• Alors ?

    Alors ?

    Bon. Qu'est ce que je n'ai pas fait ?

    Je n'ai pas fait le polissage de la coque. Ni celui du pont.

    Je n'ai pas réparé les éclats de gel coat sur la coque.

    Je n'ai pas fait l'entretien des bois de teck du cockpit.

    Je n'ai pas fait le dérouillage des parties inox du Zef : balcon, chandeliers, portique.

    Je n'ai pas recousu les protections en cuir des barres de flèche.

    Je n'ai pas fait l'épissure de jonction de mouillage entre textile et chaine.

    Je n'ai pas démonté et nettoyé l'hélice du propulseur.

    Je n'ai pas mis la couche de matrice dure sur les parties de la coque qui le nécessite.

    Et forcément, je n'ai pas fait les couches d'antifouling érodable.

    Je n'ai pas fait l'entretien des winchs et principalement celui en électrique.

    Bien sûr, je n'ai pas touché au moteur : vidange, changement des filtres, etc...

    Je n'ai même pas nettoyé le pont des chiures de piafs.

    Je n'ai pas changé les tuyaux de gaz, pourtant périmés depuis 2010.

    Je n'ai pas changé l'ampoule du feu de hune.

    Je n'ai pas remplacé les filières dont certains câbles s'étiolent.

    Je n'ai pas réparé ma passerelle de secours.

     

    Eh ben !

     

    - Et qu'est ce que t'as fait au final ?

    - Ben, je suis tombé de mon escabeau et j'me suis cassé le bras ! C'est déjà pas mal, non ?


  • Commentaires

    1
    aventy
    Vendredi 24 Mars 2017 à 07:24

    Ce n'est visiblement pas très grave puisque tu arrives encore à taper sur ton clavier. Une excuse de plus pour tirer sa flemme ! Juste une question : tu nous dépasses tous d'une bonne tête; que faisais-tu donc sur un escabeau ?

    Bon courage quand même et surtout, bon rétablissement. Tu auras juste un peu de mal à faire des bras d'honneur pendant quelques semaines. Les candidats à la présidentielle peuvent dormir tranquille.

      • Vendredi 24 Mars 2017 à 18:36

        Je me suis cassé le bras gauche. il me reste les doigts au bout du bras droit pour écrire. Et pourquoi étais-je donc sur un escabeau ? Pour gagner de la hauteur... Pour m'élever au dessus de ce bas monde. Pour me hisser au niveau de nos élites pensantes (Bon, là, j'avais pas besoin d'une grande échelle !!! A peine 1 marche ou 2. Et encore, petites les marches). Pour voir si l'herbe était plus verte au delà de la cime des cyprès, qui étaient quand même bien loin !!! Bref. Pour polir la coque.

        Portez vous bien bande de railleurs.

    2
    RP
    Vendredi 24 Mars 2017 à 20:11

    Quel effet de style !

    La première ligne, qui est plus courte que les autres, est comme le haut de l'escabeau. Le point d'interrogation qui la clôt marque la surprise devant l'inattendu, l'étonnement à cause d'un déséquilibre qui ne prévient pas.

    Puis l'on dévale une à une les marches de l'escabeau, et l'on finit au sol, avec deux points d'exclamation pour marquer l'ampleur de la catastrophe et deux points d'interrogation, pour faire un peu d'humour, grâce à l'instinct de survie. Coquetterie du langage : l'atterrissage n'est pas décrit par deux points d'exclamation suivis de deux points d'interrogation, mais d'abord par un point d'exclamation suivi d'un point d'interrogation, puis par un autre point d'exclamation suivi par un autre point d'interrogation. Il y a eu alternance dans l'humeur, puis doublement de l'alternance. Chute et relèvement, par rapport à la gravité terrestre des physiciens, mais aussi par rapport à l'intonation décelée par les linguistes. Facétie du sort qui a fait une sacrée mauvaise blague, mais la volonté de faire face et de refaire surface a riposté immédiatement, avec les armes de l'ironie.

    Il y a seize phrases, écrites comme seize vers, entre les interrogations du début et la double alternance exclamation-interrogation de la fin. Seize phrases dont la structure verticale semble dire la hauteur de la chute. Seize phrases empilées qui pourraient faire penser aux marches de l'escabeau. Mais l'escabeau avait-il seize marches ? Sûrement pas. Le nombre de marches réelles était moitié moindre. Il y a eu donc un effet stylistique : le nombre objectif des marches a été doublé dans la poésie pour dire l'ampleur de la déconvenue et le caractère interminable des séquelles.

    Capitaine, tu as été drôlement inspiré pour concevoir ce poème de la chute.

    Il dit les inachevés dans leur multitude. Mais à travers cette longue liste de travaux empêchés et interrompus, c'est l'apologie de l'autonomie. Car aucune brigade ne vient à ton secours, et aucune brigade ne te soulagera dans tes multiples tâches. C'est précisément cette autonomie qui caractérise l'esprit de la navigation et le distingue fondamentalement de l'esprit de la croisière.

    En effet, quel croisiériste va se soucier du gel coat à lisser, du teck à nourrir, de l'inox à dérouiller, du cuir à recoudre, de l'hélice à nettoyer, de l'antifouling à ajouter, du winch à entretenir, du moteur à vidanger, du feu de hune à réparer,... ?

    Le principal et le seul souci du croisiériste, c'est de consommer.

    A l'inverse, tu es habité par le souci constant d'être en harmonie avec le bateau, à l'instar des solitaires du prestigieux Vendée Globe.

     

     

     

     

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