• Le jardin de la mer

    Le jardin de la mer est un jardin pour l’agrément ou pour l’alimentation.

    Le jardin consacré au plaisir des yeux est friand d’escarpement. Le surplomb stimule le sens artistique et donne de la magnificence au déploiement.

     

    Le jardin de la mer

     

    Avec ravissement, le Zeph a découvert les sublimes jardins suspendus du littoral ligure et de la côte amalfitaine.

    Même lorsque l’altitude est moindre, comme sur les terrasses de la capitainerie à la marina Zéa d’Athènes, le jardin de la mer peut être flamboyant.

     

    Le jardin de la mer

     

    Balcon donné en spectacle.

    Jardin suscité par la mer et offert à la mer.

    Le jardin de la mer existe pour le plaisir des yeux mais aussi pour celui des papilles.

    Pour la première venue du Zeph dans les eaux impériales, le jardin de la mer lui a offert un pur moment de délice, à l'heure du crépuscule. Le festin de la mer, avec uniquement des produits de la terre ferme ! Quel paradoxe ! C’était justement ce paradoxe qui suscitait l’envie chez le voisin du Zeph, à Porto Ercole.

     

    Le jardin de la mer

     

    Comme la laitue romaine et le céleri, romain lui aussi, étaient craquants et parfumés ! Nos voisins, qui ne cessaient de dévisager la séduisante couleur de la chlorophylle dans nos assiettes, ont dû aussi entendre à quel point notre « verdura » était craquante ! Car l’on ne mâche pas de la même façon les aliments qui sont craquants et ceux qui sont mous. Point besoin de torréfier, comme l’on torréfie les pistaches ou les noix de cajou pour qu’elles craquent sous la dent. Point besoin de matières grasses non plus, comme dans le cas des chips ou autres produits manufacturés, pour les rendre croustillants. En la circonstance, la texture végétale, dans sa forme première et originelle, suffisait.

    Plaisir du toucher dans la cavité buccale, luxe de la fraîcheur au contact du palais. Fraîcheur apportée par l’accès direct à l’eau naturelle, gorgée de nutriments. Pureté, authenticité et opulence offertes par le jardin au bord de la mer. Rôle primordial du rivage, de l’espace « entre-deux », entre la mer iodée et la terre chlorophyllienne.

    N’a-t-on pas parlé de « luxe » ? Oui ! Luxe du goût, par rapport à la nourriture desséchée. Luxe de l’effort par rapport à la facilité. Parce qu’à la fin de l’amarrage, il faudrait encore marcher jusqu’à l’autre bout de l’anse pour trouver des fruits et des légumes frais. Nos voisins, dont la langue maternelle était celle de Dante Alighieri, n’auraient aucun mal à demander le chemin de la « verdura », ni à en négocier le prix, si besoin était. Mais ils ont préféré la facilité des sachets tout prêts, même si ceux-ci comportaient une multitude d’additifs. L’esprit du Zeph, plus vaillant et plus raisonnable, a été généreusement récompensé par la visite chez le marchand de fruits et légumes. Le jardin de la mer ne s’offre qu’à celui qui l’honore.

     

    Le jardin de la mer

     

    Le Zeph aimait particulièrement les marchés ligures et toscans. Il y retrouvait la splendeur des vergers et des potagers qui longeaient la mer. Abondance de beautés : les produits de la terre nourricière étaient magnifiques. Beauté de l’abondance : la variété et la profusion constituaient un spectacle éblouissant. Vif éclat des couleurs, promesses gustatives très alléchantes, découvertes olfactives exquises.

    Le Zeph n’a pas résisté à la tentation d’importer toute cette richesse à son bord.

     

    Le jardin de la mer

     

    Sa manière d’honorer le jardin du rivage lui valait l’admiration des passants. Des têtes s’inclinaient déjà au loin, dans un mélange de discrétion et d’ostentation, pour signaler qu’elles avaient aperçu le jardin flottant.

    L’hommage rendu ne concernait pas une performance technique, mais un art de vivre. L’hédonisme en toutes circonstances, même au milieu des flots.

    Ainsi le jardin qui se trouvait à la périphérie de la mer pouvait aussi exister en son giron, au moment des grandes traversées, qui prenaient plusieurs jours de suite.

    La dégustation des sucs de la terre tandis que le Zeph était au milieu de l’immensité salée était un énorme plaisir et un privilège sensationnel.

     

    Le jardin de la mer

     

    La rondeur des fruits de la terre parlait de sa bonté.

     

    Le jardin de la mer

     

    Les oignons rouges faisaient partie des trésors des potagers au bord de la mer.

    Sensualité des tresses. Pulpe rafraîchissante et parfumée. Aucune agressivité, aucune âpreté dans le goût. Douceur et générosité qui caractérisaient la botte italienne et la péninsule attique.

     

    Le jardin de la mer

     

    Avec intelligence, l’oignon rouge donnait du peps à la « verdura ». Quels bulbes délicieux ! Le Zeph en raffolait tellement qu’il en stockait sans modération, pour se rappeler la saveur du Sud. On peut chavirer simplement à cause d’une salade. Les prémices d’un festin sont déjà le festin.

    Il arrive que le jardin de la mer s’affiche au ras du sol, tout près de l’eau salée, sans surveillance et sans entretien. Liberté et improvisation dont s’emparent des ombellifères qui se glissent entre galets multiformes et coques colorées. Comme celle-ci, baptisée « L’amore III ».

     

    Le jardin de la mer

     

    Troisième édition de l’amour, troisième coup de foudre ! Il faudrait y voir l’éternel retour de l’optimisme, le désir irrésistible d’aimer et d’être aimé. Et l’ombellifère dorée, que les Grecs utilisaient comme source de lucidité, accompagne l’hymne à l’amour avec le voluptueux parfum d’anis sauvage.

    Les aromatiques ont une place de choix dans le jardin de la mer. Le capitaine du Zeph a pris en compte la sagesse des Anciens et honoré la tradition antique.

     

    Le jardin de la mer

     

    Plantation soignée dans l’archipel ionien, cortège d’essences naturelles jusqu’à la capitale de l’Attique, source inépuisable d’effluves vivifiants jusqu’à l’entrée du Canal de Corinthe, et même au-delà.

     

    Le jardin de la mer

     

    Le Zeph pavoisait avec la fière silhouette de ses plantes aromatiques. La traversée de l’isthme donnait même l’impression que la végétation des deux rives dévalait les talus pour converger vers l’îlot parfumé qui était de passage.

    Il arrive que l’étal de fruits et légumes ressemble à une table d’offrandes.

     

    Le jardin de la mer

     

    La position élevée accentue la ressemblance.

    À bord du Zeph, l’apparition des ex-voto n’était pas fortuite. Le jardin de la mer était une façon d’exprimer la gratitude envers les divinités, qui avaient pris soin de la nef, du capitaine et de l’équipage.

     

    Le jardin de la mer

     

    Remerciements sous forme de produits comestibles.

    Les divinités aiment aussi que leur soit consacré ce qui est beau. Alors, pendant quelques instants, le Zeph s’est doté d’un magnifique jardin d’agrément pour le leur offrir.

     

    Le jardin de la mer

     

    Le jardin de la mer représente un défi, celui du caractère intarissable de ses ressources. C’est une exhibition, celle du dévouement indéfectible de la terre nourricière. C’est une volonté de plaire, un désir de séduire. C’est la joie d’offrir et de s’offrir ce qui est bon et agréable au palais, et aussi ce qui est beau et plaisant à l’œil. Plaisir gustatif, visuel, et même olfactif.

    Fraises de Calabre pour navigateurs en partance vers l’archipel éolien.

     

    Le jardin de la mer

     

    Densité des couleurs, profondeur du goût.

    L’appétit, choyé par le jardin de la mer, était tout simplement l’appétit de vivre.

    Témoignage d’affection et de solidarité de la terre ferme à l’égard de ceux qui se préparaient à affronter la mer.

    Sollicitude du sol nourricier au-delà de la rupture des amarres.

    Le fiancé de la mer demeure l’enfant chéri de la terre qui l’a vu naître. Le jardin de la mer témoigne de la pérennité du cordon ombilical qui relie le navigateur à la terre ferme.


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