• L'art du déguisement

    L'art du déguisement

     

    Avec Athéna, l’art du déguisement n’avait pas une fonction récréative. Il n’avait pas pour but d’amuser, ni de faire rire ou sourire. Il pouvait surprendre et déconcerter. Cependant, il visait, non pas l’hilarité, mais l’efficacité.

    Athéna s’est transformée en jeune berger pour accueillir Ulysse dès que celui-ci a remis les pieds sur la terre natale.

     

    L'art du déguisement

     

    Pourquoi la déesse a-t-elle pris cette apparence physique ?

    La jeunesse du berger rendait le contact agréable et évitait tout choc physique ou émotionnel à celui qui venait de débarquer.

     

    L'art du déguisement

     

    Il s’agissait de mettre l’étranger en confiance pour mieux l’accompagner dans son retour sur l’île natale. À travers l’allure du jeune berger, l’étranger pourrait même se faire une première idée de la santé de l’île.

     

    L'art du déguisement

     

    La prospérité du cadre naturel ou sa désolation renseigneraient sur l’état du royaume et tout ce qui se passait à la cour du roi absent. L’objectif était de bien accueillir pour mieux servir.

    Puis c’était au tour de l’étranger qui devait être déguisé pour retrouver son domaine et ses prérogatives. La déesse a choisi de transformer le maître des lieux en vieux mendiant. La préoccupation n’était plus d’ordre esthétique, mais stratégique. Il s’agissait de donner au vengeur une apparence insignifiante, voire méprisable, pour rendre sa présence imperceptible et l’introduire sans danger, le plus loin possible dans le renseignement et dans l’action de représailles.

    Passer inaperçu.

    Se présenter devant les prétendants sans éveiller leur méfiance.

    Paraître inoffensif.

     

    L'art du déguisement

     

    S’approcher de la Reine en inspirant la compassion, même la sympathie.

    Athéna prenait soin du Roi d’Ithaque, mais aussi de son épouse.

    Inquiet pour le sort de son père, le fils a quitté furtivement le palais pour mener l’enquête auprès des vétérans de la guerre de Troie.

    Mais, pour la Reine, cumuler deux absences, c’était trop. D’abord l’absence de l’époux irremplaçable. Et maintenant, celle du fils chéri. Deux absences qui menaçaient d’être sans retour. Car la funeste rôdeuse, terrible et féroce, ne semblait pas desserrer son étreinte.

    L’angoisse accumulée, à laquelle s’ajoutait l’impuissance, créait inéluctablement l’épuisement et provoquait le refuge dans le sommeil. Avec sagesse, la déesse a tiré profit de ce précieux moment de répit pour fortifier les ressources intérieures de la Reine. Donner une perspective optimiste pour permettre de rebondir, telle était la finalité. Quant à la modalité, la déesse a emprunté le contexte tout naturel de l’entraide entre deux sœurs.

     

    L'art du déguisement

     

    Dans son intervention bienfaisante, Athéna est apparue sous les traits de la sœur de la Reine pour rassurer le cœur d’une mère et l’affranchir de l’oppression. Une approche par les liens du sang, une aide de femme à femme. Subtilité du choix de rester à l’intérieur de l’univers féminin.

    La Reine, qui ne savait pas encore que son époux était de retour, devait, sans cesse, affronter l’insolence et l’avidité des prétendants. Épuisée par ce combat rude et impitoyable, elle s’est laissée gagner par le sommeil.

     

    L'art du déguisement

     

    La déesse a alors profité de ce moment de délassement pour raviver le teint royal. Aux bienfaits octroyés naturellement par le repos de l’organisme, l’intervention d’Athéna a ajouté une transfiguration intentionnelle, qui disait la protection par rapport aux morsures du soleil et la résistance aux outrages du temps. Soleil brûlant de l’archipel ionien, qui évoquait les flammes de la concupiscence menaçant le palais d’Ithaque. Outrages cruels du temps, qui étaient en lien avec le pillage des lieux, le saccage des biens, l’humiliation des êtres et la profanation de l’hospitalité.

     

    L'art du déguisement

     

    Sous l’effet conjugué des deux processus, humain et divin, le visage de la Reine resplendissait tel l’ivoire. C’est le même ivoire que Phidias utiliserait plus tard pour l’immense statue chryséléphantine dédiée à Athéna dans le Parthénon.

     

    L'art du déguisement

     

    L’ajout cosmétique réalisé par la déesse préparait l’affrontement en excitant les candidats au tournoi à l’arc. Le teint triomphant de la Reine avait une valeur prémonitoire. Un tel éclat du visage ne peut être que celui d’une victoire annoncée. Mais l’augure n’a pas fait dessiller les yeux aux prétendants. Pour eux, de quelle victoire la Reine pouvait-elle rêver puisque le trône était encore désespérément vacant ?

     

    L'art du déguisement

     

    Quand le mendiant-roi, encore avec ses haillons, a testé l’installation de l’arc royal, la vibration de la corde a produit un son semblable au cri de l’hirondelle. C’était le cri de guerre. C’était aussi le cri de la victoire. Victoire par anticipation, certes. Mais certitude de la victoire. Car l’hirondelle qui se jucherait un peu plus tard sur une poutre pour assister au déroulement du tournoi de l’arc n’était nulle autre qu’Athéna en personne.

     

    L'art du déguisement

     

    Le cri de l’hirondelle, qu’a produit l’essayage de la corde, signifiait l’approbation de la déesse, son encouragement et sa bénédiction. C’était le signal d’un soutien militaire et logistique.

    Le son de l’hirondelle était presque discret, mais tout à fait audible. Car la fonction royale du mendiant n’était pas encore pleinement révélée. Cependant, la musicalité, bien distincte et caractéristique, annonçait l’imminence d’un renouveau au sein du royaume d’Ithaque.

    Au cours de son voyage initiatique, le Zeph a-t-il été témoin de l’art du déguisement pratiqué par les Olympiens ? Athéna en personne l’a exercé pour le bien-être du Zeph, particulièrement après la visite de la capitale attique.

    À Plaka et surtout à Omonia, le Zeph était profondément affligé de voir les vitrines de l’art désertées par l’inspiration, des devantures frappées de cécité à cause des rideaux de fer abaissés pour longtemps encore, des quartiers entiers vidés de toute âme qui vive, comme si la peste était passée par là.

    La déesse a vu que la peine du Zeph était immense. Alors, elle lui a fait faire un détour par l’Épire, pour substituer au spectacle de la désolation celui du ravissement.

    Le matin de notre départ des Météores, nous savions que le saut de Leucade nous attendait le même jour, au coucher du soleil. Donc, pas de temps à perdre, si nous ne voulions pas rater le geste mémorable de Sappho.

    Malgré l’importance de cet objectif, l’esprit du Zeph a quand même fait un détour par Ioannina. C’est Athéna qui a donné l’impulsion et favorisé l’itinéraire de la métamorphose.

    À Ioannina, la vie, colorée et parfumée, bruissait d’insouciance à chaque coin de rue.

    Toutes les terrasses étaient bondées de monde. Une multitude de jeunes y côtoyait la foule de leurs aînés. D’innombrables silhouettes féminines tenaient compagnie à des profils masculins, tout aussi nombreux. L’on n'y entendait que la langue d’Homère et de Périclès.

     

    L'art du déguisement

     

    À Ioannina, l’esprit du Zeph s’offrait le plaisir de flâner le long des berges ombragées du lac et de retrouver les saveurs qui jadis avaient marqué chaque passage par la place Omonia à Athènes.

     

    L'art du déguisement

     

    Le goût délicieux de la viande pourléchée par le feu et la saveur exquise de l’incontournable vin résiné nous ramenaient à l’époque où la place Omonia était dynamique, prospère et attrayante.

    Mais à Ioannina, il y avait plus qu’à Athènes. Le plus, c’était l’art de servir le café byzantin.

     

    L'art du déguisement

     

    En plus de l’arôme envoûtant, il y avait l’élégance du geste, le raffinement du service, la tranquillité et le soleil sur la terrasse, l’heure suave de la dégustation.

    La prospérité de Ioannina faisait oublier l’indigence d’Athènes.

     

    L'art du déguisement

     

    L’art du déguisement produit des métamorphoses dans un but stratégique. C’est une manière de participer à l’écriture du destin. Ce savoir-faire peut être un coup de pouce de l’Olympe, un geste bienveillant qui ajoute la hauteur de vue, élargit l’horizon, apporte une vision optimiste et augmente les chances de réussite.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Février à 11:11

    C'est exactement pour cette raison que je me suis déguisé en grand malade au poignet cassé, sans le sou et sans pas grand chose d'ailleurs !

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :