• Les auteurs de l'athlète au strigile

    Le strigile est un instrument de toilette à la forme incurvée, que les Anciens utilisaient pour racler la peau et la débarrasser ainsi de ses impuretés.

    L’athlète au strigile a été retrouvé dans les eaux de Lošinj, là où l’Aventy a choisi de faire ses adieux à l’archipel des Kornati.

    Il est bien connu que les conclusions de l’Aventy sont toujours à rebondissement. Là où prend fin le discours iconographique de l’Aventy, commence une nouvelle histoire, comme si un sillage en cachait toujours un autre.

    L’athlète au strigile est une acquisition toute récente de l’archéologie. C’est une statue en bronze qui a été retrouvée dans les eaux croates à la fin du siècle dernier, et qui n’a été offerte au regard du grand public que depuis une douzaine d’années.

    À part le fait d’avoir été sauvé des eaux, y a-t-il autre chose qui fait de l’athlète au strigile une découverte extraordinaire ?

    D’abord, il y a l’état de conservation, qui est exceptionnel. Malgré quelques vingt-trois siècles d’exposition à la corrosion au fond de la mer, l’œuvre a résisté aux outrages du temps. Il ne manque que l’auriculaire de la main gauche.

    Mais ce qui confère véritablement à cette statue de bronze sa singularité, ce n’est pas son sort chanceux dans le giron de l’Adriatique, mais sa façon d’être, de se tenir et d’apparaître, telle que l’avait conçue et réalisée le sculpteur.

    Morphologiquement, déjà. La tête ne fait plus un septième de la hauteur de tout le corps, comme pour les statues de la génération précédente, mais seulement un huitième. D’où une silhouette plus élancée. A-t-on le droit de présenter des athlètes au corps élancé ?

     

    Les auteurs de l'athlète au strigile

     

    Maintenant, la gestuelle. Le corps est surpris dans un mouvement de torsion. Le mouvement des épaules est dans le sens inverse de celui des hanches. D’où un déhanchement très audacieux.

    La chevelure ne reflète plus le souci de l’ordre. Les cheveux ne sont plus plaqués sur la boîte crânienne, mais respirent un brin de fantaisie, et sont comme soulevés par une légère brise.

     

    Les auteurs de l'athlète au strigile

     

    Manifestement, l’on se trouve en présence d’un esprit novateur dans le monde de la sculpture antique. Le nouveau génie se nomme Lysippe. Il a travaillé à plusieurs reprises pour Alexandre le Grand.

    Avant Lysippe, il y avait Polyclète, qui prescrivait que la tête devait faire un septième du corps.

     

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    Les athlètes de Polyclète exhibaient leur musculature, ceux de Lysippe montraient leur souplesse. Les corps sculptés par Polyclète impressionnaient par la force qu’ils dégageaient, les corps bâtis par Lysippe attiraient par leur expressivité et leur coquetterie. On peut rester immobile pour contempler une œuvre de Polyclète, mais on est toujours invité à bouger et à accompagner le déhanchement de l’athlète pour comprendre une œuvre de Lysippe.

    Les silhouettes créées par Polyclète imposent. Celles modelées par Lysippe séduisent.

    Quel itinéraire l’Aventy a suivi pour parvenir sur les lieux de la découverte de l’athlète au strigile ? D’abord, il y a eu la traversée de l'Adriatique entre la presqu'île du Gargano et Korčula, puis la remontée au milieu de l’archipel des Kornati, et finalement une traversée dans l'autre sens, jusqu’à Ravenne. Départ de la côte occidentale de l’Adriatique, cap au Nord-Est pour atteindre la côte orientale, puis cap au Nord pour longer la côte orientale, et cap au Nord -Ouest pour retrouver la côte occidentale. En suivant le sillage de Denys l’Ancien, l’itinéraire de l’Aventy a fait un déhanchement à la manière de Lysippe, sans le savoir. Et dans quelle direction a eu lieu ce déhanchement ? Dans la direction de Delphes !

    Le Zeph a-t-il fait aussi des déhanchements à la manière de Lysippe ? À la sortie du Canal de Corinthe, il a pris ses quartiers à Κιάτο – ΚΙΑΤΟ, sur la rive méridionale du Golfe de Corinthe. Puis le Zeph a traversé le Golfe pour se nicher à Αντίκυρα – ΑΝΤΙΚΥΡΑ, puis à Ιτέα – ΙΤΕΑ, sur la rive septentrionale. Pendant un court laps de temps, l’indisponibilité de Ναύπακτος – ΝΑΥΠΑΚΤΟΣ a fait éclore l’idée d’aller à Πάτρα – ΠΑΤΡΑ et de rejoindre à nouveau la rive méridionale après le fameux pont d’ΑντίρριοΑΝΤΙΡΡΙΟ. C’est l’attente de Freja qui a fait que le Zeph a abandonné Πάτρα – ΠΑΤΡΑ au profit de Μισολόγγι – ΜΙΣΟΛΟΓΓΙ, qui est sur la rive septentrionale. Ainsi le Zeph a aussi esquissé un déhanchement, sans le mener jusqu’au bout. Même inachevé, le déhanchement du Zeph dans le Golfe de Corinthe avait lieu clairement en direction de Delphes.

    Même portée symbolique pour les deux déhanchements, bien qu’ils aient eu lieu dans deux contextes spatio-temporels différents et indépendants. Étrange coïncidence ! Encore une !

     

    Les auteurs de l'athlète au strigile

     

    Il existe maints autres endroits pour dire au revoir à la Croatie. Mais l’Aventy a choisi d’imprimer une torsion à son itinéraire là où les eaux croates ont rendu aux terriens une œuvre magnifique, qui montre fièrement la torsion osée par Lysippe.

    Sans le geste inspiré de l’Aventy, le jardin des antiquités du Zeph se serait privé pendant longtemps de la silhouette de l’athlète au strigile. Lysippe, en personne ou à travers ses disciples, est l’auteur de cette statue de bronze. L’Aventy est l’auteur de l’apparition de cette œuvre dans l’imaginaire artistique du Zeph.


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