la rémission.

    Puis le cours des choses faisait que la jeune femme, accompagnée de son assistant et de l’ancien galérien, longeait un ruisseau qui coulait en bas d’une colline où des personnes de toutes conditions affluaient pour écouter un discours.

     

    La transparence de l'amour

     

    L’enjeu était d’accéder à l’autre terre en faisant alliance avec la transparence.

    La jeune femme a franchi le pas, emprunté le pont et traversé le cours d’eau qui luisait au soleil. L’ancien galérien était resté sur la même rive, sur le même bord, sur la même terre opaque, avec le même sentiment haineux inapaisable.

    La jeune femme a accepté l’aide de la transparence pour aborder un autre monde, préconisé par le prédicateur venu de Nazareth. Un monde nouveau, grâce à un amour renouvelé, métamorphosé et transfiguré par l’abnégation et la rupture du cercle vicieux.

    Dans le lit du ruisseau, la transparence scintillait en recevant la lumière d’en haut. Désormais, l’amour transparent de la jeune femme allait connaître une nouvelle vie, nourrie par la sagesse d’en haut, qu’enseignait le Nazaréen.

    L’amour est toujours prompt à partager ce qu’il a de meilleur.

    La jeune femme attendait derrière les volets le retour de son bien-aimé pour lui faire part des paroles qu’elle avait entendues dans le discours de l’homme de Nazareth.

     

    La transparence de l'amour

     

    C’était la première fois que ces volets qui avaient été témoins des adieux puis des retrouvailles apparaissaient en pleine lumière. Ils étaient baignés d’une douce et belle lumière qui évoquait celle qui éclairait désormais l’avenir de la jeune femme.

    La joie inondait la scène de l’attente, en accord avec l’esprit qui inspirerait un peu plus tard à l’apôtre Paul cette description de l’amour :

    οὐ χαίρει ἐπὶ τῇ ἀδικίᾳ συγχαίρει δὲ τῇ ἀληθείᾳ

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 6.

     

    La vérité est ce qui donne du sens à l’existence.

    Le prédicateur sur la colline en décrivait les modalités.

    La jeune femme répétait à son bien-aimé les paroles du Nazaréen :

     

    Μακάριοι οἱ ἐλεήμονες ὅτι αὐτοὶ ἐλεηθήσονται

    Μακάριοι οἱ εἰρηνοποιοὶ ὅτι αὐτοὶ υἱοὶ θεοῦ κληθήσονται

    ΚΑΤΑ ΜΑΘΘΑΙΟΝ. Κεφ. ς’

     

    Heureux les miséricordieux, puisqu’il leur sera fait miséricorde.

    Heureux les artisans de la paix, puisqu’ils seront appelés « fils de Dieu ».

    Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 7 et 9

     

    L’homme de Nazareth encourageait la recherche du pardon et de la paix.

    Parce que le pardon apporte la paix avec autrui et avec soi-même.

    Dans la bouche du Nazaréen, la paix est un état qui n’est ni inné, ni immédiat, ni facile à acquérir. Le terme qu’il a employé est εἰρηνοποιοὶ – ΕΙΡΗΝΟΠΟΙΟΙ , qui est formé à partir de εἰρήνη – ΕΙΡΗΝΗ , qui désigne la paix, et de ποιέω – ΠΟΙΕΩ , qui désigne l’action, le travail, l’effort, la construction. Construction qui peut s’avérer longue, ardue et coûteuse, mais qui est toujours méritante et jamais vaine.

    Hélas, ces paroles semblaient utopiques pour l’ancien galérien, qui ne songeait qu’à une chose : en découdre avec l’ennemi, qu’il rendait responsable de la lèpre de sa mère et de sa sœur. L’obsession de rendre le mal pour le mal a fait que l’homme meurtri avait désormais un cœur de pierre, qui faisait tant souffrir la jeune femme.

    La transparence de l’amour montrait alors l’affliction de la jeune femme, qui perdait celui qu’elle avait jadis aimé pour sa noblesse d’âme.

     

    La transparence de l'amour

     

    L’échange avait lieu en bas de l’escalier qui reliait la cour intérieure aux appartements de l’étage. Très belle adéquation entre le contexte spatial et l’enjeu de l’affrontement. La transparence de l’amour offrait à la vue la menace qui s’attaquait à la base de son édifice.

    L’amour est transparent quant à sa raison d’être et son moyen de survie.

    L’amour ne s’accommode pas du rabais.

    Éprouvée et blessée, la jeune femme continuait quand même à s’investir pour apporter la paix aux deux lépreuses.

    Depuis deux jours, elle attendait à l’entrée de la vallée des lépreux.

     

    La transparence de l'amour

     

    La transparence de l’amour mettait en évidence l’indispensable attente et la nécessité de persévérer.

    Puis, la jeune femme a appris que la sœur de l’ancien galérien était en train de mourir. Il y avait urgence à agir. Tout de suite, la jeune femme a pensé que les deux lépreuses devraient rencontrer le Nazaréen, qui prêchait la vie éternelle.

    La transparence de l’amour dévoilait qu’il était nourri d’espoir, de confiance, de courage et de dévouement.

    La force de l’amour autorisait ce que l’hygiène interdisait strictement : le rapprochement des corps, le contact direct entre un épiderme sain et un épiderme boursouflé de tuméfactions.

    Soutenues par la jeune femme et l’ancien galérien, les deux lépreuses s’en allaient à la rencontre du prédicateur. Mais celui-ci n’était pas en train de prêcher. Il venait d’être jugé par le gouverneur et condamné à mort.

    Le visage protégé par un voile opaque, les lépreuses rejoignaient la foule qui regardait les condamnés monter vers la colline du supplice, située à l'extérieur des murailles.

    À un moment donné, le voile de la pudeur, de la bienséance et de la crainte recevait le passage d’une ombre.

     

    La transparence de l'amour

     

    C’était l’ombre du poteau de supplice que portait le Nazaréen. L’ombre était due à l’opacité du bois.

     

    La transparence de l'amour

     

    En même temps que se voyait l’opacité du matériau de l’instrument de torture, se manifestait la transparence de la compassion des deux lépreuses pour le condamné à mort.

    Beauté de l’amour du prochain, qui s’exprimait spontanément par la bouche et les yeux en dépit de leur infirmité.

    Après avoir donné au Nazaréen leur amour, les deux lépreuses se sentaient soulagées. Elles n’éprouvaient plus la crainte qui les avait oppressées. La nouvelle sensation de liberté se voyait sur leurs visages qui n’étaient plus protégés par le voile opaque. La liberté apportait la confiance.

     

    La transparence de l'amour

     

    Les visages découverts des deux lépreuses mettaient en vue l’amour transparent que le Nazaréen commençait déjà à leur témoigner en guise de gratitude.

    À côté des deux lépreuses réconfortées, se tenait la jeune femme qui avait tant contribué à ce déploiement émouvant de l’amour du prochain.

    La transparence de l’amour donnait à voir son flux ascensionnel et sa dynamique de l’élévation.

    De retour chez lui, le galérien sauvé miraculeusement de l’étreinte mortelle de la mer gravissait les marches pour découvrir un autre miracle, qui le touchait encore plus profondément. En effet, en haut de l’escalier, attendaient sa mère et sa sœur, qui étaient désormais guéries de la lèpre.

     

    La transparence de l'amour

     

    Celui qui se mettait en mouvement vers le degré supérieur était l’homme qui s’était débarrassé de la haine en assistant à l’agonie du Nazaréen. L’être libéré du fardeau de la vengeance progressait avec légèreté, sans l’entrave d’un cercle vicieux, vers une condition purifiée, harmonieuse et régénératrice.

    Cette montée des marches faisait écho à celle qui avait eu lieu après le jugement devant le gouverneur. Celle-ci avait donné lieu au passage de l’ombre du poteau de supplice sur des femmes accablées dans leur chair, et qui s’étaient émues du sort infligé au Nazaréen.

    La deuxième montée des marches, qui était le pendant de la première, était celle de la récompense appropriée, de la réparation équitable, de la guérison méritée.

    L’amour du prochain, transparent dans les paroles de compassion qui contrastaient avec l’hostilité générale quand le Nazaréen était passé avec son poteau de supplice, exhibait de nouveau sa magnifique transparence en dévoilant les bienfaits offerts en retour par le Nazaréen pour ces sublimes retrouvailles en haut de l’escalier qui s’élevait de la cour intérieure.

    L’amour était transparent dans la préservation de la mémoire de sa genèse. En effet, en bas de l’escalier du bonheur familial retrouvé, il y avait la silhouette de la jeune femme, qui avait tant œuvré pour ce jour nouveau. Au début, la jeune femme était restée en bas de l’escalier pour laisser son bien-aimé monter seul. À cet instant, la topographie disait que le dévouement et la persévérance de la jeune femme étaient à la base de la bénédiction de ce jour.

    La jeune femme n’a pas cherché à se mettre en avant de façon ostentatoire. Elle a agi selon l’esprit qui inciterait l’apôtre Paul à écrire ces mots :

    Ἡ ἀγάπη μακροθυμεῖ χρηστεύεται ἡ ἀγάπη οὐ ζηλοῖ ἡ ἀγάπη οὐ περπερεύεται οὐ φυσιοῦται

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L'amour est longanime, l'amour est serviable, il n'est pas envieux ; l'amour ne se vante pas, il ne s'enfle pas d'orgueil.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 4.

     

    La transparence de l’amour donnait à voir à la fois son humilité et sa noblesse.

    Puis quand l’ancien galérien a serré sa mère et sa sœur dans ses bras comme du temps où il n’y avait encore aucune chute de tuile, la jeune femme a tout doucement gravi les marches pour savourer la récompense de ses espoirs.

    La transparence de l’amour exposait sa générosité et sa splendeur à travers les effusions de tendresse entre les quatre êtres de nouveau réunis.

    Savona, terre du savoureux Andrea, l’ormeggiatore – philosophe. Quartier de l’Hôtel de Ville, espace δημοτικό – ΔΗΜΟΤΙΚΟ par excellence. Proclamation sur la façade d’apparat qui donnait sur la Piazza Sisto IV , à la façon d’une incantation :

     

    La transparence de l'amour

     

    L’amore non muore. Mai

    L’amour ne meurt pas. Jamais.

     

    La toile qui servait de mur de scène était opaque. Mais le message était transparent.

    L'amour devait durer au-delà de la période du festival de musique, au-delà de l'été des vacanciers.

    Deux mille ans plus tôt, dans sa première épître à la congrégation de Corinthe, Saint Paul affirmait déjà l’indestructibilité et la supériorité de l’amour. En effet, au chapitre 13, on peut lire :

    Ἡ ἀγάπη οὐδέποτε ἐκπίπτει εἴτε δὲ προφητεῖαι καταργηθήσονται εἴτε γλῶσσαι παύσονται εἴτε γνῶσις καταργηθήσεται

    νυνὶ δὲ μένει πίστις ἐλπίς ἀγάπη τὰ τρία ταῦτα μείζων δὲ τούτων ἡ ἀγάπη

    ΠΡΟΣ ΚΟΡΙΝΘΙΟΥΣ Α’. Κεφ. ιγ’

     

    L'amour ne succombe jamais. Les messages de prophètes ? ils seront abolis ; les langues ? elles cesseront ; la connaissance ? elle sera abolie.

    Or maintenant trois choses demeurent : la foi, l'espérance, l'amour ; mais c'est l'amour qui est le plus grand.

    Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, versets 8 et13.

     

    Cette histoire a été contée il y a une soixantaine d’années. Le conteur talentueux était William Wyler. Dans le conte, la jeune femme s’appelait Esther. Elle aimait le fils héritier de la famille Hur à Jérusalem.

    La transparence de l’amour donne à voir avec magnificence son intégrité face à l’adversité et sa nature impérissable.


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