• Le parfum de l'encens

    Pendant que les Bleus faisaient leur ascension vers leur titre de champions du monde, une autre ascension avait lieu à πάτμος – ΠΑΤΜΟΣ, l’île où Saint Jean avait reçu les visions de l’Apocalypse.

     

     

    Nous sommes montés au sommet de l’île pour visiter le monastère dédié à l’apôtre.

     

     

    Cette balade vers les hauteurs nous a permis de nous imprégner du cadre où Saint Jean a consigné la Révélation qu’il avait reçue.

     

     

    Le chapitre 8 de l’Apocalypse parle d’une offrande d’encens qui se déroule devant le trône céleste. Le parfum de l’encens est une agréable odeur de pureté et de sainteté.

    À cette occasion, l’encens est offert avec les prières des fidèles.

    Parfum d’intimité avec la transcendance.

    Parfum d’approbation.

    Après la visite du monastère, nous avons retrouvé l’actualité du jour, qui était la rencontre entre la France et la Croatie en demi-finale. Les insulaires ne cessaient d’encenser l’équipe de France, qui a fini par battre l’adversaire 2 buts à 1.

     

     

    Quand l’encens du stade s’est répandu dans la plus belle avenue du monde, nous étions à κάλυμνος – ΚΑΛΥΜΝΟΣ.

     

     

    À ce moment-là, nous ignorions que la découverte de κάλυμνος – ΚΑΛΥΜΝΟΣ avec le parfum de la victoire qui s’échappait du Stade de France était un heureux présage. Car des années plus tard, ce serait avec l’ouzo et la retsina de la diaspora kalymniote installée à Port-Saint-Louis-du-Rhône que le Zeph préparerait son voyage initiatique.

     

     

    La saison de Noël du voyage initiatique a débuté à Pozzuoli, là où Saint Paul avait accosté pour la première fois le sol italique. Initialement, le capitaine avait prévu Ischia ou Naples. Mais en définitive, c’était à Pozzuoli que le capitaine a donné rendez-vous au mousse. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de dernière minute du capitaine ? D’où venait son inspiration ?

    Pozzuoli n’avait d’intérêt que par rapport à Rome, qui était la destination finale de Saint Paul. À Rome, le Zeph a contemplé l’arc de triomphe de Titus, et surtout le bas-relief qui montrait le butin rapporté du Temple des Hébreux.

     

     

    Dans le butin, se voit distinctement le chandelier à sept branches, dont la place était dans le Lieu appelé « le Saint » du Temple. Dans ce « Lieu Saint », se trouvait également l’autel de l’encens. Les volutes de la fumée d’encens se paraient des reflets apportés par la lumière du chandelier pendant que celle-ci s’embaumait du parfum de l’encens offert par les prêtres.

     

     

    Ainsi, quand le Zeph contemplait le chandelier à sept branches sur l’arc de triomphe de Titus, il humait aussi le parfum de l’encens du Temple des Hébreux.

    Naviguer sur les traces de Saint Paul, c’est emprunter la route de l’encens, au sens propre, mais aussi au sens figuré.

    Le chemin entre Pozzuoli et Rome était le dernier tronçon du troisième voyage missionnaire de Saint Paul, qui a demandé à comparaître devant la plus haute autorité judiciaire de l’Empire pour défendre les intérêts de la Bonne Nouvelle.

    Dans sa deuxième épître adressée à la congrégation de Corinthe, Saint Paul écrivait :

    « Grâce soit rendue à Dieu qui toujours nous emmène dans un cortège triomphal, en compagnie du Christ, et qui, par notre entremise, en tout lieu, rend perceptible l’odeur de sa connaissance ! C’est que nous sommes pour Dieu une bonne odeur de Christ... »

    (Chapitre 2, versets 14, 15a)

     

     

    Ainsi, par son service missionnaire, Saint Paul rend perceptible la bonne odeur du message apporté par le Nazaréen, bonne odeur qui rappelle le parfum de l’encens offert dans le « Lieu Saint » du Temple des Hébreux.

    Le chemin entre Pozzuoli et Rome emprunte le tracé de la Via Appia Antica.

     

     

    En suivant les traces de Saint Paul, en mer et sur terre, l’esprit du Zeph s’est laissé conduire par le parfum de l’encens amené de la lointaine Judée.

    Il en ressort que le choix de Pozzuoli comme point de départ de la saison de Noël était voulu par la Providence afin que la route du Zeph soit féconde grâce au parfum de l’encens.

     

     

    Le parfum de l’encens est un marqueur de territoire. Il scelle un domaine sacré. Et appartient au sacré la flamme qui donne sens à la vie et qui se nomme l’amour.

    L’amour comme lien sacré qui apporte la cohésion au cosmos.

    L’amour comme lien de pureté.

    C’est pourquoi le même mot est utilisé en hébreu pour nommer l’encens offert dans le Temple et pour évoquer le parfum d’une jeune paysanne qui s’appelle Sulamite et qui éprouve un amour indéfectible envers son berger bien-aimé.

     

     

    On trouve dans le livre de l’Exode les instructions pour la fabrication de l’autel de l’encens :

    וְעָשִׂיתָ מִזְבֵּחַ מִקְטַר קְטֹרֶת עֲצֵי שִׁטִּים תַּעֲשֶׂה אֹתֹֽו ׃

    Et tu devras faire un autel comme endroit pour brûler l’encens : en bois d’acacia tu le feras.

    ( Chapitre 30, verset1 )

    La racine קָטַר qui désigne la combustion de l’encens pour un usage sacré apparaît à nouveau dans le Cantique des cantiques, qui prend le ton de la curiosité et de l’étonnement pour parler du charme de la jeune Sulamite :

    מִי זֹאת עֹלָה מִן־הַמִּדְבָּר כְּתִֽימֲרֹות עָשָׁן מְקֻטֶּרֶת מֹור וּלְבֹונָה מִכֹּל אַבְקַת רֹוכֵֽל ׃

    Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d’oliban, de toutes les poudres du colporteur ?

    ( Chapitre 3, verset 6 )

    Occurrence à la fois dans le registre sacré et dans un contexte érotique.

    La jeune Sulamite résiste aux avances du roi Salomon et reste fidèle à son berger.

    Par sa pureté, l’amour qu’éprouve la Sulamite pour son berger bien-aimé est une émanation du sacré.

    L’amour véritable n’est pas banal. Il est en lien avec le divin.

    Le parfum de la Sulamite est un parfum de séduction. Mais c’est aussi le parfum qui exprime la distinction et l’incorruptibilité. C’est en cela qu’il est semblable au parfum de l’encens offert dans le « Lieu Saint » du Temple.

    Parfum pour célébrer l’amour qui est sacré comme la vie.

    C’est ce parfum de l’encens qui fait que le Cantique des cantiques est le plus beau chant d’amour.

    Le chemin attendu pour la fumée d’encens est le chemin vertical.

    Le lien de la verticalité entre la terre où séjourne l’homme et les cieux qui le coiffent n’a trait qu’à une chose : la vie. La vie comme don immérité venant d’en haut, comme offrande solennelle venant d’en bas, comme objet de requête dans les moments de détresse extrême.

    Quand l’adversité menace, quand l’anéantissement est tout proche, seul le parfum de l’encens peut accompagner les mots du désarroi mêlés à ceux de l’espérance.

     

     

    Dans une de ses mélodies, le roi David disait :

    תִּכֹּון תְּפִלָּתִי קְטֹרֶת לְפָנֶיךָ מַֽשְׂאַת כַּפַּי מִנְחַת־עָֽרֶב ׃

    Que ma prière soit préparée comme un encens devant toi,

    L’élévation de mes paumes comme l’offrande céréalière du soir !

    ( Psaumes, chapitre 141, verset 2 )

    On retrouve encore la racine קָטַר qui se rapporte à l’encens brûlé.

    Ici, la pensée et la parole du psalmiste associent clairement la prière du juste à l’encens offert dans le Temple.

     

    Le parfum de l'encens

     

    La prière pour le rétablissement d’un être cher est-elle considérée comme une prière de juste ?

    Il y a un an, le Zeph a failli se retrouver orphelin. Du fond de ses entrailles, s’est élevée la supplication :

    Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !

    Laissez-le-moi

    Encore un peu...

    Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !

    Même si j'ai tort

    Laissez-le-moi

    Un peu

    Même si j'ai tort

    Laissez-le-moi

    La chanson française a mis en musique ce cri déchirant. Mais que dit le cours des choses, après l’épreuve de l’anesthésie et du scalpel ?

    La rémission du capitaine témoigne que la supplication du Zeph a eu la chance d’être reçue comme l’encens, qui incitait la Providence à se montrer clémente.

    Un jour sans parfum est un jour perdu, avait-on coutume de dire dans l’Égypte antique.

     

     

    Le silence olfactif signifie la vacuité du temps et une existence insipide.

    Le parfum de l’encens fait partie de la substance du temps.

    Puissent nos jours se vivifier grâce au parfum de l’encens, qu’il exprime l’action de grâce ou la supplication !


  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Juin à 08:36

    Une bien belle prière joliment mise en image par un mousse inspiré !

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