• Le plaisir du farniente

    Plaisir de ne rien faire, de ne plus rien faire, de n’avoir plus rien à faire.

    Ne plus avoir à se lever tôt pour se présenter à l’heure au travail.

    Ne plus craindre les bouchons sur la route ou les grèves des transports.

    Ne plus subir de pression d’aucune sorte, ni administrative, ni commerciale.

    Ne plus être le serviteur de personne, même pour se nourrir.

    Ne plus avoir à acheter !

    Ne plus avoir à subir ni pression, ni oppression.

    Vivre de l’énergie du soleil.

    Se nourrir d’équité.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Ne pas avoir à compter les jours qui séparent d’avec la destination finale. Ne pas avoir de destination finale.

    Ne pas se presser, ne plus se presser, ne plus s’agiter.

    Ne plus s’inquiéter, ne plus s’angoisser.

    Ne plus courir le long des filières, ni de la poupe à la proue, ni de la proue à la poupe, pour déplacer et repositionner les défenses, car tout était déjà mis, tout était déjà en place.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Ne rien faire, même plus tenir la barre, ni contrôler le cap. Seulement regarder l’horizon, toujours le même horizon, avec le même clapotis des vagues, et encore le même clapotis des vagues.

    Ne rien faire, non par insouciance, mais par confiance. Confiance toute naturelle et justifiée dans le talent et la sagesse du Zeph.

    Voyage immobile, ne plus bouger. Plus du tout de winch à solliciter, de bôme à surveiller, de VHF à guetter, de pare-battage à contrôler, d’amarres à nouer ou dénouer, de barre à tenir ou à tourner.

    L’immobilité après la mobilité. L’immobilité en aval. Qu’avait-t-elle de plus, cette immobilité en aval, par rapport à celle qui aurait pu se trouver en amont ?

    Ne plus être sur le qui-vive, sous la pression, dans l’inquiétude.

    Ne plus rien faire, sauf blaguer avec les Belges à La Ciotat, malgré la défaite de la Belgique en demi-finale la veille.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Rendre le langage complice de la soudaine légèreté de l’existence.

    Ne rien faire, sauf cultiver son jardin, biologique ou symbolique.

    Se prélasser avec le temps qui faisait pousser à bord le basilic, la menthe et le romarin.

    Temps parfumé, qui ne connaissait ni la hâte, ni l’impatience.

    Se faire l’ami des minutes qui s’arrêtaient pour rehausser l’éclat des fleurs destinées à être la parure du giron convivial.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Jardin de la nature et jardin de l’art, deux manières de retrouver le cordon ombilical avec l’Éden.

    Le plaisir du farniente était une réminiscence de la quiétude édénique.

    Qu’en était-il du jardin de l’esprit ?

    S’instruire ? Pas nécessairement.

    Lire ? Peut-être !

    S’évader ? Très certainement, les yeux mi-clos, dans la fraîcheur de l’ombre.

    Pour assurer la sérénité de l’évasion et la plénitude du plaisir du farniente, il fallait se préserver des intrusions et construire un abri, à l’antique, avec des étoffes qui volaient dans la brise du Porto Maurizio di Imperia.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Ne rien faire, non par dégoût, ni par dépit, ni par bouderie. Mais par appréciation, par jouissance, par sagesse.

    Appréciation de la tranquillité, jouissance du repos, sagesse d’un retour à l’essentiel.

    Ne rien faire, au profit du silence.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Errance solitaire au pays des cierges et de l’encens.

    Plaisir du recueillement, qui flirtait avec celui de l’assoupissement.

    Ne rien faire, sauf s’alanguir dans les bras de Morphée, sans complexe, en toute liberté.

    Ne rien faire et se laisser bercer par les flots colorés de la Sérénissime.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Se laisser bercer par le temps de l’Histoire, par l’enchantement hérité d’un passé glorieux.

    Suivre les oscillations, avec docilité, sans brusquerie.

    Ne rien faire, sur l’embarcadère du retour. Attendre le ferry. Tarderait-t-il ? Cela n’avait aucune espèce d’importance.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Le temps semblait dissout dans les vapeurs sulfurisées de Vulcano.

    La mélancolie du crépuscule rendait le farniente irrésistible.

    Ne plus avoir de compte à rendre ni à la montre, ni à la poinçonneuse, ni à l’agenda.

    Avoir des comptes à rendre seulement à la conscience. Et aussi à la qualité de la vie.

    Ne rien faire, sauf se complaire dans la position de figure de proue en dégustant le vin produit par le Sud du Sud, ce qu’est la Sicile par rapport à l’Italie.

    Avant-poste, non pour le guet, mais pour la contemplation. Pas d’attitude défensive, encore moins agressive, mais abandon total pour s’imprégner de la magie de la montée des lumières, pour savourer le panorama de la baie illuminée par l’électricité des hommes.

    Ne rien faire, seulement ouvrir les yeux et se réjouir. Ne pas s’agiter derrière une caméra ou un appareil de photo. Laisser vagabonder ses sens et son esprit.

    Vagabondage le long du Molo Vecchio di Genova. Les anciens docks, reconvertis en centres de culture et de loisirs, brillaient grâce aux feux de la modernité.

     

    Le plaisir du farniente

     

    La charpente des grues passait du bleu vert au rouge cochenille, puis du rouge cochenille au bleu vert. Dentelle ténue. Privilège des témoins oculaires, car la finesse de l’éclairage défiait la performance des moyens usuels d’enregistrement.

    À Santa Margherita Ligure, vagabondage le long du front de mer, au milieu de l’imbrication des différents styles d’architecture.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Diversité et complémentarité des multiples sources d’inspiration.

    Avec la complicité d’un spritz savoureux, vagabondage le long de l’horizon empourpré qui s’étendait devant la baie de Sestri Levante.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Le même horizon s’offrait au duc de Genova, quand jadis il venait ici pour passer ses vacances d’été.

    Ne rien faire, même pas rester en éveil. Seulement se laisser caresser par la douce lumière du soleil qui se levait sur la baie de Santa Margherita Ligure.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Ne plus se soucier des rayons d’évitage dans le mouillage.

    Ne pas entendre ni le glissement des barques de pêche matinales, ni le raclement de la chaîne d’ancre des bateaux pressés de repartir.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Ne pas entendre le ronronnement des services de la voirie, qui balayaient les quais et vidaient les poubelles publiques.

    Ne rien faire, non par lassitude, ni par épuisement. Mais par acuité de la conscience.

    Se laisser conquérir par ce qui est beau.

    Beauté du décor naturel, mais surtout de l’être humain.

    Beauté de la courtoisie et de l’amabilité.

    C’était le cas du 36 pieds, qui était à tribord du Zeph au Molo Vecchio di Genova. Son capitaine a demandé au deux personnes présentes sur le pont supérieur du Zeph s’il y avait un « cook », « sotto ». « Sotto », disait-il en montrant du doigt l’espace-cuisine, qui était « dessous ». L’homme justifiait sa question en évoquant les « profumi » qui montaient des feux de cuisson du Zeph et se répandaient sur les quais. En effet, le Zeph se préparait à déguster des aubergines confectionnées à la crétoise.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Le Zeph est sensible aux compliments, surtout quand ils sont spontanés, sincères et perspicaces, quand ils identifient sa signature hédoniste.

    Ne rien faire, sauf savourer la bonne odeur, au sens propre comme au sens figuré.

    Le voilier admiratif de l’hédonisme du Zeph s’appelait Dicrifa. « Di » comme Diego, le capitaine. « Cri » comme Cristina, sa femme. « F » comme Frederica, leur fille aînée. « A » comme Andrea, leur benjamin.

     

    Le plaisir du farniente

     

    Seul un hédoniste a l’odorat pour remarquer l’existence et la proximité d’un autre hédoniste. Bravo à Dicrifa l’hédoniste !

    Touché par la spontanéité de son voisin transalpin, le capitaine du Zeph n’a pas résisté à la tentation de dévoiler à son collègue que le « cook » évoqué n’était pas « sotto », mais bien présent sur le pont.

    Ne rien faire, sauf s’abandonner à l’hédonisme et au plaisir du temps présent !

    Viva la libertà ! Viva il farniente ! E viva la felicità !


  • Commentaires

    1
    anne
    Jeudi 2 Août à 22:08

    Quand la paresse est érigée en art de vivre....

    Bel hymne à ce péché pourtant capital !!!!!

    2
    An&Ingrid
    Vendredi 3 Août à 20:36
    Bonjour vous 2, on a envoyé un mail à Minh pour le prévenir mais dans le doute, on vous met la nouvelle ici : 18h de labeur ont été nécessaires pour aboutir à la naissance de Lauryne (3790g/52cm) le 2 août à 01:01, espiègle dès ses premières minutes. Des photos vous parviendront par mail. Bon voyage !
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