• Il est né en Occident et rêvait d’Orient. Alors, dès qu’il en avait les moyens, il est parti du côté du soleil levant. Il a emmené sa bande de copains dans les terres de l’Est, espérant même parvenir jusqu’aux confins du monde.

    Sa folle aventure a donné naissance à des échanges vivifiants, féconds et durables entre l’Occident et l’Orient. C’est pourquoi l’Histoire lui a accordé un surnom qui rappelle la grandeur de son œuvre.

    Ses parents l’appelaient Alexandre.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Alexandre le Macédonien, surnommé encore Alexandre le Grand, a donc réalisé son rêve d’Orient en bâtissant un empire qui s’étendait de la Mer Égée jusqu’aux rives de l’Indus. L’Orient lui a donné une princesse, qu’il a épousée selon le rite oriental.

     

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    Échange culturel par le mariage.

    Échange culturel aussi par la fusion de deux esthétiques dans la représentation du sacré.

    En effet, les premières évocations de la présence du Bouddha excluaient l’usage d’une forme humaine. À l’origine, cette présence était seulement signifiée par des symboles tels que la roue.

     

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    Le Bouddha était identifié par sa doctrine, elle-même représentée par une roue appelée « Roue de la Loi » ( धमच en sanscrit, dharmachakra ). Le parcours circulaire originel a eu lieu au moment de l’Éveil, avec l’énonciation du mécanisme de l’attachement, du désir, de la souffrance et de la libération.

    C’est l’art grec, apporté par Alexandre le Grand, qui a permis l’émergence de silhouettes humaines dans la représentation du Bouddha.

     

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    En plus de l’enveloppe corporelle, l’esthétique grecque a donné à l’art bouddhiste les traits d’un visage harmonieux et les plis d’une tunique élégante.

    Il est impensable que l’art, qui est une forme de louange, puisse donner à voir des motifs décoratifs, sans que l’esprit et le cœur aient déjà accepté les principes et les idées qui ont généré ces formes du beau. La floraison de l’art de l’osmose ne peut avoir lieu que si au préalable l’osmose a déjà réuni les différentes sèves, mentalement et affectivement.

    L’art ne peut être superficiel. S’il montre une compréhension mutuelle, c’est que dans le tréfonds de l’être, l’entente cordiale existe réellement.

    Les échanges suscités par l’aventure d’Alexandre le Grand ont engendré une multitude de bienfaits.

    Le capitaine a tenu à ce que l’hommage rendu par le Zeph à la culture grecque tienne compte du périple en Orient du roi de Macédoine. Grâce à la complicité du Louvre, ce désir est exaucé.

     

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    Chaque jour, le giron du Zeph se pare du suave bonheur de l’art gréco-bouddhiste.

    Le Zeph lui-même contribue à des échanges qui le comblent de satisfaction.

    Échange de points de vue, au sens spatial comme temporel.

    Par rapport à l’espace, l’esprit du Zeph n’avait du quartier Confluence, à la jonction du Rhône et de la Saône, que des vues au ras de l’eau.

     

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    L’horizontalité avait son charme, et même son confort, car elle nous évitait certaines douleurs cervicales. La troisième dimension, celle qui rapprocherait de la transcendance, semblait appartenir au rêve, jusqu’au jour où l’Ouvé offrait au Zeph une magnifique vue plongeante vers le bassin du vaporetto lyonnais.

     

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    L’échange de perspectives crée le bonheur de la complémentarité.

    Par rapport au calendrier, l’Ouvé et le Zeph disaient l’un à l’autre ce qu’ils rêveraient d’accomplir dans le temps à venir : une circumnavigation pour tous les deux, mais celui-ci aurait les yeux fixés sur la Mer Intérieure tandis que celui-là lorgnerait le Grand Océan, qui se nommerait tantôt Atlantique, tantôt Pacifique. La comparaison était inévitable. Mais il n’en résultait aucune rivalité. Au contraire, chacun souhaitait de tout son cœur à l’autre le meilleur de la navigation désirée. L’échange offre l’ivresse de la stimulation mutuelle.

     

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    Échange entre artistes décorateurs aussi. L’antiquité pour l’un, le monde contemporain pour l’autre. Aucune opposition, aucun antagonisme. Au contraire, chacun découvre et apprécie la douceur de vivre dans l’univers qui d’habitude n’est pas le sien. L’échange offre le plaisir de la séduction réciproque.

    Échange entre hédonistes accomplis. L’Ouvé aime ce qui est pur : pureté dans toutes les perspectives de son habitat, mais aussi à table, dans la composition de l’alimentation.

     

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    Le Zeph aime ce qui est en volute : profusion de courbures pour l’organisation de l’espace intérieur, et aussi dans les assiettes de la convivialité. L’échange apporte des découvertes, suscite l’étonnement et engendre des satisfactions durables.

    La gratitude n’est pas attachée à la chose qui a circulé et qui est inerte et impassible, mais à la sensibilité et à la conscience de l’être humain qui reçoit, sensibilité et conscience qui existent dans toutes les sociétés, si primitives soient-elles. En raison du libre arbitre, le retour, qui constitue la deuxième composante de l’échange, n’est jamais automatique. Le « contre-don » théorisé par l’anthropologue Marcel Mauss comme contrainte systématique en réponse au don, est une négation de la spontanéité, donc du libre arbitre de celui qui reçoit. De plus, ce « contre-don » automatisé est même une incitation à l’hypocrisie de celui qui donne.

    Un échange ne peut être que libre. Dans ce cas, le geste du retour n’est pas lié à l’objet qui a transité, mais au sujet receveur, qui montre son appréciation par rapport au don et qui témoigne de son désir de fortifier et d’enrichir le lien social ainsi tissé.

    Quand l’Ouvé a offert son hospitalité, il n’attendait aucun contre-don de la part du Zeph. L’Ouvé a ouvert les portes de sa demeure aérienne seulement parce qu’il avait de l’affection pour le Zeph. Introduire l’idée du « contre-don » professée par Marcel Mauss, c’est faire une très grave offense au geste amical et désintéressé de l’Ouvé.

    Au printemps dernier, pendant qu’il était en route pour les châteaux cathares, l’esprit du Zeph a voulu faire une visite surprise à l’Ouvé. Nous nous sommes donc arrêtés à Gruissan. Le capitaine de l’Ouvé n’était pas là. Dommage ! Nous avons quand même pris le temps de contempler l’Ouvé, quand quelque chose a attiré l’attention du capitaine du Zeph. La filière à tribord était endommagée, vers la poupe. Sans tarder, le capitaine du Zeph est monté sur le pont pour sécuriser les défenses à l’endroit du dégât.

     

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    L’intervention du capitaine du Zeph attendait-elle une contrepartie ? Aucunement ! Imposée ou suggérée, aucune contrepartie n’était attendue.

    Serait-ce un geste solitaire, qui n’était impliqué dans aucun échange ? Nullement ! Le capitaine du Zeph est intervenu en souvenir de l’amitié de l’Ouvé. Il y a bien eu un échange, qui se nommait solidarité et qui ne se concevait pas en termes de profit ou de perte.

    Le geste du capitaine était donc la deuxième phase, et non la première, de l’échange qui se produisait à Gruissan.

    Contrairement à l’analyse de Marcel Mauss, le geste du capitaine n’était programmé par aucune contrainte physique ou sociale. Il n’était même pas prévu que l’on s’arrête à Gruissan ce jour-là, et l’on n’en savait rien de la casse de la filière de l’Ouvé.

    La réactivité du capitaine du Zeph ne relevait d’aucun automatisme. Elle n’était le « contre-don » d’aucun don précis et concret fait antérieurement par l’Ouvé.

    Marcel Mauss a entièrement faux avec l’Ouvé, et aussi avec l’Aventy !

    L’Aventy n’aime pas se retrouver débiteur, parce que l’Aventy prend soin de ne pas faire porter le fardeau aux autres. L’Aventy n’aime pas paraître créancier, parce que l’Aventy déteste le déséquilibre, même si celui-ci est en sa faveur. Alors pour honorer tout le monde et égayer la situation, l’Aventy dit qu’il y a eu échange.

    « Échange » est l’un des mots favoris de l’Aventy. Pour dire que personne n’est resté dans son coin, que tout le monde a participé, de gaîté de cœur même. Ce qui était vrai, car l’Aventy a toujours su créé les conditions pour que cette joyeuse mutualisation ait lieu. Chacun apportait ce qu’il voulait, donnait aux autres ce qu’il voulait. Cette belle liberté et cette sublime franchise faisaient que l’échange, spontané et chaleureux, était une fête de la générosité, qui devenait la signature de l’Aventy.

    Contrairement à ce que dit Marcel Mauss, l’anthropologue, il n’y a pas don et contre-don dans le giron de l’Aventy. Chez l’Aventy, il y a don, puis don, et encore don, sans aucune corrélation, sans aucune dépendance, pourvu que le tout fasse un joli feu d’artifice, dont tout le monde profite, sans aucun calcul préalable, et sans aucune arrière-pensée. La dignité, la liberté et la sollicitude nourrissent l’échange que l’Aventy offre à ses hôtes.

     

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    Dernièrement, au moment des adieux, l’Aventy a donné au Zeph, entre autres, un jeu de cartes sicilien, « la Scopa », et du gingembre acheté en personne sur l’île de la Réunion.

    Le jeu de cartes « la Scopa », c’était en souvenir de la Sicile qui, chaque hiver, offrait à l’Aventy un havre de paix à Licata.

     

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    La série de cartes était toute neuve. Les illustrations étaient fort belles. La règle du jeu a beaucoup plu au capitaine, qui comptait s’en servir souvent à bord du Zeph.

    L’Aventy donnait toujours au Zeph quelque chose à emporter. Avant cette fois-ci, il y a eu, par exemple, le chocolat de Modica. Et l’Aventy, tout heureux, disait qu’il s’agissait, non pas d’un cadeau, c’est-à-dire un don, mais d’un échange. Et à entendre le ton de l’Aventy, cet échange n’aurait rien d’extraordinaire. Ne point s’élever, de peur d’écraser l’autre : quelle noblesse d’âme, qui transparaît malgré les mots de l’humilité ! Quant au Zeph, il se devait de témoigner de sa propre lucidité. Alors il a dit à l’Aventy : « Dans l’échange, c’est toujours toi qui a fait le premier pas ». Il y a bien une dette, celle qui est contractée par rapport à l’antériorité de l’autre.

    La conception de l’Aventy est aux antipodes de la définition de Marcel Mauss.

    L’Aventy a beaucoup insisté pour que le Zeph fasse la connaissance de l’Épisode. Le jour où l’Épisode est venu prendre l’apéro à bord du Zeph, il y avait aussi les anges du Languedoc. En cette fin d’après-midi, nous étions donc six. Six à échanger nos points de vue sur l’utilité de la navigation et l’exploration du monde.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Les avis étaient contrastés, mais l’humeur demeurait joyeuse.

    Quelques jours plus tard, pour dire au revoir, l’Épisode a déposé, avec beaucoup de discrétion, sur le pont du Zeph, deux ouvrages sur les Baléares, avec une belle et émouvante dédicace manuscrite.

    Les deux livres sur les Baléares, offerts en retour par l’Épisode, avaient une « valeur d’usage », puisqu’ils avaient plu et ont été utiles à nos invités. Mais quelle « valeur d’échange » pouvaient-ils avoir par rapport à l’apéro dégusté ensemble, à bord du Zeph ? Aucune, parce qu’il n’y avait aucune correspondance matérielle et financière avec ce qui a été mis sur la table de la convivialité. Il y a bien eu échange, non pas au sens défini par les économistes, mais au sens défini par l’Aventy, c’est-à-dire librement de part et d’autre, et pas nécessairement dans le même domaine.

     

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    La dédicace rédigée sur les deux livres offerts témoignait que le geste du retour était dû à la conscience et non à quelque contrainte tyrannique imposée par l’invitation à prendre l’apéro. Marcel Mauss, qui a élaboré la théorie du « contre-don » prescrit et codifié socialement, a tout faux au sujet de la réciprocité entre le Zeph et l’Épisode.

     

    Le bonheur de l'échange

     

    Et contrairement à ce qu’a écrit Karl Marx, il y a eu circulation d’un objet de valeur, constitué en l’occurrence par les deux livres sur les Baléares, sans que cet objet de valeur ait une « nature bifide » liée à la dualité valeur d’usage/valeur d’échange.

    Avec l’Aventy, l’Ouvé, l’Épisode et tous ses autres amis, le Zeph a des échanges qui s’affranchissent de toute nécessité de quantification, donc de toute intervention de l’unité de mesure qui est la monnaie.

    Il est là le bonheur de l’échange : dans le refus de tout calcul.

    L’échange qui fleurit la route du Zeph n’est jamais une transaction préméditée, car il honore le libre arbitre et célèbre le désintéressement.

    L’échange qui embellit l’histoire du Zeph saison après saison est une circulation dans les deux sens, pas nécessairement avec la même quantité de part et d’autre, ni même dans le même domaine. Seule compte la sincérité, qui fait l’authenticité et la fécondité de l’échange.


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  • Les fleurs font le bonheur de la personne qui les reçoit, surtout quand elles sont offertes en signe de gratitude et d’amitié.

    Les anges du Languedoc, en visite à Lugdunum récemment, ont offert au Zeph un joli bouquet de tulipes augustéennes. Augustéenne, parce que la robe des pétales exhibait le pourpre impérial. Augustéennes encore, parce que ces tulipes avaient le charme de l’éternelle jeunesse du premier empereur de Rome.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Combien étaient-elles ? Dix. Dix, comme les « Dix Paroles », données au Mont Sinaï, pour fonder le code moral et juridique du peuple d’Israël, qui venait de s’affranchir de l’esclavage égyptien. Dans les Écritures Hébraïques et Grecques, le nombre 10 évoque la complétude terrestre. Les dix tulipes offertes au Zeph disaient que l’affection des anges du Languedoc était irréprochable.

    Les fleurs étaient inséparables de leur compagnon champenois, un être très pétillant, qui a aussi mis du pourpre dans ses habits.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    La présence du champenois était drôle, exquise, grisante.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le Zeph aussi, a fait appel aux fleurs pour souhaiter la bienvenue à ses hôtes. Le décor fleuri de la porcelaine voulait être une fête pour les yeux, juste avant l’extase des papilles.

    La passiflore était à l’honneur.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    En l’occurrence, il s’agissait de l’espèce bleue, qui recevait des botanistes le nom de Passiflora caerulea, parce que chaque fleur était dotée de soixante-douze filaments aux reflets bleu violet.

    Il existait une créature ailée qui s’empressait de faire sien le bonheur des fleurs. Ses ailes étaient de magnifiques œuvres d’art, où se côtoyaient raffinement et faste. Son instinct butineur exprimait le bonheur de la gourmandise. Ce jour-là, son vol fantasque avait des reflets ocre jaune ou bleu outremer.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Bonheur de savourer le nectar de la vie. Bonheur de l’ivresse.

    Bonheur de butiner à sa guise, de choisir l’endroit et le temps. Bonheur de la liberté.

    Bonheur de la légèreté et de l’insouciance.

    Attirés par les effluves délicieux des moules farcies d’ail et de persil, des papillons sont venus batifoler jusque dans l’assiette.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Certains avaient le goût du sésame doré. D’autres, celui du pavot bleu. D’autres encore, celui du fromage gratiné.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un savoir-vivre, qui chérit l’instant présent.

    Après la saison des fleurs, vient celle des fruits.

    Parmi les très nombreux présents comestibles apportés par les anges du Languedoc, il y avait les fruits de l’arbre qui gardait le seuil de leur demeure.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Nutriments gorgés de sucs, de soleil et d’affection, qui étaient indissociables de la figure de l’un des gardiens du temps, rencontrés en décembre dernier.

    Sur les arcades sourcilières de l’homme, fleurit la disponibilité. Dans ses yeux, brille la bonne humeur. Ses pommettes exhibent l’éclosion de l’humour. Sur ses lèvres, s’épanouit le savoir.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Fleurs de l’éthique, et non de la botanique.

    Le bouquet tire son éclat d’une sève spéciale, qui est l’amour du prochain. Étymologiquement, c’est l’amour qui est prodigué à ceux qui sont proches, spatialement et biologiquement, par le cordon ombilical.

    D’aucuns s’adressent à l’homme en l’appelant « Mich’ », parce qu’il se prénomme comme l’archange qui terrasse le Dragon. Le mousse préfère l’autre surnom, qui est « Pépi », et qui a été inventé pour éviter la confusion avec l’autre « Papi » dans l’arbre généalogique. Mais Pépi est aussi le nom d’un pharaon de la VIè dynastie.

    En préférant le surnom « Pépi », le mousse rend hommage à la grandeur de l’homme et de sa contribution à l’histoire. En l’occurrence, sa contribution à l’histoire de celui qui est devenu le capitaine du Zeph est vraiment phénoménale !

    À lui tout seul, le visage de « Pépi » est un magnifique bouquet floral, qui ne se flétrit pas, ni au fil des heures, ni au fil des jours. Parce que le lien intergénérationnel que cultive « Pépi » connaît une floraison qui a lieu quelle que soit la saison.

    Ravi du voyage culinaire préparé par le mousse, « Pépi », l’homme de savoir, de sagesse et de saveur s’est empressé de proposer que la besace du visiteur soit remplie de ce que la récente floraison dans le jardin avait engendré de plus beau, de plus succulent et de plus tonique.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un lien intergénérationnel vivace, prospère et fécond.

    Autre floraison du temps passé, qui s’associe volontiers à celle du temps présent : les hampes fleuries de l’asphodèle. Le capitaine a confié au mousse que c’était l’une des fleurs de prédilection de l’univers maternel. C’était sur l’île d’Αμοργός – ΑΜΟΡΓΟΣ que pour la première fois, le mousse prenait conscience de l’existence de l’espèce florale. À cette époque, l’île venait d’avoir l’auréole que lui conférait « Le Grand Bleu » de Luc Besson.

    Les escales à La Ciotat ont donné lieu à plusieurs visites du ravissant parc du Mugel. Sur les hauteurs du parc, l’asphodèle a établi son fief. L’abondance de ses hampes voluptueuses a rappelé au mousse la leçon de botanique reçue à Αμοργός – ΑΜΟΡΓΟΣ.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le bonheur suscité par la floraison de l’asphodèle était celui d’une initiation à l’art floral, qui associait judicieusement la transmission du savoir et l’amour maternel.

    Le bonheur des fleurs est celui d’un héritage esthétique, affectif et éthique. C’est le bonheur d’une floraison qui unit le présent et le passé.

    Le bonheur des fleurs peut-il aussi concerner les temps futurs ? Comment le savoir et en être certain ?

    La réponse a été fournie au Zeph, lors de son exploration des îles Lavezzi, qui sont célèbres, entre autres, à cause du naufrage d’une frégate française de premier rang.

    À cette occasion, le Zeph a mouillé du côté de la Cala di u Grecu. Il était facilement reconnaissable à son linge multicolore, qui séchait allègrement au vent. En effet, les effluves de la Sardaigne toute proche faisaient que de temps à autre, il se croyait sous le ciel de l’Italie.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le Zeph était encore identifiable par les quatre pavillons qu’il arborait fièrement. Tout en haut, il y avait celui de la Corse, avec une tête masculine noire, sur un fond blanc. Juste au-dessous, c’étaient les couleurs de Lyon, avec trois fleurs de lys dorées sur un fond bleu et le roi des animaux debout sur un fond rouge. Au-dessous encore, il y avait le drapeau offert par le Club Nautique de la Seyne-sur-Mer, qui nous avait beaucoup aidés, surtout pour le ravitaillement en carburant. Enfin, on trouvait le pavillon de la Camargue, avec son triple emblème en traits noirs sur un fond blanc : la croix pour la foi, l’ancre pour l’espérance et le cœur pour l’amour.

    L’histoire des Lavezzi est indissociable du triste sort survenu à une frégate impériale, baptisée « La Sémillante ».

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Partie de Toulon, la Sémillante était en route vers Constantinople pour apporter des renforts aux troupes françaises engagées dans la guerre de Crimée. Le 15 février 1855, elle était rattrapée par une redoutable tempête d’Ouest/Sud-Ouest. Impuissante, elle s’est fracassée sur l’îlot de l’Acciarino, dans l’archipel des Lavezzi.

    Au bruit assourdissant du heurt, s’est ajouté le cri de l’épouvante, qui s’est échappé de plusieurs centaines de bouches horrifiées. Les mâts se sont écroulés. Dans son explosion, la coque a projeté pêle-mêle dans les flots mugissants la cargaison humaine. Certains étaient déjà broyés dans le choc. D’autres, désarticulés, étaient roulés sans ménagement dans les vagues, pour aller s’écraser contre le rocher.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Personne n’a survécu !

    Chaos effroyable, détresse paroxystique, destin monstrueux.

    Sur les lieux du désastre, la marine française a érigé un mémorial en granit, qui avait la forme d’un obélisque. Le Zeph voulait une empreinte de ce monument funéraire dans les souvenirs personnalisés qu’il ramènerait des Lavezzi.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    La tragédie instruit.

    Sur les 773 personnes embarquées à Toulon, 213 étaient restées définitivement prisonnières de la mer. Quant aux 560 corps que celle-ci a bien voulu rendre, dans quel état étaient-ils ? Sauf pour le capitaine et l’aumônier de la frégate, aucun corps retrouvé ne portait des vêtements. L’exhortation à se débarrasser des habits aurait été donnée pour mieux nager et ne pas être entravé dans la lutte contre l’étreinte impitoyable des flots meurtriers, car il s’agissait de préserver les chances de survie, si infimes soient elles.

    L’état de délabrement, de décomposition et de putréfaction causé par un séjour prolongé dans l’enfer marin était tout à fait bouleversant. Les corps étaient méconnaissables, absolument non identifiables. Chaque bloc de pierre équarrie, dont la fonction était de préserver le souvenir d’un amas de débris organiques, était une sépulture du naufragé inconnu. Sur une telle sépulture, rien n’y était gravé. Rien ne pouvait y être gravé.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    C’était très émouvant de voir que ces tombes de l’anonymat étaient fleuries avec autant de grâce par la Nature. Le lis maritime, si splendide par la fraîcheur de son teint, par la douce courbure de sa croissance et par l’affectueuse proximité avec le relief minéral, n’a pas manqué de rappeler ces mots des Écritures grecques :

     

    καταμάθετε τὰ κρίνα τοῦ ἀγροῦ πῶς αὐξάνει οὐ κοπιᾷ οὐδὲ νήθει

    λέγω δὲ ὑμῖν ὅτι οὐδὲ Σολομὼν ἐν πάσῃ τῇ δόξῃ αὐτοῦ περιεβάλετο ὡς ἓν τούτων

    εἰ δὲ τὸν χόρτον τοῦ ἀγροῦ σήμερον ὄντα καὶ αὔριον εἰς κλίβανον βαλλόμενον ὁ θεὸς οὕτως ἀμφιέννυσιν οὐ πολλῷ μᾶλλον ὑμᾶς ὀλιγόπιστοι

    ΚΑΤΑ ΜΑΘΘΑΙΟΝ Κεφ. ϛ '

     

    « Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent,

    Et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux !

    Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! »

    Évangile selon Matthieu, chapitre 6, versets 28 à 30

     

    Le four est le lieu de la destruction par le feu, l’endroit de la réduction en cendres.

    Sur le plan esthétique, les cendres n’ont aucun attrait : leur couleur est grisâtre, leur aspect est terne. Sur le plan éthique, les cendres n’ont aucune valeur : elles se mélangent aisément à la poussière et se confondent avec cette dernière.

    Et malgré ce retour à l’insignifiance, la vie végétale se dote d’instants éclatants dont la splendeur dépasse la créativité de l’homme.

    Le texte grec comporte deux indications temporelles : « aujourd’hui » et « demain ». Autrement dit, le changement funeste peut arriver du jour au lendemain. La signification est double : d’une part, la mise en garde concerne la fragilité du statu quo ; d’autre part, l’avertissement pointe du doigt la soudaineté du changement.

    Le caractère soudain est une forme de brutalité dans l’écoulement du temps. Il s’y ajoute une autre brutalité, qui est dans la modalité, et qui se traduit par l’anéantissement total.

    Dans les faits, la Sémillante a bien été victime de cette double violence.

    D’abord, la violence à travers la soudaineté du naufrage. En effet, la frégate a quitté Toulon le mercredi 14 février 1855 à 11 heures du matin. À ce moment-là, qui aurait pensé que le lendemain, la mer engloutirait tout, corps et biens ?

    Ensuite, la violence du choc contre un haut-fond rocheux, avec une vitesse estimée à 12 nœuds. Dans le rapport du contre-amiral Pierre Rouyer, on peut lire ceci : « La coque de la frégate avait littéralement éclaté comme une coquille de noix écrasée. » Presque un tiers des personnes embarquées n’a jamais été retrouvé. Quant aux corps qui étaient revenus vers le rivage, aucun n’était entier. Tous étaient déchiquetés.

    Dans ce contexte d’impuissance et d’affliction, la floraison du lis sauvage à côté des tombes de l’anonymat contenait un message de la plus haute importance.

     

    Le bonheur des fleurs

     

    Le lis maritime, qui fleurissait avec tant de grâce près des pierres tombales vierges de toute inscription, assurait à tous les naufragés de la Sémillante qu’un jour, ils porteraient de nouveau des habits décents, et même splendides.

    Rhabiller les corps, avec du beau linge. Mais auparavant, il faudra habiller de nouveau les squelettes avec la chair et les muscles. Et bien avant encore, il faudra rassembler les os éparpillés, reconstituer les squelettes pour les ramener à leur intégrité. Rétablir les jointures et les rendre fonctionnelles, comme les coutures qui assemblent des étoffes pour en faire un bel ensemble.

    Ce jour du rétablissement est celui de la grâce qui vient d’en haut.

    La nuit de l’anonymat prendra fin. Cessera la dislocation du corps et de l’identité.

    Y a-t-il un bonheur plus grand que celui de voir le corps des naufragés retrouver leur intégrité et leur vigueur, évoquées par la splendeur du lis de l’espérance et de la consolation ?

    Le bonheur des fleurs est celui de l’évocation d’un cadre naturel agréable et harmonieux. C’est le souvenir de l’Éden.

    Le bonheur des fleurs est celui d’une nostalgie. Nostalgie d’un paradis où foisonnaient des espèces florales sublimes.

    Nostalgie d’un lieu et d’une époque où les conditions de vie étaient sans flétrissure pour la relation à autrui ou pour la jouissance de son propre corps. Nostalgie de l’Éden perdu.

    La floraison du lis sauvage dans les cimetières des Lavezzi, elle, porte la glorieuse promesse que cet Éden sera retrouvé.


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  • ...avant le prochain départ !

    Parce que...

     

    Pour patienter encore...

    ... On va bientôt repartir pour le Sud !

    En attendant, le mousse se dégourdit les jambes quelque part au dessus de LYON... Y s'est trouvé un pote de jeu à 4 pattes qui ne nous a pas quitté de toute la rando !

    Même que, comme vous pouvez le constater, ...

    - EEEEEEHHHH !

    - Oui ?

    - Je crois bien, sans vouloir te faire une quelconque remontrance, que tu es en train de te répéter...

    - Ah bon ?... Euh, t'es sur ? Parce qu'il ne me reste pas beaucoup de photos pour continuer, moi ! Et que tu m'connais, hein ? Quand je commence un truc, difficile de me faire arrêter !

    Bon.

    Alors ?

     

    Pour patienter encore...

    Ben là, avec un drone, j'me suis baladé au dessus de DOUARNENEZ... C'était sympa !

    - Je te fais remarquer humblement qu'à DOUARNENEZ, il y a un pont qui enjambe le port !...

    - Pfff ! Tu m'casses tout mes effets !

     

    Pour patienter encore...

    Et là, c'est un super joli coin à la pointe du Millier. 

     

    Pour patienter encore...

    Ça déferle alors que la mer est plate ! Encore un truc de ces satanés druides !

    Bon. J'ai oublié de dire qu'avant de pouvoir mettre les bouts, j'ai quand même quelques travaux à faire sur la barque ! J'ai un grand hublot zénithal qui laisse passer un peu d'eau.

    - Y s'décolle quoi !

    Et puis y'a l'antifouling et quelques trucs sur la quille parce que y'a de la rouille qui pointe. Et puis y'a les ampoules des différentes lumières d'intérieurs que je remplacerais bien par de la led, histoire de moins consommer. Et puis j'ai le bois du teck à rerererere-protéger, et des points de couture sur les voiles à renforcer, et puis j'ai des marques de peinture à faire sur les derniers mètres de la chaine d'ancre, parce que c'est pas facile, avec la télécommande du guindeau, quand t'es tout à l'arrière, de savoir si l'ancre est proche de son davier ou non... Histoire de ne pas tout exploser si je la remonte trop vite !

    - C'est technique, hein ?

    Et puis j'ai le feu de hune à réparer, ainsi que la jauge à eau qui ne me dit plus rien quand aux réserves d'eau qu'il me reste. Pratique pour savoir si t'as assez d'eau pour te prendre une douche, hein ?

    - Bon. Lui, y s'en fou, Y s'lave qu'une fois par quinzaine. Et encore, seulement si les voisins se plaignent !!!

    Et puis, j'ai un petit suintement sur un robinet

    - Celui de la cuisine ! Pfff... Faut tout leur expliquer, sinon, y z'ont de drôles d'idées...

    Et puis y'a aussi la marche arrière (la marche en bois !) qui est à refixer, et puis... Bon. J'arrête. Ça va finir par me démoraliser !

    Ah, et puis...  Si tu pouvais fermer ta g...ueule !

     

    Pour patienter encore...

    N'empêche que c'est beau, hein ? Les vagues en moins, et les marées aussi, (et les bretons ?), ce p'tit coin mériterait bien de se retrouver en Méditerranée !

     

    Pour patienter encore...

    Ah oui... J'vous ai pas dit... J'vous emmène au bout du museau de la France. La pointe du rat, ça s’appelle ! Oui, du raz. Bon. On est pas à une lettre près, non ?

     

    Pour patienter encore...

    La côte est encore une fois bien belle. Faut un peu crapahuter mais ça vaut le coup !

     

    Pour patienter encore...

    Faut un peu crapahuter, mais ça vaut le coup !

    - Tu l'as déjà dit...

     

    Pour patienter encore...

    Bon. Ben c'était bien beau...

     

    Pour patienter encore...

    Alors là, on est au mouillage du brother parce que on voit sa barque qui fait prout prout un peu trop près de sa voisine. Ben oui, c'est celle en plein milieu. Il a fallu que j'me mette plein de gadoue pour interrompre l'idylle ! 

    - De quoi tu te mêles ? Hein ?

     

    Pour patienter encore...

    Pour patienter encore...

    Et là, c'est un bateau qui navigue à la campagne !

     

    Pour patienter encore...

    Pour patienter encore...

    Et là, mon avis ? C'est un mec qui fait de la contrebande ! Parce qu'y faut oser pour s'aventurer dans les parages de la barre d'Etel !

    J'pense qu'il s'entraîne, avec le prochain brexit, pour amener aux tontons british des galettes au beurre ou du kwouinamane !

     

    Bah ! C'est malin ça ! Avec tout ça, je n'ai plus de photos moi ! J'fais comment main'nant, hein ? Va falloir qu'ils patientent encore plus !


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  • ... avant le prochain départ !

    Parce que...

     

    Pour patienter ...

    ...On va bientôt repartir pour le Sud !

    En attendant, le mousse se dégourdit les jambes quelque part au dessus de LYON... Y s'est trouvé un pote de jeu à 4 pattes qui ne nous a pas quitté de toute la rando !

     

    Pour patienter ...

    Même que, comme vous pouvez le constater, y'avait un peu de neige que même que j'ai pas pu monter plus haut avec ma voiture et ses pneus quasi lisses !

     

    Pour patienter ...

    Voilà...

    Bon. On va donc surement aller vers le Sud de l'ITALIE et la SICILE, et pourquoi pas, peut être aussi qu'on tirera jusqu'en GRÈCE histoire de voir si la retsina est toujours aussi bonne !

     

    Pour patienter ...

    En attendant, c'est comme un petit air de Mékong...

     

    Pour patienter ...

    Qu'on dirait vraiment qu'on a migré par là-bas !

    Mais en fait, c'est juste quelques chalutiers à fond plat dans l'estuaire de la Sèvre Niortaise...

     

    Pour patienter ...

    Ça sera aussi l'occasion de regarder si on ne trouve pas un port un peu secure pour y laisser la barque quelques mois, histoire de raccourcir les temps de trajet pour gagner notre zone de nav favorite...

    Ah oui... La photo du dessus, ça ne ressemble pas vraiment à une plage de la Med... : C'est grand, c'est sauvage, y'a personne et ça ne sent pas la crème à bronzer...

     

    Pour patienter ...

    Mais alors, ça sent quand même vachement la vase... Faut dire qu'y en a partout au fond de l'eau... Comme en Med surement... Sauf que dans la Grande Bleue, la vase ? On ne la voit que quand on remonte l'ancre de certaines baies ! Alors ça sent moins ...

     

    Pour patienter ...

    Alors qu'ici, on peut même y trouver des bateaux qui s'y plantent dedans ! Mais c'est quoi ce pays où les barques se vautrent dans la fange avec délice ???

     

    Pour patienter ...

    Et pour les mauvaises langues qui diraient que, encore une fois, le cap' du ZEF se délecte des bretons... Ben c'est raté ! On n'est pas en Bretagne... On est en Vendée ! Ah ! Bon... Bien sur, dans les faits, ça change rien... Que même que la vase est toujours aussi... Euh... Nauséabonde ?...

     

    Pour patienter ...

    N'empêche que la Vendée sait nous régaler les yeux. Non ? Là, on est à la pointe de TREVIGNON.

     

    Pour patienter ...

    - Oui ?

    - psss psss psss (mots chuchotés à l'oreille)

    - Ah bon ?

    On est en train de me souffler qu'on a quitté la Vendée depuis qu'on a franchi le pont de SAINT-NAZAIRE !... Et... Je ne voudrais pas gâcher vot' plaisir... Mais on est à nouveau en Bretagne ! Y parait que la Vendée, c'est tout plat, sans échancrure et que la seule échancrure, ben elle commence en Bretagne ! Y parait même qu'en Vendée, la mer à la couleur de la vase alors qu'en Bretagne, c'est la vase qui a la couleur de la mer ! On sait jamais trop quoi penser !

     

    Pour patienter ...

    N'empêche que c'est quand même vachement beau, les échancrures...

     

    Pour patienter ...

    Hein ?

     

    Pour patienter ...

    Ah Ah ! Hein ? On fait moins les malins, là !

     

    Pour patienter ...

    Bon. Bien sûr, à côté des paysages du Sud de l'ITALIE, ça n'a rien à voir... Là-bas, y'a d'la couleur, l'eau des ports s'irise d'un arc en ciel (grâce à toutes les huiles de vidange qui y flottent),  ça fleur bon la campagne et les gens ont ce petit air chantant qui nait d'un trop plein de soleil !...

    - T'es sur que ça va pas les fâcher toutes ces remarques acerbes ?

    - Ben... Bon... Quand même ! Y sont au dessus de ça, les bretons, non ? C'est du second degré quoi ! Y savent compter jusqu'à 2 ? Oui ? Alors tout va bien !


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  • Il était dans la fleur de l’âge. Il s’y connaissait en navigation, car c’était un navigateur expérimenté. Il voulait rentrer chez lui par la mer. Mais Ποσειδῶν – ΠΟΣΕΙΔΩΝ l’en a empêché.

    Non, ce n’était pas Ulysse. Il s’appelait John et faisait partie des sujets de Sa Majesté. Son bateau de 65 pieds avait deux couleurs de prédilection : le noir et le rouge.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Ποσειδῶν – ΠΟΣΕΙΔΩΝ s’est mis à faire une mauvaise plaisanterie. Perdant l’équilibre, le marin a été projeté à la mer, dans une eau dont la température ne dépassait pas les neuf degrés.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    L’accident a eu lieu dans l’Océan Austral, il y a bientôt un an. C’était un lundi, comme aujourd’hui ! Vers 13h (UTC), une vague scélérate a provoqué un empannage intempestif. Dans son mouvement de balancier, la grand-voile a assommé le marin, qui a perdu connaissance avant d’être projeté dans la mer.

    Le barreur a tout de suite déclenché la procédure « Man OverBoard » (homme par-dessus bord), qui consistait, entre autres, à enregistrer, grâce au GPS, les coordonnées du bateau au moment de l’accident. Pour cela, il fallait appuyer sur un bouton d’alarme, de couleur rouge, pendant quatre secondes.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Concernant l’efficacité de ce réflexe du barreur, on peut lire dans un rapport ceci :

    « The helmsman hit the red man-overboard button at the wheel, which records the boat’s GPS location. But in those frantic moments, the button was not depressed for the compulsory four seconds it takes to record the spot. »

    Le barreur a appuyé sur le bouton rouge ‘homme à la mer’, près de la barre à roue. Ce bouton enregistre la position GPS du bateau. Mais dans ces moments frénétiques, le bouton n'était pas enfoncé pendant les quatre secondes obligatoires pour enregistrer particulièrement l’endroit.

    Formidable pirouette linguistique pour exprimer l’embarras !

     

    Le défi de l'équilibre

     

    La presse transalpine est plus directe et plus explicite. Elle met les pieds dans le plat en titrant : « Quattro dannati secondi per morire ».

    Quatre secondes damnées, pour mourir !

    Dans la langue de Molière, quand un candidat entend la consigne : « Vous avez une heure pour cette épreuve », il sait qu’il dispose de soixante minutes pour réaliser son travail, et qu’une fois ce temps écoulé, il lui est interdit d’ajouter quoi que ce soit, d’apporter des corrections, de faire des retouches...

    La formulation « Quattro dannati secondi per morire » signifie-t-elle que John est autorisé à mourir tant que les quatre secondes ne sont pas écoulées, et qu’après, il a l’interdiction de mourir ?

    En quelque sorte, à condition que le barreur appuie comme il faut sur le bouton rouge du dispositif MOB.

    La formulation dans la langue de Dante laisse à penser que l’acteur principal est la personne qui est dans l’eau. Mais dans les faits, l’acteur principal est le guetteur qui a la responsabilité de donner l’alerte.

    L’effet de style est dans le renversement des rôles.

    La formulation déstabilise encore en nommant expressément la mort, comme si celle-ci était un but.

    Troisième singularité : les quatre secondes, qui auraient pu être une durée salvatrice, sont qualifiées de « damnées », comme si elles étaient condamnées à échouer. En effet, elles ont avorté.

    Pourquoi nos cousins transalpins n’ont-ils pas écrit : « Quatre secondes salutaires pour construire l’espoir de rester en vie » ? Formulation plus optimiste certes, mais qui est absolument fidèle à l’esprit du dispositif « Man-OverBoard ».

    Nos cousins transalpins ont pratiqué l’humour noir pour railler le caractère implacable du fatum.

    La pression sur le bouton rouge MOB (Man-OverBoard) n’a pas été suffisante pour vaincre la résistance de ce bouton pendant quatre secondes d’affilée. Ce déséquilibre des forces rendait la localisation imprécise et compromettait les recherches pour récupérer le corps de John.

    Après la perte d’équilibre provoquée par la grand-voile, John a été victime d’autres déséquilibres qui ont considérablement amoindri ses chances de survie.

    Le bateau de John participait, avec six autres concurrents, à une course autour du monde, qui s’étire sur huit mois et 45000 milles nautiques entre Alicante et La Haye.

    Au moment de l’accident, les bateaux concurrents se trouvaient à 200 milles à l’avant, sous le vent, pour filer sur le Cap Horn. Leur faire faire demi-tour dans des conditions météo extrêmes, pour aider à retrouver le corps de John, c’était exposer ces équipages à un péril mortel. La direction de la course a donc renoncé à appliquer cette « solution ». Déséquilibre entre l’espérance de vie de celui qui était déjà à l’eau, et l’espérance de vie de ceux qui voulaient vivre et espéraient remporter la victoire finale.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Pour le tracé de la route du Vendée Globe, l’aviation civile de l’Australie recommandait aux organisateurs de ne pas s’éloigner des côtes de plus de 1200 milles nautiques, pour que les éventuels secours puissent être menés à bien. Or, l’accident de John a eu lieu à 1400 milles nautiques du Cap Horn. Déséquilibre entre la distance souhaitée par les secouristes et la distance de la malchance.

    Le mot français « équilibre » provient du latin impérial « æquilibrium », qui signifie l’exactitude de la balance. Le terme latin est lui-même construit à partir de deux racines : « aequus », qui se réfère à l’égalité, et « libra », qui désigne la balance.

    Le skipper, qui était en charge de l’équipage, a écrit une oraison funèbre, dont voici le texte :

    Scallywags never give up !

     

    When you’re feeling the pain

    And you’re sick of the game

    But you’re young and you’re brave and you’re bright

    You pick yourself up and dust yourself down

    Cos it’s the carrying on that’s hard.

     

    Scallywags never give up ! !

     

    Our delivery crew have arrived and we are now in a race against the clock to make the start in Brazil for the next leg. We are all hurt but we are not out ! !

     

    Scallywags never give up ! !

     

    We will make the start we will look after each other we will finish the race and do the best job we can for all Scallywags in John’s memory and honor.

     

    On behalf of all the team I would like to thank all our supporters for all the messages of support it has helped us enormously in this difficult time.

     

    La volonté de ne pas sombrer dans l’abattement et le défaitisme est exprimée par le refrain : « Scallywags never give up ! ! », qui apparaît à trois reprises.

    Scallywag était le nom du bateau de John.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Mais dans le texte, ce mot figurait au pluriel et non au singulier. Le skipper ne parlait donc pas du bateau, mais des personnes qui s’y trouvaient.

    Oui, ces êtres humains n’abdiqueraient pas. Et le bateau endeuillé reprendrait la course.

    « Les Scallywags n’abandonnent jamais ! »

    Mais le ton était tellement tragique et l’auto-persuasion, si poignante, qu’ils cachaient mal le désespoir.

    L’avant-dernière strophe est consacrée aux résolutions. Vient en tête, la résolution de se remettre à la tâche, d’être de nouveau sur la ligne de départ. : « We will make the start ». Mais commencer ne suffit pas, il faut mener à bien le projet, c’est-à-dire être présents à la ligne d’arrivée, dans de bonnes conditions, et avec un excellent classement. D’où la résolution : « We will finish the race ». Quelle cohérence ! Cohérence qui tient compte désormais de la leçon du deuil, puisqu’entre le vœu pour un vigoureux départ et la volonté de s’emparer du trophée de la course, s’est glissée une résolution, qui est plus d’ordre éthique que technique : « We will look after each other ». Le skipper va donc veiller à ce que les marins survivants prennent soin les uns des autres. Littéralement, c’est la fonction visuelle qui est pointée du doigt avec le verbe « to look ». Autrement dit, ceux qui n’ont pas perdu l’équilibre au moment de l’empannage devraient désormais avoir un regard plus attentif sur leurs coéquipiers.

    Certes, chaque marin doit se montrer vigilant et être responsable de lui-même. Mais le vœu du skipper fait allusion à une forme de sollicitude mutuelle, de vigilance collective. Sans doute parce qu’un autre marin aurait pu voir le basculement du palan d’écoute, et crier à temps pour l’étourdi s’éloigne de la trajectoire de la catastrophe.

    L’œil vigilant et efficace concerne surtout le barreur, dans sa responsabilité avec le bouton rouge du système MOB.

    Cette résolution au sujet du regard collectif qui apporte une protection mutuelle, fait la transition entre le prochain départ et l’arrivée finale en exprimant le remords du chef de l’équipage.

    Résolution pour une prévention et un sauvetage grâce aux yeux.

    En effet, une déficience visuelle a eu lieu, car les survivants de l’équipage avaient beau scruter pendant des heures et des heures, avec leurs yeux écarquillés où se mêlaient espoir et inquiétude, le lieu présumé de l’accident, ni le corps de l’infortuné, ni la perche auto-gonflable (JON Buoy), ni la bouée en forme de fer à cheval ne se sont présentés au regard des coéquipiers, qui ont dû repartir bredouilles.

    Il y a eu aussi un obstacle visuel à la transmission des ondes, car l’antenne AIS, juchée au sommet d’un mât haut de 100 pieds, a été mise hors service par le mauvais temps, panne qui était survenue une semaine avant la chute de John.

    L’issue fatale de la perte d’équilibre de John a bouleversé de nombreux marins sur les bateaux concurrents.

    Parmi ceux-ci, il y avait un bateau bleu, qui battait pavillon portugais. Il militait pour des mers et des océans propres, débarrassés de la pollution par le plastique.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Le skipper, qui était une femme, a déclaré que « beaucoup de larmes avaient été versées pour un marin doué, qui faisait ce qu'il aimait ».

    Sur un autre bateau, bleu lui aussi, mais qui portait les couleurs des États-Unis, un navigateur n’a pas caché sa peine.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    L’homme a dit : « Après la nouvelle dévastatrice, nous faisions la course en direction du Cap Horn avec des cœurs affligés »

    Il y avait un bateau jaune, qui arborait un pavillon néerlandais.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Un des trimmer à bord a même déclaré : « La course est secondaire à ce stade. » Ce marin disait-il que face à la balance de l’éthique, entre le palmarès et la vie, l’inéluctable déséquilibre ne devrait pas être en faveur de la performance sportive ?

    Un autre bateau néerlandais, qui aimait le bleu et le pourpre, a aussi tenu des propos compatissants.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Il a envoyé au bateau endeuillé le message suivant : « Nous nous sentons dévastés pour les marins du Scallywag, nous leur souhaitons de la force et un bon voyage vers la côte. »

    Enfin, un bateau affectionnait particulièrement la couleur rouge. C’était celui qui défendait l’honneur de la Chine.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    À la manière asiatique, c’est-à-dire par la discrétion, un hommage a été rendu à John en lui consacrant un moment de silence à bord.

    Dans le cas du Zeph, la question de l’équilibre, ou plutôt du déséquilibre, s’est posée de façon effrayante sur le chemin du retour du premier voyage à Rome. Pour la première fois, le Zeph a foncé droit vers la mort. En cette fin d’après-midi, un crash en mille morceaux contre l’impassible falaise semblait être le seul aboutissement proposé par le destin, à moins que celui-ci ne décide, à la dernière minute, de témoigner sa clémence.

    Donc, en ce jeudi 23 juillet, le Zeph allait tranquillement de l’île Giglio vers la presqu’île d’Argentario, pendant qu’une belle lumière rasante lui caressait le flanc gauche. Soudain, le vent s’est mis à forcir. En un rien de temps, les éléments se sont déchaînés. Le mugissement des vagues, le hurlement du vent, l’explosion de l’écume à tribord, à bâbord, à la proue, à la poupe faisaient que le Zeph était comme plongé dans un chaudron de l’enfer. Cruel accès de fureur de Ποσειδῶν – ΠΟΣΕΙΔΩΝ : malgré le savoir-faire du capitaine, le Zeph était poussé contre le rivage, perpendiculairement à la ligne qui séparait l’eau et la terre, face à des falaises prêtes à encaisser le choc frontal.

    Terrible face à face, qui ne donnait à voir qu’une seule issue, la plus funeste qui soit !

    Le Zeph avait son museau relevé, mais il commençait à perdre tout espoir.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Au milieu de ce climat d’épouvante, le terrible Ποσειδῶν – ΠΟΣΕΙΔΩΝ a cru bon de rajouter une deuxième plaisanterie : la grand-voile, malmenée sans arrêt, brutalisée à l’excès, en avait assez d’être liée au Zeph, et voudrait reprendre sa liberté, totale et entière. Tout de suite, le capitaine a cherché à stopper l’élan de liberté de la grand-voile. Comment ? En faisant le grand écart entre la bôme et la bordure droite du pont, au-dessus d’une mer en furie, au milieu d’un vent endiablé !

    Têtue dans son désir de liberté, la grand-voile a repoussé les sollicitations du capitaine, soumis au balancement de la bôme, toujours au-dessus des flots qui hurlaient leur instinct meurtrier et leur impatience grandissante.

    Défi de l’équilibre ou geste de folie ?

    Double drame : une chute bientôt, et un crash peu de temps après !

    Alors le mousse, sur un ton qui était à la fois celui de l’injonction et celui de la supplication, a dit au capitaine qu’il valait mieux une grand-voile disparue qu’un homme à la mer. Injonction, parce que c’était ce que commandaient la lucidité et le bon sens. Supplication, pour que la sagesse puisse venir à bout d’un entêtement funeste.

    L’on peut se rendre compte de l’horreur d’une bataille de deux manières : en assistant en direct aux événements, ou en regardant le spectacle de désolation qui s’offre après la bataille.

    De toute évidence, la sécurité n’a pas permis d’avoir l’enregistrement sur pellicule des instants où le Zeph se préparait à être projeté contre la falaise. La seule préoccupation dans ces moments-là était le degré de résistance de l’homme et du matériel. Jusqu’à quand les muscles et les nerfs du capitaine tiendraient-ils ? La fureur de Ποσειδῶν – ΠΟΣΕΙΔΩΝ finirait-elle par provoquer de graves avaries  ?

    Par miracle, alors que la mort semblait si proche et presque certaine, le Zeph a pu s’extraire de la tourmente. Malgré ses muscles tétanisés, le capitaine a pris mille précautions pour amarrer le Zeph au quai de la survie.

    De mémoire de Zeph, jamais il n’a été sécurisé avec autant de brides : à lui seul, il a pris possession de trois bittes d’amarrage et de deux anneaux !

     

    Le défi de l'équilibre

     

    C’était le quai de la Guardia Costiera du port de Santo Stefano. Il n’y avait ni eau ni électricité. Mais ce soir-là, on ne réclamait pas le confort. On se satisfaisait du répit et on se félicitait de la disparition de l’angoisse.

    Les dispositions prises par le capitaine pour sécuriser le Zeph n’étaient nullement excessives. Elles traduisaient tout simplement l’épouvante qui nous avait étreints férocement avant l’accès à ce quai de la délivrance. C’était en quelque sorte le champ de bataille, juste après la fin des hostilités.

    Même si le deuil a été évité de justesse, la mémoire en garde quand même une empreinte douloureuse et peut-être indélébile. La nécessité de comprendre et aussi d’exorciser nous a immanquablement conduits sur les lieux qui avaient failli être le cimetière du Zeph. Pèlerinage donc, avec une intense mobilisation des repères visuels enregistrés pendant la tourmente sur l’eau. Nous avons de nouveau longé la côte de la presqu’île d’Argentario, dans le même sens que celui que nous avions emprunté quand nous venions de Giglio. Il s’agissait la partie Sud-Ouest du littoral. Mais maintenant, c’était par voie de terre que nous l’auscultions. La vision, éclairée par la réflexion, venait à présent compléter la vision acquise jadis dans l’épuisement et la peur. Une photo a marqué l’emplacement très probable des falaises qui avaient dévisagé le Zeph et attendu son crash.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Nous étions vers la Cala Moresca, avec la petite île au large.

    Cette même année, le Zeph a accueilli à son bord un futur lycéen, qui se prénommait Jules. Le jeune homme était très observateur, se posait des questions absolument pertinentes, et possédait des trésors de diplomatie. Jules était accompagné de son correspondant Diego, qui avait fait le voyage depuis l’Amérique latine. Il y avait donc beaucoup, beaucoup de monde à bord du Zeph. Et malgré l’afflux des invités et la circulation incessante, le mousse continuait à déplier et à replier son trépied, souvent maladroitement. Jules a remarqué que le mousse ne se préoccupait pas du tout des manœuvres à bord.

     

    Le défi de l'équilibre

     

    Et il a eu raison de remarquer ce retrait par rapport à l’agitation, ce qui a fait naître en lui cette interrogation : « Mais à quoi sert le mousse sur ce bateau ? » La franchise de Jules l’a poussé à poser la question au mousse. Et Jules, qui était si charmant et absolument charmeur avec son sourire frisé, a su choisir les mots et le ton pour s’adresser au mousse. Celui-ci, qui était plutôt préoccupé par les fréquents déséquilibres de son trépied, a répondu que son rôle était surtout dans l’énonciation de ce qui devrait être prioritaire dans les situations de crise.

    Et sur la route entre Giglio et la presqu’île d’Argentario, ce qui était prioritaire, c’était la vie humaine, et non l’équipement technique, si coûteux qu’il soit.

    Le vrai cap d’une navigation n’est pas celui qui apparaît sur l’écran d’un boîtier électronique, mais celui qui est indiqué par la flèche de la balance de l’éthique.

    La mer océane, domaine de l’instabilité par excellence, est inséparable de ses déséquilibres, qu’elle impose au marin. Celui-ci n’a pas les compétences pour les redresser. Tout au plus, il peut s’y adapter, avec sagacité, pour en pâtir le moins possible.

    Face aux éléments, l’équilibre est une illusion, le déséquilibre est une réalité. Quand la nature se déchaîne, le seul défi autorisé par le pragmatisme est celui du déséquilibre. Autrement dit, dans ces moments critiques, la conscience humaine est obligée de voir clair en elle-même pour définir la priorité, qui n’est jamais plurielle.

    L’écartèlement du corps au-dessus des flots a eu lieu pour éviter à la conscience d’affronter le choix douloureux entre la voile et la vie.

    Le défi ne consistait pas à tenir d’une main, la voile, et de l’autre main, la vie.

    Le défi était de désigner quelle chose il fallait lâcher pour pouvoir tenir l’autre chose avec la force des deux mains.

    Le défi était celui du choix, non pas esquivé, mais assumé.

    Le véritable défi, en mer comme sur la terre ferme, n’est pas celui de l’équilibre, mais du déséquilibre.


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